Joué : Life Is Strange

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Il y a une règle en écriture, une règle simple, efficace, qu’il ne faut jamais oublier. Cette règle, c’est :

No matter what, don’t mess with time travel

Pour la traduire le plus efficacement possible : « Quoi qu’il arrive, ne pas faire des conneries avec le voyage dans le temps » ou « Quoi qu’il arrive, ne pas toucher au voyage dans le temps ». Le fait est que l’anglais permet d’avoir les deux sens de la phrase en une seule, et c’est pour ça que je l’utilise.

Pourquoi, me direz-vous, est-il nécessaire d’éviter à ce point le voyage dans le temps ? Parce que le voyage dans le temps, quel que soit le bout par lequel vous le prenez, c’est forcément la merde. En termes de physique, en termes de cohérence, en termes d’écriture et de narration, c’est un fatras monstrueux dans lequel vous n’avez pas, mais pas du tout, envie de vous engager, croyez moi.

Alors bien sûr, il y a de très, très bons films, livres et autres œuvres sur le voyage dans le temps, je suis le premier à le reconnaître. Pour n’en citer que quelques exemples très connus : Terminator, Retour Vers Le Futur, et même plus récemment Source Code. Ce ne sont même pas forcément des exceptions d’ailleurs, car si on y réfléchit bien, il y a vraiment tout un tas de très bon récits qui traitent de voyages dans le temps… Mais ils ont tous un point en commun : ces films font tout pour détourner l’attention de leur propre cohérence globale. Car si vous grattez deux minutes sous la surface, vous vous rendrez compte, pour un million de raisons, qu’en vérité, ils ne tiennent pas vraiment la route à ce niveau-là.

Mais surtout, surtout, lorsque c’est mal géré, le voyage dans le temps tuera purement et simplement votre histoire de mille manières différentes.

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Le voyage dans le temps, tout d’abord, c’est une aberration sur le plan physique. Quand on revient dans le temps, il n’y a au final que deux options. Soit on ne change rien, et tout était écrit. Soit on change quelque chose, et on ne fait jamais que créer une nouvelle réalité parallèle à celle d’où l’on vient. L’un dans l’autre, on créée nécessairement un paradoxe ingérable.

Dans le cas de l’autre réalité, c’est le paradoxe dit « du grand père ». En gros, le fait de voyager dans le temps a été provoqué par une suite d’événements qui a été altérée au cours de l’histoire. Résultat le personne n’a aucune raison/possibilité de retourner dans le temps… Paradoxe.

Dans le cas où rien ne change, le voyage dans le temps provoque la suite d’événements qui mène au voyage dans le temps et ainsi de suite. Mais au final, qu’est-ce qui provoque le premier voyage dans le temps ? Paradoxe.

Et encore, je ne prends que les cas les plus simples et les plus évidents. La vérité est que les récits de voyage dans le temps nous offrent une myriade d’autres problèmes, incohérences, etc. auxquels même les physiciens ne pensent pas.

A écrire, c’est un casse-tête. Comment revient-on dans le temps ? Pourquoi ? Peut-on le faire à volonté ? Que peut-on faire réellement ? Qu’est-ce qui change quand on change le passé ? Qu’est-ce qu’on garde ? Le personnage aura-t-il un double venu de la réalité qu’il a créé ou pas ? Et l’effet papillon ?

Il y a probablement un bon millier de questions à gérer en même temps, de détails à ne surtout pas rater. Au moindre écart, à la moindre erreur, toute votre histoire volera en confettis. On vous épinglera, on vous pointera du doigt.

Mais le plus cruel, c’est sur le plan narratif. Le voyage dans le temps a un problème monstrueux : il détruit les enjeux.

A partir du moment où le personnage peut revenir en arrière, il peut effacer, théoriquement, tout ce qui peut arriver de mal. Il peut ressusciter les morts, il peut éviter de faire telle ou telle erreur, bref, il n’a plus à s’inquiéter de rien. Les choses qui devraient être graves et émouvantes ne le sont plus, puisqu’il suffit d’un bond en arrière pour tout régler. Le personnage ne peut plus jamais perdre, ne peut plus jamais craindre quoi que ce soit. Il est virtuellement invincible.

Et au final, c’est l’émotion elle-même qui finit par disparaître. S’il n’y a plus de danger, il n’y a plus d’enjeu, il n’y a plus d’intérêt à suivre l’histoire, à s’inquiéter ou quoi. De toute manière, le personnage va s’en sortir, ou revenir en arrière et recommencer…

Et du coup, les scénaristes finissent par s’échiner pour limiter le voyage dans le temps. Limité à quelques minutes seulement, dépendant d’une dose d’énergie considérable, à sens unique, hasardeux et involontaire dans certain cas… Bref. Autant d’éléments qui vont rajouter de multiples incohérences, de nombreux questionnements supplémentaires à gérer. Le tout pour une réalité souvent un peu factice : finalement, les choses sont ainsi parce que ça arrange le scénariste qu’elles le soient plus qu’autre chose.

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Donc oui, le voyage dans le temps est une plaie en écriture. Il est très difficile à maîtriser correctement et même lorsqu’il l’est, il créée toujours, c’est absolument inévitable, des incohérences et autres problèmes qu’il faut alors cacher sous une belle couche de fun, de suspense ou de révélations douteuses.

Mon conseil est donc le suivant : quoi qu’il arrive, éviter d’écrire des voyages dans le temps. C’est le meilleur moyen de ne pas commettre d’impairs qui nuiront à votre histoire jusqu’à la rendre impossible à suivre et à apprécier. Pour moi, le voyage dans le temps est précisément l’une des dix choses qu’il ne faut jamais faire dans une histoire…

Et pourtant ! Les gens adorent le voyage dans le temps et adorent écrire du voyage dans le temps. Tout le monde trouve le retourneur de temps de Harry Potter beaucoup trop fort et mal utilisé, mais tout le monde rêve de la Delorean, sans réaliser qu’il s’agit en fait de la même chose. De très (trop) nombreux auteurs s’y adonnent à tort et à travers et produisent tout un tas d’œuvres en espérant recréer l’alchimie des grands noms ou leur intelligence (alors que les grands noms cachent justement très bien leur propre stupidité…).

Et c’est ainsi qu’est né le jeu Life Is Strange, créé par le studio Dontnod. Un jeu qui repose presque entièrement sur le voyage dans le temps… Autant dire qu’ils ont tendu le bâton pour se faire battre.

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Donc Life Is Strange, qu’est-ce c’est ?

Tout d’abord, c’est un jeu qui repose sur le principe de l’histoire interactive en termes de game play. Très inspiré des jeux du studio « Tell Tale », le principe est que l’essentiel de vos actions en tant que joueur, consiste à faire du Point & Click, à choisir entre plusieurs options de dialogue pour avancer dans l’histoire. Bref, l’idée est de vous laisser prendre certaines décisions à la place du personnage afin que tout cela ait de l’influence sur l’issue du jeu. Ou du moins, en théorie.

Car oui, en réalité, dans ce type de jeu où on laisse le choix au joueur, on ne lui laisse en réalité que l’illusion d’un choix. Et lorsque c’est bien fait, le joueur a réellement l’impression d’avoir lui-même mené les personnages jusqu’à cette conclusion, alors qu’en réalité, il était manipulé tout du long par les scénaristes et qu’il n’existait au final qu’une ou deux fins possibles, selon les cas.

