Vu : Justice League

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Bonjour, bonjour !

Vendredi dernier, au cinéma, je suis allé voir Justice League de Zack Snyder (et Joss Whedon) et c’était vraiment pas terrible, surtout dans ce contexte.

Alors, pour la petite histoire et pour recontextualiser le film, reprenons un peu depuis le début. Vous n’êtes pas sans savoir que Marvel (ou plutôt Disney) s’est lancé dans la construction d’un grand univers cinématographique autour des supers héros tirés des comics qu’ils publient. Et pour l’instant, cette entreprise titanesque pour le monde du cinéma s’avère être un succès. Peut-être pas artistique (disons que ça se discute), mais commercial en tout cas. C’est aujourd’hui la franchise la plus lucrative du cinéma et déjà 17 films sont sortis, ce qui est juste absolument énorme. Pour l’instant, le Marvel Cinematic Universe a rapporté plus de 13 milliards de dollars à Hollywood… uniquement avec les sorties cinéma.

Alors du coup, DC comics, grand concurrent de Marvel, se sent un peu laissé pour compte et essaie de suivre le rythme en produisant son propre univers cinématographique. Le problème étant qu’ils s’y sont pris un peu en retard et qu’ils ont clairement un complexe d’infériorité vis-à-vis de Marvel. Pour l’instant Justice League n’est que le cinquième film de la franchise qui n’a rapporté que 3 milliard en tout (ça fait tout de même bizarre de dire ça) et qui a connu un succès critique très mitigé. Entre un Man Of Steel pas forcément apprécié par tous, un Batman V Superman dont il a fallu attendre la version longue, un Suicide Squad dont nous ne parlerons pas ici… Seul le film Wonder Woman semblait jusqu’à présent avoir réellement réussi à tirer son épingle du jeu sur tous les tableaux.

Mais le véritable problème de l’univers cinématographique DC, ce n’est pas tant le retard qu’il a pris en termes de production des films, que son incapacité à prendre le temps de faire quelque chose de bien, qui lui soit propre, en raison de son complexe d’infériorité. Par exemple, la franchise était censée produire une nouvelle origin story pour Batman, qui finalement n’a pas eu lieu.

A la base, Man Of Steel était un projet de Zack Snyder, une nouvelle version de Superman à la sauce bien tranchée du réalisateur. Et même si, moi-même, je ne suis pas fan de son interprétation du personnage, je dois cependant avouer que l’homme cherchait à réellement traiter le personnage d’une manière ou d’une autre, lorsque les films Marvel ont tendance à rester en surface. Et c’était là la force de l’univers DC jusqu’à présent : avec Zack Snyder à la barre pour imposer ses choix artistiques, on avait le droit à des films qui cherchaient à porter un réel message, une réelle vision du monde, bref à aller au-delà de simples films de divertissement.

Sauf que, très vite, les studios ont commencé à vouloir accélérer les choses et à paniquer un peu face au succès des films Marvel, ce qui a abouti à plusieurs erreurs. Précipiter certaines sorties, faire des reshoot pour rendre les films plus « drôles » afin de coller à la patte Marvel etc. Bref, tout un tas de choses qui n’étaient pas forcément compatibles avec la patte de Zack Snyder, qu’on l’apprécie ou non.

Et si je dis tout ça, c’est bien parce que je pense que le problème de Justice League est bien là : le studio ne sachant pas vraiment ce qu’il veut et se croyant pressé par les succès Marvel, a finalement pris des décisions particulièrement peu judicieuses. A la base, Zack Snyder était censé réaliser le film d’un bout à l’autre. Sauf que sa fille s’est suicidée au beau milieu de la production du film et il s’est donc désisté du projet. Warner est donc allé chercher Joss Whedon, celui qui a lancé la franchise Marvel avant de s’en faire éjecter, en pensant que c’était pile ce qu’il lui fallait pour rivaliser avec Marvel. Sauf que, si vous avez vu des films de Zack Snyder et si vous avez vu des films de Joss Whedon, vous savez que les deux réalisateurs sont pas tellement sur la même longueur d’onde artistique. Et pire encore : pour une raison inconnue, on se retrouve avec un film de 2h, alors que c’est précisément en sortant un film trop court qu’ils avaient manqué le coche avec Batman v Superman. Car clairement, ce film est trop court pour de multiple raisons.

Bref, le film était très, très mal parti à la base et ça n’a pas raté.

 

Alors, que raconte Justice League ? Et bien, c’est assez simple. Suite à la mort de Superman dans Batman v Superman, le monde a perdu espoir et va mal. Et cela attire donc des créatures néfastes venus d’autres dimensions qui rêvent de nous détruire/conquérir. Résultat, Batman, qui se rend compte du danger, décide de réunir une équipe de super héros afin de combattre le mal qui guette la planète. Ainsi, il va recruter Wonder Woman, Aquaman, Flash et Cyborg et ensemble, grâce au fabuleux pouvoir de l’esprit d’équipe, ils vont réussir à sauver le monde. En gros, c’est ça.

Bon, je le dis avec ironie, mais c’est un scénario tout à fait ordinaire pour un film de super-héros en fait, il n’y a pas lieu de se moquer de ce pitch de base. Non, ce qui est réellement plus embêtant, c’est ce qui en a été fait.

Commençons par le commencement : le film est une suite de scènes d’expositions dans lesquelles on nous explique des trucs. Une suite de scène dans lesquelles l’émotion est souvent reléguée au second plan de l’action ou d’explications sur qui est le méchant et comment le battre. Ce n’est pas dans le tout le film comme ça, il y a quelques scènes très fortes, mais c’est presque comme ça tout le temps.

Et les films qui sont des suites de scènes d’exposition sont jamais bons. Pour la simple et bonne raison que ce qu’on veut, dans un film, c’est de l’émotion et non des informations. Au final, peu importe que ça soit très cohérent ou qu’on comprenne exactement ce que veut le méchant ou comment il réalise son plan. Tant qu’on est pris par l’émotion. Car réellement ces explications en tout genre finissent par souligner des choses qu’on aurait pu comprendre par nous-mêmes avec des scènes mieux écrites. Mais là, le film ne cherche pas vraiment à nous toucher, de quelque manière que ce soit, il cherche simplement à nous présenter des faits, entourés de belles images.

Allons plus loin, les scènes d’action principales… se situent dans des lieux parfaitement isolés. Ça a l’air d’être la mode avec les films d’action et de super héros dernièrement. Et très honnêtement, ça commence à devenir n’importe quoi. Bordel, on a eu beau reprocher à Man Of Steel de montrer un Superman détruire Metropolis, la vérité, c’est qu’on avait le droit à une scène d’action impressionnante dans un lieu qui valait le coup ! Idem avec Avengers, où tout l’enjeu était de défendre New-York contre une invasion d’aliens. Ça avait de la gueule, on sentait le côté absolument héroïque des personnages à ce moment-là parce qu’ils se précipitaient pour sauver des vies, voire même se sacrifiaient pour empêcher le Shield de lâcher une bombe atomique sur la ville. Mais là, ça fait plusieurs films que tout se passe loin de toute civilisation qui pourrait pâtir de l’attaque… On s’en fiche un peu (je suis désolé de le dire) que la Justice League sauve une campagne abandonnée au fin fond de la Russie !

Du coup, Justice League est un film quasiment sans émotions, qui n’offre même pas de super belles scènes d’action. Et comme on n’a pas vraiment le temps de s’attacher aux personnages, on ne peut pas vraiment non plus apprécier lorsqu’ils s’accomplissent à la fin du film. Toute cette aventure n’est même pas vraiment liée à leurs enjeux personnels, ne leur impose pas des choix hyper compliqués ou quoi. Tout se résume à « Hey, tu viens sauver le monde avec nous ? Oui ? Non ? D’accord ! C’est parti ! Et voilà. »

A aucun moment on ne sent le monde entier autant en danger que ça, à aucun moment on ne sent que les personnages sont réellement impliqués dans l’affaire. A aucun moment, donc, on est totalement accroché par le film. Et du coup, c’est pas intéressant.

Et vous savez le pire dans tout ça ? C’est que s’il n’y avait pas eu les films Marvel pour comparer, puisqu’ils offrent déjà ce style d’aventure un peu décomplexée et pas très profonde, ben j’aurais probablement plus apprécié que ça au final. Mais comme le genre est déjà saturé de films, il fallait faire beaucoup plus que ça pour espérer ne serait-ce que rivaliser. Juste des scènes d’actions bien réalisées ne suffisent plus.

 

Alors bon, tout n’est pas à jeter non plus dans le film. Certaines scènes sont belles et impressionnantes. Il y a quelques trucs qui fonctionnent, comme le personnage de Flash notamment (ou ce moment où il se rend compte qu’il n’est peut-être pas le plus rapide). Et effectivement, tout est plus ou moins cohérent et tient la route. Mais malheureusement, à ce stade, ce n’est pas suffisant.

Le plus étonnant à mon avis, c’est le générique du début du film. C’est clairement un générique à la Snyder, tel qu’on a pu le voir dans Watchmen par exemple. Clairement un générique magnifique qui transmet, à mon avis, tout ce qu’aurait dû être le film. C’est là que j’ai vraiment ressenti de l’émotion dans le film, là que j’ai vraiment compris qui en quoi la mort de Superman avait eu un impact sur le monde… Malheureusement, il y avait une scène avant le générique, une scène assez mal réalisée d’ailleurs. Et déjà, j’avais senti le décalage et déjà, je savais que le film n’allait pas être à la hauteur de cette ambition promise par le générique.

Et quand le générique d’un film est plus intéressant que le film qui suit, c’est vraiment qu’il y a un problème, non ?

Bref, n’allez pas voir Justice League surtout si vous aimez les films de super héros, surtout si vous aimez ce que fait ou essaie de faire DC.

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Vu : La Montagne entre nous

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Bonjour, bonjour !

Dimanche dernier, au cinéma, je suis allé voir La Montagne Entre Nous de Hany Abu-Assad et bon, c’était pas top.

La Montagne Entre Nous raconte donc l’histoire de deux personnes qui, suite à un concours de circonstances, décident de louer un petit avion pour se rendre à Denver plus rapidement et ce petit avion se crashe dans les sommets des Rocheuses. Perdu au milieu des montagnes, sans moyen d’appeler les secours, ils vont devoir survivre ensemble et trouver un moyen de rejoindre la civilisation en comptant l’un sur l’autre.

L’histoire est simple, ne paie pas de mine, a déjà été vue cent fois, mais permet tout de même, en théorie de faire pas mal de choses, voire de visiter pas mal de genres différents. Certains, avec ce pitch, seraient allé vers la comédie, d’autre vers le survival, mais La Montagne Entre Nous a choisi de verser dans la romance et, très honnêtement, c’était pas une mauvaise idée du tout… Enfin, sur le papier.

