Qu’est-ce qu’un bon récit ?

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Dans mes deux derniers articles, je me suis consacré à décrire ce qui faisait pour moi les fondements d’un récit, en décrivant d’une part l’intérêt qu’il y a à raconter une histoire plutôt qu’à choisir tout autre forme de discours, mais aussi la différence entre le travail d’un auteur et toutes les autres productions humaines comportant elles aussi des histoires. De fait, l’objet même de ma démarche ici est de constituer une théorie d’écriture qui s’adresse spécifiquement aux auteurs, afin de les aider à concevoir leurs créations.

J’en suis arrivé à la conclusion qu’un récit était avant tout une œuvre d’art, c’est-à-dire une création dont l’objectif est principalement esthétique, chargée d’émotion. Et c’est bien sur cette définition que je baserai tous mes conseils à venir. Pourtant, celle-ci ne suffit pas et, avant de commencer à vous donner des conseils, il est nécessaire de répondre à une troisième question : qu’est-ce qui fait qu’un récit est de qualité ? Pour quelle raison devrait-on juger que tel ou tel récit est meilleur ou moins bon que les autres ?

Car oui, sans répondre à cette question au préalable, tous mes conseils n’auront fondamentalement aucun sens. En tentant de construire une théorie de l’écriture, de vous familiariser avec des règles et des méthodes qui vous aideront à donner corps à vos projets, ce que j’essaie réellement de faire, c’est de vous donner les armes pour écrire de bons récits, qui se démarqueraient donc par leur qualité.

De fait, n’importe qui, si tant est qu’il en ait l’envie, est capable d’écrire un récit. Il suffit globalement d’ouvrir un fichier Word, de prendre un stylo, ou que sais-je encore, et de tenter sa chance. A partir du moment où l’objectif est de créer une émotion, de concevoir une création esthétique : on créé bien un récit. Et il n’existe alors aucune règle particulière à suivre, aucune loi, aucun critère qui empêchera votre création d’être, à tous points de vue, un récit à part entière. Nul n’a besoin de conseils ou de méthode pour créer une œuvre d’art. Tous les humains en sont capables naturellement.

Néanmoins, le résultat sera-t-il à la hauteur de ce que l’auteur de l’œuvre attendait ? Ou sera-t-il à la hauteur de ce que le public attendait ? Cette œuvre parviendra-t-elle à être appréciée, à provoquer les émotions souhaitées, à se démarquer des autres ? Jugera-t-on que l’artiste qui en est à l’origine est véritablement un artiste ? Sans la moindre préparation, sans le moindre travail, sans la moindre formation, les chances que quelqu’un arrive à un résultat optimal avec sa création sont si minces qu’il faut les considérer comme quasi-nulles. Et selon toute probabilité, ce que cette personne créera ne sera jamais considéré comme « bon », surtout en comparaison de toutes les autres œuvres mises à disposition du public.

En effet, nul n’a besoin de conseil pour écrire un récit. C’est pour écrire un bon récit que toutes ces méthodes, tous ces principes, toutes ces règles d’écriture prennent sens. Les conseils que je compte vous prodiguer par la suite n’ont en soit qu’un seul intérêt : vous aider à créer de meilleurs récits que ce dont vous étiez capable avant de prendre connaissance de ceux-ci. L’idée est de vous offrir une méthode afin que vous puissiez créer et narrer des intrigues de qualité, qui vous permettront d’être non seulement satisfait de votre propre travail, mais aussi, très probablement, de satisfaire le public lui-même.

Mais alors, au vu de cet objectif, doit nécessairement se poser la question suivante : qu’est-ce qui fait un bon récit ? qu’est-ce qui fait qu’une œuvre est appréciée ou n’est pas appréciée ? qu’est-ce qui rend ce récit meilleur ou plus mauvais qu’un autre ?

Une réponse intuitive à cette question serait de définir un bon récit comme un récit qui nous plait.

De fait, si moi-même je devais répondre de manière très personnelle à la question « qu’est-ce qui, selon vous, constitue un bon récit ? », mon premier réflexe serait alors de chercher tous les récits qui m’ont le plus plu, ceux que j’ai préféré, afin de pouvoir identifier les éléments qui rapprochent toutes ces œuvres. Et je pourrais alors vous donner quelques éléments de réponse. Par exemple, j’aime beaucoup les histoires qui magnifient les émotions en replaçant celles-ci dans des contextes grandioses, les récits dans lesquels je peux me plonger corps et âme en oubliant presque totalement la réalité, ceux qui répondent à certaines de mes frustrations : comme par exemple, ma volonté d’aller explorer d’autres planètes.

Néanmoins, le défaut d’une telle définition, c’est que celle-ci serait invariablement personnelle. Et beaucoup répondront alors des choses différentes en suivant pourtant exactement la même démarche. Certains trouveront au contraire qu’un bon récit doit avant tout s’accrocher à la réalité d’une manière ou d’une autre, qu’ils préfèrent lorsque l’écriture joue avec les mots plutôt que lorsqu’elle essaie de créer des émotions fortes et tant d’autres choses encore.

En effet, la première chose que l’on constate lorsque l’on s’intéresse à savoir ce qui, selon tout un chacun, constitue un bon récit, c’est qu’il n’y jamais qu’une seule façon d’apprécier un récit et qu’il existe presque autant d’avis différents que de personnes différentes. Regardez les critiques cinéma qui pullulent sur l’Internet, si vous choisissez un seul film et commencez à comparer les différents avis que l’on a recueilli sur celui-ci, vous verrez alors qu’il n’existe jamais le moindre consensus. Un film n’est jamais unanimement plébiscité, jamais unanimement rejeté, il y a toujours une partie du public qui apprécie l’œuvre, même lorsqu’une grande majorité semble la désigner comme mauvaise, et inversement, certains détesteront des films qui sont pourtant majoritairement considérés comme des chefs d’œuvre.

Vous-même, j’en suis certain, avez déjà expérimenté cette situation de vous sentir quelque peu exclu ou étrange parce que vous avez apprécié ce film sur lequel tout le monde a craché, sans réellement comprendre ce qui justifiait un tel rejet ; ou à l’inverse combien de films vous a-t-on recommandés, vous a-t-on pressés de voir parce qu’il s’agissait de classiques incontournables du cinéma, et devant lesquels vous vous êtes finalement lourdement ennuyé ?

Aucune œuvre ne sera jamais capable de créer l’unanimité que ce soit dans un sens ou dans l’autre. Et cela s’explique assez simplement quand on y pense. Une histoire, je vous l’ai dit dans mon premier article, aura pour objet de vous toucher grâce à des émotions. Cela implique que nous les recevons par le prisme de nos émotions personnelles. Parce que nous avons vécu certaines choses, parce que nous avons certaines expériences, nous allons ressentir telle ou telle émotion devant ce récit. Mais nos émotions, nos ressentis, restent malgré tous des expériences personnelles, voire même intime, et dépendent donc beaucoup, pour dire les choses simplement, de nos goûts.

Si nous apprécions certaines choses, c’est parce que celles-ci nous rappellent souvent des expériences agréables issues de notre passé. Or, les expériences divergent d’un individu à l’autre. Et même si l’on pourra souvent se retrouver sur des émotions communément ressenties, de subtiles différences nous amèneront toujours à apprécier les récits que nous recevons différemment les uns des autres.

Et c’est pour cette raison qu’il est absolument impossible qu’un récit, peu importe sa qualité, soit unanimement apprécié. Par conséquent, il devient impossible de décrire un bon récit en fonction de ce qui nous plaît, car les éléments de réponse changeront naturellement d’une personne à l’autre.

Aussi argumentée et détaillée que puisse-t-être la critique d’une oeuvre, soyez certain qu’elle relèvera finalement toujours du prisme personnel de celui qui la fait et qu’au bout d’un moment, vous trouverez toujours des personnes capables de répondre, en toute légitimité : oui, mais cet élément que tu juges mauvais, moi, il me plaît. Tout simplement parce qu’ils cherchent autre chose en consommant une histoire que ce que cherche le critique.

Et c’est aussi pour cela qu’il est important de jamais essayer d’imposer votre point de vue sur une œuvre aux autres. Vous avez parfaitement le droit d’apprécier ou de déprécier un récit, mais gardez bien à l’esprit que cela tombe sous le coup d’un ressenti personnel et que cela n’a donc aucune finalement aucune valeur objective et universelle. Vous avez le droit d’argumenter sur les raisons qui vous poussent à apprécier ou à ne pas apprécier un récit, de synthétiser votre opinion. Il est en revanche maladroit et non avenu de chercher à en faire une déclaration universelle à laquelle tout le monde devrait se plier. Car, de fait, à trop crier contre un récit, vous risquez finalement de remettre en cause le ressenti des autres et paradoxalement, à remettre en cause la logique même de vos arguments, qui reposeront en effet sur votre propre ressenti.

Et pire encore, à trop vouloir critiquer un film et imposer votre avis aux autres, vous risquez aussi, tout simplement de gâcher le plaisir qu’ils ont ressenti en consommant cette histoire, un plaisir qui n’est ni plus ni moins légitime que votre propre déplaisir. Et par effet de pression sociale, vous risquez ainsi de pousser vos auditeurs à se conformer à un avis mieux ou plus représenté, plutôt que d’assumer leur plaisir. Et il n’est jamais bon pour qui que ce soit, de refouler une émotion qui, en elle-même ne fait de mal à personne.

 

Constatant cela, il paraît alors impossible de définir réellement ce qu’est un bon récit. Si chacun d’entre nous, du fait de son expérience personnelle, en vient à apprécier chaque récit différemment. Comment, alors, dégager des critères qui nous permettraient d’identifier les récits de qualité des autres ?

Il apparaît ainsi qu’il n’existe pas de critère objectif pouvant désigner ce qu’est un bon récit et, par conséquent, qu’il n’existe pas réellement de bon récit. Puisque la qualité de l’œuvre dépend en réalité de celui qui la reçoit, il ne peut exister aucune règle, aucune méthode qui permette d’écrire, en toutes circonstances de bons récits, à moins de ne toujours s’adresser qu’à une seule personne.

En considérant cet état de fait, le seul conseil que je pourrais alors vous donner et qui sera probablement le plus valide de tous, sera de ne jamais écrire que ce qui vous plaît à vous. De fait, le seul public que vous êtes capable de connaître suffisamment pour créer une œuvre qui lui plaira quoi qu’il arrive, c’est vous-même. Tous les autres étant extérieurs à vous et ayant vécu des expériences différentes, ne recevrons donc pas vos créations de la manière que vous-mêmes pouvez les recevoir et, ainsi, il devient futile d’essayer d’écrire pour eux.

Mais le problème, avec cette approche, c’est que je serai bien incapable de vous donner des conseils utiles pour écrire des histoires qui vous plairont à vous personnellement. De fait, tout comme vous n’êtes pas dans la tête des autres, que vous n’avez pas accès à leurs ressentis, je n’ai pas non plus accès à vos ressentis. Je ne peux pas savoir quelle histoire vous plaît et par conséquent, je ne peux donc vous conseiller d’écrire de telle ou telle manière. Dans cette optique, toute cette démarche que j’entreprends de vous conseiller sur l’écriture serait donc parfaitement futile.

Or, je ne pense pas que ce ça soit le cas. Je suis loin d’être le premier à théoriser sur l’écriture et les précédents ouvrages rédigés sur le sujet ont été d’une grande aide pour bien des auteurs en devenir. C’est donc qu’il doit exister des critères objectifs qui peuvent permettre de construire de bons récits, des lieux communs sur lesquels se retrouver et qui forgent le cœur de ce que l’on considère comme un « bon récit ».

C’est d’autant plus vrai que plusieurs traités, pourtant issus de cultures et d’époques très différentes, font souvent état de méthodes et de conseils très similaires pour construire et narrer des récits. Je prends notamment pour exemple un ancien traité Indien, dont on m’a récemment lu quelques extraits, qui présente des conseils étonnamment similaires aux théories occidentales modernes en matière de construction de l’intrigue. Comment expliquer alors que deux cultures aussi éloignées l’une de l’autre puissent ainsi prodiguer les mêmes conseils s’il n’existait pas des critères objectifs pour définir ce qu’est un bon récit ?