Mais cela impose une certaine subtilité d’écriture, pour savoir quand laisser le choix, quand ne pas laisser le choix, quel choix laisser etc. Sans quoi, le joueur aura l’impression que le personnage joue sans lui, et comme le seul intérêt du jeu (en tant que jeu), est de faire ces choix, il est important qu’il puisse les faire à sa guise et que le jeu ne prenne pas trop de décisions sans lui.

Bref, c’est un subtil mélange, un dosage particulier, qui permet à la fois de guider le joueur vers la fin que vous désirez, sans qu’il en ait l’impression. Un dosage pas forcément toujours réussi dans le cas de Life Is Strange, malheureusement.

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Ensuite, Life Is Strange, c’est une histoire racontée en cinq épisodes qui représentent globalement chacun une journée de la vie de l’héroïne : Max Caulfield.

Max est une jeune étudiante en photographie qui est revenue dans sa petite ville natale d’Arcadia Bay afin d’étudier dans la prestigieuse Blackwell Academy. Là, elle a alors des problèmes assez ordinaires pour une jeune fille introvertie : va-t-elle réussir à s’intégrer ? sortira-t-elle avec qui ? passera-t-elle ses examens avec mention ? Etc.

Jusqu’au jour où elle se retrouve témoin d’un meurtre et découvre du même coup qu’elle a la capacité de voyager dans le temps ! A partir de là, avec son amie d’enfance, Chloé, Max va chercher à découvrir, en utilisant son pouvoir, ce qui se trame exactement dans son école, pourquoi Rachel Ambers a disparu et aussi (un peu), d’où lui vient cet étrange pouvoir et quelles en sont les limites.

Autant dire : tout un programme !

Et alors, que dire cette histoire ? Qu’elle est géniale bien sûr ! Et pourtant, qu’elle tombe dans quasiment tous les pièges propres aux histoires de voyages dans le temps…

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Commençons par le game play. De manière générale, il est très bien géré. Dans 90% des cas, vous aurez clairement l’impression de faire vos propres choix, de suivre le cours normal de l’histoire, celui que vous avez choisi. Dans 90% des cas, vous utiliserez votre pouvoir tel que vous l’entendez, pour obtenir le résultat que vous désirez, qui s’inscrit dans votre ligne de décision à vous.

Il y a même quelques royales fulgurances hyper bien pensées qui jouent avec le game play à un niveau assez rare dans le jeu vidéo. Je pense notamment au moment où vous n’avez plus le choix de vos répliques par exemple et où le personnage lui-même se rend compte qu’il ne veut pas dire ça, mais que le jeu vous y oblige totalement. C’est totalement justifié dans le scénario et ça donne réellement l’impression d’impuissance que l’on veut créer. Et il y a d’autres petites perles du genre, notamment dans l’utilisation du pouvoir (genre la fille qu’on sauve dans chaque épisode des tracas du quotidien et qui finit par vous vouer une confiance aveugle). Ce jeu m’a réellement donné l’impression de faire mes propres choix, de mener l’action à ma manière et surtout, surtout, de contrôler le temps ! Un vrai plaisir que de faire des retours en arrière pour mener l’enquête, sauver des vies, rétablir une situation, impressionner ses potes etc. Et dans les scènes de tension, c’était encore plus sympa ! Car étrangement, ça n’enlevait rien à la sensation de stress ! Au contraire, j’avais plutôt tendance à utiliser mon pouvoir dans tous les sens sans vraiment réfléchir… Bref.

Et j’aime beaucoup le fait qu’il n’y ait pas de Game Over, mais qu’il s’agisse simplement d’un retour en arrière intégré au jeu. Une belle mise en abîme. Et toute la partie SMS est vraiment chouette et bien gérée.

Donc oui, en somme, niveau game play, c’est fluide, maîtrisé et très chouette à jouer. Du moins, dans 90% des cas.

Et malheureusement, les 10% qu’il reste sont un peu incontournables et font plutôt mal.

Bon, autant vous prévenir tout de suite : il y a des moments où vous n’aurez pas le choix d’utiliser votre pouvoir. Vraiment pas le choix. Le jeu n’avancera pas tant que vous ne l’aurez pas utilisé. Le problème ? Bah ce sont clairement des moments où l’on devrait avoir le choix. Je pense notamment à la fin du troisième épisode. Je me suis arraché les cheveux sur ce morceau-là : je savais pertinemment à quel point ce serait la merde de faire une chose pareille, c’était une évidence. N’empêche que pas le choix : pour avancer, le jeu vous force à faire ce choix-là, il n’y a pas d’alternative…Tout ça pour revenir rapidement dessus au début de l’épisode 4, c’est un peu emmerdant. J’expliquerai cela quand je parlerai de l’histoire, mais clairement, il y a des moments où le jeu ne vous laisse pas le choix, ou même pas l’illusion d’un choix, et ce sont malheureusement des moments importants.

Par ailleurs, vous pouvez utiliser votre pouvoir tout le temps ! Sauf quand ça n’arrange pas les scénaristes… Je m’explique. Il y a, dans le premier épisode, un moment ou votre personnage se fait agresser par un autre. Une scène où, justement, votre pouvoir serait monstrueusement utile ! Non ? Et bien, impossible de rembobiner à cette occasion. J’ai essayé, mais rien à faire.

A la fin de l’épisode 2, il y a aussi une autre scène où votre pouvoir disparaît soudain, parce que vous êtes à court d’énergie. Ça n’arrive plus jamais ensuite et ça revient miraculeusement pile après la scène. Pourquoi cette scène ? Ma foi, parce que si vous aviez le pouvoir à ce moment-là, il n’y aurait plus le moindre enjeu dans celle-ci ! Tiens donc, ne serait-ce pas un problème propre à l’utilisation d’un tel pouvoir dans un récit ?

Par ailleurs, ce que Max fait à ce moment-là est hyper utile et elle ne le refait jamais. A aucun moment. Pourquoi ? Toutes les évolutions du pouvoir sont réutilisées à part celle-ci.

Et puis il y a un gros problème quant aux limites non définies du pouvoir. Par exemple, toute la première scène vous montre que quand vous remontez dans le temps, vous revenez à votre place d’origine. Mais ensuite, beaucoup des puzzles du jeu reposent sur le fait que revenir dans le temps vous téléporte… Mmh ? Et bien entendu, il y a le cas de l’objet du futur. Vous faites une action pour récupérer un objet, des conséquences fâcheuses arrivent : pas de panique, vous remontez dans le temps, juste avant de prendre l’objet… Et vous avez toujours l’objet ?!

De même, les visions de Max quant au futur ne sont jamais expliquées et je regrette réellement qu’il n’y ait pas de réelle explication quant aux phénomènes étranges qui frappent Arcadia Bay. Oui, l’effet papillon n’explique pas tout non plus… Mais je digresse un peu sur la partie scénario.

