Qu’est-ce qu’un auteur ?

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Dans les articles précédents, je me suis attaché à définir ce dont j’allais parler avec ces « conseils d’écriture » et le sens qu’ils doivent avoir. Mais avant de passer aux conseils en eux-mêmes, il me reste une dernière question à régler : à qui s’adressent ces conseils exactement ?

La réponse à cette question, relève bien sûr de l’évidence. Puisque tout l’intérêt de ceux-ci est de vous donner des clés pour écrire de bons récits, cela s’adressent à tous ceux qui écrivent, tous ceux qui souhaitent construire et narrer de bons récits, tout simplement.

Pourtant, ce n’est pas aussi simple que ça, bien au contraire. En France, une étude récente faisait état de 11 millions de personnes déclarant écrire dans le pays. Mais dans ce cas-là, que veut dire « écrire » exactement ? Est-ce que ces 11 millions de personnes cherchent réellement à écrire comme moi j’écris lorsque je me lance dans un nouveau projet ? Ces 11 millions de Français sont-ils tous des écrivains ou des scénaristes ? Combien, parmi ces 11 millions d’écrivants, ont réellement envie ou besoin de recevoir des conseils ?

La vérité est que la proportion de ceux qui pourraient potentiellement être intéressés par une théorie de l’écriture telle que celle que j’essaie de développer, est relativement faible en comparaison de ce nombre exorbitant de personnes déclarant « écrire ». Je ne parle pas de ceux qui s’estiment déjà formés à la chose et qui pensent qu’ils n’ont plus besoin d’apprendre quoi que ce soit, car ceux-là n’ont visiblement rien compris au processus d’apprentissage de l’écriture. Je ne parle pas non plus de tous ceux qui confondent « écrire » avec « rédiger » (cf, mon premier article : Pourquoi écrire ?). Non, je parle de cette immense proportion d’écrivants qui écrit sans toutefois chercher à faire plus qu’écrire, qui ne veut, au final, que coucher des mots sur le papier de temps à autres afin de s’amuser.

La grande majorité des gens qui écrivent ne le font pas dans un cadre professionnel, mais dans un cadre ludique. Ils participent à un atelier extra-professionnel le samedi soir où on leur propose des exercices de style plus ou moins développés, ils voguent sur des forums RPG ou poétisent quand l’envie leur en prend. Mais la plupart de ces personnes n’écrivent, dans ce cas que pour s’amuser, pour passer le temps, parce que l’activité en elle-même leur plaît. Même si beaucoup d’entre eux rêvent sûrement, au fond d’eux, d’écrire un jour un texte qui serait publié, tourné ou réalisé de quelque manière que ce soit, d’obtenir la reconnaissance d’un public plus large que leur cercle privé, ils n’écrivent cependant pas dans un cadre professionnel et n’ont probablement que faire de mes conseils.

De fait, les conseils que je compte donner dans mes articles à venir cherchent à pousser mes lecteurs à s’interroger sur leur écriture, à comprendre certaines choses qui leur paraissaient auparavant éthérée, à retravailler, encore et encore, leurs écrits afin d’obtenir un résultat optimal. Autant le dire tout de suite, tout cela n’a rien à voir avec l’écriture ludique à laquelle la plupart de ces gens s’adonnent lorsqu’ils ont un peu de temps libre. Ce que je propose moi, c’est d’embrasser les contraintes de l’écriture et de trouver un moyen de les surmonter, tout le contraire, donc, d’une activité de loisir.

Bien entendu, il n’y a aucun mal à écrire dans un cadre ludique et à ne jamais chercher qu’à rédiger des textes que pour son propre plaisir. Bien au contraire : pratiquez l’écriture comme vous l’entendez, amusez-vous autant que vous le pouvez ! Prenez plaisir à écrire !

Cependant, je me dois de faire une différence fondamentale entre la personne qui écrit pour le plaisir, de manière ludique, et le professionnel de l’écriture, qui, comme tout professionnel, a besoin d’être formé à ce métier. Et c’est à lui que je veux adresser cette théorie, pour lui que je veux construire cette théorie de l’écriture : afin de l’aider dans la tâche qu’il s’est fixé.

Et ce professionnel de l’écriture, je l’appelle « auteur ». Un mot qui regroupe l’ensemble des écrivains (ceux qui produisent de la littérature) et les scénaristes (ce qui produisent des récits destinés aux autres supports).

Et la véritable question que je pose en réalité, lorsque je cherche à savoir à qui s’adressent ces conseils, c’est : qu’est-ce qu’un auteur ?