Donc oui, si je veux pouvoir vous donner des conseils, je ne peux pas me contenter de répondre qu’il n’existe pas de bon récit en soi. Et il me faut donc trouver des critères objectifs pour définir ce qu’est un bon récit, afin que mes conseils puissent aller dans un sens prédéfini.

Alors oui, certes, aucune œuvre ne créera jamais l’unanimité dans un sens ou dans l’autre, mais il est néanmoins possible de dégager des tendances assez claires.

Ainsi, on remarque que certains récits vont être, de manière générale, beaucoup plus appréciés que d’autres, qu’ils vont plaire à un plus grand nombre de personnes et donc être plus facilement considérés comme « bons » par la majorité des gens. Certains films par exemple, attireront beaucoup plus de spectateurs que d’autres et finiront par créer plus d’enthousiasme au sein de la population. Il devient ainsi possible, malgré les divergences d’opinion, de comparer les films qui sont le plus généralement appréciés et de voir ce qu’ils ont que les autres n’ont pas.

Ainsi, un bon récit deviendrait un récit qui obtient plus d’avis positifs que les autres et peu importe votre appréciation personnelle. Dans cette optique, si vous aimez un film généralement déprécié, c’est que vous avez du goût pour ce qui est mauvais, tandis que si vous détestez un film que tout le monde aime, c’est que vous n’avez pas de goût pour ce qui est bon.

Pourtant, je m’oppose farouchement à cette définition des choses.

Tout d’abord parce que, si notre but est d’écrire ce qui nous plaît, et je continue de penser que ce doit être l’objectif de tout auteur, comment écrire ce un bon récit lorsque ce qui nous plaît ne répond pas aux critères définis par la majorité comme les éléments d’un bon récit ?

Ensuite, de manière beaucoup plus pragmatique, il s’avère que ce qui fait le succès d’une œuvre auprès du public dépend de beaucoup plus d’éléments que de la simple qualité intrinsèque de l’œuvre. Prenez simplement pour exemple ces œuvres qui, au temps de leur sortie, n’ont jamais réellement suscité l’intérêt, mais qui sont aujourd’hui considérées comme des classiques incontournables ? Et d’autres qui, à l’époque étaient des succès incroyables, mais que l’on a aujourd’hui complètement oubliées ou que l’on rejetterait sans l’ombre d’une hésitation.

Prenons l’exemple du film The Birth Of A Nation, sorti en 1915. A l’époque, il avait connu un grand succès. Mais aujourd’hui, serait-on réellement capable de défendre une œuvre diffusant aussi ouvertement une idéologie raciste ?

La vérité est que le succès d’une œuvre, le fait qu’elle soit appréciée ou non par la majorité des gens, est davantage le résultat d’un contexte social, historique et artistique qu’autre chose.

Comme je le disais plus tôt, votre appréciation des choses, de la réalité et notamment des œuvres d’art, va dépendre de votre éducation, de votre expérience personnelle. Or, s’il y a peu de différence entre vous et votre voisin, il y en aura beaucoup plus entre vous et quelqu’un qui n’appartient pas du tout à votre culture d’origine, à votre milieu social ou même, tout simplement, à votre époque. On appréciait pas les mêmes choses il y a un siècle et on apprécie pas les choses de la même manière à l’autre bout de la planète.

La preuve en est ces livres que l’on redécouvre si longtemps après leur diffusion, ou ces films qui échouent à rencontrer leur public dans certains pays, mais font un carton dans d’autres.

Pire encore, votre appréciation d’une oeuvre va aussi dépendre des autres œuvres que vous avez vues ou lues avant celle que vous cherchez à juger. Si, comme moi, vous en consommez énormément, alors vous aurez probablement des exigences plus élevées vis à vis des nouvelles histoires qu’on vous racontera, tout simplement parce que vous avez davantage d’éléments de comparaison et qu’il faudra alors dépasser ou égaler d’autres récits pour que cela vous plaise réellement. Si, en revanche, une personne consomme très peu d’histoires nouvelles, elle pourra peut-être mieux apprécier certaines choses qui, à force d’habitude, vous laisseront vous indifférent.

Ainsi, un film comme Bienvenue chez les Ch’tis va être un immense succès auprès du public, mais ne recevra aucune récompense lors de la cérémonie des Césars. De fait, de manière générale, le public est moins « instruit », consomment moins de cinéma, que les membres de l’Académie des Césars qui en ont fait leur métier. Les membres de l’Académie, parce qu’ils avaient vus davantage de films cette année-là, avaient plus d’éléments de comparaison et ont choisi de désigner d’autres œuvres, qu’ils jugeaient plus pertinentes pour recevoir des récompenses.

Considérer qu’un film comme Bienvenue chez les Ch’tis est meilleur parce qu’il a été apprécié par plus de monde, c’est donc oublier que beaucoup d’histoires ne sont jamais vues ou jamais lues par le plus grand nombre simplement parce qu’elles parlent de sujets moins porteurs dans le contexte où elles sont diffusés, ou qu’elles ne disposent pas de la même publicité. Pourtant, tous ces récits qui touchent un public plus restreint sont-ils mauvais ? Je ne pense pas.

Et allons même plus loin encore. Certaines œuvres sont souvent dépréciées parce qu’elles ne correspondent finalement pas à ce que le public attendait. Il arrive par exemple qu’un récit soit vendu au public comme un récit d’aventure, alors qu’il s’agit en réalité d’une romance. Ceux qui l’ont consommé s’attendaient ainsi à de l’aventure et n’ont pas eu ce qu’ils désiraient : pour cette simple raison, ils peuvent déprécier le récit, peu importe sa qualité intrinsèque. Quant à ceux qui apprécient les romances, ils ne l’ont pas consommé, puisqu’ils n’ont pas su qu’il s’agissait d’une romance.

Parce qu’un tel récit n’a pas rencontré son public, cela veut-il forcément dire qu’il n’est pas un bon récit ?

Si je prenais un tel critère pour définition, tous les conseils que je vous donnerais ne s’appliqueraient ainsi finalement qu’à un public donné, à une époque, à un contexte précis. Plus encore, cela vous forcerait à entrer dans un moule, que ce soit en termes de structure dramatique ou de narration, un moule auquel vous-mêmes ne voyez peut-être pas d’intérêt. Ce me paraît donc être une mauvaise définition de ce qu’est un « bon » récit.

 

Mais alors, si la qualité d’un écrit ne dépend finalement pas de l’appréciation du public, de quoi dépend-t-elle ?

Pour répondre à cette question, je vais en réalité revenir à la définition que j’avais donnée d’un récit dans mon article précédent. A savoir qu’un récit est une œuvre d’art, une création esthétique dont l’objet est de provoquer, chez le public, des émotions précises. Et à partir de là, je pense qu’on peut sans problème définir ce qu’est un bon récit et de manière objective.

Lorsque vous créez un récit, lorsque vous le construisez et le narrez, vous créez une œuvre d’art. Vous cherchez à susciter des émotions précises chez votre public. Par conséquent, quand vous commencez à raconter votre histoire, vous avez la volonté de provoquer certaines émotions particulières, certaines sensations que vous avez choisies. Et c’est cela, plus que tout le reste, qui va rendre votre création personnelle, unique en son genre.

Ainsi, lorsque vous écrivez, vous partez d’une intention très précise, vous avez un objectif clair. Et, à mon sens vous aurez réussi votre coup si vous parvenez à atteindre l’objectif que vous vous êtes fixé. Pour prendre un exemple simple, si vous écrivez une histoire horrifique, vous réussirez si votre public est effectivement effrayé en la recevant. Si vous écrivez un récit « pulp », vous réussirez si votre public est effectivement emballé par toute cette débauche d’action. Et ainsi de suite.

Vous ne parviendrez jamais à convaincre quelqu’un qui n’aime pas avoir peur ou qui n’aime pas le pulp d’apprécier votre histoire, car, encore une fois, cela dépend uniquement de son appréciation personnelle. Mais si ceux qui, comme vous, apprécient ces histoires, ces émotions particulières, trouvent leur plaisir dans ce que vous leur proposez, alors, oui, on pourra sans aucun doute dire que vous avez atteint votre objectif.

Et c’est en cela que réside, pour moi, un bon récit : c’est un récit qui atteint les objectifs que l’auteur se fixe quand il écrit. Un récit qui va provoquer les bonnes émotions chez le public et qui pourra ainsi toucher les personnes intéressées par ce type de récit. Un bon récit sera un bon récit lorsque ceux qui l’auront apprécié, l’auront apprécié précisément parce que le travail de l’auteur aura porté ses fruits : il aura souhaité que l’on ressente telle ou telle émotion à tel ou tel moment et c’est ce que l’on ressentira.

A l’inverse, un mauvais récit sera un récit qui ne parviendra pas à accomplir la volonté de l’auteur et ne provoquera finalement pas les émotions souhaitées par son créateur. Comme par exemple, un film d’horreur qui ne ferait pas peur, ou un roman d’amour qui dégoûterait de la romance. De même, certains récits seront appréciés pour de mauvaises raisons : comme par exemple ces histoires dont on aime se moquer parce qu’elles tentent désespérément de provoquer certaines émotions sans jamais y parvenir.

Donc oui, je définis un bon récit comme un récit qui atteint les objectifs émotionnels fixés par son auteur. Et tous les conseils que je vous donnerai par la suite auront pour intérêt de vous aider à atteindre les objectifs que vous vous êtes fixé dans votre projet d’écriture et uniquement ceux-là.

Cela suppose donc naturellement un prérequis pour pouvoir suivre ces conseils : que vous sachiez assez précisément quels sont vos objectifs, où vous allez avec votre projet. Car, si vous ne le savez pas, si vous ne l’avez pas défini à l’avance, alors tous les conseils qui suivront risqueront bien de vous perdre plus qu’autre chose.

Si vous voulez faire peur, ou donner envie de voyager à votre public, je peux vous aider à atteindre ces objectifs, car il existe des méthodes claires et efficaces pour y parvenir. Mais la méthode pour faire peur n’est pas la même que celle qui donne envie de voyager. Il est donc nécessaire que vous décidiez clairement quel est votre objectif, afin de pouvoir déterminer ensuite les conseils qui vous seront utiles et ceux qui ne le seront pas.

Si vous ne le faites pas, et que vous appliquez aveuglément mes conseils, vous aurez peu de chance de créer le récit de vos rêves.

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Vu : Baywatch : Alerte à Malibu

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Bonjour, bonjour !

Mercredi dernier, au cinéma, je suis allé voir Baywatch : Alerte à Malibu de Seth Gordon et, très honnêtement, j’ai passé plutôt un bon moment.

Donc, Baywatch c’est l’adaptation cinématographique de la très fameuse série télévisée du même nom, vous savez celle où les filles courent en maillot de bain sur la plage… Bref. On y retrouve donc Mitch, le chef des sauveteurs, qui est tellement impliqué à fond dans son métier qu’il se met en tête, avec son équipe de déjouer un complot machiavélique visant à… racheter la plage avec de la drogue ? Bref. Mais ça, c’est sans compter sur la présence de Matt Brody, un jeune nageur de classe olympique qui a gagné deux médailles d’or, mais qui a tellement foiré le relais qu’il n’a plus d’autre choix que de devenir maître nageur. Et en gros, c’est un crétin qui se la pète, alors que c’est Mitch le plus fort.

Mais finalement, ensemble, ils parviendront à déjouer le complot machiavélique, alors tout va bien.

Bon, je pense que vous l’avez compris, cette histoire ne vole pas très haut et n’a pas vocation à voler très haut de toute manière, c’est d’ailleurs très assumé. Le film ne cesse de se moquer de lui-même, notamment en faisant intervenir des personnages qui rappellent aux protagonistes qu’ils ne sont finalement pas des flics, mais que des maîtres-nageurs censés surveiller la baignade. Ou encore, qui commentent plus ou moins le film pour enfoncer le quatrième mur : comme ces personnages qui se demandent pourquoi les filles courent toujours au ralenti, ou qui se disent que tout ce qu’ils racontent ferait un bon show télévisé, mais qu’il faut pas déconner non plus.