Enfin, le point qui m’a le plus énervé, ce sont ces indications répétées du jeu pour me dire que telle ou telle action aura de l’importance par la suite. Rien ne sort plus sûrement le joueur du jeu que ce genre d’information. L’immersion est systématiquement cassée chaque fois que la petite musique apparaît, car soudain, on en sait plus que le personnage que l’on joue. Au contraire, dans ce genre de jeu, pour contribuer à l’illusion de choix, il fallait laisser le joueur dans le flou, ne pas lui signaler à tout bout de champ qu’il y avait des possibilités de faire autrement ou qu’on subira les conséquences d’une action en apparence anodine…

Au final, j’ai fini par ignorer royalement ces indications. Ou du moins, j’ai essayé, car malheureusement, tout est fait pour que le message soit difficilement manqué…

Et donc, on se retrouve avec un game play qui aurait pu être parfait et soigné, avec quelques petites pépites sublimes, mais qui est entaché par des choix forcés, des incidents de scénario un peu faciles et un pouvoir qui peut faire un peu comme on veut comme ça nous arrange sur le moment, au lieu d’être totalement fixé. Mais pire encore, le jeu s’échine à briser l’immersion qu’il créée lui-même en nous signalant toutes les cinq secondes que tout ce qu’on fait aura des conséquences. Un peu dommage, donc.

Cela-dit, à l’exception des choix forcés, qui peuvent être réellement horripilants dans ce type de jeu, le reste ne vous empêchera pas, je pense, d’apprécier le jeu. Alors je dirais que, de manière globale, c’est plutôt une réussite de côte-là.

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Côté scénario, en revanche, Life Is Strange met carrément les pieds dans le plat en matière de voyage dans le temps et n’échappe quasiment à aucun des pièges qu’on lui tend.

En premier lieu donc, j’en ai déjà parlé, le pouvoir de Max est à priori illimité en termes d’utilisation, mais ne peut pas remonter trop loin, sauf sous certaines conditions. Mais de temps en temps, on peut remonter plus loin et de temps en temps, on n’a plus de pouvoir… Chaque fois, quand ça arrange les scénaristes. Ce genre de facilité est malvenue…

De même, les enjeux deviennent compliqués à gérer, c’est le problème avec le voyage dans le temps. Il y a cette scène où, soudain, votre pouvoir ne fonctionne plus, sans quoi l’enjeu disparaîtrait. Mais la justification reste bancale et circoncise à cette seule scène. Pourquoi ? Et puis, il y a cet autre moment où on vous fait un cliff hanger sur la mort d’un personnage… Je n’ai absolument rien ressenti à ce moment-là, si ce n’est un certain agacement. Bien sûr que j’allais sauver ce personnage dans l’épisode suivant ! Il n’y avait pas d’enjeu ou de surprise de ce côté-là et qu’on insiste dessus m’a énervé plus qu’autre chose.

Ensuite, il y a cette histoire d’effet papillon. Pendant tout le jeu, j’ai espéré que les phénomènes étranges soient dus à un autre pouvoir, peut-être celui d’un méchant par exemple ou lié à autre chose. Pourquoi ? Peut-être parce que j’ai trop regardé Smallville. Ou peut-être parce que l’explication de l’effet papillon est trop simpliste et facile justement. Il n’y a aucune raison pour qu’une telle réaction en chaîne se produise et certains des phénomènes n’ont clairement rien à voir. J’ai l’impression que tout cela sert juste à créer un choix final au jeu qui n’était pas spécialement nécessaire.

Au contraire, le moment où j’ai été forcé de changer un élément du passé contre mon gré gérait beaucoup mieux et avec infiniment plus de subtilité et de force émotionnelle l’effet papillon ! C’est dans cette voie qu’il aurait fallu continuer. Et je suis certain que le choix final n’en aurait été que plus fort si cette logique avait été respectée.

Et qu’en est-il des incohérences ? Diable ! Elles sont nombreuses. Il y a des incohérences entre ce qui crée un effet papillon et ce qui n’en crée pas. Il y a des incohérences dans les effets du pouvoir qui ne sont jamais précisés. Il y a des incohérences si vous faites l’un des deux choix à la fin, parce qu’il y a des choses que vous ne pouvez absolument plus changer, même avec cette option. Il y a des incohérences dues aux paradoxes créés par le voyage dans le temps…

Bref, le jeu fait toutes les erreurs à ne pas faire, tombe dans tous les pièges, parfois les pieds devants, et nous force à fermer les yeux sur tout un tas de choses – peut-être un peu trop – pour apprécier le jeu.

Et c’est vraiment dommage : avec tous ces exemples bons ou mauvais qui l’ont précédé, les créateurs du jeu n’auraient-ils pas pu éviter ces écueils ?

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Et aux problèmes du voyage dans le temps s’ajoute malheureusement quelques autres défauts.

Le premier se trouve dans certains dialogues. C’est peut-être un effet de la traduction, mais j’ai par exemple trouvé le dialogue sur le toit, un peu trop maladroit et pas du tout naturel. Les deux personnages en viennent soudain à faire le récapitulatif des épisodes précédents… dans une situation qui ne s’y prête pas, mais alors pas du tout. Dommage, vu la force de la scène à la base ! Et il y a beaucoup d’autres petits dialogues comme ça qui manquent totalement de subtilité.

Un autre gros défaut, c’est tout le rêve dans l’épisode 5. Autant, les décors sont chouettes à traverser, en terme de game play, c’est très intéressant pour un million de raisons et ce n’est pas du tout désagréable comme passage. Mais soyons honnête, d’un point de vue scénaristique : ce passage n’a absolument aucun intérêt et a seulement été rajouté pour rallonger l’épisode… Il n’apporte rien, n’enlève rien, que fait-il là ?

Enfin, je n’apprécie que peu le fait qu’on ne puisse jamais dire à Warren qu’on a un pouvoir ou qu’on soit contraint de le dire à Chloé. Pour le second choix, je l’aurais sans doute fait. Ou alors il aurait été peut-être plus intelligent qu’elle remarque quelque chose d’anormal et vous force à cracher le morceau. Mais pour Warren, le scénario fait tout pour éviter la scène, alors qu’il n’y a pas de raison : cet homme est votre héros personnel, il mérite la vérité au moins autant que Chloé. Un peu rageant.

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Et pourtant, et pourtant. J’ai vraiment rarement autant été pris dans le giron d’un jeu vidéo et je ne peux que vous dire qu’en réalité, il y a trop de bons côtés pour passer à côté de celui-ci.

J’ai ri, j’ai pleuré, j’ai vécu avec Max Caulfield pendant ces cinq épisodes. J’ai été vraiment pris par cette histoire. Pourquoi ? Eh bien, parce que : les personnages.

Parfois, c’est aussi simple que cela. Mais les personnages de ce jeu sont tous hyper travaillés. Tous hyper intéressants et même tous hyper touchants. Les relations qu’ils ont entre eux sont d’une intelligence et d’une force rare, souvent pleines d’une subtilité à laquelle on ne s’attend pas. Et mieux encore, le jeu met réellement en scène chaque personnage pour le rendre intéressant et touchant… Sauf le méchant, mais bon, c’est le méchant, on s’en fout.

Comment ce jeu fait pour être aussi brillant de ce côté-là ? Ses personnages sont-ils mieux construits qu’ailleurs ? Non. Pas spécialement en réalité. Ce sont certes de bons personnages, intéressants et bien agencés, mais en vérité, le jeu les met surtout parfaitement en scène pour que vous éprouviez de l’empathie pour eux.

