Pourquoi écrire ?

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Lorsque l’on veut écrire, la première chose à faire selon moi, c’est de se demander : pourquoi ? Pourquoi écrivons-nous ? Pourquoi voulons-nous raconter une histoire ? Qu’est-ce qui nous pousse à prendre notre plume ? Qu’est-ce qui fait que nous jugeons bon, intéressant ou même nécessaire de construire et de narrer un récit, quel qu’il soit ?

Si on ne commence pas par répondre à cette question, si l’on ne sait pas ce qui nous guide, ce qui nous pousse à agir, l’objectif qui est le nôtre lorsque nous nous lançons dans une telle entreprise, nous risquons tout simplement de nous perdre. Lorsque l’on écrit, lorsque l’on entame un projet d’écriture, quel qu’il soit, il me paraît plus que nécessaire de savoir où l’on va, ce que nous désirons réellement accomplir avec un tel projet et pourquoi nous le désirons. Sans cela, nous ouvrons la porte aux doutes et à la confusion dans nos travaux, et ainsi nous prenons le risque de tant nous éloigner de ce qui nous avait motivé au départ, qu’on ne se reconnaisse plus dans ce que nous avons produit au final.

Mais répondre à cette question, c’est aussi comprendre l’essence de l’écriture, sa raison d’être. De savoir tout ce qui s’en écarte et de connaître tout ce que cela comprend. Alors oui, pour commencer, avant toute chose, je voudrais répondre à cette question : pourquoi racontons-nous des histoires ? Quelle est cette chose au fond de nous-mêmes qui nous pousse à narrer, à inventer des récits ?

Au cours de ma vie, j’ai eu l’occasion de rencontrer de nombreux auteurs. Certains n’écrivaient jamais que pour le plaisir, sans la moindre prétention. D’autres travaillaient hardiment à faire connaître leurs travaux du grand public. Et d’autres encore étaient des professionnels reconnus disposant déjà d’une longue carrière derrière eux. Et à chaque fois que j’ai pu en parler avec eux, j’ai pu constater une chose : chacun se met à l’écriture pour des raisons qui lui sont propres.

Certains écrivent parce que des sujets, des phénomènes les interpellent et qu’ils ont l’envie d’interpeller les autres à leur tour. D’autres se lancent dans l’aventure car l’exercice en lui-même leur permet de s’évader et de s’imaginer à la place de leurs personnages. Certains écrivent parce qu’ils cherchent à captiver leur audience. D’autres écrivent parce qu’ils veulent faire rêver, divertir ceux qui consomment leurs histoires. Et il en est qui écrivent, car c’est pour eux le seul moyen d’exprimer des sentiments, des traumatismes qu’ils ont sur le cœur et qu’ils ont besoin d’expulser hors de leur corps.

Et parfois, la réponse varie même d’un projet à l’autre. Un auteur aura voulu écrire cette histoire parce qu’il voulait traiter ce sujet important à ses yeux, mais aura écrit telle autre pour savoir s’il en était capable, parce qu’elle représentait un bon défi à ses yeux. A ma connaissance, il n’existe aucune règle, aucune raison universelle qui pousserait quelqu’un à se lancer dans l’écriture d’un récit.

Moi-même, par exemple, c’est la frustration qui me meut. Je n’écris jamais que les histoires que j’aimerais que l’on me raconte. Lorsque j’ai une idée de récit, j’ai envie de me plonger dans l’histoire correspondante. Hélas, aucun auteur n’a encore écrit cela, faute d’avoir eu l’idée avant moi, probablement, ou s’ils l’ont fait, ils ne l’ont pas fait d’une manière qui me satisfait : ce n’était pas le bon angle pour traiter l’histoire, pas le bon point de vue, par le bon format ou pas le bon support, ou même, plus simplement, ce n’était pas assez bien écrit. Alors, frustré de ne pouvoir m’y plonger comme je le souhaiterais, mon seul recours est de passer à l’acte et de m’atteler à la tâche.