Et cet humour se retrouve même dans la façon de filmer les scènes d’action : on essaie d’en rajouter sur l’aspect héroïque de leurs actions, à les rendre hyper badass etc, alors que ce sont juste des maîtres nageurs (bon, ok, ils sauvent des vies et c’est Dwayne Johnson, ça justifie tous ces plans hyper badass).

En bref, une grande partie du film va reposer sur ce principe : ils ont bien conscience qu’ils tournent un film cheasy, alors ils en profitent à mort.

Une autre part de l’humour va reposer sur le fait que les personnages sont un peu des connards entre eux, mais qu’en plus, ils sont complètement cons. On nous invite régulièrement à nous moquer d’eux, notamment de Zac Efron (qui s’en prend décidément plein la gueule par rapport aux autres).

Enfin bref. En réalité, il n’y a pas tant de choses à dire sur ce film. C’est drôle, c’est sympa, mais sans plus. On se moque bien du côté démodé de la série originale, des travers qui ont fait son succès etc. L’histoire, elle, est plutôt plate en dehors de ça et n’a réellement d’intérêt que parce que les personnages sont à fond dans leur trip et enchaînent les conneries. Mais cela en vaut-il vraiment la peine ?

Je ne sais pas. Car au final, il n’est pas si drôle que ça et malgré de très bons moments, il y a aussi quelques longueurs. Et surtout, il n’apporte rien de plus que ce qu’il vendait à la base et je trouve ça dommage. Ce n’est pas parce qu’ils se moquent de leur propre superficialité que le film devient soudain moins superficiel.

Si vous avez envie de passer un bon moment et de rire devant des gens en maillot de bain, allez-y. Mais vous pourrez tout aussi bien passer votre chemin que vous n’aurez rien manqué.

Vu : It Comes At Night

It_Comes_At_Night

Bonjour, bonjour !

Mercredi dernier, au cinéma, je suis allé voir It comes at night de Trey Edward Shults et je n’ai vraiment pas aimé.

Si j’étais allé voir ce film à l’origine, c’était pour ses affiches. Elles me donnaient vraiment envie et le titre promettait un film d’horreur assez intéressant, jouant sur la peur du noir et de la nuit. Néanmoins, avant toute chose, je me dois de vous prévenir qu’en réalité It comes at night n’est pas un film d’horreur. Il n’y a aucun moment qui a réellement été conçu pour faire trembler le spectateur d’une manière ou d’une autre, pour l’effrayer ou autre. C’est un film qui préfère travailler son ambiance et des scènes de tension. Quelques cauchemars faits par le personnage principal peuvent effectivement impressionner et être considérés comme horrifiques. Mais comme il s’agit justement de cauchemars, on finit par ne plus en avoir réellement peur au bout d’un moment.

Cependant, ce n’est pas parce qu’un film n’est pas ce que l’on attend qu’il est nécessairement mauvais. J’entends trop souvent dire que l’on est déçu de ceci ou de cela parce que les bandes annonces ou le sujet promettaient autre chose. De fait, ce qui importe, c’est la volonté artistique derrière le projet : qu’est-ce que le réalisateur a cherché à faire, pourquoi et a-t-il réussi ? Une vraie mauvaise presse, c’est lorsque la campagne de pub autour du film le vend pour ce qu’il n’est pas. Mais si une mauvaise presse peut priver un film de son public, cela n’en fait pas un mauvais film pour autant. Combien de films, victimes d’un mauvaise presse, n’ont pas marché à leur sortie, mais sont finalement devenus cultes ?

Donc non, ce n’est pas pour ça que je n’ai pas aimé le film. En réalité, j’ai très vite compris où le réalisateur voulait en venir avec son projet et cette absence d’horreur ne m’a donc pas gêné une seule seconde.

Non, le problème est ailleurs. Il y en a deux en réalité : sa conclusion et sa conclusion.

Reprenons depuis le début. L’histoire se situe dans un futur plus ou moins proche, où apparemment, une catastrophe bactériologique a mis un terme à la société humaine. Une famille vit alors parfaitement recluse dans une maison au cœur de la forêt, dans une zone isolée. Ils s’y barricadent, n’en sorte jamais la nuit et survivent comme ils peuvent dans leur petit coin d’univers. Jusqu’au jour où quelqu’un essaie de s’introduire chez eux et qu’ils se rendent compte qu’il s’agit d’un autre père de famille en quête de ressources pour nourrir sa femme et son fils.

A partir de là, ils vont avoir le choix : faire confiance à cet homme ou non. Et tout le principe de l’histoire est là.

Le film réussit surtout à poser une ambiance et à créer son univers. Il pose aussi très bien ses personnages dès le départ en les mettant face à une situation assez forte : la mort du grand père et la façon dont ils doivent gérer l’incident. Immédiatement, l’attention du spectateur est captivée : qu’est-il arrivé au grand père, pourquoi vivent-ils ici et de cette manière, pourquoi réagissent-ils de cette manière etc. En soi, c’est un excellent début : un début qui soulève beaucoup de question et qui commence avec un moment d’émotion forte.

Néanmoins, c’est la suite qui pose problème à mes yeux. Le début m’a beaucoup intrigué, a soulevé beaucoup de questions et l’une des choses à savoir c’est que vous n’aurez globalement pas la moindre réponse quant à ce qu’il se passe. Vraiment aucune. Les personnages sont isolés et ne savent rien, vous ne saurez donc rien.

En soi, ça pourrait ne pas être un problème. De fait, Hollywood, dernièrement, a tendance à tout surexpliciter, quitte à rajouter de voix-off sur le film pour en remettre une couche et être bien sûr que le spectateur n’ait manqué aucune information et que tout lui soit servi sur un plateau. Sur des films d’ambiance ou d’horreur, des films semblables à It comes at night, tout surexpliquer aura pour défaut de casser l’effet d’ambiance. Si au final, le spectateur sait tout, il n’y a plus de zones d’ombre pour s’interroger. Or, c’est souvent l’inconnu qui fait peur, le fait qu’on ne puisse pas appréhender la créature ou l’univers qui entoure les personnages, parce que les personnages eux-mêmes ne parviennent à l’appréhender complètement. Cela renforce l’ambiance ou l’aspect horrifique. On a réellement l’impression d’être perdu, comme les personnages.

Sauf que, il y a absence d’explication et absence de sur-explication. Et pour illustrer ce propos, je vais simplement prendre l’exemple de la nuit dans It comes at night. Dans le film, les personnages font beaucoup d’effort pour ne pas sortir la nuit, pour bien fermer la porte, soulignent le fait que la nuit est dangereuse. Le titre du film lui-même appelle à craindre la nuit. Et bien il n’y a pas la moindre raison à cela. Ils sortent à plusieurs reprises dans la nuit, laissent un personnage seul dehors la nuit… Rien, absolument rien ne se passe qui justifie ce comportement. Avec les informations que l’on a, ils pourraient tout aussi bien sortir la nuit ou le jour, cela ne changerait absolument rien, car au final, il y a aussi des dangers bien réels le jour… (Ce qui fait presque du jour un moment moins propice aux sorties).

Sur-expliquer le film, ça aurait été de faire dire aux personnages que des monstres se baladent la nuit, ces monstres ont été créé parce que ceci, suivent telles règles, ont telles capacités et peuvent être vaincus de telle manière. Expliquer le film aurait simplement consisté à montrer en quoi la nuit représente un danger suffisant pour qu’ils s’enferment de cette manière, même si l’on ne comprend pas la nature exacte de ce danger.

Et du coup, ce manque d’explication finit par un peu décrocher des personnages : pourquoi agissent-ils ainsi ? Qu’est-ce qui justifie qu’ils le fassent ? Rien. Du coup, on n’a pas seulement du mal à appréhender l’univers, on a du mal à les appréhender eux.

Et cela va d’autant plus loin qu’à partir d’un moment, les personnages finissent par agir de manière… illogique, immorale et surtout, pas du tout dans le sens de ce qu’ils avaient fait jusque-là, du moins de mon point de vue.

En gros, cela commence à partir du moment où le bébé pleure. Tout ce qu’il se passe ensuite m’a complètement déconnecté des personnages : je n’arrivais plus à m’identifier à eux une seule seconde. Ils enchaînent alors les actes immoraux et illogiques qui les amènent à des situations où ils prennent des décisions pires encore.

Je dis illogique parce que pour moi, réagir de la sorte, lorsque l’on est humain, n’a pas de sens. Mais la réalité, c’est que je pense que le réalisateur trouve cela parfaitement logique et que c’est probablement le message qu’il voulait délivrer : finalement, faites pas confiances aux étrangers, ne les accueillez pas chez vous, seule compte votre famille et, de toute manière, l’humanité est un ramassis de merde. Je crois effectivement que je n’aime pas du tout, mais vraiment pas du tout, lorsqu’un film commence à défendre ou à reposer sur des idées pareilles. Peut-être y avait-il une symbolique forte derrière tout cela, ou peut-être le réalisateur voulait-il nous montrer que les vrais méchants étaient les héros : voilà où mènent leurs suspicions inutiles. Mais l’un dans l’autre, en termes de ressenti, cela se passe comme ça : on vous a attaché à des personnages et au bout d’un moment, ces personnages versent complètement dans l’immoralité sans grande justification (en partie parce qu’on n’explique pas pourquoi réagir ainsi est important, encore une fois). Et du coup, tout ce que le réalisateur fait, c’est briser l’immersion. En tout cas, c’est, de mon point de vue, ce qu’il s’est passé. Voilà le problème avec la conclusion du film.

Le second problème avec la conclusion du film, c’est qu’il n’y a pas de troisième acte et qu’il en manque un. Une fois la scène où tout fout le camp passée, le film s’arrête ou presque. Or narrativement, après de tels événements, nous avons été habitués à ce que l’histoire enchaîne sur une troisième et dernière partie qui conclue l’intrigue, la résout. Or, ici, il n’y a rien.

En gros, une histoire se construit souvent comme ça : on a des personnages, quelque chose change dans leur vie et les pousse à entamer une aventure qui change leur quotidien, un problème survient et les force à réagir, mais ça se passe mal et, alors qu’ils sont au plus bas, ils parviennent à comprendre leur erreur et l’intrigue se résout en fonction de ça. Ici, on a bien des personnages, un événement change leur quotidien et une aventure s’entame, un problème survient et les force à réagir, ça se passe mal et c’est tout. Et du coup parce qu’on est habitués à cette autre forme de scénario, celui-ci paraît incapable de nous satisfaire. Sa structure appelle à quelque chose d’autre, qui n’arrive jamais.

Alors certes, rien n’oblige concrètement à suivre une structure ou une autre et on peut très bien penser que c’était une volonté artistique que de couper le récit à cet endroit. Mais pourquoi, alors, avoir quand même utilisé toutes les méthodes propres à une structure pour la couper avant la fin ? Il fallait, si on voulait vraiment finir de cette manière, réinventer de nouveaux codes afin que l’ensemble soit cohérent.

Résultat, c’est un film dans lequel on ne vous explique rien, au point que les personnages finissent par réagir de manière illogique, où l’ensemble se finit dans une grande immoralité alors que les personnages tendaient plutôt à devenir de plus en plus moraux, qui ne laisse aucun espoir planer, et sans que les personnages n’aient la moindre chance de rédemption, tout en laissant la sensation qu’il manque un bout de l’histoire.

It comes at night m’a donc beaucoup déçu pour toutes ces raisons et je le trouve assez mal écrit et je ne vous le recommande pas.

Qu’est-ce qu’un récit ?

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storyteller

Dans mon dernier article, je me suis interrogé sur les raisons qui poussaient un auteur à prendre sa plume, à raconter des histoires. Et j’en suis arrivé à la conclusion qu’un auteur, en choisissant ce type de communication pour transmettre son message, cherchait en réalité à toucher émotionnellement son public, à en appeler à ses sentiments et à ses sensations plutôt qu’à sa raison. L’objet d’un récit doit donc être, en toute logique, de provoquer des émotions chez le spectateur ou le lecteur.