Dans un premier temps, le premier épisode vous les présente tous sous un certain jour. Il y a l’ancien militaire obsédé de la sécurité, la fille qui se fait harceler, la chef de bande qui harcèle, le fils à papa connard de service etc, etc. Mais dans les épisodes qui suivent, vous découvrez à chaque fois de nouvelles facettes de leur personnalité. Et voilà que l’un subit en réalité d’énormes pressions, que l’autre n’a pas confiance en soi, que le troisième fait tout cela par amour et maladresse… Etc. Bref, soudain, ce qui vous apparaissait comme des personnages simples, des clichés presque, devient plus riche.

Et en fait, c’est la meilleure méthode pour nous faire éprouver de l’empathie pour quelqu’un : briser sa coquille d’apparence pour dévoiler une faiblesse qui explique beaucoup de choses. C’est exactement le même procédé que va utiliser Game Of Thrones par exemple. Mais même, de manière générale : tous les bons récits qui savent faire vivre des personnages riches, forts en émotion.

Peut-être ne l’avez-vous jamais remarqué avant, mais ce qui fait la force d’un personnage, c’est presque toujours lorsque l’on découvre une autre facette de sa personnalité que l’on ne soupçonnait pas. Soudain, il paraît plus complexe, plus réfléchi. Alors même que, si on nous avait présenté le même personnage avec toutes ses facettes en évidence, on l’aurait probablement trouvé plat. Le « truc », c’est donc de faire les choses pas à pas, une révélation à la fois. Et généralement deux ou trois « couches » suffisent à rendre le personnage réellement puissant et attachant.

Là-dessus, Life Is Strange applique la méthode avec régularité et tact. Impossible de ne pas éprouver d’empathie pour un seul de ces personnages, impossible de ne pas s’attacher à tous. Et c’est d’autant plus fort que les relations qui découlent de ces personnages sont fortes et très bien construites. Qu’on a envie d’y croire à tout moment.

Franchement, Chloé m’a parfois cassé les pieds avec son attitude, mais au final, j’avais envie de retourner jouer avec elle à chaque fois. Je me suis pris une petite claque quand j’ai appris la façon dont Warren traitait sa pote pour me faire de la place etc. Autant de détails et de choses qui donnent l’impression que tout s’imbrique, tout se complète, tout est réel et fort en émotion.

Aucune réaction de travers, aucune action qui n’ait pas lieu d’être pour les personnages. Tout est fort, tout est beau de ce côté-là. Et à un moment, on a tellement envie de vivre dans cet univers que ça en ferait presque peur…

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Et puis, il y a tout un tas d’autres bons côtés : l’enquête est plutôt chouette (surtout quand on peut remonter dans le temps). J’avoue que j’avais pas du tout prévu l’identité du méchant, je me doutais que ce personnage-là était pas sympa dans le fond, mais de là à être le méchant, non, le jeu a réussi à me bluffer (et si vous lisez régulièrement mes critiques, vous savez à quel point c’est rare).

Tout l’épisode final, hormis le rêve, était vraiment chouette aussi, exploitait super bien le concept du jeu jusqu’au bout.

Et il y avait beaucoup de moments réellement forts, réellement réussis à tout point de vue, pour lesquels j’étais prêt à ignorer de gros défauts. Au final, même cette partie du jeu que j’ai détesté parce qu’elle me forçait à faire un choix évidemment mauvais en termes de conséquence, m’a un peu cloué en termes d’émotions.

Alors voilà, si vous voulez vivre une expérience qui vous transportera réellement, qui vous accrochera d’un bout à l’autre. Oui, Life Is Strange ne vous décevra pas, si vous n’êtes pas trop regardant sur les problèmes temporels, vous allez sans doute même adorer.

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Et puis, il y a autre chose à propos du voyage dans le temps, quelque chose qu’il est nécessaire de relever et d’apprécier.

Dans Life Is Strange, le voyage dans le temps n’est pas un simple incident, ou un contexte à l’histoire ou au message. Dans Life Is Strange, le voyage dans le temps a un sens, le fait que le personnage ait ce pouvoir particulier n’est pas anodin, cela sert le propos général du récit, le message que veut faire passer le jeu. Et c’est assez rare pour être relevé, mais surtout, c’est assez intelligemment fait.

Dans Life Is Strange, vous passez votre temps à remonter dans le temps pour effacer vos erreurs, arranger les situations à votre avantage, tenter d’améliorer les choses, en apprendre plus sans être pris, éviter les drames… Bref, vous faites toujours tout ce qui est en votre pouvoir pour que tout se passe bien, pour qu’il ne vous arrive jamais, à vous ou à vos proches, rien de grave. Et même lorsque le jeu force le joueur à faire certains choix pour faire avancer son histoire, c’est toujours pour tenter de sauver quelqu’un, d’empêcher un malheur d’arriver. Parce qu’après tout, c’est à ça que ça sert de remonter dans le temps, non ?

Et bien tout le scénario de Life Is Strange consiste justement à vous prouver que peu importe le mal que vous évitez, peu importe ce que vous changez : il y a toujours des conséquences néfastes à l’arrivée. Et toute cette histoire d’effet papillon, quoi que très maladroite, est une façon de nous rappeler que l’on ne peut pas échapper aux conséquences néfastes de ses actions, aux drames, aux malheurs quels qu’ils soient.

Chaque fois que Max revient dans le passé pour empêcher un malheur d’arriver, elle finit toujours par en créer un plus grand.

Car tout le message du jeu, c’est justement cela : on n’échappe pas au passé. Ça ne sert à rien de revenir en arrière et d’essayer d’effacer ce que l’on a fait. Le mal est fait et il faut apprendre à vivre avec, à assumer les conséquences de ses erreurs, à survivre aux drames etc, etc. Car tenter de tout corriger finit par causer plus d’ennuis.

Et c’est là que tout le jeu, y compris dans ses erreurs de game play et de scénario, prend tout son sens.

Pourquoi insister sur le fait que les actions auront des conséquences ? Tout simplement pour vous rappeler que toute action a des conséquences. Pourquoi vous forcer à modifier le passé alors qu’il est clair que cela n’aboutira à rien de bon ? Pour vous montrer, justement, que tout cela n’aboutit à rien de bon.

Bien entendu, cela ne gomme pas forcément les quelques facilités de scénario ou le flou total qui entoure les limites du pouvoir de Max. Néanmoins, ce que je considère être les plus gros défauts du jeu prennent sens lorsque l’on a en tête le fait que tout le jeu consiste en réalité à nous dire que revenir en arrière ne sert à rien et qu’il faut accepter les événements tels qu’ils sont, aussi tragiques soient-ils, et aller de l’avant.

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Ce qui m’amène donc à parler de ce qui est à mon avis le plus gros défaut du jeu, celui qui l’empêche d’être vraiment génial : à aucun moment, vous n’avez le choix de ne pas utiliser votre pouvoir.

Tout le principe du jeu, je l’ai dit, c’est de dire que revenir en arrière et tenter de corriger les choses a des conséquences plus néfastes encore. A partir de là, il aurait été intelligent de proposer au joueur de ne JAMAIS utiliser le pouvoir. De prendre conscience, quitte à ce que ce ne soit qu’en new game plus, qu’il pouvait aussi être intéressant de ne jamais utiliser son pouvoir, d’assumer le moindre de ses choix.