En fait l’intérêt de ce type de film, en général, c’est pas tellement la survie ou l’aventure. Tout repose vraiment sur les personnages et la dynamique qu’ils dégagent. S’ils sont bien écrits, si leur relation est bien construite, si ce qui leur arrive est bien fichu, les fait bien évoluer : alors oui, vous aurez le droit à un bon film. Et si ce n’est pas le cas, vous risquez de vous ennuyer un peu. Et malheureusement, c’est ce qu’il m’est arrivé avec La Montagne Entre Nous.

Car oui, plusieurs choses ne vont pas avec ces deux personnages. Même s’ils parviennent effectivement à avoir quelques moments plutôt sympathiques, notamment avec le chien qui les accompagne, la réalité est que je n’ai pas cru un seul instant à leur relation. Que ce soit dans les moments de drame, dans les moments amoureux ou même dans les moments comiques. Quelque chose dans les dialogues, dans leur façon de réagir ne fonctionne tout simplement pas.

En premier lieu, je dirais simplement que les dialogues ne sont pas bons. La plupart du temps, les personnages échangent des platitudes et explicitent leurs émotions. Le genre d’erreur qui ne pardonne pas vraiment. Mais ça va au-delà. Les deux personnages s’engueulent parfois sans raison ou se traitent d’un seul coup comme s’ils étaient amis de longue date… alors qu’on est toujours au début du film. Soit il manque beaucoup de scènes, soit les scénaristes du film n’ont pas su doser leurs échanges ou les construire correctement. Ce qui amène finalement à tout un tas de scènes plus gênantes qu’intéressantes.

Mais allons plus loin, les personnages en eux-mêmes ne dégagent pas une dynamique intéressante. Ils ne sont pas mal construits en soi, mais l’un à côté de l’autre, ils ne sont guère intéressants. En général, il faut, pour que ce genre de film fonctionne, mettre des caractères opposés l’un à côté de l’autre afin de créer tout un tas de situations dramatiques (qu’elles soient comiques ou non). Par exemple, mettre un prudent à côté d’un casse-coup et exagérer un peu le trait. Ou encore, mettre un bavard à côté d’un taciturne et exagérer le trait. Bref, créer une dynamique particulière qui rende le duo attachant. Ici, ce n’est pas le cas, les deux personnages sont beaucoup trop proches et en même temps pas assez pour créer la moindre dynamique dramatique.

Et finalement, on se retrouve avec des scènes un peu gênantes et assez plates sur le plan dramaturgique.

Mais ce n’est pas tout : le film se perd aussi quant à ce que cette aventure est censé leur apporter, à l’un comme à l’autre. On ne voit pas bien comment cela les a changés. Si vous regardez un film comme Seul au monde, vous pouvez immédiatement voir la différence qu’il y a entre le personnage qu’on vous présente au début et celui qu’on vous montre à la fin. Là, pas tellement.

Le médecin est toujours médecin. Et même s’il était censé réapprendre à vivre grâce à cela, on ne voit pas bien la différence. Quant à la journaliste, à part qu’elle n’ose plus reprendre l’avion, elle n’a pas l’air d’avoir remis en cause les fondements de son existence non plus.

Et du coup, ça nous donne un film avec deux personnages pas très intéressants à suivre, à qui il n’arrive pas grand-chose et qui n’ont globalement que de mauvaises répliques. Et du coup, ça ne marche pas. Tout simplement.

Alors attention, ce n’est pas non plus un mauvais film devant lequel on s’ennuie profondément pendant une heure et demie en regardant sa montre. Les moments de tension fonctionnent bien, il y a deux ou trois moments assez sympa entre les personnages et le simple fait qu’ils tombent amoureux suffit un peu rattraper l’ensemble en créant une fin plutôt belle et émouvante. C’est plutôt bien réalisé et vous pouvez évidemment compter sur les performances des acteurs.

Mais bon, de là à vous recommander le film, non pas vraiment. A mon avis, vous pouvez passer à côté sans trop de problème.

Chers auteurs, vous allez en chier !

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Voilà, dans mes articles précédents, j’ai défini le plus clairement possible ce dont parleraient mes conseils d’écriture et à qui ils s’adressaient, ainsi que l’intention avec laquelle je voulais donner mes conseils : le sens exact de ceux-ci.

J’ai défini une histoire comme une suite d’événements liés les uns aux autres d’une manière ou d’une autre. J’ai établi que nous racontions des histoires parce que nous souhaitons transmettre des expériences émotionnelles à notre prochain. J’ai décrit le récit comme une histoire magnifiée, construite et narrée spécifiquement pour faire ressentir des émotions, une histoire dont les événements qui la composent sont des prétextes à l’émotion et non l’inverse : des œuvres d’art. J’ai dit qu’un bon récit était un récit qui parvenait à recréer précisément chez son public les émotions souhaitées par l’auteur. J’ai défini l’auteur comme l’écrivant qui est prêt à surmonter toutes les épreuves et à travailler pour aboutir son projet d’écriture, quel qu’il soit. Et j’ai expliqué que son travail consistait essentiellement à construire des émotions à partir de rien, à concevoir des mensonges élaborés afin de faire ressortir l’émotion de son récit.

Naturellement, je souhaite que vous ayez tout cela bien en tête lorsque je commencerai à entrer dans le vif du sujet et c’est pourquoi j’ai pris le temps de théoriser tout cela. Et cependant, je veux aussi que vous vous rappeliez qu’il s’agit bien évidemment de ma vision des choses, de mon interprétation de ce qu’est et de ce que doit être l’écriture. Aussi argumentée et construite que soit ma position, je n’ai pas la prétention de dire qu’elle est universelle. Il existe, je le sais, d’autres conceptions des choses, d’autres manières de considérer une histoire, un récit ou même d’évaluer ce qu’est un bon récit. Et en aucun cas ma vision des choses est meilleure ou pire que l’une ou l’autre de ces théories concurrentes.

En réalité, je veux même vous inviter, quelque part, à consulter ces autres théories, à vous renseigner sur elles. Peut-être seront-elles trop éloignées de vous, peut-être vous rebuteront-elles. En fait, j’ai même espoir qu’après les avoir toutes consultées, vous vous rangerez à mes côtés et choisirez de suivre mes conseils, ma méthode, ma vision.

Pourtant, de mon expérience, je sais aussi que voir les choses sous un autre angle, en adoptant le point de vue de quelqu’un d’autre, permet, in fine, de mieux appréhender ce que l’on cherche à comprendre. Cela peut nous permettre de mieux définir notre propre vision des choses, d’ajouter à notre théorie des éléments auxquels on n’aurait pas nécessairement pensé avant.

En somme, donc, plus vous vous renseignerez sur d’autres théories que la mienne, meilleur auteur vous serez. C’est aussi simple que cela. Et je vous enjoins donc à ne pas vous contenter de mes conseils, aussi complets puissent-ils être (ou paraître).

 

De la même manière, avant de passer aux choses sérieuses, je me dois de vous avertir quant à la façon dont vous devez recevoir mes conseils.

Au cours de ces conseils, je vous l’ai dit dans mes précédents articles, je vais tâcher de vous enseigner des techniques, des méthodes, des règles de l’écriture. Je vais essayer de vous donner tous les trucs que je connais ou auxquels je pourrais penser pour vous aider à écrire. Néanmoins, en aucun cas vous ne devez considérer que, parce que votre projet ne tient pas compte de telle ou telle règle, de telle ou telle méthode, il est mauvais et doit être corrigé ou réécrit.

Certes, ces méthodes, ces principes, ces astuces sont très utiles pour écrire de bons récits et, de manière générale, suivre ces conseils à la lettre devrait vous permettre d’aboutir à d’excellents projets. Néanmoins, ce n’est pas parce que vous les utilisez que votre récit sera bon non plus.

Je m’explique.

Les conseils que je vous donne, au final, ne sont jamais plus que des outils destinés à vous aider à parvenir à vos fins. Et comme tous les outils, certains vous seront utiles, d’autres, au contraire, vous seront inutiles. Cela dépendra du projet auquel vous voulez aboutir. Et c’est à vous de faire la part des choses entre ce qui pourra vous aider à améliorer votre récit et ce qui, au contraire, vous sera parfaitement inutile, voire même, pourra causer du tort à vos intentions de départ. C’est à vous, et à vous seul, de savoir où vous voulez aller et ce qui vous servira ou non pour vous y rendre.

Pour prendre un exemple plus concret, si je vous dis qu’un conflit pourra renforcer la tension dans votre scène, la dynamiser, cela ne veut pas dire qu’une bonne scène doit nécessairement comporter un conflit. Peut-être votre scène est-elle déjà suffisamment dynamique. Peut-être, au contraire, voulez-vous créer une scène calme. En ce cas, rajouter un conflit dans celle-ci ne servira pas votre intention et sera donc préjudiciable.

Je veux que vous compreniez bien que tout ce que je fais réellement, c’est vous dire : telle technique a tel effet, telle astuce provoque telle émotion, telle réaction chez le spectateur. Mais encore une fois, ce ne sont que des outils. A vous de voir quels effets vous intéressent, quelles émotions et réactions vous voulez provoquer. A vous de savoir ce que vous cherchez à faire et quel outil utiliser pour y arriver. Je vais d’ailleurs m’efforcer de décrire un maximum de cas de figure différents et d’outils. Parfois, plusieurs outils permettent d’aboutir au même résultat : à vous de choisir celui qui vous correspond le mieux. D’autres fois, certains outils sont parfaitement incompatibles entre eux : à vous de les sélectionner avec soin.

Tout ce que je peux vous dire, de mon côté est : voici ce qui fonctionne et comment ça fonctionne. Le reste dépend entièrement de vous.

Et surtout, n’oubliez jamais : que ce soit dans votre travail d’écriture ou même lorsque vous jugez le travail de quelqu’un d’autre, ne le faites jamais à travers le prisme des règles ou des principes que je vais vous donner. Encore une fois, au risque de me répéter, ce n’est pas la technique qui rend le récit bon, c’est l’efficacité avec laquelle il répond à l’intention de l’auteur. Ce n’est qu’une fois que l’on a constaté que le récit ne parvient pas à répondre à ces intentions que l’on peut alors commencer à se poser la question « quelle technique pourrait être employée pour l’améliorer ? », pas avant.