La question qu’il revient alors de se poser dorénavant est : qu’est-ce qu’un récit ? Que fait l’auteur, exactement, lorsqu’il « raconte une histoire » ? En quoi son travail se différencie-t-il de celui de l’historien, du rapporteur ou même d’un témoin ? Que fait-on exactement lorsque l’on dit que l’on « écrit » ?

Je le disais dans l’article précédent, tout le monde, quotidiennement, raconte des histoires. Vous ne vous vous en rendez peut-être pas compte, mais vous le faites presque en permanence. Au moins aussi souvent que vous mangez, vous racontez ou consommez des histoires. Vous le faites lorsque vous racontez votre journée à vos proches, lorsque vous leur parlez de ce collègue qui est arrivé en retard, ou de la dernière blague que vous a sortie votre voisin. Vous le faites lorsque vous postez un statut sur les réseaux sociaux narrant tel ou tel événement, aussi insignifiant soit-il. Vous le faites lorsque vous inventez des excuses pour ne pas aller dîner chez vos beaux-parents ou encore lorsque vous souhaitez expliquer pourquoi l’arrière de la voiture est à moitié enfoncé dans le mur du garage. Parfois même, on pourra vous prendre à tenter de raconter à vos amis les histoires que d’autres vous ont racontées : l’intrigue d’un film que vous avez vu, ou celle d’un livre que vous avez lu, une blague que vous avez entendue ou même une chanson que vous auriez écoutée.

D’autres ont même des métiers qui consistent essentiellement à raconter des histoires. L’historien, en premier lieu, qui tente de reconstituer les vestiges du passé pour tenter de comprendre le fil des événements qui a conduit jusqu’à nous. Le journaliste, qui vous rapporte les nouvelles du jour et relate toutes ces histoires qui se passent parfois à l’autre bout du monde ou justement si étonnantes parce qu’elles se déroulent juste à côté de chez vous. Et bien d’autres encore, en dehors de l’auteur, racontent des histoires.

Et pourtant : aucune de ces activités ne s’apparente à ce que l’on désigne communément comme « l’écriture ». Lorsque vous racontez votre journée, vous « n’écrivez » pas. Lorsque vous relatez le dernier film que vous avez vu, vous « n’écrivez » pas. Lorsque l’historien nous explique le déroulement de telle ou telle bataille, il « n’écrit » pas davantage. Et lorsque le journaliste tente de vous faire parvenir les détails de tel ou tel événement, il « n’écrit » pas non plus.

Certes, certaines de ces activités peuvent effectivement comporter une large part de « rédaction » que l’usage a parfois tendance à appeler « écriture ». On dira ainsi « J’écris un article sur le festival de Cannes » ou encore « Elle écrit un livre sur l’évolution des codes vestimentaires au Moyen-Âge ». Néanmoins, pour ma part, je tiens à faire la distinction entre les deux activités car, fondamentalement, elles n’ont pas le moindre rapport. Un auteur ne fait tout simplement par le même travail qu’un journaliste ou qu’un écrivain : cela va au-delà ; ou plutôt : cela cherche à atteindre un autre objectif.

Il convient donc de s’interroger sur cette différence : que fait l’auteur ? et que font tous les autres alors, s’ils n’écrivent pas ?

Une réponse intuitive serait de dire que l’auteur, lorsqu’il écrit, invente : que l’écriture a d’abord quelque chose à voir avec l’imagination. Et cela fait sens dans une certaine mesure : après tout, les auteurs écrivent principalement des fictions, c’est-à-dire des récits d’invention qui n’ont jamais existé, malgré des ressemblances plus ou moins grandes avec des phénomènes réels.

Mais cette idée reçue est évidemment fausse. De nombreux auteurs s’attèlent tous les jours à narrer des faits réels justement. Il y a ceux qui cherchent à conter des événements historiques, ceux qui s’inspirent de faits divers et même ceux qui n’hésitent pas à faire de leur propre vie des histoires accessibles à tous. Ces récits sont nombreux, parfois même incontournables dans le paysage artistique et nul ne pourra nier que leurs auteurs les ont bien « écrits », qu’il s’agisse de littérature, de cinéma ou même d’œuvres d’art à part entière.

Et pourtant même eux ne sont pas des historiens. Les historiens ne voudraient pas qu’ils se présentent ainsi et je crois pouvoir affirmer qu’eux-mêmes ne voudraient pas être confondus avec les historiens.

Pour bien comprendre la différence entre le travail de l’auteur et celui de l’historien, intéressons-nous donc au travail de l’historien.

L’historien est avant tout un scientifique. S’il cherche effectivement à « raconter une histoire », sa véritable vocation est d’exposer des faits avérés. Il va constater certaines choses, faire des découvertes, émettre des théories à ce sujet, puis chercher des preuves, des indices, expérimenter afin de valider ou invalider ses théories. Au final, l’historien ne cherche pas réellement à provoquer des émotions chez son public ; son objectif est surtout de nous informer sur des faits du passé, afin que l’on puisse connaître la vérité sur ce grand récit qu’est l’aventure humaine.

Le journaliste, lui aussi, a cette vocation d’informer. Lorsqu’un événement a lieu, il va alors, comme l’historien, chercher autant de preuve que possible, collecter tous les indices qu’il pourra pour retracer le fil de la vérité et ensuite nous transmettre ses découvertes.

Et c’est finalement aussi ce que vous faites lorsque vous racontez votre journée, ou même lorsque vous tentez de narrer une histoire qu’on vous a raconté au préalable. Là encore, vous cherchez à reprendre les faits et à informer votre audience quelle qu’elle soit. Même si le but est bien de faire rire, ou de toucher émotionnellement les autres, lorsque nous racontons de telles histoires, nous cherchons avant tout à informer (ou à désinformer, dans le cas où nous mentirions) les autres à propos d’événements que nous avons vécus ou dont nous avons connaissance.

Or, le but d’un auteur, n’est pas d’informer, ou du moins, ce n’est pas ce qui constitue l’essence de son travail selon moi. Et ce pour une raison simple : un auteur, c’est avant tout un artiste. Et par conséquent, « écrire » consiste essentiellement à créer une œuvre d’art, ce qui suppose un objectif, un résultat, une façon de travailler très différente.

Pour bien comprendre ce que je veux dire par-là, il faut que je m’arrête un instant pour définir le concept même « d’œuvre d’art ». Néanmoins, c’est un sujet à part entière qui divise encore beaucoup les philosophes les plus aguerris et je n’ai pas la prétention de pouvoir apporter une réponse définitive, universelle et absolue à cette question. Plus encore, débattre sur la question, aussi intéressante soit-elle, nous écarterait bien trop du sujet et je préfère donc ne pas me perdre dans une telle dissertation. Je vais donc simplement vous rappeler une fois de plus que ces articles ont pour vocation de vous familiariser avec ma vision personnelle de l’écriture, avec ma méthode, mes théories ; et il me semble donc logique, de ce point de vue-là, que vous donne ma propre définition de « l’art », à partir de laquelle je construis mes théories sur l’écriture, et de passer directement à la suite (nous en débattrons autant que vous le désirerez dans les commentaires).

Selon moi, donc, est « art » toute création qui ne répond pas à une logique fonctionnelle, mais esthétique.

Pour prendre un exemple simple : si vous construisez une chaise afin d’avoir un support sur lequel vous asseoir, vous ne faites pas de l’art. Cette création a une vocation purement fonctionnelle. En revanche, si vous souhaitez donner à cette chaise une apparence agréable à l’œil, vous dépassez cet aspect fonctionnel et vous cherchez à rendre l’objet esthétique : vous faites de l’art. Ce n’est pas la chaise qui est une œuvre d’art, c’est son design qui l’est.

Prenons un autre exemple. Construire une maison, un bâtiment, pour abriter des gens ou des bureaux, ce n’est pas faire une œuvre d’art. Y rajouter des colonnes grecques pour rende l’ensemble plus impressionnant et des sculptures pour attirer l’œil : c’est de l’art.

Et bien lorsque l’on raconte une histoire, le principe est le même. Si vous cherchez à relater des faits, que votre but est simplement d’informer, de transmettre une suite d’événements dont vous avez connaissance : votre geste sera purement fonctionnel. Même si cela provoque des émotions chez votre public (c’est l’essence même d’une histoire après tout), votre objectif a été purement informatif, vous vous êtes contentez de transmettre votre message, votre acte est fonctionnel, ce n’est pas de l’art.

Vous créez une œuvre d’art à partir du moment où vous cherchez à réellement magnifier cette histoire, où vous essayez volontairement de lui donner des couleurs pour renforcer les émotions que l’on peut ressentir en l’entendant, où vous cherchez à aller au-delà de la simple transmission d’information ; lorsque votre but est davantage l’impact émotionnel produit que les faits que vous relatez.

Un auteur, lorsqu’il écrit, ne se contente donc pas de raconter une histoire : il doit construire et narrer ce que je vais appeler un « récit ».

Ainsi, un récit ne se contentera pas d’être une suite d’événements, un enchaînement plus ou moins logique de situations. Un récit, c’est avant tout une histoire qui a été délibérément construite et narrée pour avoir un impact émotionnel précis, qui magnifie les événements et les situations, les déforme, les transforme dans une démarche plus esthétique que fonctionnelle.

Bien entendu, l’exemple le plus flagrant du récit, c’est la fiction : une histoire inventée de toute pièce ne peut avoir vocation à informer sur des faits réels. Mais cela va aussi bien au-delà de la simple fiction. Rien n’empêche concrètement un récit de ne jamais relater que des faits avérés : ce qui en fait un récit sera alors la façon dont ils sont relatés. Souvent, l’auteur aura adopté le point de vue de l’un des protagonistes afin de vous familiariser avec cette vision des choses ; ou alors il aura passé sous silence certains événements pour rendre l’histoire plus captivante, plus agréable à suivre ; ou peut-être aura-t-il saisi cette occasion pour porter un regard critique sur ces événements et ainsi vous pousser à éprouver telle ou telle émotion à leur égard.

Là où l’historien tentera d’exposer les faits, tous les faits et rien que les faits ; l’auteur, par ses choix, aura guidé l’impact émotionnel de cette histoire et en aura ainsi fait un récit.

Un récit, c’est donc une histoire esthétisée, qui dépasse son rôle informatif ou l’écarte complètement, afin de se concentrer sur l’impact émotionnel qu’elle transmet. Et mon objectif, avec ces articles, sera de vous donner les armes pour construire et narrer des récits, et pas seulement des histoires.

 

Je tenais à rappeler cette dimension artistique du récit, car à mon sens, trop d’auteurs oublient aujourd’hui cette dimension de l’écriture, cette nécessité de magnifier, de guider l’impact émotionnel que l’on souhaite créer. Même dans les productions les plus fortunées, même dans les récits les plus populaires, il m’arrive d’éprouver de véritables manques vis-à-vis de cette démarche artistique.

Je pourrais bien entendu citer ces films historiques qui, à trop vouloir respecter l’Histoire, finissent par être lents et lourds. Ou, plus généralement, ces biographies, qui tentent de nous raconter toute une vie et finissent par contenir trop choses. Mais cela s’étend aussi souvent à la fiction elle-même : je vois souvent des récits davantage chercher à nous faire comprendre une suite d’événements qu’à nous captiver avec leur histoire.

C’est un travers auquel il faut, à mon avis, faire très attention. N’oubliez pas, lorsque vous écrivez, votre objectif ne doit jamais être d’informer : vous devez avoir une démarche artistique, chercher à créer un impact émotionnel précis. Si votre but est d’informer, rédigez plutôt un livre d’Histoire : cela vous imposera au moins une rigueur scientifique qui vous permettra d’être le plus précis possible.

En somme : n’oubliez jamais, même lorsque vous narrez des faits réels, l’aspect artistique de votre entreprise.

 

Et je conclurai cet article en vous confirmant que oui, vous avez parfaitement raison : il arrive parfois qu’en racontant votre journée, qu’en écrivant un livre d’Histoire ou même un article de journal, on finisse bien par créer un véritable récit. En grossissant les traits pour rendre l’incident plus drôle ou plus choquant par exemple, en narrant les faits historiques dans un ordre précis et étudié pour créer l’impact souhaité, ou encore en cherchant à captiver l’attention du public sur les nouvelles du jour.