Il y avait largement assez de matière dans le scénario, entre l’histoire de Rachel, l’histoire de Kate et l’histoire de Max pour avoir cinq épisodes complets et intéressants sans avoir à remonter une seule fois dans le temps. Et ne vous y trompez pas, n’importe qui aurait immédiatement commencé par utiliser le pouvoir, moi le premier. Mais offrir cette possibilité de ne pas le faire, en toutes circonstances, aurait justement été un bon moyen d’aller au bout du procédé.

Ici, finalement, je n’ai pas eu le choix de laisser les choses arriver. Je n’ai pas eu le choix d’utiliser le pouvoir. Le jeu se serait arrêté si je ne l’avais pas fait. Et du coup, le message est quelque peu créé de toute pièce : en gros, on me reproche d’avoir utilisé le voyage dans le temps alors que si j’avais eu le choix, je ne l’aurais peut-être pas fait… Vous voyez ce que je veux dire ?

Bien entendu, n’importe quel joueur l’aurait fait, c’est une évidence. Vous ne pouvez pas donner une capacité telle que celle-ci aux joueurs sans que ceux-ci ne se précipitent dessus. Mais justement, le message en aurait été alors que plus fort encore : car tout le mal qui arrive par la suite aurait alors été réellement le résultat de l’action du joueur, de ses choix, et non du jeu. Et pouvoir refaire une partie sans avoir à utiliser une seule fois le pouvoir nous aurait alors sûrement appris beaucoup de choses très intéressantes et nous aurait permis de pleinement expérimenter le message du jeu…

S’il y avait eu cette possibilité, alors oui, ce jeu aurait probablement touché au génie. Malheureusement, ce n’est pas le cas et je ne peux donc être entièrement convaincu. Pour moi, Life Is Strange ne va pas jusqu’au bout de son projet et c’est bien dommage. Il aurait pu être un véritable chef d’œuvre.

Qu’à cela ne tienne, il reste excellent par bien des aspects et je ne peux que vous le recommander pour la force émotionnelle qu’il dégage et l’expérience qu’il propose. Si vous n’y avez pas encore joué, n’hésitez pas à le faire, il y a beaucoup trop de bonnes choses pour passer à côté.

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Et voilà toutes les raisons pour lesquelles j’ai finalement préféré déchirer la photo. Non seulement, ne pas le faire aurait abouti à des incohérences scénaristiques puisque des événements ont déjà été changés avant qu’elle ne soit prise, mais plus encore, je trouvais absurde de revenir une fois de plus en arrière à ce stade. Justement, tout le principe du jeu n’était-il pas de comprendre que le mal était fait et qu’il valait mieux l’accepter ?

En tout cas, c’est comme ça que moi, je vois les choses, mais n’hésitez pas à en discuter dans les commentaires.

 

Et pour conclure, je dirais qu’il existe une règle en écriture. Une règle simple, claire, efficace, qu’il ne faut jamais oublier. Cette règle c’est :

No matter what, don’t mess with time travel

Et bien Life Is Strange en est peut-être l’expression la plus pure réalisée à ce jour, tant par ses réussites que par ses maladresses. Rien que pour cela, vous devriez y jeter un coup d’œil.

Vu : ça

ça

Bonjour, bonjour !

Mercredi dernier, au cinéma, je suis allé voir Ça de Andrés Muschietti et j’avoue que j’ai été un peu déçu, même si c’est vraiment pas si mal du tout en vérité.

Je m’explique.

Ce film Ça est donc la seconde adaptation du bestseller de Stephen King, qui s’appelle tout à fait pareil. Et le roman Ça est l’une des lectures qui m’a le plus marqué au cours de mon existence. C’est un livre horrifique, poignant, avec tout un tas de personnages forts et formidables et un concept vachement simple, mais aussi vachement cool. J’ai encore parfaitement en mémoire certaines scènes du livre telles que je les ai imaginées lors de ma lecture et qui se sont gravées dans mon esprit. Plus encore, je me souviens de l’état dans lequel cette lecture me mettait : j’avais du mal à éteindre la lumière après avoir lu seulement quelques pages… Et pourtant, je n’étais pas si jeune que ça (j’étais déjà à la fac à l’époque). Bref, c’est un livre que j’ai pris un plaisir immense à lire et qui m’a laissé une impression durable. Et je pense ne pas être le seul.

Pour ceux qui ne le savent pas encore, Ça raconte l’histoire de la ville de Derry, dans le Maine, à deux époques différentes (lorsque les héros sont jeunes et lorsque les héros sont adultes). Dans le livre, les deux parties se mêlent, s’entrecroisent et la partie « enfant » apparaît plus comme des réminiscences, des souvenirs de la partie adulte. Il s’agit alors de nous raconter l’épisode qui a traumatisé les personnages lorsqu’ils étaient enfants et qu’ils se retrouvent forcés à revivre en étant adulte.

Et quel est cet épisode ? Eh bien, le combat contre Ça, une entité maléfique qui hante Derry et fait disparaître des enfants. Une entité qu’on a tendance à connaître sous l’apparence d’un clown (mais qui ne ressemble pas du tout à cela en réalité), tout simplement parce que c’est ainsi qu’elle apparaît pour la première fois dans le livre.

Et en gros, toute l’histoire consiste à nous expliquer comment les personnages, enfants comme adultes, vont tenter de lutter contre cette créature innommable et chercher à la faire disparaître, une fois pour toute.

Ce roman était déjà passé par une première adaptation en téléfilm en 1990. Juste après avoir lu livre (ou peu de temps après en tout cas), j’étais allé voir ce qui en avait été fait. Je n’ai pas tenu plus de dix minutes devant cette adaptation. Non pas parce que le film faisait trop peur, mais bien parce que c’était trop ridicule. Les acteurs jouaient mal, il n’y avait pas la moindre ambiance et même le clown était traité comme une apparition inexpliquée plutôt que comme une chose étrange et maléfique. Bref, ça ne ressemblait en rien au livre, ça ne faisait pas peur pour un sou, et je n’avais pas envie de gâcher mon souvenir de lecture avec des images bariolées et fantasques, pas du tout dans le ton.

Et du coup, lorsque j’ai entendu parler d’une nouvelle adaptation plus moderne, remise au goût (et à la qualité cinématographique) du jour, j’avoue que je me suis dit que, cette fois, c’était la bonne. Je suis donc allé voir Ça le jour de sa sortie, avec beaucoup d’espoir.

Et finalement, cette nouvelle adaptation vaut-elle le détour ?

Bien, très franchement, je suis déçu. Ce film ne m’a pas fait peur un seul instant. Il est bien fait, très bien joué, avec d’excellents effets spéciaux, la reconstitution historique est chouette, il y a énormément de scènes très intéressantes… Mais je n’ai pas eu peur. Il y a des moments de tension, des moments de surprise, des moments impressionnants sur le plan « horrifique », oui. Et si vous souhaitez vous faire une petite frayeur légère entre amis, c’est probablement un film qui vous plaira.