Au final, les raisons qui nous poussent à prendre la plume, à écrire les récits qui nous habitent, sont entièrement personnelles et dépendent en réalité du parcours de chacun. En chaque auteur, vous trouverez une motivation, un objectif différent. Et c’est pour cela aussi qu’au final, l’œuvre de l’un sera toujours différente de l’œuvre de l’autre, même s’ils ont décidé d’écrire la même histoire.

Je vous invite donc, tous autant que vous êtes, à vous interroger sur cette question si vous ne l’avez pas déjà fait. Demandez-vous ce qui vous pousse à écrire, ce qui vous motive. En répondant à cette question, je suis certain que vous éclaircirez bien des mystères sur votre écriture et que vous commencerez alors à trouver des éléments de réponse à la plupart des problèmes que vous rencontrez en travaillant à vos projets.

Néanmoins, la question posée est en réalité bien plus large que cela. Car, à bien y réfléchir, les auteurs ne sont pas les seuls à raconter des histoires, à inventer et à narrer des récits. Tout le monde le fait quotidiennement, sans même s’en rendre compte.

Dès que nous en avons l’occasion, nous narrons les aventures de notre journée à nos proches, et lorsque celles-ci ne nous satisfont pas, nous narrons celles de nos voisins. Voisins d’ailleurs, que nous épions pour en imaginer la vie. Nous relayons sans cesse d’autres récits que l’on nous a raconté, fussent-ils faux ou maladroit. En fait, nous sommes à ce point malades de nos histoires, que nous nous empressons souvent de les partager sur les réseaux sociaux. Et pire encore : nous nous gargarisons chaque fois que l’un de nos récits captent l’attention de notre audience, si minuscule soit-elle.

L’humanité, depuis la nuit des temps, se berce presque en permanence dans les histoires, qu’il s’agisse de contes, de légendes, de mythes, de traits d’humour ou même de petits récits du quotidien aussi vite oubliés. Raconter des histoires semble être pour nous un besoin, au même titre que manger, boire ou dormir. Et finalement, devenir auteur, ce n’est que prolonger l’exercice, l’approfondir et le perfectionner.

Mais alors, qu’est-ce qui nous pousse à raconter des histoires ? Qu’est-ce qui fait que nous avons ainsi en nous ce besoin presque constant de narrer des récits, quels qu’ils soient ?

Et en réalité, lorsque l’on y fait bien attention, il ressort effectivement une réponse des diverses raisons qui poussent les auteurs à passer à l’acte. Une raison plus simple qu’il n’y paraît : nous souhaitons transmettre un message à notre auditoire.

En effet, peu importe les raisons qui nous poussent à raconter telle ou telle histoire, que nous la trouvions simplement intéressante ou que nous soyons habité d’en réel besoin, il semble que, dans tous les cas, l’auteur a en lui quelque chose, peut-être une idée, peut-être un sentiment, peut-être une sensation, qu’il veut exprimer afin que son prochain puisse à son tour en profiter.

C’est même indéniable lorsque l’on regarde le résultat. Vous ne trouverez pas d’histoire qui ne soit pas porteuse d’un message, qu’il soit politique, social, moral ou même bien plus personnel que cela. C’est à ce point une évidence que la plupart des experts défendent l’idée qu’une histoire a d’abord et avant tout vocation à transmettre un message et que nombreux sont les critiques qui s’intéresseront presque davantage au message transmis qu’à la qualité intrinsèque de l’œuvre. On plébiscitera alors les uns d’avoir abordé un sujet difficile et d’avoir défendu certaines valeurs, tandis qu’on accusera souvent les autres de faire la propagande d’idées reçues dommageables. C’est donc la réponse la plus communément admise : histoire sert avant tout à transmettre un message.