Mais cela n’enlève rien au propos que je tiens ici. Encore une fois, un récit aura un impact émotionnel plus fort et si c’est cela que vous cherchez en racontant votre histoire, alors c’est bien que, quelque part, vous avez une âme d’artiste.

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Vu : La Momie

La_Momie

Bonjour, bonjour !

Mercredi dernier, au cinéma, je suis allé voir La Momie de Alex Kurtzman et, très honnêtement, c’est bien mieux que ce à quoi je ne m’attendais ; en fait, c’est même un bon, voire très bon film à mon avis.

Je vous l’avoue, au départ, je ne m’attendais vraiment pas à quelque chose de très intéressant avec ce film. Les bandes annonces, le titre, le casting, tout laissait supposer que La Momie serait en réalité un blockbuster lambda, plat et sans âme. Il faut bien le dire, reprendre le concept d’un film qui frôlait déjà la série B, avec Tom Cruise dans le rôle principal, ça ne vendait pas quelque chose de réellement novateur. Je m’attendais globalement soit à un film raté, avec une histoire plate au possible, peut-être même des incohérences grosses comme des maisons ou on nous survendrait des scènes d’actions mal rythmées… Ou alors, au mieux, à un film qui n’hésiterait pas à rire de sa propre facilité, en jouant sur l’autodérision pour faire passer la pilule.

Et bien non, détrompez-vous, ce n’est ni l’un ni l’autre. Pour commencer, le film se prend au sérieux et offre donc une histoire qui n’essaie pas de se ridiculiser elle-même, mais bien de nous plonger dans son univers fantastique. Et plus encore, il le fait très bien puisque, justement, j’ai été moi-même captivé par cette histoire.

La Momie, c’est donc l’histoire d’une momie qui revient à la vie et fout la merde. En gros. Pour être plus précis, c’est l’histoire d’une sorcière égyptienne que l’on a momifiée vivante pour la punir de ses crimes. Elle reste enfermée dans sa prison pendant des milliers d’années jusqu’à ce que Nick (Tom Cruise), un pilleur d’antiquité qui profite de la guerre contre Daesh pour revendre ses trouvailles au marché noir ni vu ni connu, accompagné d’une archéologue, décident que c’est une bonne idée que de sortir le sarcophage de sa cage. Et à partir de là, libérée, la Momie va essayer d’accomplir un rituel qu’elle n’avait pas eu le temps d’accomplir avant d’être momifiée et qui consiste globalement à donner un corps humain à Seth, le dieu du mal (ce qui, globalement, est pas tip top pour l’humanité). Du coup, Nick et son acolyte vont tenter de l’arrêter.

Je n’en dis pas plus car je ne veux pas vous gâcher certaines surprises, mais je pense que vous avez compris le principe.

La première chose à noter à propos de ce film, c’est qu’il est plutôt bien écrit et surtout, qu’il n’y a pas vraiment d’incohérence majeure. Il se tient d’un bout à l’autre et on comprend parfaitement tout ce qu’il s’y passe, pourquoi les personnages vont là, pourquoi ils font ci ou ça etc. Bref, on ne perd jamais le fil de ce qu’il se passe.

De la même manière, le scénario suit une structure classique en trois actes, mais le fait très bien. Le troisième acte est réellement le plus impressionnant (ce qui n’est pas toujours le cas dans les blockbusters ces derniers temps), on passe par toutes les étapes ordinaires qui sont alors placées exactement au bon endroit. Certes, ça a déjà été vu et revu, mais soyons honnêtes : la structure, surtout lorsqu’elle est bien utilisée, comme ici, est très efficace. C’est donc plutôt un bon point à mon avis.

D’autre part, toute l’histoire est réellement racontée du point de vue de Nick, ce qui renforce beaucoup l’identification (surtout avec un Tom Cruise au top de sa forme). On voit ce qu’il voit, on ressent ce qu’il ressent, on ne le lâche pas d’une semelle. J’ai notamment beaucoup aimé la façon dont été gérées ses « visions » : elles nous donnent réellement l’impression de perdre pied en même temps que lui. Et du coup, on comprend aussi parfaitement ce personnage, on s’attache à lui et on a réellement envie de savoir ce qui va lui arriver, comment il va s’en sortir.

Mais allons plus loin, pour renforcer d’autant plus cette identification, les scénaristes ont donné à Nick un enjeu très personnel pour vaincre la momie : étant celui qui l’a libérée de ses chaînes, la malédiction qui la frappe s’étend aussi à lui. Son parcours n’est donc pas seulement de sauver le monde, mais bien de tout faire pour survivre en se libérant de la malédiction qui le frappe. Ce double enjeu est un bon moyen de renforcer notre attachement au personnage et de créer de véritables dilemmes : se choisira-t-il lui, ou préféra-t-il se sacrifier au nom de l’humanité ?

Enfin, un autre point très positif : c’est le travail qui a été fait autour de la méchante. Je la trouve réellement réussie. Le film se permet à la fois de la rendre dangereuse et inquiétante, tout en nous permettant d’être touchés par ce qui lui arrive. Et cela s’explique assez simplement.

En réalité, les scénaristes du film lui ont donné un véritable background, une histoire assez complète qui justifie parfaitement qu’elle soit passée du côté obscur. Ainsi, la Momie était autrefois une princesse égyptienne, destinée à hériter du trône, mais qui a été écartée du pouvoir par la naissance d’un petit frère. Immédiatement, on nous place donc face à l’injustice qui l’a frappée, on nous fait ressentir la traîtrise qu’elle ressent à avoir été élevée pour régner puis à se voir refuser le trône simplement parce qu’elle est née femme. Et du coup, on ne peut que comprendre lorsqu’elle se tourne vers les forces obscures pour reprendre ce qui lui revenait de droit. Cela nous permet ainsi de pouvoir être en partie de son côté.

Ensuite, les créateurs du film ont aussi clairement défini l’étendue de son pouvoir. On sait très rapidement de quoi elle est capable, ce qui la rend particulièrement dangereuse, mais aussi quoi elle n’est pas capable et même de ce qui la rend vulnérable. Du coup, on se retrouve bien avec un personnage qui est un formidable antagoniste, très difficile a vaincre, mais dont on sait les faiblesses, ce qui rend possible la victoire et permet même aux scénaristes de la placer, à certains moments, en position de victime et de créer à nouveau une certaine empathie pour elle.

La combinaison de ces éléments fait d’elle un très bon antagoniste. Autant de détails dont un grand nombre de films aujourd’hui, oublient de se préoccuper. Prenez par exemple La Vengeance de Salazar qui ne répond à aucune de ces exigences de qualité.

Attention cependant, je ne suis pas du tout en train de dire que c’est un film magnifique qu’il faut absolument aller voir au plus vite. Entendons-nous bien, La Momie est un blockbuster commercial, et cela s’accompagne d’ailleurs de certains défauts un peu ennuyeux.

Tout d’abord, le premier point, c’est la tendance à vouloir tout surexpliquer. Par exemple, le film commence plus ou moins sur une séquence de voix off de Russel Crowe, qui nous explique très clairement la vie de la Momie avant qu’elle ne soit momifiée. Personnellement, j’aurais trouvé beaucoup plus intéressant que les personnages découvre tout cela petit à petit, au fur et à mesure que le film avançait. Et c’est un problème un peu général, que l’on retrouve d’ailleurs dans beaucoup d’autres blockbusters, même s’il est vraiment plus développé dans ce film-ci.

Ensuite, je trouve l’histoire d’amour entre Tom Cruise et l’archéologue peu réussie, voire peu crédible. Le duo en lui-même a une bonne mécanique, à moitié conflictuelle, à moitié coordonnée. Néanmoins, il n’y a pas non plus de quoi nous faire croire à des sentiments bien réels entre eux. Au contraire, je pense que le film aurait dû se contenter d’en faire des amis. Leur lien aurait été beaucoup plus crédible, mais aussi beaucoup plus fort à mon sens. Car à trop essayer de nous faire croire à un amour entre eux, et à vouloir utiliser cet amour comme un élément essentiel du climax, on finit par gâcher un peu l’effet. Puisque l’histoire d’amour ne fonctionne pas, on ne comprend pas tellement pourquoi Tom Cruise fait ce choix à la fin. Alors que, si on s’était contenté d’une amitié assez forte, on aurait pu arriver à la même décision, sans que cela paraisse anormal une seule seconde.

Ensuite, je n’ai pas vraiment aimé tout l’aspect « Dark Universe ». Si vous n’êtes au courant, La Momie est en réalité censé être le premier film d’un nouvel univers cinématographique appartenant à Universal et consacré, globalement, aux monstres tels que Dracula, Frankenstein, Dr Jekyll et autres facéties du genre. Du coup, une partie du film est consacrée à nous présenter une sorte d’agence chargée de chasser ces créatures maléfiques. Et je trouve, personnellement, que ça ne s’inscrit finalement pas tellement dans cette histoire de Momie qui revient d’entre les morts pour accomplir son rituel. Avec cet ajout, je trouve qu’on s’écarte un peu du sujet et moi, je préfère toujours quand les films restent centrés sur leur sujet.

Enfin, dernier point négatif : n’écrivez jamais d’histoire où les morts peuvent revenir à la vie. C’est une règle absolue de l’écriture. La mort est un phénomène absolu dans notre quotidien qui a un impact contre lequel on ne peut rien. Pour que la mort d’un personnage ait un impact dans un récit, il est donc impératif de ne pas déroger à cette règle. Parce qu’à partir du moment où l’on explique au spectateur que, dans l’univers de ce film, on peut revenir à la vie, alors lorsqu’un personnage meurt, il devient impossible de ressentir réellement tout ce que l’on doit ressentir face à un tel phénomène. Tout ce qu’on fait, c’est se demander quand est-ce qu’ils vont ressusciter la personne.

Et si vraiment on veut faire revenir les morts à la vie (ce qui est un peu le principe du film je vous le rappelle), il faut alors l’assumer et rester cohérent : les personnages eux-mêmes savent que la mort n’est pas une fin en soi. Et bien, pour un film qui passe son temps à dire qu’il y a des sorts pires que la mort, c’est quand même très con de tomber ainsi dns le panneau.

Et oui, La Momie a bien tous les défauts que je viens de mentionner et ce ne sont pas des moindres. Ils empêchent réellement l’histoire de décoller complètement et c’est vraiment un problème. En fait, ils rendent presque le scénario, malgré ses bons côtés, malgré ses qualités, peu intéressant en lui-même.

Alors, qu’est-ce qui fait que j’ai autant aimé le film ? Qu’est-ce qui, au final, le rend si bon que je veux vous le recommander ? Et bien c’est la réalisation.

Une fois n’est pas coutume, ce n’est pas l’histoire qui m’a accroché (même si celle-ci fonctionne suffisamment pour ne pas me perdre), c’est la réalisation du film. Je me dois de vous le dire, elle est vraiment superbe. Chaque fois que le film veut me faire rire, il me fait rire, chaque fois qu’il y a une scène de tension, je suis tendu, chaque fois qu’il veut m’impressionner, je suis impressionné etc. Que ce soit les visions, le crash, les combats ou autre : tout est filmé avec un talent incroyable. Je ne suis pas assez expert pour vous dire quelles techniques ont été utilisées, mais je peux vous dire qu’elles fonctionnent très bien.

Si vous allez voir La Momie, plus qu’une histoire intéressante, vous aurez surtout droit à un véritable spectacle de qualité. Un grand nombre de scènes m’ont réellement marqué et je pense sincèrement que ça vaut le détour, surtout si vous aimez comme moi les histoires de ce genre. Alors oui, malgré tous ses défauts et tout ce qu’on a pu en dire, je vous recommande bien d’aller voir La Momie.

Vu : HHhH

HHhH

Bonjour, bonjour !

Lundi dernier, au cinéma, je suis allé voir HHhH de Cédric Jimenez et, même si je pense que c’est un bon film, il y a tout de même d’énormes lacunes.