Mais en termes d’horreur pure, de peur, d’angoisse… Bah, c’est vraiment pas terrible du tout. Surtout comparé à du Conjuring, du Sinister ou même au court métrage Lights Out, c’est vraiment pas au niveau, je suis désolé de le dire. Et pourtant ! Cette histoire est justement plus forte, a beaucoup plus de potentiel ! Je le sais, j’ai lu le livre. Ça aurait dû être le film d’horreur de l’année s’il avait été bien fait, et ce n’est pas du tout le cas.

Pourquoi ? Parce que la peur, ce n’est pas une question de monstre et ça, on le sait depuis Les Dents de la Mer (ça commence à remonter). Une ombre fait beaucoup plus peur qu’un clown maléfique. Et ici, tout est trop « montré », tout est trop « agressif ». Les personnages sont confrontés à des visions claires, nettes, au beau milieu de journées ensoleillées. Des visions qui les agressent littéralement, qui se jettent sur eux pour les attraper. Aucune construction de la tension, aucune construction de l’atmosphère, aucune construction de la peur à proprement parler. On se contente de leur envoyer un monstre qui les attaque un a un, puis qu’ils combattent à plusieurs.

Et tout le côté hyper insidieux du monstre ? Le fait qu’il utilise la peur des personnages ? Le fait qu’ils apparaissent lorsqu’ils sont isolés et vulnérables ? Qu’il s’en prenne précisément à des individus « à part » etc. ? Et bien non, tout cela est « mentionné », mais jamais réellement montré dans le film. Et du coup, je ne pouvais qu’être déçu par cette adaptation.

En fait, je me suis dit que le film manquerait de qualité à bien des égards lorsque j’ai compris qu’il ne traitait que la partie « enfant » de l’aventure, occultant totalement la partie « adulte ». Car oui, sachez-le, cette version ne fait pas du tout intervenir la partie avec les adultes. Tout ici, sera raconté de manière linéaire (loin des constructions quelque peu décousues qu’affectionne parfois Stephen King) et ne parlera que de l’aventure des enfants. Bien évidemment pour se réserver la possibilité de faire un second volet avec les adultes (qui aura bien lieu vu le succès du film).

En quoi est-ce un problème ? Et bien justement parce que le livre commençait, non pas sur la partie « enfant », mais sur la partie adulte. Sitôt le fameux prologue passé, la scène du bateau de papier, et une autre pour montrer comment le monstre revient 27 ans plus tard, eh bien le livre commençait sur les adultes. Et la première scène du livre, le début véritable de l’histoire, c’est que le premier personnage appelé par le héros pour revenir combattre le monstre… préfère se suicider plutôt que d’y retourner. La simple idée d’avoir à affronter à nouveau cela le perturbe au point qu’il se tue.

Car oui, Ça, ce n’est pas juste un monstre. Comme bien souvent dans les histoires d’horreur, le monstre n’est que la représentation d’autre chose, une façon de mettre en scène tel ou tel phénomène psychologique ou sociétal. Et Ça, ce n’est pas juste celui qui fait peur ou qui enlève ou dévore les enfants. Non, ça, c’est le rôle du croquemitaine. Non, Ça, c’est la représentation du traumatisme de l’enfance qui revient vous hanter, dont vous ne vous êtes jamais débarrassé.

Et à ce titre, oui, c’est certain, la partie des enfants est sans aucun doute celle qui vous aura le plus marqué si vous avez lu le livre. De fait, c’est l’intention de l’auteur. Mais sans la partie adulte, il perd tout son sens et tout son intérêt.

C’était justement cela qui m’avait marqué dans le livre à base. On nous présentait d’abord un monstre qui tuait un enfant. Puis une autre scène dans laquelle le monstre tuait un adulte. Et enfin, on nous montrait un personnage tellement effrayé par le monstre qu’il se suicide avant même de le revoir… Cela entourait Ça d’une aura très particulière, ça en faisait une entité particulièrement redoutable, à laquelle on ne peut probablement pas échapper et qui est capable de réellement laisser des traces après son passage. Et pendant tout le reste de l’histoire, les personnages avaient continuellement la peur de se replonger dans ces souvenirs perdus et enfouis. Ce qui ne faisait qu’augmenter l’impression de peur et d’angoisse qui se dégageait de la partie « enfant ».

Dans le film, il n’y a plus qu’une seule de ces trois scènes, la mort de l’enfant. C’est certes fort et violent. Mais c’est surtout insuffisant. Car tout ce que cela nous dit c’est : voici un monstre méchant qui parvient à attraper un enfant sans défense. C’est cruel, certes, mais pas vraiment une créature implacable, increvable et tellement terrifiante qu’on préfère se tuer plutôt que d’aller l’affronter une fois de plus… Bref. Ne serait-ce que par ce choix de séparer les deux histoires au lieu de les lier entre elles, le film se condamnait déjà à faire moins peur.

Après, j’ai aussi trouvé qu’il y avait plusieurs facilités et incohérences dans le scénario dû à cette adaptation. Tout d’abord, il y a le fait que chacun des enfants voit le monstre séparément… et n’en parle pas à ses meilleurs amis avant un long moment. Si je me souviens bien, dans le livre, ces visions s’espaçaient sur plusieurs mois et les enfants n’avaient pas de raison d’en parler avant. Là, le héros est en train de chercher une explication à la mort de son petit frère, ces visions rentrent parfaitement dans le cadre de cette enquête justement, non ? D’autant que d’autres enfants continuent à disparaître.

Et puis, comme il y a vraiment beaucoup de personnages dans cette histoire, 7, ça fait vraiment beaucoup de visions qui s’enchaînent et qui ne sont pas forcément très bien insérées dans la trame de l’histoire. Elles arrivent un peu pour arriver, on n’a pas l’impression que cela suis un fil rouge quelconque. Un peu dommage.

Je regrette aussi que le personnage de Mike soit si peu exploité. Certes, avec 7 personnages, c’était difficile de tous les développer autant les uns que les autres, mais c’est probablement l’un de ceux qui a l’histoire la plus intéressante et, comparé aux autres enfants, il est clairement mis en retrait. Il ne rejoint le groupe que très tard et on ne le suit pas vraiment avant cela comme on suit Ben ou Beverly. Du coup, par rapport aux six autres, le personnage se retrouve un peu en retrait.

Enfin, ce qui m’a le plus agacé, c’est le fait qu’ils fassent tout un plan pour rester absolument ensemble. Parce qu’ils ont compris que c’était le seul moyen de défaire le monstre. Mais qu’ils passent leur temps à se séparer dans la scène finale… Un peu dommage.

Et puis, il y a aussi le fait, en dehors du scénario, que l’antre du monstre n’est pas du tout glauque et effrayante et que le clown lui-même joue de manière trop évidemment monstrueuse, lorsque je l’ai moi-même toujours imaginé comme beaucoup plus subtil justement. Personne ne se laisserait avoir par quelqu’un qui agit de la sorte, pas même un enfant…

Du coup, voilà, Ça passe pour moi à côté du sujet du livre, et ne fait quasiment pas peur du tout… Loin du cauchemar horrifique que j’espérais.

Et pourtant, est-ce un mal ?

En fait, en sortant de la salle, j’étais déçu et je trouvais que, malgré quelques bons côtés (et une indéniable qualité en comparaison du téléfilm), cette adaptation était encore très loin du compte. Mais plus j’y pense, plus je me dis qu’en fait, j’ai mal interprété le film.