 

A partir de quand peut-on s’affirmer auteur ? A partir de quel moment dispose-t-on des qualifications nécessaires pour pouvoir se présenter à tout un chacun comme un auteur ? Qu’est-ce qui définit réellement un auteur ?

Bien entendu, il y a ceux dont personne ne conteste la qualité d’auteur. Ceux-là, ce sont ceux qui ont déjà publié quelque chose, qui ont déjà écrit un récit qui a été publié ou produit pour être ensuite diffusé auprès d’un large public. Vous avez écrit un film qui a été diffusé ? Quand bien même celui-ci n’aurait-il pas eu le moindre succès, vous êtes tout de même un auteur. Vous avez écrit un livre qui a été publié par telle ou telle maison d’édition ? Les critiques auront eu beau tomber sur votre texte, vous êtes un auteur, vous en avez la preuve physique, matérielle.

Regardez comment les journalistes présentent notre nouveau premier ministre, monsieur Edouard Philippe. Parmi les fonctions qu’il a exercées au cours de sa vie, il y a bien celle d’auteur, d’écrivain. Car oui, Edouard Philippe est co-auteur de deux romans, de deux fictions qui ont été publiées en 2007 et en 2011. Même s’il n’a probablement plus le temps d’écrire aujourd’hui, il est bien, ou en tout cas a bien été « auteur ».

Alors, tous ceux qui ont déjà écrit un récit publié ou réalisé de quelque manière que ce soit, et dont l’œuvre a été diffusée pour un large public, sont des auteurs, il n’y a pas de doute là-dessus. Mais toutes les personnes publiées sont-elles des auteurs pour autant ? Est-ce que, parce que leur œuvre existe quelque part dans le cosmos qu’est Internet, faut-il considérer qu’ils sont systématiquement des auteurs ?

Aujourd’hui, avec l’essor des nouvelles technologies, il devient très facile, très simple de s’auto-publier. De très nombreuses plateformes existent et se développent pour vous permettre de mettre en ligne votre création, sans avoir à passer par le moindre intermédiaire. Tant et si bien que n’importe quel écrivant ludique pourrait mettre ses créations sur la toile afin que tout le monde puisse les lire, si le cœur les en dit. D’ailleurs l’ensemble des textes jamais écrits sur des forums RPG est, en soi, instantanément publié, diffusé. Or, j’ai déjà spécifié qu’il y avait – qu’il devait y avoir – une différence entre l’écrivant ludique et l’auteur. L’auteur ne se contente pas d’écrire : il écrit professionnellement.

Par conséquent, s’il est possible de publier tout ce qui est écrit, que ce soit professionnellement ou non, la publication n’est plus un gage suffisant pour séparer les auteurs des autres écrivant.

On pourrait alors considérer, dans ce cas, que seules les personnes publiées, diffusées par des entités officielles de production et de diffusion de récit (maisons d’éditions, studio de jeux vidéos, productions audiovisuelles etc.) peuvent être considérés comme des auteurs. De fait, le gage qu’un autre professionnel du monde de l’écriture ait reconnu et validé le travail de l’auteur suffit à conclure que c’en est un.

Sauf que la réalité est beaucoup plus complexe que cela. Tout d’abord, je me dois démystifier quelque peu ces fameuses instances officielles et professionnelles chargées de la production et de la diffusion de vos textes. Soyons honnête : n’importe qui peut en créer, il suffit simplement d’en avoir le cran ou l’envie (ou l’argent, éventuellement). Beaucoup de production de cinéma, par exemple, servent surtout à produire le travail des producteurs eux-mêmes et on trouve un grand nombre de maison d’édition qui n’en ont finalement que le nom (je ne parle pas des microéditions qui se démènent pour survivre, mais plutôt des maisons d’édition à compte d’auteur par exemple). Et quand bien même pourrait-on établir une liste des instances reconnues comme légitimement « professionnelles », qu’elles soient immenses ou minuscules, le fait est que ça n’empêcherait pas à tout un tas d’œuvre tout à fait professionnelles d’exister en dehors de leur giron.

Prenez par exemple la plateforme Youtube. Sur celle-ci, vous trouverez réellement tout et n’importe quoi. Des millions de vidéos parfaitement inutile, mais aussi d’autres, beaucoup plus intéressantes. Parmi celles-ci, il y a notamment tout un tas de webséries et autres fictions du genre. Bien entendu, comme le veut la politique même de la plateforme, il n’y a eu aucune sélection éditoriale pour ces productions, aucune instance pour venir apposer son cachet professionnel. Pourtant, qui pourrait nier l’aspect professionnel de certaines de ces créations ? Qui peut nier le travail accompli par ces scénaristes ?