HHhH est donc un film adapté du fameux roman de Laurent Binet, qui avait raflé un certain nombre de prix il y a quelques années. L’histoire, c’est celle de l’assassinat de Heydrich, l’une des principales figures du parti Nazi, qui a notamment commandé les SS et qui a été abattu par des résistants tchécoslovaques.

La première chose à noter sur ce film, c’est que si vous ne connaissez pas bien ce personnage ou cet épisode de l’histoire, vous apprendrez beaucoup de choses sur  Heydrich ou même sur la résistance Tchécoslovaque, sans parler du déroulement de l’assassinat en lui-même. Je pense que le film est historiquement très fidèle à la réalité et dresse un portrait plutôt juste des uns et des autres.

De même, une autre qualité du film est le suspense qui le traverse. Naturellement, cette histoire traitant d’un assassinat, de sa préparation et de ses conséquences, elle est habitée par une tension palpable qui vous tiendra probablement en haleine, peu importe que vous connaissiez l’événement dans ses moindres détails. On vous présente bien les différents protagonistes et vous ne pourrez sans doute pas vous empêcher de trembler pour eux dans les moments où ils sont le plus exposé. Il y a aussi plusieurs belles scènes d’émotion forte, notamment la dernière que je trouve vraiment très touchante après tout ce que l’on a vu avant.

Néanmoins, pour être tout à fait honnête, je trouve surtout que le film repose beaucoup sur ses acquis. S’il y a bien quelques trucs d’écriture qui le rendent agréable à suivre, soyons juste : l’essentiel de sa force repose entièrement sur la force de l’événement en lui-même. Evidemment, assassiner le gouverneur de la Tchécoslovaquie en 1942, l’un des plus haut responsables du parti Nazi, c’est une histoire captivante en elle-même : la tâche sera ardue, les enjeux seront très forts. On aura aucun mal à nous attacher aux personnages ni à faire en sorte que le spectateur soit fasciné par leur destin. A moins de faire complètement n’importe quoi, il y avait peu de chance de réellement rater ce film à mon avis. Et mon plus grand reproche est donc le suivant : ce film ne cherche pas à aller plus loin encore. Il avait le potentiel d’être un très grand film et n’a pas du tout saisi cette opportunité.

Et pour bien comprendre le problème, il faut comprendre que le film est construit en trois parties distinctes. Il y a d’abord une première partie qui présente la vie de Heydrich, son ascension au sein du parti, jusqu’au jour de son assassinat. Et au moment crucial, le film s’arrête et reprend plusieurs mois plus tôt, afin que l’on puisse suivre l’histoire des deux résistants qui préparent l’assassinat. Enfin, la troisième partie nous raconte ce s’il se passe après l’assassinat.

Le plus gros problème du film, c’est que toute la première partie n’est en réalité qu’un immense résumé d’une quarantaine de minute.

Un résumé, en gros, c’est lorsqu’au lieu de décrire ou de raconter un passage de votre histoire, vous préférez le survoler en vous contentant de donner les informations essentielles à la compréhension. En somme, vous passez rapidement sur les divers événements, sans prendre la peine de narrer, en temps réel, les différentes scènes que vous traitez. Cela peut éventuellement permettre, en termes d’écriture, de passer plus rapidement sur certains passages qui seraient autrement très ennuyeux à suivre. Le problème, en revanche, c’est qu’en résumant un passage de votre histoire, vous empêchez toute immersion réelle dans le récit : impossible de ressentir quoi que ce soit pour les personnages, puisqu’au lieu de narrer leurs aventures et de faire vivre leurs émotions, vous survolez ce qui leur arrive avec un point de vue nécessairement extérieur aux scènes.

Et croyez ma parole d’éditeur : le résumé, c’est LE fléau de l’écrivain ou du scénariste. Selon mon expérience, la grande majorité des « mauvais textes » le sont uniquement parce que l’auteur est tombé dans le travers de résumer davantage que de raconter, y compris des scènes centrales de l’intrigue. En ayant trop souvent recours au résumé, l’auteur finit par écrire une histoire devant laquelle on ne ressent pas la moindre émotion, qui se contente alors d’être une suite de faits et rien de plus. Résumer les scènes les plus importantes sera toujours fatal à votre récit : car ces scènes n’auront alors laissé aucun impact sur le lecteur, ce qui est tout le contraire de ce que vous espériez.

Donc oui, si le résumé peut être utile dans certains cas très précis, faites-moi confiance : mal utilisé c’est la pire chose que vous pouvez faire. Dans le doute, ne résumez jamais rien, quitte à décrire le moindre geste de votre personnage (vous élaguerez plus tard ce qu’il convient de retirer) : décrivez toujours vos scènes comme si vous y étiez. Sans quoi, vos résumés détruiront la qualité de votre récit… d’autant plus si un tiers au moins de votre film y est pleinement consacré.

Car oui, finalement, c’est bien le problème : toute la première partie du film est un immense résumé de la vie d’Heydrich. Et si cela nous apprend certes ce qu’il a fait avant d’être assassiné, les crimes qu’il a commis, la façon dont il a grimpé les échelons, cela ne nous permet pas un seul instant de nous identifier à lui pour comprendre qui il est vraiment. On ne ressent à aucun moment qu’il aime sa femme ou ses enfants. On ne ressent même pas vraiment l’injustice qui le frappe lorsqu’il est exclu de l’armée. Et finalement, même après avoir vu le film, je ne connais pas ce personnage.

Etait-il un véritable convaincu de l’idéologie nazi, dévoué corps et âme à la cause ? Est-ce pour sa femme qu’il fait tout cela ? Ou voyait-il simplement dans tout cela l’occasion de briller, de faire un travail pour lequel il était enfin compétent et apprécié ? On ne saura jamais. En tout cas, pas avec ce film, c’est certain.

Et finalement, pendant 40 minutes de film, j’ai juste attendu que l’histoire commence.

La seconde et la troisième partie, qui parlent cette fois des résistants, est beaucoup mieux écrite. Cette fois, on essaie pas de condenser toute une vie en quelques dizaines de minutes et on nous raconte réellement l’organisation de l’assassinat, en suivant le périple des deux résistants responsables de l’opération, depuis leur départ d’Angleterre jusqu’à la fin de l’histoire. Là, j’ai enfin pu m’identifier à eux un peu plus. Néanmoins, malheureusement, il reste encore beaucoup de passages résumés, alors qu’ils auraient dû être narrés. Notamment en ce qui concerne les histoires d’amour des deux jeunes hommes.

Et tout cela empêche d’être pleinement pris par l’émotion à certains moments cruciaux de l’intrigue. Oui, encore une fois, le résumé devient le fléau de cette histoire.

Je pense en réalité que ce film aurait dû être plus long et nous raconter cette histoire en prenant davantage le temps de nous introduire à ces différents personnages et de bien nous montrer qui ils étaient vraiment, de nous identifier à eux, y compris à Heydrich et de tout raconter dans le moindre détail. Cela aurait permis de beaucoup renforcer la tension du film, de magnifier certaines émotions et de nous toucher plus profondément. Mieux encore, cela aurait permis de donner au film une véritable approche artistique de cette histoire, en adoptant un point de vue quant au personnage de Heydrich au lieu de se contenter de faits établis. Enfin, cela aurait donné au film une dimension infiniment plus humaine.

J’ai un peu l’impression que Cédric Jimenez a eu peur d’assumer certains choix, ou peut-être qu’essayer de nous attacher émotionnellement à Heydrich ne rebute les spectateurs.

Mais si vous revoyez La Liste de Schindler, vous verrez que ce film ne prend aucun gant pour nous présenter Goeth dans tous les aspects de sa personnalité. Et ainsi, on comprend infiniment mieux qui il était et ce qui le poussait à agir ainsi. C’est dommage que HHhH n’ait pas eu cette clairvoyance.

Enfin, je trouve le film assez mal réalisé. Je ne le parle pas de la reconstitution historique, qui est parfaite, ou même des acteurs, qui sont tous très bon, mais bien de la réalisation elle-même. La caméra bouge tout le temps, sans la moindre raison et cela a fini par m’agacer. Certains choix, dans ce qui est montré et ce qui ne l’est pas, sont aussi dommages. Bref, je pense qu’il aurait pu être beaucoup mieux réalisé.

En somme donc, je peux sans honte vous recommander d’aller voir HHhH, mais, si le film est assez prenant, il est très loin d’être exceptionnel à cause des nombreux résumés qui le rendent plus informatif que narratif et d’une réalisation pas toujours adéquates. Si vous ne connaissez pas précisément cet événement, vous apprécierez sans aucun doute d’en apprendre plus. Si vous le connaissez déjà par cœur, vous pourrez tout de même être pris par la tension. Mais de mon côté, je trouve dommage qu’avec une histoire pareille, on doive se contenter de si peu.

Vu : Conspiracy

conspiracy

Bonjour, bonjour !

Lundi dernier, au cinéma, je suis allé voir Conspiracy de Michael Apted et, très franchement, c’était sympa, mais sans plus.

Conspiracy est en réalité une énième histoire d’espion trahi qui, se retrouvant tout seul, doit quand même sauver l’humanité sans vraiment savoir à qui se confier car il semble que l’agence secrète en elle-même soit infiltrée par les méchants. Ici, l’idée est que Alice Racine, l’héroïne jouée par Noomie Rapace, soit piégée par un groupe qui se fait passer pour la CIA et qui cherche en réalité à provoquer un attentat, plutôt qu’à l’arrêter. A elle de se débrouiller ensuite avec la CIA qui se demande si c’est pas une traître, le MI5 (parce que ça se passe à Londres) qui sait pas non plus sur quel pied danser et le groupe des méchants qui est toujours à sa poursuite.

Et dans l’ensemble, c’est assez bien fichu. L’enquête est prenante, l’enjeu est fort car les terroristes prévoient une attaque bactériologique très dangereuse et comme on est presque toujours du côté de l’héroïne, on découvre tout en même temps qu’elle : on est surpris avec elle, on se sent trahi avec elle, on est inquiet avec elle. Et puis, il y a même les deux directeurs, de la CIA et du MI5 qui sont assez rigolos.

Le problème ? Eh bien, si c’est votre tout premier film d’espionnage, vous trouverez peut-être ça intéressant. Quand vous en avez vu des mille et des cents, vous vous rendrez bien vite compte que le film est non seulement extrêmement prévisible, mais qu’en plus, il n’apporte absolument rien de nouveau.

Si vous connaissez un tant soit peu les codes du cinéma, comme c’est mon cas, vous savez qui est le méchant très rapidement, alors que c’est censé être une révélation, vous savez comment telle ou telle scène va se terminer et vous vous doutez très tôt de ce que Orlando Bloom fait dans le film, parce que quand même, il a un comportement louche.

Et du coup, si l’ensemble ressemble à un bon épisode d’une série d’espionnage, il n’y a rien d’autre à vous mettre sous la dent que cette histoire d’espionnage. L’héroïne est, somme toute, lambda pour ce genre de film, le ton n’a rien de particulier, les rebondissements ont déjà été vus et revus…

Dans un James Bond, on trouvera le flegme tout anglais du fameux agent secret et ses histoires rocambolesques. Dans un Mission Impossible, il y aura toujours une équipe sympathique à suivre et des scènes d’action qui valent le détour. Et même dans Agent Presque Secrets, sorti l’année dernière, qui n’était pourtant pas si terrible que ça, il y avait au moins l’idée d’un citoyen lambda embarqué dans une histoire extraordinaire. Mais là, non, juste une histoire d’agents secrets comme les autres.

Et au bout d’un moment, c’est sympathique, mais ça ne va pas plus loin. J’ai eu, à un moment, un espoir avec le personnage d’Orlando Bloom, mais finalement, le film a gâché l’effet novateur que ça aurait pu produire. D’autant que, quand on ne sort pas des sentiers battus avec ce genre de film, ça devient vite un délire paranoïaque un peu lourdingue où tout le monde trahit tout le monde et où tout le monde est un espion, même le gars qu’on croise comme ça dans la rue, où même des agents du gouvernement finissent par être des méchants pour des raisons plus ou moins intéressantes… Du coup, ce n’est pas non plus un univers très alléchant à mon avis.