 

Si toutes ces notions sont claires pour vous, si ces avertissements que je viens de donner quant à la meilleure façon de recevoir mes conseils à venir sont parfaitement compris, alors c’est que vous êtes prêt. Vous êtes prêt à vous lancer dans la fastidieuse lecture de mes articles et à recevoir les conseils dont ils seront garnis. Vous êtes prêt à vous lancer dans cette formidable aventure qu’est l’écriture. Vous êtes prêt à mener votre projet à bien.

Ou du moins, vous êtes presque prêt.

Car, avant de commencer à proprement parler, il me reste une dernière question à soulever, beaucoup plus terre à terre que les précédentes, j’en ai bien peur.

Au fait, qu’est-ce que ça représente exactement, en termes de temps, de travail, d’énergie, de réaliser un projet d’écriture ?

Oui, jusqu’à présent, je n’ai fait que théoriser sur l’écriture et le travail de l’auteur. J’ai tenté d’en expliquer la nature, le fondement, les principes de base, l’intérêt. Mais qu’en est-il de la réalité du métier d’auteur ? Que doit-il faire au jour le jour pour arriver à ses fins ? Quelles sont les difficultés qu’il rencontre, les facilités ? Bref, qu’est-ce que ça représente concrètement d’écrire un projet, quel qu’il soit ?

Et bien, pour commencer, laissez-moi vous dire que, si vous avez décidé de vous lancer dans un projet d’écriture… vous allez en chier. Vous allez même sévèrement en chier.

Si vous avez en tête l’image d’un métier facile, agréable, où l’on reste assis sur son canapé en pianotant sur le clavier au gré de l’inspiration, laissez-moi vous dire que vous vous trompez royalement. Et si certains, à la télévision ou autre, vous font croire des choses pareilles, c’est soit qu’ils mentent, soit qu’ils ne sont pas auteurs du tout et ne connaissent finalement rien à l’affaire.

Mener à bien son projet d’écriture, c’est travailler d’arrache-pied pendant des semaines, des mois, lorsque ce n’est pas des années ou des décennies entières en demandant à son cerveau une concentration hors norme dont vous sortirez systématiquement aussi rincé que si vous aviez couru le marathon. Ecrire demande un effort de réflexion, d’imagination, de création, de visualisation, d’anticipation permanent auquel votre organisme ne survivra pas sans pause. La plupart des auteurs que je connais vous le diront, plus d’une demi-journée à ce régime et ils exploseraient, tout simplement.

Et là encore, je ne parle que de la rédaction en elle-même, c’est-à-dire de la partie « plaisante » du métier, celle où on crée, où on peut un peu se laisser porter par les mots. Ensuite, il faut retravailler, sans cesse retravailler. Reprendre le texte, le couper, le réécrire, le revoir, le synthétiser sous plusieurs formes pour avoir une meilleure vue d’ensemble, l’analyser sous toutes les coutures pour s’assurer qu’on n’a rien oublié, qu’on ne peut pas aller plus loin, faire mieux.

Votre premier jet ? Aussi satisfait que vous puissiez en être, vous pouvez déjà l’oublier. Il n’en restera rien, ou presque rien une fois que vous en aurez fini. Oui, admettons-le tout de suite : un premier jet est toujours, systématiquement, nul. C’est une constante en écriture et le plus tôt vous l’accepterez, le mieux ce sera pour vous, croyez moi. Les livres que vous lisez, les films que vous voyez, les jeux auxquels vous jouez… ce sont généralement des 4ème, des 5ème, voire parfois des 6ème versions (quand ce n’est pas plus). Et encore, est-ce que vous considérez réellement que tout ça est au niveau ?

Il n’y a pas de secret, si vous voulez écrire quelque chose de bien, quelque chose qui corresponde réellement à ce que vous aviez en tête lorsque vous avez imaginé votre histoire, il va vous falloir travailler, trimer pendant un long moment avant d’obtenir quelques maigres résultats. Et plus vous travaillerez, plus votre récit sera bon.

Oubliez ces notions de spontanéité, d’inspiration, ou même d’originalité, d’univers de l’auteur ou autre. Tout cela, c’est bien beau, mais ça ne vous aidera pas à écrire votre chef d’œuvre. Pour ça, il va au contraire falloir que vous décortiquiez votre récit au point que celui-ci n’ait plus le moindre secret pour vous, au point que vous en soyez malade et que vous n’ayez même plus la force d’y trouver le moindre intérêt. Il va vous falloir couper les scènes que vous préférez, retirer les personnages que vous adorez, parce que vous vous rendrez compte, en fin de compte, que tout ça gêne la narration du récit plus qu’autre chose. Pour aller au bout de cette aventure, réellement au bout, il vous faudra prendre un tel recul sur votre travail que vous serez capable d’effacer tout ce que vous avez écrit la veille sans la moindre concession.

Mener un projet d’écriture à son terme, c’est écrire le texte, puis le reprendre, le reprendre encore, et encore, et encore. Et c’est aussi trouver la force de le faire même lorsque vous en avez marre, même lorsque le projet vous a tellement vidé de votre énergie que vous n’avez plus qu’une envie : passer au suivant.

Pire encore, c’est un travail que vous ferez le plus souvent seul, dans votre coin. Vous passerez, des heures, des jours, peut-être même des semaines entières à ne voir personne d’autre que vous-même. L’écriture est un travail particulièrement solitaire et il faut être prêt à affronter cette solitude. Personne pour vous encourager, personne pour vous épauler lorsque vous rencontrez une difficulté…

Et je ne parle pas bien sûr de toutes ces personnes qui seront amenées à lire votre travail alors que celui-ci ne sera pas totalement achevé. Qu’il s’agisse d’éditeurs, de producteurs, ou même d’amis censés vous apporter leur concours, tous se feront un malin plaisir de prendre tout ce que vous avez mis tant de temps à construire et de le démonter point par point pour vous expliquer en long, en large et en travers tout ce que vous avez mal fait. C’est même pire que ça : vous vous rendrez compte avec horreur qu’ils ont parfaitement raison et qu’il faudra tout recommencer, encore, et encore…

Combien de temps prend tout cela ? Ça dépend, autant de l’auteur que du projet j’ai envie de dire. Mais quoi qu’il arrive, ça se compte en mois – au grand minimum. Personnellement, j’ai mis 6 ans aboutir mon premier projet de roman. Le second me demande moins, car j’ai gagné en expérience, mais je m’approche tout de même de trois années de travail. Même si ce ne sont pas des années pleines et que j’ai alterné avec d’autres projets, le temps que j’ai pris pour laisser le projet reposer était tout aussi nécessaire que le reste, croyez-moi.

Alors oui, lorsque vous vous lancez dans un projet d’écriture, quel qu’il soit, ne vous dites pas que vous aurez fini dans les trois mois à venir, ça n’arrive tout simplement jamais, même si vous ne faites que ça de vos journées.

Ah, vous avez peut-être dans l’idée que certains projets sont plus faciles que d’autres ! Après tout, qu’est-ce qu’une petite nouvelle face à une trilogie de romans ? Bien sûr, ça vous prendra sûrement moins de temps en fin de compte, parce que la rédaction en elle-même compte moins de mots, moins de caractères. Mais pour le reste ? Vous pouvez toujours courir ! Le travail sera le même. Et encore ça pourrait même être pire ! Je connais des auteurs qui n’ont aucun mal à vous écrire un roman en six mois, mais qui mettrons deux ans à parachever leur nouvelle : tout dépend de leur expérience en la matière et du format avec lequel ils ont personnellement le plus de facilité.

En tant qu’auteur, on a aussi toujours l’étrange impression, lorsqu’on commence un nouveau projet, que celui-ci sera moins difficile que le précédent, qu’il ira plus vite, parce qu’on l’a bien en tête ou qu’on a appris du précédent. C’est un travers que j’ai moi-même. Bien entendu, ce n’est qu’une chimère, chaque nouveau projet sera aussi difficile, sinon davantage que le précédent. Chaque nouveau projet d’écriture représente systématiquement un nouveau défi en soi, demande de nouvelles compétences, d’employer de nouvelles techniques que vous ne maîtrisez pas encore. Chaque fois, vous allez très, très vite déchanter et replonger dans le rythme de travail du projet précédent.

Et vous voulez savoir le pire dans tout ça ? Le plus dérangeant et le plus frustrant ? Vous n’arriverez jamais à vos fins. Vous ne parviendrez jamais, quoi qu’il arrive, à recréer parfaitement ce que vous avez en tête. Vous ne pourrez jamais faire que vous en approcher, n’en donner qu’un vague aperçu à votre public. Au fil des versions, vous affinerez votre travail, vous l’améliorerez toujours un peu plus. Mais la vérité, c’est qu’on pourrait toujours l’améliorer, le reprendre, le retravailler. Si on voulait réellement aller jusqu’au bout du projet, si on voulait réellement le faire sérieusement : on aurait tout simplement jamais fini de l’écrire. Une vie entière n’y suffirait pas.

Et au final, peu importe le chef d’œuvre que vous aurez écrit, peu importe les louanges qu’on vous servira (si jamais on vous en sert), il restera toujours au fond de vous une part d’insatisfaction, une part de vous qui ne pourra s’empêcher de penser : « ce n’est pas encore tout à fait ça… ». Etre auteur c’est aussi savoir, quelque part, ne pas trop se focaliser sur les défauts de ce que l’on a écrit et d’en accepter les qualités tel quel. Car si vous passez trop de temps à vous morfondre sur vos échecs inévitables, vous finirez tout simplement par perdre toute volonté d’écrire.

En fait, il n’existe qu’une seule règle qui peut déterminer le temps et l’énergie que vous demandera un projet d’écriture : l’attachement que vous avez à celui-ci. Plus vous aurez envie de le soigner, plus vous y passerez du temps, plus vous chercherez à le travailler et à le retravailler, plus vous ferez de versions pour vous assurer de sa qualité. A l’inverse, si un projet vous motive moins, vous vous contenterez plus facilement d’une version qui aurait peut-être nécessité quelques révisions. A vous de voir, alors, quels sont les projets qui vous interpellent le plus, ce sur lesquels vous vous sentez de fournir le plus de travail, ceux qui vous tiennent le plus à cœur ; et ceux pour lesquels vous vous contenterez d’une qualité moindre, suffisante pour le peu que vous vouliez en tirer.

 

Donc oui, je préfère vous le dire dès maintenant : écrire est loin d’être simple. C’est un travail, un véritable travail. Un vrai métier qu’il ne faut pas prendre à la légère. Un métier avec des activités que l’on aime plus ou moins, qui sont plus ou moins intéressantes, mais par lesquelles il faut nécessairement passer. Bien entendu, ce n’est pas non plus plus dur que d’autres métiers et bien moins dangereux que beaucoup d’autres. Il n’empêche, si vous perdez de vue cet aspect des choses, vous risquez fort d’être déçu. Et il est important, lorsqu’on se lance dans de tels projets, d’être bien conscient de l’investissement que cela représente.