De la même manière, certains écrivains professionnels choisissent sciemment de s’auto-éditer plutôt que de passer par une maison d’édition. Non pas parce que leur texte n’obtient les faveurs d’aucun éditeur, mais bien souvent parce qu’ils préfèrent la démarche de s’éditer plutôt que d’être édité : cela leur donne beaucoup plus de liberté. Mais leur objectif est exactement le même que celui de ceux qui veulent être édités : que leur livre touche le plus de monde possible, soit vendu dans les plus grandes quantités possibles.

En conclusion donc, ce n’est ni l’instance de publication, ni la publication elle-même qui permettent de séparer l’auteur de tous les autres écrivants.

 

On pourrait alors imaginer que ce qui distingue la publication d’un auteur de celle d’un non-auteur, c’est l’intention qu’il y a derrière. L’auteur qui publie son travail, le diffuse, le fait de manière professionnelle, tandis que l’écrivant ludique se contente de mettre en ligne le fruit de son écriture, sans se poser davantage de questions que cela.

Et de fait, c’est tout à fait vrai. La grande différence entre la publication d’un auteur, d’un écrivant professionnel, et la publication d’un écrivant ludique, c’est que l’auteur cherche généralement à diffuser son travail pour qu’il soit lu ou vu par le plus grand nombre de personnes possible. Son intention, à travers la diffusion de son récit, est d’adresser le message contenu dans son histoire à la multitude, d’émouvoir le plus large public possible. Ce qu’il veut, c’est qu’un grand nombre d’individus s’intéresse à ce qu’il a écrit, soit touché par ce qu’il a produit.

L’écrivant ludique, lui, a déjà atteint son objectif au moment où il a reposé sa plume, puisque son plaisir repose dans l’écriture elle-même. S’il publie ce qu’il a produit, c’est généralement pour toucher un public très restreint et sans plus de prétention que cela : sa famille, ses partenaires de jeu, des amis. Et si davantage de monde s’y intéresse, tant mieux, mais ce n’est pas non plus le but recherché.

Au final, l’auteur est donc celui qui cherche à écrire pour s’adresser au monde, au plus large public possible, tandis que l’écrivant ludique est celui qui cherche à écrire pour lui-même. L’auteur veut donner à son travail une vie après que celui-ci soit achevé, alors que l’objectif de l’écrivant ludique est déjà atteint lorsqu’il a fini d’écrire.

Et c’est justement cette démarche de l’auteur qui rend son travail « professionnel », car, pour toucher un maximum de monde, il se doit de construire et narrer son récit afin qu’il puisse être lu par le plus grand nombre. Cela suppose donc de soigner ce qu’il écrit, ne serait-ce que pour que son public ne soit pas rebuté par ce qu’il propose ou encore pour démarquer son récit de tous ceux qui lui font concurrence. Et c’est pour ça que l’auteur a besoin de formation et de conseils pour accomplir son travail : il a besoin que celui-ci soit le plus abouti possible.

 

Néanmoins, puisque ce qui fait l’auteur n’est pas la publication, mais l’intention qu’il y a derrière celle-ci, faut-il que l’auteur soit publié, que son travail soit diffusé, pour qu’il puisse être considéré comme un auteur ? Car au final, qu’est-ce qui le différencie celui qui est déjà publié de ceux qui désirent l’être et travaillent activement en ce sens ?

La réponse, encore une fois, est simple : rien ne les distingue. Celui qui n’est pas encore publié, peut l’être pour un grand nombre de raisons tout à fait indépendantes du travail qu’il produit. Peut-être n’a-t-il pas encore achevé d’écrire son récit, ou de le corriger, celui-ci n’étant pas prêt à la publication, il n’est donc pas publié. Peut-être l’auteur a-t-il achevé son écriture, mais a-t-il décidé de passer par des instances spécialisées pour la publication, ce qui suppose de passer au travers d’une sélection éditoriale qui n’est pas nécessairement adaptée à son projet et qui prend du temps. Peut-être l’auteur est-il en train de préparer la publication de ce qu’il a écrit et que celle-ci ne saurait tarder.