Le film n’a pas vocation, je crois, à être une adaptation fidèle de l’œuvre originale, pas même dans ses thèmes fondamentaux.

Oui, Ça de Stephen King est un livre horrifique, qui traite du traumatisme de l’enfance qui revient vous hanter à l’âge adulte. Oui, ce livre avait été écrit pour faire peur. Mais ce n’est pas le cas du film.

Le film, lui, essaie d’avantage de présenter une histoire fantastique d’aventure menée par des enfants contre un monstre cruel et sanguinaire. Ce n’est pas une plongée dans l’horreur, la peur, l’angoisse ou le gore. C’est un film dans lequel une bande jeunes, des losers qui ne sont pas populaires, surmontent leurs problèmes personnels en combattant le terrible monstre de Derry tous ensemble.

Et à ce titre, il est plutôt très bon : il repose sur d’excellents personnages, traite de vrais sujets, joue bien sur le côté étrange et fantastique… Bref, malgré quelques défauts que j’ai cités plus haut (incohérences, personnage de Mike…), c’est un bon, voire très bon film ! Le genre d’enquête fantastique, certes un peu classique, qu’on aime bien regarder sans nécessairement chercher à se faire peur, qui nous plonge très bien dans sa logique et son univers.

Alors oui, à mon avis, le plus gros problème du film, c’est qu’il est vendu, présenté comme un film d’horreur, ou même une adaptation fidèle du livre d’origine, alors qu’il cherche justement à s’éloigner du ton et de l’intention de base. En fait, à la réflexion, vu tout ce qu’on connaît du monstre, je crois justement que ce sera le second volet, avec les adultes, qui sera un réel film d’horreur glauque. Car avec des yeux d’adultes, tout cela prendra une autre teinte, une autre couleur…

Faut-il aller voir Ça de Andrés Muschietti ? Oui, je pense que oui, c’est un bon film fantastique. Mais si vous vous attendez à un film d’horreur ou à retrouver l’univers du livre, vous risquez fort d’être déçus. Prenez garde.

Cela-dit, un jour, je verrai bien une véritable adaptation du livre au cinéma, qui en respecte véritablement le fond sans concession… Mais bon, le livre avait aussi ses défauts, notamment la fin un peu bancale, comme cela arrive trop souvent dans les Stephen King…

Vu : Barry Seal : American Traffic

Barry Seal

Bonjour, bonjour !

Mercredi dernier, au cinéma, je suis allé voir Barry Seal : American Traffic de Doug Liman et très honnêtement, c’est un film qui se laisse voir.

Barry Seal est en réalité tiré d’une histoire vraie, celle de Barry Seal (donc) un pilote d’abord recruté par la CIA pour prendre des photos aériennes des groupes révolutionnaires communistes en Amérique Centrale, qui va en profiter pour trafiquer avec Pablo Escobar et son cartel afin d’arrondir ses fins de mois (en gros). Et il va aussi faire tout un tas d’autres choses étonnantes au cours de sa vie, en profitant des couvertures et de l’argent que lui offrent les trafiquants et la CIA.

Si vous ne connaissez pas déjà ce personnage, ce film vous apprendra tout un tas de choses étonnantes sur cet homme et sa vie incroyable. Car, à chaque vous que vous pensez être allé au bout de vos surprises, vous découvrirez avec plaisir que non, cette histoire rocambolesque (c’est le mot) va encore plus loin et prend un tour d’autant plus inattendu.

Car c’est là tout l’intérêt du film : c’est inspiré d’une histoire vraie, à peine romancé, et pourtant, on n’a l’impression d’avoir réellement à faire à un scénario construit de toute pièce tellement tout ce qu’il lui arrive est étonnant. Bien entendu, le film reste un film et non un documentaire, et beaucoup de choses, notamment en ce qui concerne les relations avec la CIA, restent historiquement plus floues qu’autre chose. N’empêche que, certains événements ne peuvent évidemment qu’être vrais, car ils sont « publics ». Et se dire que tout cela est arrivé à un seul homme, c’est quand même assez fort.

En fait, le tour de force du scénario, c’est justement d’avoir su parfaitement maîtriser son support. La vie de Barry Seal était très riche en événements et en rebondissements, avec des passages plus ou moins intéressants, plus ou moins mouvementés. Pourtant, les scénaristes du film ont su tirer de tout cela un film très cohérent sur le plan narratif, avec une véritable progression dramatique.

Souvent, dans un Biopic tel que celui-ci, on aura le droit à un film très décousu, très « haché » avec les parties différentes de la vie du personnage séparées, sans vraiment de liens entres elles. Ici, dans Barry Seal, tout se complète, tout s’imbrique, tout se mélange jusqu’au final, comme dans un scénario plus classique. Au départ, la CIA le recrute, puis le cartel et il doit alors composer avec ces deux employeurs particuliers et les soucis que ça implique (qui ne sont pas forcément ceux que l’on attend d’ailleurs !). Et c’est bien cette situation qui va petit à petit évoluer en une véritable histoire, bien amenée et bien construite.

Et juste pour cela, parce que cet effort a été fait, Barry Seal se place dans le haut du panier des biopics à mon avis. Peut-être pas le meilleur que j’ai vu, mais probablement le mieux construit en termes de structure dramatique (après, soyons honnêtes, je n’en ai pas vu tant que ça).

En dehors de ça, le film joue constamment sur le principe suivant : rajouter une couche à l’improbable. Dans chaque scène, le film parviendra à vous surprendre en vous emmenant encore plus loin, en poussant le bouchon encore un peu plus loin. Et chaque fois que vous pensiez que ça ne pouvait pas aller plus loin, l’idée est de trouver une idée pour transgresser la limite une fois de plus.

Le tout est d’ailleurs traité avec un humour cinglant qui tourne au ridicule les manigances (biens réelles) des uns et des autres, et surtout du gouvernement, de la CIA et des autres agences américaines. Un humour qui joue justement le fait que tout cela soit inspiré de faits réels. Et un humour qui permet à la fin du film d’être ce qu’elle est et de dresser le portrait d’un personnage qui a su profiter de la vie jusqu’au bout des ongles.

Donc oui, si vous voulez tout savoir, Barry Seal est bien écrit et a des choses à dire, de la qualité à revendre. Vous y retrouverez d’ailleurs un Tom Cruise fort sympathique (qui ne fait pas son Tom Cruise, ou pas autant que d’habitude) et une réalisation plutôt chouette. Bref, un bon moment de cinéma…

Cela-dit, ce n’est pas un excellent film non plus. Ce n’est pas un film qui va complètement vous transporter dans une émotion ou dans une autre. Et quoi qu’il soit sympathique à voir, je le trouve un peu trop simple au final. Il y a deux défauts à ce sujet.

Le premier, c’est que le héros n’a pas vraiment d’objectif lui-même. Certes, il veut gagner plein d’argent et piloter dangereusement (en gros), s’occuper de sa famille. Mais il n’a pas non plus un rêve à réaliser, quelque chose qui représente tout pour lui ou quoi. La plupart des événements qui lui arrivent, il les subit plus qu’autre chose, ils lui tombent un peu dessus et il s’y adapte. Mais à aucun moment le personnage ne va activement chercher à faire quelque chose pour lui-même, quelque chose qui nous tienne réellement en haleine, quelque chose qui nous passionne. Et c’est un manque. Car on aurait été beaucoup plus impliqué si ça avait été le cas.