Cependant, c’est un métier, et la bonne nouvelle, c’est que, comme tout métier, on peut l’apprendre. Ecrire, c’est vraiment à la portée de tout un chacun, pour peu que l’on ait la volonté de s’y mettre et d’acquérir les compétences nécessaires. Oubliez ces notions de talent, d’imagination débridée ou quoi que ce soit de ce style. Certes, ceux qui en ont auront plus de facilités que les autres. Mais tout cela, ce n’est rien que le travail ne puisse remplacer. Et même les plus talentueux des auteurs doivent travailler d’arrache-pied pour réaliser leurs chefs d’œuvre. Je vais même vous dire quelque chose d’assez simple : écrire, c’est un exercice comparable au sport ou à la musculation. Plus vous le pratiquez, plus vous prenez le temps d’écrire des histoires, plus cela vous vient naturellement, plus avez de facilités à imaginer, à construire des récits et donc, finalement, plus vous avez de talent.

Mais apprendre à écrire, la bonne nouvelle, c’est que n’importe qui, vraiment n’importe qui, peut le faire. C’est à la portée de tout un chacun, même si vous n’avez jamais écrit une ligne de toute votre vie, il n’est pas trop tard pour commencer. Je ne vous le cacherai pas, il vous faudra du temps pour arriver à un niveau professionnel. Néanmoins, sachez que c’est parfaitement possible, tant que vous êtes prêt à faire ce qu’il faut.

Que faut-il faire ? Et bien, pour commencer, vous pourriez peut-être lire des ouvrages ou des articles qui vous donnent des conseils en la matière comme je compte le faire. Néanmoins, je ne conseillerais pas vraiment de commencer par là. Au départ, ce qu’il vous faut surtout faire, c’est prendre l’habitude d’écrire, d’imaginer des histoires. Et pour cela, il n’y a pas de secrets : commencez par pratiquer, le plus régulièrement possible. Participez à des ateliers, des forums, n’hésitez pas à répondre à des appels à textes. Les fanfictions sont aussi d’excellentes écoles : ne négligez jamais l’exercice ou même le genre. Plus vous le ferez, moins vous aurez de difficultés à écrire. N’oubliez pas de lire, de jouer à des jeux-vidéos, de regarder des films, des séries ; bref, consommez autant d’histoires que vous pouvez pour en apprendre le langage spécifique.

Ensuite, lorsque vous commencerez à être plus rôdé, à avoir un peu de bouteille, vous pourrez vous intéresser à la théorie pour approfondir votre démarche.

Si vous commencez par là, très honnêtement, j’ai peur que vous vous perdiez dans une approche trop abstraite des choses, trop détachée de la réalité. Et d’ailleurs, peu importe tous les conseils que vous pourrez lire, toutes les théories que vous pourrez ingurgiter. Aucune théorie ne pourra vous donner les bonnes habitudes d’écriture et vous donner l’autodiscipline nécessaire à la pratique du métier. C’est quelque chose que vous devrez expérimenter par vous-même.

 

Alors finalement, que faut-il réellement pour être un auteur ? Il faut de la volonté, beaucoup, beaucoup de volonté. Une volonté de fer. Armez-vous de volonté, de détermination et alors seulement, vous aurez une chance d’arriver au bout de l’aventure d’une manière ou d’une autre. C’est un métier qui est surtout difficile sur le plan moral : j’ai parlé de la solitude ou des critiques que l’on peut recevoir, mais n’oubliez pas aussi de considérer le nombre cuisant d’échecs que vous serez amenés à devoir surmonter. Il faut réellement avoir la force de passer outre tout cela pour atteindre son objectif.

Je ne dis pas tout cela pour vous décourager, bien au contraire. Je voulais seulement vous prévenir, si vous ne le savez pas déjà. Mais une chose est sûre en revanche : si vous avez la volonté d’aller jusqu’au bout, rien ne vous arrêtera.

Car oui, j’ai beau dire tout cela, c’est tout de même le métier que j’ai choisi. Et lorsque vous aurez votre premier écrit achevé entre les mains… vous comprendrez.

Et maintenant, il ne me reste plus qu’à, enfin, entrer dans le vif du sujet et à vous donner de vrais conseils d’écriture, à réellement développer ma théorie.

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Vu : Geostorm

Geostorm

Oh mon Dieu ! Oh mon Dieu ! C’est… c’est… C’est LE FILM DE L’ANNEE !

Alors attention, hein, je suis pas en train de dire que c’est le meilleur film de l’année. Ni même le plus mauvais par ailleurs. Non, juste LE film de l’année. Je suis sorti de là, j’étais complètement éberlué par ce que je venais de voir, j’avais du mal à m’arrêter de rire ou de penser que c’était vraiment trop cool. Vous savez, cette impression que vous avez, en sortant de certains films, lorsque vous rendez compte que vous êtes toujours dans le même état que quand vous regardiez le film, que ça dure longtemps, même une fois que vous êtes rentré chez vous. Personnellement, j’ai très rarement ce sentiment, cela n’arrive vraiment que sur les très, très bon film… ou sur des machins à la Geostorm.

Sérieux, ce film est un putain d’OVNI, un bordel général, un concentré de bonnes idées loufoques mélangé avec une énorme de dose d’erreurs grosses comme le nez au milieu de la figure. Sans déconner : c’est n’importe quoi, N’IMPORTE QUOI. Et en même temps, c’est parfaitement logique dans le film… mais vraiment ! C’est… c’est… C’est génial à quel point c’est à la fois super et nul.

Ce film n’a tout simplement aucune limite quoi ! Aucune. Zéro, niet, nada. Je n’ai jamais vu un film partir autant en couille que Geostorm, même les meilleurs Roland Emmerich sont plan plan à côté de ça quoi. C’est pas tellement qu’il se passe des choses plus grandiose ou plus exceptionnelles, c’est juste que ça va tellement loin dans le délire qu’au bout d’un moment, le cerveau ne peut rester que coi face à cette débauche d’énormités. Et chaque fois qu’on croit qu’on est allé au bout du délire, le film arrive à aller, encore plus loin, à faire un truc encore plus impressionnant, encore plus cool, encore plus délirant.

Sérieusement, comment un producteur a pu valider ce film ? Comment quelqu’un a pu se dire que ça, c’était une bonne idée, qu’on allait pouvoir la réaliser sans problème, que ça aller passer tel quel ? Qui est ce génie ? Franchement, vous imaginez la scène ?

Un jour, il y a Dean Devlin qu’arrive comme une fleur dans le bureau du producteur :

« Bonjour, je veux faire un film où à la fin ils doivent enlever le président des Etats-Unis dans un taxi autonome tout en étant poursuivis par un putain d’orage apocalyptique et une bande de méchants de James Bond pour qu’il y ait une fusillade ; et puis dans le même temps, je veux que la station spatiale internationale qui soit en train d’exploser et du coup ils doivent évacuer en urgence dans des navettes, c’est bon ? »

« Ouais, t’inquiète, pas de problème ! »

C’est énorme, c’est juste énorme.

 

Bref. Reprenons depuis le début.

Mercredi dernier, au cinéma, je suis allé voir Geostorm de Dean Devlin et c’est juste énorme, dans tous les sens du termes.

En fait, Geostorm raconte l’histoire de deux frères, dans un futur proche. A cause du réchauffement climatique, la météo est devenue tellement instable qu’elle a fait des milliers de morts. Du coup, l’un des frères, Jake, a créé un système de satellites qui contrôlent le climat. Sauf que, trois ans plus tard, il commence à y avoir d’étranges ratés, comme un village qui gèle sur place en Afganistan et fait des dizaines de morts ou de telles chaleurs que ça créer des explosions dans les lignes de gaz. Du coup, Jake retourne dans la station, pendant que son frère, Max, qui travaille avec le gouvernement des Etats-Unis essaie de mener l’enquête au sol sur un possible sabotage.

Et à partir de là, bah, il y a des catastrophes qui se multiplient et ils sauvent le monde. Voilà.

Bon globalement, avec ça, on a le scénario de base d’un James Bond ou d’un film catastrophe, avec des méchants qui ont un plan alambiqué pour détruire le monde et des héros qui sauvent l’humanité. Et globalement c’est ce que c’est.

Tout le film, d’ailleurs, respire l’influence de Roland Emmerich. En fait, Dean Devlin, c’est le scénariste et producteur de Roland Emmerich et probablement son meilleur ami. Et le sujet du film, c’est clairement une reprise de Le Principe De l’Arche de Noé qui est le tout premier film de Roland Emmerich, le film étudiant le plus cher jamais réalisé à ce jour, qui se passait déjà dans une station spatiale qui contrôle le climat de la Terre et avec des gens qui essaient d’en prendre le contrôle pour leur propre compte. Bien entendu, Geostorm va beaucoup plus loin, cherche à faire quelque chose de plus épique et de plus impressionnant. N’empêche que, clairement, on sent tous les thèmes de Roland Emmerich.

On retrouve une équipe internationale qui entoure les héros, les membres d’une famille qui ne s’aiment plus trop mais qui vont se retrouver face à l’adversité, ou encore les enjeux à l’échelle mondiale avec les scènes tournées du point de vue des locaux. Bref, tout ce qu’on a pu voir dans Le Jour d’Après, 2012, Independance Day, Independance Day Resurgence etc. Mais en en moins bien fait.

Parce que oui, même si Dean Devlin ne vient pas de nulle part et même s’il est épaulé par Roland Emmerich… Il n’est pas non plus au niveau pour égaler le maître. Malheureusement, il s’avère aussi qu’il est plutôt loin du compte en termes de technique de réalisation et d’écriture…

Commençons par la réalisation qui, objectivement, respecte bien le minimum syndical, tout en étant clairement mauvaise.

Déjà, le choix même des acteurs principaux n’est pas bon. Sérieusement, on essaie de nous faire croire à deux frères qui ont été proches par le passé, mais l’aîné a presque l’âge d’être le père de l’autre. Il y a, grand minimum, dix ans d’écart entre les deux. On ne me fera pas croire qu’ils avaient un code secret entre eux et qu’ils étaient comme les deux doigts de la main. Bref, déjà, à ce niveau là, je n’y crois pas.