Mais moi, cette réponse ne me satisfait en rien. Oui, c’est parfaitement vrai, toute histoire transmet un message, une vision du monde, que ce soit volontaire ou non de la part de l’auteur. Il est impossible d’y couper et c’est effectivement l’objectif. Néanmoins, c’est le cas de n’importe quelle forme de communication en réalité.

Chaque fois que nous discutons avec quelqu’un, chaque fois que nous nous exprimons d’une manière ou d’une autre, nous transmettons un message, nous transmettons sans le savoir notre vision du monde, notre approche de la réalité. Ecrire une histoire, ce n’est finalement rien de plus qu’une forme de communication parmi toutes celles qui s’offrent à nous. La véritable question est donc : pourquoi choisir ce médium spécifique ? Pourquoi choisir de raconter une histoire plutôt que d’écrire un essai, de faire un discours ou même, tout simplement, d’avoir une franche discussion avec certaines personnes ?

Et pour y répondre, réfléchissons à ce que nous faisons lorsque nous racontons une histoire et que nous ne faisons pas dans tous les autres types de communication. Pour raconter une histoire, il faut narrer une suite d’événements, un enchaînement d’actes ou de situations qui amène à une conclusion. Ce que nous faisons, lorsque nous racontons une histoire, c’est donc d’essayer de transmettre l’expérience de cette suite d’événements, qu’elle ait été vécue ou imaginée. Or pourquoi choisir de narrer une telle expérience plutôt que de faire un exposé plus direct de ce que l’on cherche à dire ?

L’avantage d’une expérience, d’un vécu (fut-il fictif), par rapport à une présentation plus formelle, c’est que celle-ci permet à l’auditoire de se mettre en situation, de s’imaginer lui-même vivre cette expérience et ainsi d’en saisir tout ce que cela représente, tant sur le plan intellectuel que sur le plan émotionnel ; de ressentir ce que l’on ressent en vivant une telle expérience.

Et c’est là qu’est tout l’intérêt d’un récit, et ce qui fait toute la différence entre cette forme de communication et toutes les autres : une histoire permet de transmettre une expérience émotionnelle que l’on ne pourrait probablement pas ressentir autrement. Nous consommons des histoires parce que nous voulons ressentir certaines émotions, certains sentiments, certaines sensations même, que nous ne pourrions pas ressentir autrement. Nous regardons un film d’horreur parce que nous voulons avoir peur, nous lisons une romance parce que nous voulons ressentir l’amour qui unit les deux personnages, nous jouons à des jeux épiques parce que nous voulons nous prendre pour de grands héros. Et même lorsque nous nous tournons vers des histoires aux sujets plus sérieux, c’est que nous voulons connaître ce qu’il en est de vivre de tels événements.

Oui, une histoire, un récit, c’est avant tout un vecteur d’émotion. Choisir ce biais de communication, c’est chercher à impacter émotionnellement son public, afin de le toucher par ce biais, là où un essai, par exemple, en appellera à la raison, la réflexion et la logique. C’est une méthode, pour transmettre son message, qui est à la fois plus puissante et plus appréciée, qui a l’avantage de capter bien plus facilement l’attention de son auditoire, mais qui invite aussi beaucoup moins à la remise en question et à une analyse pragmatique. D’aucuns diraient qu’il y a là la différence subtile entre convaincre et persuader.

Pourquoi racontons-nous des histoires ? Pour transmettre une expérience émotionnelle. Voilà la réponse que j’apporte à cette question. Et c’est pour cette raison que je crois que l’art d’écrire repose tout entier sur notre capacité à provoquer des émotions chez notre public. Et c’est à cela que tout auteur doit aspirer lorsqu’il écrit : décrire des événements ne suffit pas, il faut le faire de manière à impacter son spectateur ou son lecteur.

Tout l’objet des articles qui suivront sera donc de vous donner des moyens de provoquer ces émotions chez votre public, quel qu’il soit.

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