Mais quoi qu’il en soit, dans tous les cas, ces auteurs ont produit ou sont en train de produire un travail en tout point équivalent à celui que produit ou qu’a produit l’auteur publié. Et c’est pour cette raison qu’il est important de ne pas faire la distinction entre les deux. Car bien trop souvent, ce qui sépare un auteur dont l’œuvre a été diffusée, d’un autre qui attend encore cette diffusion, c’est la chance d’avoir proposé son travail à la bonne personne, au bon moment, et rien de plus.

Ainsi, l’auteur n’est pas celui dont le travail a été publié, réalisé ou diffusé. L’auteur, c’est celui qui a la démarche d’écrire pour s’adresser au public le plus large possible.

 

Et pourtant, je veux m’opposer à cette définition.

En elle-même, cette définition n’est pas mauvaise et permet probablement d’englober tous les auteurs que vous connaissez et de les séparer de ceux qui n’écrivent jamais que pour le plaisir ludique de cette activité. Pourtant moi, j’y vois deux défauts.

Dans un premier temps, cette définition implique que l’auteur écrit d’abord pour les autres, qu’il cherche à « plaire », à toucher le public le plus large possible. Ce qui implique que l’auteur doit, lorsqu’il écrit, se préoccuper de ce que pensera son public. Or, j’ai justement expliqué, dans mon article précédent, sur la nature d’un bon récit, que la réception du public n’était pas un critère adéquat pour juger de la qualité d’une œuvre et que celle-ci résidait au contraire dans l’adéquation entre l’intention de l’auteur et le résultat obtenu.

Mon problème avec cette définition est donc qu’elle risque d’induire en erreur, que beaucoup pourraient croire que le travail d’un auteur consiste à plaire au plus grand monde, lorsqu’en réalité, cela relève davantage d’une préoccupation commerciale qu’artistique.

Dans un second temps : que fait-on de toutes les personnes qui écrivent en fournissant précisément le même type de travail et de recherche de qualité que ceux qui veulent s’adresser à la multitude, mais qui, au final, décident de conserver leur production au fond d’un tiroir et de ne jamais la montrer à quiconque ? Après tout, c’est parfaitement leur droit, leur texte leur appartient et si leur objectif était simplement d’aboutir à l’œuvre la plus parfaite possible à leurs yeux, pourquoi se prendraient-ils la tête à la diffuser ensuite : ils ont déjà obtenu ce qu’ils voulaient. Et pourtant, là encore, ils fournissent précisément le même travail, tant en quantité qu’en qualité, que ceux qui cherchent à diffuser leur œuvre une fois celle-ci finie. Pourquoi alors leur refuser le statut d’auteur, lorsque leur activité est exactement la même que celle des autres ? Et surtout, pourquoi leur refuser tous ces précieux conseils et cette formation qui leur serait tout aussi utile qu’aux autres ?

 

Car oui, ce que je vous l’ai dit dans mon article précédent : un récit, c’est une œuvre d’art. Par conséquent, l’auteur est avant tout et surtout un artiste professionnel. Son but premier est donc, tout simplement, de travailler à produire la meilleure œuvre d’art possible.

Et ainsi, l’auteur se définit comme celui qui cherche à produire l’histoire la plus aboutie possible selon l’intention qu’il s’est fixée. En somme, l’auteur est celui qui cherche à écrire de bons récits et qui est prêt à faire ce qu’il faut pour atteindre cet objectif. Ni plus, ni moins. Et mon but, avec ces conseils, est de l’aider dans cette démarche.

Quelqu’un qui écrit pour « vendre », même si cette démarche est plus commerciale qu’artistique, se voit dans l’obligation de travailler à écrire un bon récit, sans quoi celui-ci ne se vendrait pas. Et cela fait donc de lui un auteur au même titre que tous les autres, puisqu’il fournit finalement le même travail.

Car oui, cette recherche de qualité, cette volonté d’obtenir le projet le plus abouti possible, suppose avant tout et surtout une quantité phénoménale de travail. Et c’est en cela que l’auteur se différencie de l’écrivant ludique : il est prêt à travailler encore et encore pour que son projet aille au terme de ce qu’il peut en faire, même et surtout lorsqu’il n’y a plus de plaisir à écrire et que l’activité devient rébarbative. L’écrivant ludique, lui, ne se soucie pas des contraintes qu’imposent l’écriture d’un bon récit, il s’arrête d’écrire au premier obstacle, car c’est là que son plaisir d’achève.

Je conclurais donc cet article en vous disant que mes conseils s’adressent à tous ceux qui sont prêts à surmonter tous les obstacles que suppose l’écriture d’un bon récit, à tous ceux qui sont prêts à aller au bout de ce chemin fastidieux, quel qu’en soit le prix.

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