Et bien entendu, les acteurs sont assez mal dirigés. Il arrive régulièrement, dans le film, que les personnages sortent des phrases sur des tons pas du tout adaptés, s’énervent sans raison ou même récitent plus leur texte qu’ils ne le jouent. Aucune des performances que j’ai vu n’est exceptionnelle et beaucoup de répliques paraissent même très étranges : même si ça tient en partie aux dialogues eux-mêmes, il faut bien dire ce qui est, il n’y a pas beaucoup d’effort pour qu’on y croit à ce niveau là aussi. Le strict minimum dans la plupart des cas.

Je blâmerais bien le casting pour ça, mais très honnêtement, j’ai vu tous ces acteurs ailleurs et ils étaient bons. Du coup, je pointe directement le réalisateur. Mais bon, ça n’empêchera pas une ou deux fulgurances, notamment du côté d’Andy Garcia.

Quant aux choix des plans, c’est d’un basique à toute épreuve ! Alors oui, on retrouve bien, pour les scènes catastrophes, ces petits personnages qui sont là pour qu’on puisse être un peu impressionné par la scène, exactement comme dans les films de Roland Emmerich. Et à ce niveau-là, c’est plutôt bien fait. Mais pour tout le  reste, franchement bof.

Tous les dialogues sont systématiquement filmés dans des champ contrechamp très simples, très moyens, là où Roland Emmerich nous a, mine de rien, habitué à des réalisations beaucoup plus dynamiques de ce côté-là (sérieusement, c’est toujours mille fois plus intelligent que dans la plupart des autres films…). Et puis, tout ce qui a trait au gigantisme ou à l’espace, c’est très moyen. Encore une fois, seulement le minimum syndical, et encore. Vraiment dommage. A aucun moment, on ne sent l’énormité de la station spatiale ou du dispositif des satellites par exemple. Bref, pour un film catastrophe qui cherche à créer une telle ampleur dans son scénario, c’est un raté total à ce niveau.

Heureusement, je l’avoue, les scènes d’action sont plutôt bien filmées et rattrapent l’ensemble. De même, les effets spéciaux sont excellents, rien à redire de ce côté-là.

Et maintenant, juste pour rire, parlons de tout ce que le scénario fait de mal…

D’abord, les personnages sont unidimensionnels pendant tout le film, c’est incroyable. Ce n’est pas qu’ils n’évoluent pas ou quoi, c’est juste qu’ils n’ont jamais qu’une seule facette et ce, quel que soit le personnage. Or, ce qui rend un personnage réellement intéressant, c’est justement ces différentes facettes… Mais ça devient gênant quand le personnage secondaire antipathique s’avère être l’un des méchants… Tiens donc, quelle surprise !

Ensuite, les dialogues sont, en règle générale, d’un très bas niveau. Les répliques que les personnages s’échangent sont, au mieux, complètement bateau, et le plus souvent assez maladroites.

Allons plus loin : il y a une voix off parfaitement inutile de la fille de l’un des héros au début, qui nous explique les événements passés qui ont amené à la construction des satellites et qui revient à la fin pour nous expliquer l’épilogue. Pourquoi la petite fille ? Mystère et boule de gomme. Et bien entendu, tout cela est expliqué de toute manière par les images et les scènes déjà présentes dans le film ou les dialogues. Comme dans 99% des cas avec les voix offs. Je vais finir par créer un comité anti voix off…

Autre défaut, le film ne sait pas bien placer ses émotions. Je m’explique. Il y a toute une séquence où Jake rejoint la station et s’émerveille de ce qu’il voit. Ce genre de séquence est chouette et plonge généralement bien dans l’univers. Sauf qu’à ce moment-là de l’intrigue, la Terre est frappé par d’énormes catastrophes et il y a un peu urgence. Ce n’est pas le moment de s’émerveiller du tout ! Il fallait mettre ça avant ! Ou éventuellement après, à un moment plus calme quoi.

Il y a d’autres passages qui, comme celui-ci, paraissent un peu hors de propos.

D’autre part, le plan des méchants est complètement stupide et inutile, mais leurs motivations le sont encore moins. C’est pour ça que j’estime que ce sont des méchants de James Bond. Tout ce qu’il leur manque, c’est une base secrète dans un volcan, tant leur plan machiavélique pour dominer le monde frise au ridicule. Mais ça, c’est rien, face à ce personnage qui trahit les autres pour de l’argent… Oui, le monde sera détruit, mais lui sera riche ! Ah ah ! J’aime la logique de ce personnage.

En parlant de logique : sérieusement, c’est quoi ce code secret entre frangins ? Je veux dire, faut être tordu pour inventer un truc pareil. Et puis, de toute manière, ça ne tient pas du tout la route, c’est juste impossible à mettre en place !

Autre souci rigolo : tous les personnages secondaires ont le droit à leur petit moment de gloire, histoire de dire qu’ils n’ont pas servis à rien et qu’on ne les a pas juste mis là pour combler. Si la plupart sont effectivement utiles, leurs interventions n’en restent pas moins ridicules. Avec une mention spéciale pour le mexicain, à qui il ne manquait plus qu’un sombrero à ce moment-là. Par contre, la nigérienne, elle, elle sert vraiment à rien. Allez savoir.

Oh, ai-je parlé de la façon dont le méchant révèle qu’il est le méchant ? Imaginez la manière la plus clichée qui soit : vous savez quand le mec dit un truc qu’il n’aurait pas dû savoir. Et bien c’est ça. Mais la plupart du temps, le détail est plus subtil. Là, c’est juste gros comme une maison.

Et que serait tout cela sans une grosse couche de discours écolo-mielleux mal dosé ? Des incohérences physiques à tous les niveaux et une absence totale de retenue dans les actions des personnage ? A un moment, pour empêcher les satellites corrompus par le virus des méchants de faire des dégâts, ils les bombardent avec leurs satellites parfaitement sains, juste brillant. Et si vous avez cru à une seule histoire d’amour dans ce film, faites-moi signe !

Et la liste peut continuer ainsi, encore et encore. Geostorm réussit à accumuler un nombre de défauts incroyables, tant dans la réalisation que l’écriture et cette incroyable combinaison de choses devrait en faire un pur nanar… Et pourtant, et pourtant… Ce n’est pas tout à fait le cas non plus.

Parce qu’en réalité, croyez-le ou non, l’essentiel est là. Oui, en fait, le film est plutôt bien construit en termes de rythme, de déroulement de l’histoire et de rebondissements. Tout s’enchaîne très bien et permet d’arriver précisément au final dantesque souhaité par l’auteur, sans se forcer une seule seconde. Les personnages ont beau être unidimensionnels, ils n’en sont pas moins présents et remplissent assez efficacement leurs fonctions. Oui, les dialogues sont mauvais ou maladroit, mais les scènes, elles, sont intelligentes. Et même si on nous émerveille au mauvais moment, le fait est qu’on nous émerveille quand même. Et finalement, on a un peu envie que ce mexicain ait son moment de gloire, non ? Et puis, à partir du moment où on balance des satellites sur d’autres, le code secret des deux frères ne paraît plus si absurde, non ?

En fait, aussi étrange que ça puisse paraître, Geostorm est tellement entier, autant dans ses erreurs que dans ses réussites, que même ses travers finissent par être parfaitement logiques dans l’univers du film. Tout fonctionne, tout semble s’opérer normalement, tout semble être à sa place. Et du coup, bah on arrive quand même, malgré toutes ces erreurs flagrantes, à ce dire qu’il y a du bon, voir du génie là-dedans.

Et c’est ça qui en fait un film si particulier, si étonnant. On a à la fois quelque chose qui objectivement, ne devrait pas marcher, devrait être insupportable à regarder, ou dont on devrait se moquer d’un bout à l’autre. Et pourtant, on est quand même dedans, on peut quand même s’émerveiller de tout ce qu’il se passe à l’écran, se laisser porter par le film.

Car oui, il y a du génie dans film, du vrai génie, de vraies idées qui valent complètement le détour. La scène finale, pour commencer, est d’un grandiose à couper le souffle ! Elle est très rythmée, très bien construite, avec des fulgurances de qualité monstrueuse. Le moment où le président se tourne vers le héros pour lui dire « Epousez-là ! » m’a tout simplement tué : tout était absolument parfait ! Et si tout le film avait été comme ça, ça aurait clairement été le plus grand chef d’œuvre de ces dix dernières années !

Mieux encore, ce film est monstrueusement sincère. On sent, à chaque instant du film, que Dean Devlin y croit, qu’il est sérieux lorsqu’il pense que c’est une bonne idée que de balancer des satellites sains sur des satellites corrompus. Qu’il pense sincèrement que ses méchants sont crédibles, que ses personnages sont de grands romantiques et que les catastrophes qu’il tend à décrire sont réellement catastrophiques. Peu importe les défauts du film, Geostorm propose aussi une expérience unique parce qu’on essaie pas d’avoir de l’autodérision sur ce qu’il se passe comme le font trop souvent les Marvel ou beaucoup d’autres films aujourd’hui. Avec une naïveté royale, Dean Devlin nous offre une histoire auquel il croit sincèrement. Je suis persuadé qu’il est lui-même touché parce qu’il a écrit. Et ça se ressent réellement dans le film. Il n’essaie à aucun moment de nous entuber, de nous tromper ou quoi que ce soit. Non, il y croit, tout simplement. Avec toute la maladresse du monde, certes, n’empêche que cette vérité transpire par tous les pores du film et que ça aussi, ça fait du bien.

Enfin, ce film est incroyable parce que c’est l’éclate totale ! Je vous l’ai dit, je n’ai jamais vu un film partir aussi loin dans son délire, s’affranchir aussi facilement de toutes les limites qu’on pourrait se mettre. Et à ce niveau-là, il en envoie plein la vue, c’est juste extraordinaire. Si vous aimez les films catastrophes, vous allez être servis.

En fait, Geostorm a tous les éléments pour faire un grand film. Il est monstrueusement imaginatif, plein d’une sincérité brûlante, n’a pas peur du ridicule ou du grandiose, s’affranchit des limites ordinaires du cinéma, offre sa propre cohérence et est truffé de bonnes intentions. Aurait-il été retravaillé suffisamment, il aurait été un film si remarquable qu’on n’aurait pas manqué de le recommander des générations durant, j’en suis certain.

Et c’est aussi pour cette raison que, pour moi, Geostorm est l’équivalent d’un premier jet d’auteur talentueux.

Je ne sais pas si, dans votre vie, vous avez eu l’occasion de lire le premier jet d’un roman écrit par un auteur réellement talentueux, qui sait définitivement raconter des histoires. Ce n’est pas un secret, un premier jet, c’est toujours un peu (voire beaucoup) nul. C’est l’essence même du premier jet. Il est là pour être retravaillé, amélioré, repris, réécrit, corrigé. C’est la base de travail, ce n’est qu’après qu’on commence réellement, au fur et à mesure des versions, à s’approcher de ce qui sera publié au final. Ce que vous voyez sur vos écrans, ce sont des cinquièmes, des sixièmes versions parfois.