Bref, si vous adorez les histoires d’espionnage, vous serez probablement un peu déçu, car vous avez déjà vu beaucoup mieux en la matière. Si vous n’en avez jamais vu, ce n’est peut-être pas le film avec lequel commencer pour apprécier le genre. Et si vous n’aimez pas cela, il n’y a malheureusement rien de plus à en tirer.

Au final, peu importe la qualité intrinsèque du film, je ne vous le recommande pas vraiment. Il n’y a même pas une scène qui m’a marqué particulièrement. Si ce n’est la toute dernière qui défend visiblement l’idée d’exécuter froidement les gens en pleine rue sans le moindre procès… Ce qui reste bof comme idée. Ils avaient tout à fait la possibilité de le capturer ce monsieur…

Vu : Wonder Woman

Wonder Woman

Bonjour, bonjour !

Mercredi dernier, au cinéma, je suis allé voir Wonder Woman de Patty Jenkins, et c’est vraiment un film que j’ai beaucoup aimé !

Wonder Woman est un film bien écrit, bien réalisé, avec d’excellents acteurs ; qui fait rire, qui fait rêver et qui en même temps porte un vrai regard intéressant sur l’humanité et sa propension à la guerre. L’histoire m’a captivé d’un bout à l’autre, j’ai beaucoup aimé les personnages qui y sont développés et qui ont finalement tous quelque chose d’intéressant à défendre. Dans l’ensemble, donc, oui, je trouve que c’est un excellent film : je n’ai pas du tout vu passer les 2h20 du film, bien au contraire, j’aurais presque eu envie d’en redemander.

L’histoire du film, c’est celle de Diana, une jeune amazone qui vit depuis toujours sur une île paradisiaque, complètement isolée du reste du monde, l’île où vivent les amazones. Elle grandit en étant bercée par les légendes des amazones sur leur création et sur Ares, le dieu de la guerre, qui a corrompu les êtres humains en leur donnant un tempérament guerrier et destructeur. Elle-même rêve de devenir une guerrière protectrice de l’humanité contre le péril que représente Ares et s’entraine donc d’arrache-pied pour devenir une combattante redoutable.

Tout change lorsqu’en 1918, un pilote américain, Steve, espion poursuivi par les Allemands s’écrase sur l’île par hasard et apporte avec lui la nouvelle : le monde est déchiré par une guerre sans précédent, une guerre hyper meurtrière. La guerre qui mettra fin à toutes les guerres : la première guerre mondiale. En entendant cela, Diana se dit que c’est forcément Ares qui est derrière tout ça et décide donc de partir avec Steve pour trouver Ares et le tuer, afin que les êtres humains puissent de nouveau vivre en paix. Une quête qui l’emmènera au cœur des combats, ce qui lui permettra bien évidemment de réaliser quelques menus exploits héroïques.

Et cette histoire, qui peut paraître simple pour un film de super-héroïne qui puise dans la mythologie grecque, est finalement bien plus intelligente qu’on ne pourrait le penser au premier abord.

Alors, qu’est-ce qui fondamentalement, fonctionne si bien dans ce film ?

Tout d’abord, l’héroïne elle-même. C’est un personnage auquel on s’attache immédiatement. Dès les premières scènes, on va nous plonger dans ses enjeux, ses désirs, ses objectifs, mais aussi dans ses croyances. Elle veut devenir une guerrière, être aussi héroïque que sa mère et sa mentor l’ont été par le passé. Au départ, sa mère, trop protectrice, s’y oppose, ce qui nous accroche immédiatement au personnage : elle a un rêve, quelque chose l’empêche d’y parvenir, on veut immédiatement savoir si elle va y parvenir.

De même, on la voit grandir bercée par une explication mythologique de la création du monde. Une série d’histoires manichéennes qui représentent pour elle la vérité absolue. Pour elle, l’humanité n’est pas mauvaise, elle est au contraire pure et magnifique, elle a simplement été corrompue par Ares.

Et ainsi, dès le début du film, on comprend parfaitement le personnage : sa vision manichéenne des choses, son désir de faire le bien, son rêve d’être aussi héroïque que sa mère l’a été. En bref, quand l’aventure commence, on comprend parfaitement pourquoi elle y va et quel est son enjeu dans l’affaire, pourquoi c’est si important à ses yeux et on a envie qu’elle réussisse, on a envie de la suivre.

Encore une fois, une forte identification au personnage principal est souvent l’une des clés du succès.

Mais ce qui est vraiment bien avec Wonder Woman, c’est que le film assume complètement le fait que son personnage ait été élevé dans un cocon bien protégé, dans une bulle complètement déconnectée de la réalité. Car tout le film va alors consister à lui faire découvrir la réalité, à confronter sa vision manichéenne, naïve des choses, à ce qu’il se passe en vrai. Tout le film repose entièrement sur ce décalage entre Diana, une jeune femme qui ne connait finalement rien de la vie, et le monde tel qu’il est vraiment.

Ce décalage va créer, dans un premier temps, de l’humour : Diana, complètement inadaptée à notre société moderne, va enchaîner les comportements complètement hors de propos, qui ne manqueront pas de vous faire rire ou de faire réagir les personnages autour d’elle (le moment où elle sort du magasin de vêtement est tellement drôle que j’en ri encore…). Ce décalage va aussi permettre à Diana de créer des situations scénaristiques intéressantes en commettant des erreurs dues à son jugement erroné. C’est aussi le moyen de dénoncer certains comportements propres à la société de l’époque. Et d’autres choses encore.

Mais surtout, surtout, c’est ce décalage qui va permettre à Diana d’accomplir un véritable parcours initiatique et de devenir la véritable « Wonder Woman ». Car c’est bien en ayant été élevée de cette manière et en apprenant la vérité qu’elle va réellement devenir une héroïne digne de ce nom.

Et si ce décalage fonctionne si bien, c’est notamment grâce aux autres personnages et principalement grâce à celui de Steve. Steve, lui, sait bien comment le monde fonctionne vraiment. Il a un tempérament de héros quelque part, avec des défauts qui lui sont propres, mais il n’a pas été éduqué dans une bulle. Et du coup, chaque fois que Diana a un comportement décalé, Steve est là pour réagir comme un homme de 1918 devrait le faire en compagnie d’une telle femme. Un moyen de souligner le fait que Diana est complètement à l’ouest, complètement déconnectée.

Voyez leurs conversations : entre lui qui essaie d’accomplir sa mission, ou qui s’empêtre dans des comportements sociaux, qui cherche à lui expliquer ce qui est si évident à ses yeux, et elle qui ne cesse de s’étonner de tout, qui parle avec une franchise à toute épreuve, sans la moindre gêne et qui assène ce qu’elle croit être des vérités absolues avec une foi inébranlable.

Seule, elle ne serait pas drôle, pas exceptionnelle, ce n’est que parce que lui (et les autres personnages aussi, dans une moindre mesure) l’accompagne, qu’elle devient réellement un personnage qui génère tout un tas de situations comiques ou dramatiques que l’on apprécie de suivre. C’est donc le duo, plus que le personnage de Diana elle-même, qui fonctionne aussi bien.

Rappelez-vous toujours : un personnage seul est rarement intéressant sans être mis en scène. Et ce sont souvent par les autres personnages qu’un personnage est mis en scène. Et selon le caractère des personnages avec qui un personnage est mis en scène, vous créerez des synergie différentes : comiques, dramatiques, amoureuses, conflictuelles etc. Wonder Woman a ainsi réussi à créer une synergie très efficace.

Voici, en gros, les deux techniques principales qui sont utilisées en termes d’écriture, pour faire de Wonder Woman un film vraiment agréable à suivre, un très bon film même. Mais y a aussi beaucoup d’autres bons côtés à remarquer. Notamment le fait que tous les personnages secondaires aient quelque chose à défendre de leur côté et sans qu’on en rajoute trop non plus. Chacun se contente d’avoir un petit moment de dialogue dans lequel on en apprend plus sur lui et sur son parcours, sa personnalité, ce qui le rend ainsi plus intéressant, plus attachant. Il y a aussi tout un tas de pied de nez au machisme de l’époque parfaitement bien pensés et pas du tout lourdingues dans le discours (lorsqu’elle traduit le texte, lorsqu’elle entre dans la salle des généraux, ou même lorsque Steve voudrait la protéger). Et dans la mesure où certains de ces comportements existent encore, ce film est un vrai bonheur.

Mais pour moi, le gros point fort du film, c’est finalement le parcours initiatique en lui-même et ce que Diana apprend en accomplissant sa quête, qui porte un message fort et vraiment intéressant dans un film de super-héroïne. Je ne vous révèle évidemment pas tout, mais je pense que vous comprendrez très vite, soit en voyant le film, soit en recollant les morceaux de cet article. Le pitch dramatique de cette histoire est le suivant :

« Pour arrêter la guerre, Diana doit trouver et tuer Ares, mais elle va petit à petit apprendre à connaître la vérité du monde. »

Et à partir de là, vous pouvez sans mal deviner en quoi le film s’éloigne des sentiers battus. Et ce qui est bien, c’est que le film va réellement au bout de cette idée, sans rien épargner à l’héroïne et sans tomber, à la fin dans le manichéisme propre aux films de super-héroïnes.

Voilà donc, tout ce qui fait de Wonder Woman un excellent blockbuster selon moi.

Cela-dit, je veux mettre quelques bémols. Car le film n’est pas parfait non plus.

Il y a quelques incohérences, dont au moins une un peu gênante sur les intentions du méchant (mais dont je ne peux pas parler sans révéler la fin), mais globalement, celles-ci ne sont pas gênantes. Il y a aussi à un moment, un aller-retour inutile qui aurait pu être évité. De même, j’ai trouvé la scène de prologue et la scène d’épilogue, à Paris, parfaitement inutile : elles auraient dû être enlevées à mon avis. D’autant que la voix-off est inintéressante (à tel point que je me suis rendu compte que je ne l’écoutais plus à un moment…). Dans la réalisation, il y a peut-être un abus du ralenti et j’ai même trouvé que le thème de Wonder Woman (qui est vraiment génial, écoutez-le en boucle) n’était pas aussi bien placé qu’il aurait dû l’être. Pourquoi, par exemple, l’avoir fait démarrer au milieu de la scène dans les tranchée et pas lorsque Diana lance son action héroïque ? Bref. Par ailleurs, alors que les différentes langues ont une certaine importance dans l’intrigue, tous les allemands parlent anglais… ce qui est finalement mal venu.

Et puis, il y a le fait que Diana est vraiment complètement invincible, ce qui au final, retire pal mal d’enjeu : c’est quoi sa kryptonite ?

Mais le plus gros défaut selon moi, c’est le troisième acte du film. Je ne dirais pas qu’il est mauvais : loin de là. Il y a des images très belles, la scène d’action est plutôt réussie et il y a un moment d’émotion qui vaut tout l’or du monde. Cependant, je le trouve quelque peu… inapproprié.

Je m’explique : tout le film a consisté à confronter Diana à la réalité. Et le film le fait très bien, d’un bout à l’autre. Jusqu’à ce que toutes les révélations aient été faites, le film respecte parfaitement cette idée. Mais ce qui suit, malheureusement, ne confronte plus Diana à la réalité, mais bien à la mythologie. Et en cela, j’avoue avoir été déçu que le film n’aille pas jusqu’au bout de son idée de base et rentre finalement dans quelque chose de plus « classique » pour un film de super-héroïne. Un combat contre un grand méchant, c’est toujours sympa à regarder, bien sûr, mais dans ce cas précis, je trouve que ça dessert l’idée principale du film. D’autant que, une fois le grand méchant vaincu (parce que oui, bon, c’est un film de super-héroïne quand même, faut pas déconner), la conséquence directe semble conforter les croyances de Diana, alors que tout le film a consisté à les remettre en question… Vous voyez le problème ?