Mais le premier jet, lui est écrit directement au fil de l’inspiration. L’auteur qui écrit un premier jet met toujours toutes ses idées sur la table, de but en blanc, sans réfléchir à leur pertinence globale. En gros, il se précipite pour écrire ses scènes telles qu’elles lui viennent et c’est tout. C’est ensuite, et seulement ensuite, qu’on commence à en corriger les défauts éventuels.

En général, lire un premier jet est une plaie pour quiconque doit le faire. C’est long, fastidieux, c’est bourré de fautes en tout genre, il y a des incohérences qui se baladent un peu partout et la plupart des effets ne fonctionnent pas du tout. Il y a aussi de grosses longueurs, des tas de scènes en trop, d’autres en moins (parce que l’auteur n’avait pas d’inspiration pour les raconter sur le moment). Si un auteur est sympa, il commencera plutôt à demander des avis à partir de sa seconde version, dans laquelle il aura gommé les plus grosses énormités.

Mais si un jour vous avez eu l’occasion de lire un premier jet de quelqu’un de vraiment talentueux, alors vous avez peut-être pu ressentir cette sensation très étrange. Celle d’avoir lu quelque chose d’objectivement pas du tout au point, mais qui mérite quand même carrément le détour. Où il y a mille excellentes idées, des tas de scènes super fortes qui marchent super bien et où on sent directement tout l’énorme potentiel qu’il y a dans cette histoire. Et pourtant, c’est indéniable : il va y avoir du travail pour arriver à une qualité professionnelle. Car oui, un premier jet n’est jamais bon en soi, il y a toujours du travail après sa rédaction. Sachez-le. Même lorsqu’il est rédigé par l’auteur le plus talentueux qui soit.

Et du coup, ces premiers jets « inspirés » ont beau être plein de défaut, ils sont aussi plein de toutes sortes de qualités, offrent des scènes réellement fortes, des fulgurances de qualité (souvent les scènes les plus importantes d’ailleurs, puisqu’elles inspirent davantage en général). Mais surtout, surtout, il y a cette absence totale de limite dans l’imagination déployée.

Dans un film, en règle générale, les scénarios ont été réécrits pour maîtriser les émotions. Soit on a rehaussé le niveau de toutes les scènes pour qu’il n’y ait plus d’erreur, soit, justement, on a un peu restreint certaines choses pour respecter des impératifs de production, de cohérence ou même de ton. Mais dans un premier jet, il n’y a pas encore eu ces réécritures qui donne cet aspect équilibré, maîtrisé des choses. Ce qui fait qu’on est pas du tout à l’abri, si l’auteur a suffisamment de talent, de se recevoir soudain tout un tas de qualité incroyable dans la figure alors que le reste paraissait plutôt médiocre. Tout ce qui a été imaginé est toujours là, personne n’a encore eu le temps de le remettre en question, de dire que, quand même, ça allait peut-être un peu trop loin. Et du coup, étrangement, tout parait presque plus… pur.

Alors attention, je ne suis pas en train de dire qu’un premier jet peut-être meilleur qu’une cinquième version correctement retravaillée, loin de là. Tout ce que je dis, c’est que ça offre une expérience unique en son genre et, alors qu’on sait que fondamentalement, ce qu’on lit n’est pas bon, on ne peut s’empêcher de penser qu’on aime bien quand même.

Moi, en tant qu’éditeur, j’ai malheureusement plus souvent que d’autres l’occasion de lire des premiers jets et certains sont écrits par des personnes réellement talentueuses. Et bien je peux vous dire que Geostorm m’a fait exactement le même effet qu’un premier jet écrit par une personne talentueuse. Il y a tout plein de choses géniales, mais dans l’ensemble, la technique n’est pas du tout au point et ça aurait besoin d’une bonne dose de réécriture.

Alors voilà, si vous avez envie de savoir quel effet ça fait de lire le premier jet de votre projet de roman ou de scénario, allez voir Geostorm. Ensuite, rentrez chez vous et commencez à retravailler, comme Dean Devlin aurait sans doute dû le faire.

Vu : Logan Lucky

Logan Lucky

Bonjour, bonjour !

Mardi dernier, au cinéma, je suis allé voir Logan Lucky de Steven Soderbergh et, très franchement, malgré quelques vraies fulgurances, j’ai trouvé ça plutôt moyen.

En fait, Logan Lucky, c’est l’histoire des frères Logan, qui sont des malchanceux notoires, et pas forcément les gars les plus futés du coin, qui décident (entre autre pour régler certains problèmes familiaux), de se lancer dans un casse assez compliqué. Et pour ça, ils vont aller recruter leur sœur, ainsi qu’une autre famille, les Bang. Sauf que ces derniers sont loin d’être des lumières et que le plus utile du groupe est en prison.

Bref, tout ça promettait un casse avec un plan compliqué, pas forcément hyper adapté et plein de péripéties due à la connerie notoire des personnages ou à la malchance des Logan. Un film avec des personnages qui essaient de mettre en place un plan alambiqué et où tout, absolument tout, va de travers. Et éventuellement, ils auraient pu s’en sortir grâce à des coups du sort en leur faveur ou autre. M’enfin, une belle comédie en perspective, non ?

Et bien, pas tant que ça.

Alors, soyons honnêtes, certains moments, certains personnages, sont à hurler de rire. Je pense notamment à l’ours, qui sort de nulle part, mais vole totalement l’écran. Je pense aux revendications des prisonniers qui sont excellentes, ou encore au patron de la prison qui vaut tout l’or du monde. Tout le moment où Daniel Craig est obligé de faire un cours de physique en plein casse etc. Bref, oui, il y a des moments drôles, vraiment mémorables, et même une relation entre le personnage de Channing Tatum et sa fille qui est toute choupinette.

Mais au-delà de ça, le film est un peu plat. En fait, le casse se passe plutôt bien, malgré une ou deux anicroches pas très importantes. Ça ne devient pas le bordel, ça ne risque pas de devenir le bordel, ils ne se retrouvent pas à gérer 18 trucs en même temps et du coup, il n’y a même pas tant d’humour ou de tension que ça.

Et puis, après, il y a même tout une partie, après le casse, qui n’est pas très utile, puisque j’en avais compris la finalité bien avant et que je pense ne pas être le seul. Je veux dire, leur plan incluait clairement cet élément, il n’est donc pas surprenant que ce soit la conclusion.

Et du coup, en disant tout cela, je me rends compte que le problème, c’est qu’il n’y a pas vraiment de rebondissements dans le film, aucun réel twist.

Même s’il y a effectivement des difficultés pour les personnages, des moments de doute, le fait est que, dans l’ensemble, il ne se passe rien de réellement surprenant. On s’attend, dans ce type d’histoire, à ce que des gardes débarquent à un moment ou à un autre et qu’il faille gérer le problème. On s’attend à qu’il y ait de petits pépins auxquels il faille s’adapter.

Mais ce qui aurait réellement été surprenant, ce qui aurait lancé l’histoire dans une direction très différente et qui aurait créer de la tension ou du rire, ça aurait été de voir le plan partir complètement en sucette à cause de la connerie de l’un ou l’autre des personnages, d’avoir une telle malchance que le plan tout entier doive être revu dans l’urgence, que d’autres personnages complètement inattendus se retrouvent impliqués etc, etc. Bref, imaginez tout ce qui aurait pu mal se passer, tout ce qui aurait pu les contraindre à changer leurs plans, à prendre des risques, et vous comprendrez ce qu’il manque dans le film.

Car au final, c’est ça la nature d’un twist : quand le plan, ce qui est prévu, par les personnages ou le spectateur, est interrompu. A partir de là, le spectateur est perdu : tout ce qu’il avait imaginé disparaît d’un coup et il doit s’adapter à une nouvelle situation. Et plus il y a de twist, plus il y a de rythme, plus il y a de tension, plus il y a d’émotions. C’est pour ça qu’il ne faut surtout pas oublier d’en mettre !

On s’en fiche que tout soit linéaire, que tout se tienne ou que tout s’enchaîne bien. Finalement, c’est pas du tout ça qui nous intéresse dans une histoire !

Bref.

Pourtant, le film n’est pas complètement à jeter non plus. Non seulement, il y a quelques réelles fulgurances, je l’ai dit, mais il offre aussi une peinture assez étonnante des Etats-Unis, qui ne s’intéresse pas tant aux stars qu’aux petites gens et à leurs défauts. Bref, tout n’est pas à jeter.

Pour ma part, j’avoue m’être un peu ennuyé. J’aurais préféré que le film parte dans tous les sens, qu’il se lâche un peu. Mais peut-être que cette simplicité était justement ce que cherchait à faire le réalisateur, je ne saurais dire. Ce n’est en tout cas pas la comédie de l’année, c’est certain. Je ne vous le recommande pas réellement, surtout lorsque l’on considère tous les excellents films qui sont dans les salles en ce moment.

Vu : Au revoir, là-haut

Au revoir là haut

Bonjour, bonjour !

Samedi dernier, au cinéma, je suis allé voir Au revoir, là-haut d’Albert Dupontel et, même si c’est un bon film, je ne suis malheureusement pas tout à fait convaincu.

Et pour commencer, une fois n’est pas coutume, nous allons parler technique et réalisation, car c’est vraiment là que le film brille. L’image est magnifique, les décors, les costumes, les reconstitutions, tout est vraiment formidable. Il y a une ambiance, une esthétique qui s’approche de ce que fait Jean-Pierre Jeunet ; c’est léché, c’est beau, c’est impressionnant. Sans déconner, ce film est magnifique ! Et il a été réalisé pour un budget de seulement 17 millions ! Que n’est-on les rois du blockbuster ?!

Bon, cette constatation faite, quel est le problème avec Au revoir, là-haut si la technique est qui belle ? Et bien, malheureusement, c’est l’écriture à mon avis qui, sans être mauvaise, pêche par certains aspects. Je m’explique.

Au revoir, là-haut raconte l’histoire de deux anciens poilus, un comptable débrouillard et un artiste gueule cassée, qui décident de monter une arnaque aux monuments au mort afin de se venger de ce que la guerre leur a fait subir.

Le débrouillard, c’est Albert (joué par Albert Dupontel lui-même). Il est maladroit, pas forcément très malin ou très entreprenant et pas nécessairement du genre à se révolter. La gueule cassée, c’est Edouard, un fils de riche qui s’est fait passer pour mort car il déteste son père et n’a pas le courage de revenir vers lui dans cet état. A leur duo s’ajoute Louise, une petite orpheline qui est aussi la seule à comprendre ce que dit Edouard et qui permet de traduire ce qu’il essaie de dire… parfois en prenant la parole à sa place d’ailleurs.

Et ensemble, ils vont monter leur arnaque, mais aussi et surtout, tenter de se venger de leur ancien lieutenant qui a ordonné une attaque juste avant l’armistice… pour le fun… (raison pour laquelle Edouard a eu la gueule cassée) et qui est globalement une ordure.

Alors, si le trio de héros fonctionne assez bien, si le personnage de Edouard avec ses masques est réellement passionnant et si l’histoire de vengeance fonctionne tout à fait, le reste pêche un petit peu et pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, l’arnaque aux monuments au mort n’est pas bien justifiée et c’est dommage. En fait,  je l’avoue, j’en ai peut-être trop attendu avec la bande annonce, qui laissait entendre une grande volonté de révolte contre les grandes figures de la guerre. Je croyais que les personnages allaient en fait chercher à arnaquer l’Etat tout entier ou quelque chose comme ça. Il y avait aussi, dans le scénario même, un moyen de rendre leurs motivations plus personnelles : à la fois se venger du lieutenant tout en faisant cracher de l’argent au père d’Edouard. Mais non, rien de tout cela.

L’argent qu’ils font cracher au père d’Edouard s’inscrit en fait dans la continuité de leur arnaque générale. Et il ne font celle-ci que pour l’argent, sans réelle critique de la guerre ou de ses commanditaires. Et du coup, c’est un peu léger, moins personnel, moins grandiose qu’on pourrait s’y attendre. Et du coup, ça n’emporte pas le spectateur aussi loin que ça aurait pu.

Mais plus encore, l’instigateur de cette arnaque et le personnage qui a clairement le plus d’enjeux dans l’histoire : c’est Edouard. Or, le narrateur et personnage principal, celui dont on a le point de vue, ce n’est pas Edouard, c’est Albert ! Et du coup, ça crée une distanciation par rapport au personnage auquel on est censé le plus s’attacher !

Albert est clairement un side-kick, un acolyte du héros. Même si c’est lui qui raconte l’histoire d’une manière ou d’une autre, il aurait fallu qu’il raconte l’histoire de Nicolas et non la sienne ! Résultat, on se retrouve avec des scènes où le personnage principal est plus spectateur qu’autre chose, où l’action est clairement menée par d’autres, ou pire, des scènes sans rapport avec l’intrigue principale, qui ne sont pas très intéressantes, mais qui racontent les petits tracas d’Albert. Je trouve ça très dommage !

Enfin, par plusieurs autres aspects, je trouve le film quelque peu décevant en termes d’écriture. Je ne trouve pas certaines intrigues si bien menées que ça par exemple. Si je prends la dernière scène où l’on voit la sœur d’Edouard, elle n’apporte rien de très intéressant au reste. De même, la façon dont se finit la vengeance contre le lieutenant est un peu décevante par rapport à tout ce qu’ils lui ont fait subir avant. Et puis, c’est étrange, l’un des personnages, en apprenant la vérité sur ce qu’ont fait les héros, a une réaction qui va dans un sens clair et net. Mais la fin contredit complètement cette scène précédente : pourquoi ? Quant au petit twist de fin, je le trouve assez mal amené. J’aurais presque préféré que ce personnage face cela simplement à cause de l’histoire en elle-même et non pour la raison invoquée.

Il y a aussi des défauts de rythme : il y a plusieurs moments où on ne sait pas bien où se dirige le film. Les personnages sont dans une situation stable, stagnante et dont ils n’ont pas nécessairement besoin de sortir. Du coup, on se demande un peu pourquoi le film continue.

Quand ils cherchent à se venger ou à monter leur arnaque, oui, on attend quelque chose. Mais finalement, ces détails-là se règlent plutôt vite.

A mon avis, cette histoire aurait été beaucoup plus forte si tout avait été centré sur le personnage de Edouard et sa quête vis-à-vis de son père. Car c’est vraiment, et de loin, ce qu’il y a de plus intéressant dans le film.

Pourtant, malgré tous ses défauts, je le dis et je le répète : c’est un bon film. Au revoir, là-haut offre des scènes puissantes, impressionnantes, avec un univers bien à lui qui vaut le détour et trois personnages monstrueusement attachants. Ce n’est peut-être pas parfait, je l’admets, mais ça vaut carrément le coup. En tout cas, une chose est sûre : si l’on continue à produire des films de cette qualité technique, on va finir par écraser la concurrence…

Bref ! Allez voir Au revoir, là-haut, surtout si vous aimez ce genre d’univers un peu historico-décalé.

Vu : Detroit

Detroit

Bonjour, bonjour !

Vendredi dernier, au cinéma, je suis allé voir Detroit de Kathryn Bigelow et, même si c’est un très bon film, je n’ai pas vraiment été convaincu.

La réalité, c’est que les films de Bigelow ne m’ont jamais réellement pris au corps. Elle réalise plutôt très bien, mais est dans une constante recherche d’une forme de vérité crue qui l’empêche d’aller jusqu’au bout de la dramatisation des histoires qu’elle raconte. A trop vouloir coller à la réalité, elle finit par réaliser des films qui sont un peu trop « froids » à mon goût. Cette façon de faire a bien entendu un avantage certain : en collant si bien à la réalité, elle arrive à en saisir la force crue. Malheureusement, cela l’empêche aussi, au final, de magnifier tout cela et d’aller au-delà de ce qu’elle raconte pour renforcer drastiquement les émotions ; ce qui est, selon moi, la marque d’un grand film. Tous les films que j’ai pu voir de cette réalisatrice m’ont laissé ce petit goût amer d’inachevé : de très bons sujets, qui auraient pu être plus grands encore.

Et Detroit ne fait finalement pas exception à cette règle.

Detroit raconte en réalité les émeutes qui ont secoué les quartiers Noirs de la ville de Detroit, aux Etats-Unis, à la fin des années soixante. On commence par nous montrer, à travers plusieurs scènes, la vie quotidienne des Noirs et leurs rapports avec la police à cette époque, la façon dont ils subissent la ségrégation. Puis, Bigelow nous montre le développement des émeutes qui s’intensifient et les réactions du gouvernement face à ce mouvement populaire : il a tout de même fallu envoyer l’armée. Mais assez vite, le film se recentre autour de certains personnages : plusieurs jeunes, une patrouille de police et un mercenaire employé pour défendre une boutique contre les émeutiers. Car tous vont être impliqués dans un événement particulier dont je vous laisse la surprise.

Et tout d’abord, je dois le dire, les deux premières partie du film sont absolument excellentes, quasiment à tout point de vue en termes d’écriture.

Le film commence en nous montrant les événements à travers quelques scènes, mêlées à des images d’archives, qui nous permettent de voir tout cela du point de vue des Noirs oppressés par le système, qui nous permettent ainsi de voir à travers le regard de la communauté tout entière.

Et c’est là que se situe le tour de force. Presque toutes les histoires du monde prennent pour personnages principaux des individus et non des collectifs. Tout simplement parce qu’il est plus facile de s’identifier à un autre individu qu’à une foule ou un groupe tout entier. Pire, cela s’inscrit en réalité dans notre conception même du monde : une conception hautement individualiste.

Ce n’est donc vraiment pas anodin, tant en termes techniques qu’idéologiques que d’avoir commencé le film en nous montrant le point de vue d’une communauté, d’une foule, et non d’un individu. Cela dégage quelque chose de presque jamais vu au cinéma, qui ferait probablement rêver les marxistes.

Comment est-ce possible ? Et bien, voilà les quelques trucs que j’ai pu voir. Tout d’abord, il y a une succession de scènes dont l’intérêt est de créer une forte empathie vis-à-vis de la population Noire de Detroit. Chacune de ces scènes cherche à nous présenter un type d’oppression particulier, ou une réaction des émeutiers. A aucun moment cependant, on ne va suivre un seul et unique point de vue dans la scène, ce qui va créer un certain détachement par rapport aux individus eux-mêmes. Mais on va tout même accrocher l’identification en ne montrant que les moments où les Noirs sont oppressés ou tentent de se défendre. Enfin, on va nous montrer, tout de même, un certain nombre de personnages bien identifiés parmi la foule. Certains n’auront qu’une réplique, qu’un regard. Mais tous iront, globalement, dans la même direction. Et lorsque le malheur tombera sur l’un d’entre eux, c’est les autres personnages qui réagiront, comme s’ils avaient eux-mêmes subi personnellement l’offense.

L’utilisation de ce procédé est très intelligente pour commencer un tel film car celle-ci nous place directement dans un camp plutôt que dans l’autre et parvient à réellement nous mettre à la place de la communauté et non plus seulement de quelques individus au destin exceptionnel. Cela permet effectivement, de généraliser. C’était toute la communauté qui souffrait à cette époque.

Plus encore, la transition entre cette entrée en matière et le moment où l’on commence à suivre des individus particuliers est très bien maîtrisée. Comme je l’ai dit, lorsqu’on est du côté de la foule, on nous montre quelques individus de temps à autre. Ainsi, au départ, on ne sait même pas qu’on va finir par suivre ces personnages en particulier. On croit qu’ils vont être, comme les autres, rapidement abandonnés. Et le fait de les revoir, de suivre leur évolution petit à petit les rends représentatifs de la foule. Ainsi, ces personnages deviennent une incarnation de la population Noire de Detroit.

La construction dramatique de cette partie est aussi très intéressante : elle est progressive. On ne sait pas bien ce qui lie les personnages à part qu’ils vivent les événements de manière plus ou moins directe. Et petit à petit, alors qu’ils avancent chacun de leur côté, on se rend compte que leurs histoires se rapprochent, tant dans la narration que dans l’espace et cela laisse instinctivement penser à une progression vers un point de ralliement, vers un événement qui les réunira tous. Une technique qui sert à faire monter la tension petit à petit : instinctivement le spectateur se met à attendre le moment où tout se rassemblera, on se demande ce que ce sera et comment ils y réagiront, qui aurait quel rôle dans cet événement. Intuitivement, ça renforce l’événement en lui-même.

La seconde partie est elle aussi très réussie en termes d’écriture. C’est l’événement lui-même. Et à ce niveau-là, le film nous offre une très longue séquence, pleine de rebondissements, pleine de tension, puissante, de laquelle on ne décroche pas. Une séquence pleine d’humanité, dans tous les sens du terme.

Je ne vous en dis pas plus, sachez simplement que c’est formidable d’émotions en tout genre.