Alors bien entendu, historiquement, on sait ce qu’il se passe ensuite et le message du film n’est pas gâché. Mais tout de même, ce sont pour moi des maladresses qui auraient dû être évités. D’autant qu’on ajoute à cela tout une série de répliques un peu nunuches, alors que le reste du film défendait les mêmes valeurs avec infiniment plus de subtilité. En somme, il y a comme un acte manqué avec ce combat final. Le film aurait peut-être été beaucoup plus grandiose s’il n’était pas retombé dans le cliché qu’il cherchait en partie à combattre.

Mais malgré tout, je vous recommande chaudement le film. Wonder Woman est bon, bien écrit, intelligent, drôle, épique et très émouvant, mais surtout, il fait ce que les films Marvel ne font pas : il se dote d’un fond, d’un véritable projet artistique destiné à défendre une idée, un message. Et allons plus loin : vous avez vu combien de film de super-héroïne récemment ?

Alors merci DC de nous avoir enfin offert un tel film et de l’avoir si bien fait.

Pourquoi écrire ?

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Lorsque l’on veut écrire, la première chose à faire selon moi, c’est de se demander : pourquoi ? Pourquoi écrivons-nous ? Pourquoi voulons-nous raconter une histoire ? Qu’est-ce qui nous pousse à prendre notre plume ? Qu’est-ce qui fait que nous jugeons bon, intéressant ou même nécessaire de construire et de narrer un récit, quel qu’il soit ?

Si on ne commence pas par répondre à cette question, si l’on ne sait pas ce qui nous guide, ce qui nous pousse à agir, l’objectif qui est le nôtre lorsque nous nous lançons dans une telle entreprise, nous risquons tout simplement de nous perdre. Lorsque l’on écrit, lorsque l’on entame un projet d’écriture, quel qu’il soit, il me paraît plus que nécessaire de savoir où l’on va, ce que nous désirons réellement accomplir avec un tel projet et pourquoi nous le désirons. Sans cela, nous ouvrons la porte aux doutes et à la confusion dans nos travaux, et ainsi nous prenons le risque de tant nous éloigner de ce qui nous avait motivé au départ, qu’on ne se reconnaisse plus dans ce que nous avons produit au final.

Mais répondre à cette question, c’est aussi comprendre l’essence de l’écriture, sa raison d’être. De savoir tout ce qui s’en écarte et de connaître tout ce que cela comprend. Alors oui, pour commencer, avant toute chose, je voudrais répondre à cette question : pourquoi racontons-nous des histoires ? Quelle est cette chose au fond de nous-mêmes qui nous pousse à narrer, à inventer des récits ?

Au cours de ma vie, j’ai eu l’occasion de rencontrer de nombreux auteurs. Certains n’écrivaient jamais que pour le plaisir, sans la moindre prétention. D’autres travaillaient hardiment à faire connaître leurs travaux du grand public. Et d’autres encore étaient des professionnels reconnus disposant déjà d’une longue carrière derrière eux. Et à chaque fois que j’ai pu en parler avec eux, j’ai pu constater une chose : chacun se met à l’écriture pour des raisons qui lui sont propres.

Certains écrivent parce que des sujets, des phénomènes les interpellent et qu’ils ont l’envie d’interpeller les autres à leur tour. D’autres se lancent dans l’aventure car l’exercice en lui-même leur permet de s’évader et de s’imaginer à la place de leurs personnages. Certains écrivent parce qu’ils cherchent à captiver leur audience. D’autres écrivent parce qu’ils veulent faire rêver, divertir ceux qui consomment leurs histoires. Et il en est qui écrivent, car c’est pour eux le seul moyen d’exprimer des sentiments, des traumatismes qu’ils ont sur le cœur et qu’ils ont besoin d’expulser hors de leur corps.

Et parfois, la réponse varie même d’un projet à l’autre. Un auteur aura voulu écrire cette histoire parce qu’il voulait traiter ce sujet important à ses yeux, mais aura écrit telle autre pour savoir s’il en était capable, parce qu’elle représentait un bon défi à ses yeux. A ma connaissance, il n’existe aucune règle, aucune raison universelle qui pousserait quelqu’un à se lancer dans l’écriture d’un récit.

Moi-même, par exemple, c’est la frustration qui me meut. Je n’écris jamais que les histoires que j’aimerais que l’on me raconte. Lorsque j’ai une idée de récit, j’ai envie de me plonger dans l’histoire correspondante. Hélas, aucun auteur n’a encore écrit cela, faute d’avoir eu l’idée avant moi, probablement, ou s’ils l’ont fait, ils ne l’ont pas fait d’une manière qui me satisfait : ce n’était pas le bon angle pour traiter l’histoire, pas le bon point de vue, par le bon format ou pas le bon support, ou même, plus simplement, ce n’était pas assez bien écrit. Alors, frustré de ne pouvoir m’y plonger comme je le souhaiterais, mon seul recours est de passer à l’acte et de m’atteler à la tâche.

Au final, les raisons qui nous poussent à prendre la plume, à écrire les récits qui nous habitent, sont entièrement personnelles et dépendent en réalité du parcours de chacun. En chaque auteur, vous trouverez une motivation, un objectif différent. Et c’est pour cela aussi qu’au final, l’œuvre de l’un sera toujours différente de l’œuvre de l’autre, même s’ils ont décidé d’écrire la même histoire.

Je vous invite donc, tous autant que vous êtes, à vous interroger sur cette question si vous ne l’avez pas déjà fait. Demandez-vous ce qui vous pousse à écrire, ce qui vous motive. En répondant à cette question, je suis certain que vous éclaircirez bien des mystères sur votre écriture et que vous commencerez alors à trouver des éléments de réponse à la plupart des problèmes que vous rencontrez en travaillant à vos projets.

Néanmoins, la question posée est en réalité bien plus large que cela. Car, à bien y réfléchir, les auteurs ne sont pas les seuls à raconter des histoires, à inventer et à narrer des récits. Tout le monde le fait quotidiennement, sans même s’en rendre compte.

Dès que nous en avons l’occasion, nous narrons les aventures de notre journée à nos proches, et lorsque celles-ci ne nous satisfont pas, nous narrons celles de nos voisins. Voisins d’ailleurs, que nous épions pour en imaginer la vie. Nous relayons sans cesse d’autres récits que l’on nous a raconté, fussent-ils faux ou maladroit. En fait, nous sommes à ce point malades de nos histoires, que nous nous empressons souvent de les partager sur les réseaux sociaux. Et pire encore : nous nous gargarisons chaque fois que l’un de nos récits captent l’attention de notre audience, si minuscule soit-elle.

L’humanité, depuis la nuit des temps, se berce presque en permanence dans les histoires, qu’il s’agisse de contes, de légendes, de mythes, de traits d’humour ou même de petits récits du quotidien aussi vite oubliés. Raconter des histoires semble être pour nous un besoin, au même titre que manger, boire ou dormir. Et finalement, devenir auteur, ce n’est que prolonger l’exercice, l’approfondir et le perfectionner.

Mais alors, qu’est-ce qui nous pousse à raconter des histoires ? Qu’est-ce qui fait que nous avons ainsi en nous ce besoin presque constant de narrer des récits, quels qu’ils soient ?

Et en réalité, lorsque l’on y fait bien attention, il ressort effectivement une réponse des diverses raisons qui poussent les auteurs à passer à l’acte. Une raison plus simple qu’il n’y paraît : nous souhaitons transmettre un message à notre auditoire.

En effet, peu importe les raisons qui nous poussent à raconter telle ou telle histoire, que nous la trouvions simplement intéressante ou que nous soyons habité d’en réel besoin, il semble que, dans tous les cas, l’auteur a en lui quelque chose, peut-être une idée, peut-être un sentiment, peut-être une sensation, qu’il veut exprimer afin que son prochain puisse à son tour en profiter.

C’est même indéniable lorsque l’on regarde le résultat. Vous ne trouverez pas d’histoire qui ne soit pas porteuse d’un message, qu’il soit politique, social, moral ou même bien plus personnel que cela. C’est à ce point une évidence que la plupart des experts défendent l’idée qu’une histoire a d’abord et avant tout vocation à transmettre un message et que nombreux sont les critiques qui s’intéresseront presque davantage au message transmis qu’à la qualité intrinsèque de l’œuvre. On plébiscitera alors les uns d’avoir abordé un sujet difficile et d’avoir défendu certaines valeurs, tandis qu’on accusera souvent les autres de faire la propagande d’idées reçues dommageables. C’est donc la réponse la plus communément admise : histoire sert avant tout à transmettre un message.

Mais moi, cette réponse ne me satisfait en rien. Oui, c’est parfaitement vrai, toute histoire transmet un message, une vision du monde, que ce soit volontaire ou non de la part de l’auteur. Il est impossible d’y couper et c’est effectivement l’objectif. Néanmoins, c’est le cas de n’importe quelle forme de communication en réalité.

Chaque fois que nous discutons avec quelqu’un, chaque fois que nous nous exprimons d’une manière ou d’une autre, nous transmettons un message, nous transmettons sans le savoir notre vision du monde, notre approche de la réalité. Ecrire une histoire, ce n’est finalement rien de plus qu’une forme de communication parmi toutes celles qui s’offrent à nous. La véritable question est donc : pourquoi choisir ce médium spécifique ? Pourquoi choisir de raconter une histoire plutôt que d’écrire un essai, de faire un discours ou même, tout simplement, d’avoir une franche discussion avec certaines personnes ?

Et pour y répondre, réfléchissons à ce que nous faisons lorsque nous racontons une histoire et que nous ne faisons pas dans tous les autres types de communication. Pour raconter une histoire, il faut narrer une suite d’événements, un enchaînement d’actes ou de situations qui amène à une conclusion. Ce que nous faisons, lorsque nous racontons une histoire, c’est donc d’essayer de transmettre l’expérience de cette suite d’événements, qu’elle ait été vécue ou imaginée. Or pourquoi choisir de narrer une telle expérience plutôt que de faire un exposé plus direct de ce que l’on cherche à dire ?

L’avantage d’une expérience, d’un vécu (fut-il fictif), par rapport à une présentation plus formelle, c’est que celle-ci permet à l’auditoire de se mettre en situation, de s’imaginer lui-même vivre cette expérience et ainsi d’en saisir tout ce que cela représente, tant sur le plan intellectuel que sur le plan émotionnel ; de ressentir ce que l’on ressent en vivant une telle expérience.

Et c’est là qu’est tout l’intérêt d’un récit, et ce qui fait toute la différence entre cette forme de communication et toutes les autres : une histoire permet de transmettre une expérience émotionnelle que l’on ne pourrait probablement pas ressentir autrement. Nous consommons des histoires parce que nous voulons ressentir certaines émotions, certains sentiments, certaines sensations même, que nous ne pourrions pas ressentir autrement. Nous regardons un film d’horreur parce que nous voulons avoir peur, nous lisons une romance parce que nous voulons ressentir l’amour qui unit les deux personnages, nous jouons à des jeux épiques parce que nous voulons nous prendre pour de grands héros. Et même lorsque nous nous tournons vers des histoires aux sujets plus sérieux, c’est que nous voulons connaître ce qu’il en est de vivre de tels événements.

Oui, une histoire, un récit, c’est avant tout un vecteur d’émotion. Choisir ce biais de communication, c’est chercher à impacter émotionnellement son public, afin de le toucher par ce biais, là où un essai, par exemple, en appellera à la raison, la réflexion et la logique. C’est une méthode, pour transmettre son message, qui est à la fois plus puissante et plus appréciée, qui a l’avantage de capter bien plus facilement l’attention de son auditoire, mais qui invite aussi beaucoup moins à la remise en question et à une analyse pragmatique. D’aucuns diraient qu’il y a là la différence subtile entre convaincre et persuader.

Pourquoi racontons-nous des histoires ? Pour transmettre une expérience émotionnelle. Voilà la réponse que j’apporte à cette question. Et c’est pour cette raison que je crois que l’art d’écrire repose tout entier sur notre capacité à provoquer des émotions chez notre public. Et c’est à cela que tout auteur doit aspirer lorsqu’il écrit : décrire des événements ne suffit pas, il faut le faire de manière à impacter son spectateur ou son lecteur.

Tout l’objet des articles qui suivront sera donc de vous donner des moyens de provoquer ces émotions chez votre public, quel qu’il soit.

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