Et puis, malheureusement, arrive la troisième partie. L’après. Et là, à mon avis, le film se perd complètement. Il n’aurait pas dû continuer aussi longtemps. J’ai eu l’impression que Bigelow ne savait pas vraiment comment finir son film et qu’elle a donc continué à raconter cette histoire, jusqu’à un moment déterminé arbitrairement, mais sans sens particulier par rapport aux autres.

Je comprends pourquoi elle a voulu mettre toute cette partie-là de l’histoire. Elle souhaitait nous montrer les conséquences pour les personnages, la suite, le fait que les oppressions ne se sont pas arrêtées là. N’empêche que, un panneau explicatif juste après la seconde partie m’aurait paru infiniment plus percutant, car on aurait encore été dans l’émotion de cette seconde partie. On aurait alors eu tout le choc du contraste entre ce qu’on aurait souhaité qu’il se passe pour les personnages et ce qu’il s’est finalement passé pour eux.

En l’état, le film fait apparaître ces panneaux d’information beaucoup trop tard : ils ne sont que la continuité de ce que l’on vient de voir et ne contribuent pas à apporter un autre regard sur les événements.

Bref, encore une fois, en voulant trop coller à la réalité, en cherchant à raconter l’histoire jusqu’au bout plutôt que de l’interrompre là où c’était le plus fort, le plus pertinent, Bigelow a créé un film, certes très intéressant et très parlant, mais pas un grand film non plus. Encore une fois, elle s’est plus penchée sur l’idée de retranscrire la réalité plutôt que d’assumer l’aspect fictionnel de son récit et l’émotion qu’on en tire, comme l’indique d’ailleurs le dernier avertissement qui intervient juste avant le générique et qui stipule que cette histoire est une reconstitution à partir de témoignages et non de faits avérés.

En dehors de ça, je salue cependant la qualité des acteurs, qui sont tous réellement excellents. Je n’apprécie pas dans le détail tous les choix de réalisation de Bigelow, notamment les représentations artistiques du tout début me semblent un peu étranges par rapport au reste. Néanmoins, dans l’ensemble, son style colle aussi parfaitement à cette histoire.

Faut-il aller voir Detroit ? Oui, sans aucun doute. Car ce qui est fait dans les deux premières partie en termes d’écriture est réellement fantastique. Ce n’est pas parfait, mais ça reste une vraie réussite à bien des égards.

Vu : Thor Ragnarok

Thor Ragnarok

Bonjour, bonjour !

Mercredi dernier, au cinéma, je suis allé voir Thor : Ragnarok de Taika Waititi et c’est vraiment de la balle !

Bon, je ne vais pas y aller par quatre chemins avec ce film, je l’ai vraiment adoré d’un bout à l’autre. Il est drôle, il est fun, il est pulp, il est cool, il y a de l’action bien réalisée et des effets spéciaux colorés. Il y a du rythme, c’est bien écrit, tous les acteurs sont vraiment formidables (surtout Jeff Goldblum, of course) et en plus il y a des musiques qui déchirent. C’est bien dosé en termes de rebondissements, tous les personnages sont intéressants et ont quelque chose à défendre, à apporter à l’histoire et même si la méchante n’est pas l’antagoniste la plus incroyable qu’on ait jamais vu, elle a quand même bien la classe.

Nan, sérieusement… Ce film est monstrueusement bien ! Je sais vraiment pas quoi vous dire ! J’ai ri quand on voulait me faire rire. J’ai trouvé impressionnantes les scènes qui devaient être impressionnantes. J’ai même été touché par la scène avec Odin au début, ou même par la relation entre Thor et Loki… Oui, c’est assez simple, oui, ça ne fait pas appel à des techniques d’écriture ou de réalisation exceptionnelle, oui, c’est peut-être même un peu « facile » à certains égards… Et pourtant, il faut bien le dire : TOUT fonctionne dans le film. Vraiment tout. Et ça, ça fait plaisir.

J’ai vraiment passé un excellent moment au cinéma. Je ne me suis pas ennuyé une seule seconde, je n’ai pas perdu le fil un seul instant… En fait, quand je regarde un film, que je joue à un jeu vidéo, que je lis un livre ou autre, j’essaie réellement de me plonger au maximum dans l’histoire et de me laisser porter par celle-ci. Et je ne commence à réfléchir à la façon dont elle est construire ou narrée que si je commence à sortir de celle-ci. Mais là, pour la première fois depuis vraiment très longtemps au cinéma… je ne suis tout simplement pas sorti du film une seule seconde. J’ai juste pris mon pied.

Et du coup, je n’ai pas grand-chose à dire à par que Thor : Ragnarok est vraiment excellent, superbe et qu’il mérite, à mon avis d’être vu. Et peut-être est-il réellement truffé de défauts ou quoi. Mais la réalité, c’est qu’il a parfaitement fonctionné sur moi. J’aime vraiment ce style de film, je suis le public cible et je l’assume complètement.

Vous savez, la réalité, c’est qu’il n’est pas toujours utile de réellement décortiquer les histoires que l’on voit. Vous l’avez sûrement remarqué (certains d’entre vous me l’ont déjà dit en tout cas) mes critiques les plus intéressantes sont sans aucun doute celles des films que je n’ai pas aimés. Tout simplement parce qu’en écriture, il est infiniment plus facile de trouver les manques d’une histoire, de se dire qu’il aurait été mieux de faire ceci ou cela, que de comprendre comment quelque chose fonctionne et pourquoi ça fonctionne.

Alors bien sûr, lorsque l’on veut écrire, c’est bien de savoir comment les choses fonctionnent, pour être capable de réutiliser les procédés à l’avenir. Et je pourrais alors vous faire un descriptif complet de toutes les méthodes que Thor : Ragnarok utilise pour vous faire rire ou vous plonger au cœur de l’action. Mais très honnêtement, ce n’est pas ainsi que vous apprendrez à construire et narrer une bonne histoire. On ne commence pas par se dire « Donc, il me faut un antagoniste qui soit comme ci ou comme ça, trois rebondissements à tel endroit et deux dans cette scène-là… » Non. Les règles, les principes, les méthodes, c’est surtout là pour vous aider à corriger ce que vous avez déjà écrit, à l’améliorer.

Un bon projet d’écriture, c’est aussi un projet qui sait, parfois, s’affranchir complètement de certaines règles et surprendre le spectateur en en inventant de nouvelles. Et pour ça, je ne vous conseille pas spécialement de commencer par faire un plan précis en vous calant sur un schéma type. Non, mon conseil, et j’aurai l’occasion de le répéter dans de nombreux articles à venir, c’est de commencer à vous lâcher complètement, de laisser libre cours à votre imagination, de noter tout ce qui vous passe par la tête. Et ce n’est qu’ensuite qu’il faut s’intéresser aux procédés, aux règles etc. Et uniquement pour corriger ce qui doit l’être, pas pour modifier ce qui fonctionne déjà très bien.

Il ne s’agit pas tant de spontanéité ou quoi que ce soit de ce style, il s’agit tout simplement de faire ce pour quoi vous écrivez à la base : créer une histoire qui vous plait et qui vient de vous. Si vous commencez par vous caler sur un schéma narratif ou un autre, vous risquez, en fait, de produire une œuvre un peu plate et que vous-même aurez du mal à trouver intéressante : certes, ce sera mécaniquement parfait, mais sans style personnel. Il est important de sortir des sentiers battus et je dirais même plus : il est important de commencer par là.

Et puis, je vais vous dire : si vous laissez aller votre imagination, vous vous rendrez compte qu’elle a tendance à très naturellement suivre les règles de construction de scénario ou de narration… tout simplement parce que ces règles sont là pour rendre les histoires intéressantes et que votre imagination aime les histoires intéressantes.

Alors oui, pour une fois, j’ai vraiment juste envie de vous dire : ce film est vraiment super ! Je l’ai adoré, à tous points de vue, foncez voir Thor Ragnarok dès que vous en aurez l’occasion, vous passerez un super moment. Parce que, tout simplement, c’est bien écrit, bien réalisé, bien joué et que, si vous aimez ce genre de truc, on a rarement fait mieux.

Du coup, voilà, Thor Ragnarok est un excellent film que j’ai adoré d’un bout à l’autre. Vraiment.

Et pourtant.

Et pourtant…

Et pourtant, ce n’est pas un film qui m’a réellement transcendé.

Oui, c’est vrai, j’ai passé un excellent moment, j’ai bien ri, je me suis éclaté, mais… Mais… c’est pas encore ça. Il manque un truc. Il manque quelque chose pour que ce soit vraiment exceptionnel.

Je veux dire, ce film ne m’emporte pas autant qu’un bon Roland Emmerich. Ce film ne m’a pas marqué comme Tu Ne Tueras Point ou Dernier Train Pour Busan l’ont fait l’année dernière. J’ai passé un bon moment, oui, mais on est très loin de la claque cinématographique ou du film génialissime que j’ai immédiatement envie d’acheter, de revoir. C’est un film vraiment super chouette, vraiment cool… Mais finalement pas si incroyable que cela. Et je suis même certain que beaucoup le trouveront juste « sympa ». Et je pense qu’il y a deux raisons à cela.

La première, c’est l’humour. Oh, il est très bon dans le film, ce n’est pas le problème. Et il est relativement bien dosé (sauf peut-être à deux ou trois moments où on aurait pu s’en passer). Mais le fait est que c’est l’humour Marvel tel qu’on le connaît depuis Les Gardiens de la Galaxie, sans grand renouvellement. Et que du coup… le film a tendance à tout prendre à la légère (ou presque). Ce qui empêche d’avoir de grandes et de puissantes émotions qui vous touchent réellement au plus profond de vous.

Thor Ragnarok en voulant être tout le temps drôle, finit par rester un peu trop en surface et c’est bien dommage.

Et puis, il manque quelque chose au niveau de l’équipe des héros. Tous les personnages sont chouettes, mais ils n’ont pas vraiment de « bounding moment ». Il n’y a pas vraiment de scène pour nous montrer comment l’équipe finit par devenir soudée ou quoi. Il y en avait dans Avengers, il y en avait dans Les Gardiens de la Galaxie. Ici, pas vraiment. L’équipe est chouette à suivre, mais du coup, on est un peu moins attachée à elle, on a un peu moins envie de faire partie de ce groupe de héros. Et dans une histoire comme celle-ci, c’est hyper important d’avoir un tel sentiment…

Bref. Thor : Ragnarok n’est peut-être pas le meilleur film de tous les temps, mais il est vraiment trop cool et très réussi, peut-être le summum de ce que la formule Marvel peut produire. Foncez le voir si vous aimez ça. Et si vous n’aimez pas ça, tant pis pour vous !