Et puis, il y a aussi le fait que tout est traité avec légèreté et qu’il n’y a pas réellement de grandes émotions fortes dans le film. Il y a deux ou trois scènes assez mignonnes avec sa femme, mais sans plus. Et seule la fin marque réellement. Le reste, au final, n’est qu’une suite d’événements rocambolesques. C’est certes très intéressant, surtout si, comme moi, vous ne connaissiez pas grand-chose à la vie de Barry Seal. Il n’empêche qu’émotionnellement, c’est très plat…

Alors au final, faut-il aller voir Barry Seal ? Oui, je pense. C’est un film assez sympathique à voir, qui vous apprendra sûrement plein de choses et, de manière générale, il vaut le détour. Mais je regrette que, quitte à avoir réussi à créer un biopic aussi bien construit sur le plan scénaristique, la narration n’ait pas cherché à aller plus loin, à nous impliquer davantage dans l’émotion. Car au final, tout cela est plus informatif qu’autre chose… Un peu dommage…

Au royaume du livre, l’auteur est roi…

 

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Avertissement préalable : Les chiffres que j’annonce dans cet article ne sont que des résultats préliminaires de l’enquête. Malgré plusieurs relances de ma part, je n’ai finalement reçu que 146 réponses, cet échantillon de population est bien trop faible pour constituer un outil statistique fiable. Il faudrait, pour cela, que plusieurs centaines de personnes, si ce n’est même plusieurs milliers, répondent au questionnaire.

En partageant ces résultats préliminaires, j’espère cependant attirer l’attention de plus de monde sur cette étude et vous pousser à la partager encore et encore. De cette manière, je pourrais toucher un échantillon de population beaucoup plus large et vous donner des résultats bien plus fiables et précis que ceux-ci.

Aussi, si vous êtes tombé sur cet article sans avoir déjà participé à l’enquête, je vous invite, avant même d’en lire les conclusions, de répondre au questionnaire en cliquant sur ce lien.

Cependant, 146 personnes, c’est déjà suffisant pour tirer quelques conclusions intéressantes et pour dégager certaines premières tendances. Et, rassurez-vous, je suis plutôt sûr des chiffres que j’avance ici car ils sont restés constants quasiment tout au long de l’étude et n’ont jamais fait que se préciser au fur et à mesure que les gens répondaient. Il y a donc toutes les raisons de penser qu’un échantillon d’interrogés plus grand ne ferait que confirmer ce que je vais dire ici, mais je préfère tout de même vous prévenir et rester prudent.

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Au début de ce mois-ci, j’ai lancé une petite étude, un petit questionnaire, afin de connaître les habitudes d’achats des lecteurs. En fait, tout a commencé lorsque j’ai voulu écrire un article très différent de celui-ci, pour lequel j’avais besoin de données sur le sujet. Sauf qu’en cherchant un peu sur Internet, je me suis rendu compte que ces chiffres n’existaient nulle part et que ce que je savais – ou plutôt ce que je croyais savoir – sur la question était simplement le fruit de témoignages, d’expériences personnelles d’éditeurs ou même d’auteurs et donc, finalement, rien de très scientifique.

J’ai donc décidé, pour éviter de dire des bêtises dans mon article, d’aller cueillir les informations moi-même en créant ce questionnaire que j’ai ensuite diffusé (avec votre aide) sur les réseaux sociaux. Mais en voyant les réponses arriver au fur et à mesure, j’ai décidé que je ne me contenterais pas de l’article que j’avais prévu à la base et que je commencerais par vous faire un compte rendu de cette enquête avant toute chose car les résultats de celle-ci semblaient intéresser une grande partie d’entre vous, et plus encore, parce qu’ils sont finalement assez édifiants et que je voulais absolument les partager avec vous : auteurs, lecteurs ou éditeurs, je pense que vous en apprendrez beaucoup en lisant cet article.

Avant de commencer, j’aimerais cependant faire quelques rappels de bon aloi (outre l’avertissement préalable, voir plus haut).

Tout d’abord, n’oubliez pas que cette étude portait uniquement sur le dernier livre acheté par les interrogés, et non sur l’ensemble des livres vendus. Pour dire les choses autrement, cette étude permet d’avoir des statistiques sur les habitudes des lecteurs eux-mêmes, mais pas sur les ventes concrètement réalisées derrière. J’ai fait ce choix parce que j’avais besoin de données concrètes, tangibles, qui ne risquaient pas d’être altérées par des impressions ou des souvenirs erronés (oui, l’humain est très faillible et c’est quelque chose qu’il faut prendre en compte lorsque l’on se lance dans de telles enquêtes).

De même, je l’ai diffusée sur les réseaux sociaux, certes, mais à partir des comptes que je possède. Cela veut dire, en d’autres termes, qu’il est aussi possible, quelque part, que cette étude soit légèrement biaisée par la qualité même de mon entourage. En tant qu’auteur et éditeur, j’ai tendance à connaître plus d’auteurs que la moyenne par exemple et leurs choix de lectures sont peut-être très différents de ceux de la population en générale.

En vérité, je suis plutôt confiant dans les résultats que j’annonce : ils sont restés trop constants pour ne pas être « justes » quelque part, et l’étude a finalement été partagée bien au-delà de mon cercle privé. Cela-dit, c’est là aussi un point qu’il faut garder en tête et le scientifique en moi veut vous rappeler que tout ce que je dis n’est pas forcément à prendre pour argent comptant et qu’il y a un certain scepticisme à conserver quelque part. Qui sait ce qu’il se passerait si une tout autre personne que moi faisait exactement la même étude ?

Enfin, n’oubliez pas que tout ce que révèle réellement cette étude, ce sont des chiffres, des statistiques, et que les conclusions, l’analyse que j’en tire, reste tout à fait personnelle. Après tout, c’est bien connu, les chiffres, on peut leur faire dire n’importe quoi. De mon côté, j’essaie d’être le plus honnête et le plus « scientifique » possible, mais, à bien y réfléchir, on pourrait peut-être tirer une toute autre analyse que celle que je vais présenter ici.

Ces avertissements faits, passons aux choses sérieuses : il est grand temps de vous annoncer quelques-uns des résultats de l’enquête. Bien entendu, cette étude pourrait nous apprendre bien plus sur les habitudes des lecteurs s’il y avait eu un plus grand nombre de réponses. Mais pour lors, en attendant des résultats plus définitifs, je suis tout de même en mesure de vous affirmer avec certitude ceci : au royaume du livre, l’auteur est roi !

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Vive l’auteur ! Vive le roi !

La raison qui m’a poussé à lancer cette étude, c’était que je voulais savoir quels étaient les raisons principales qui poussaient les lecteurs à acheter tel livre plutôt que tel autre. Plus que les questions de formats ou de lieux d’achat, je voulais connaître les raisons qui font que, finalement, on va jeter son dévolu sur tel livre plutôt que tel autre. Est-ce parce qu’on nous l’a recommandé ? Parce qu’on aime bien l’auteur ? Parce que le sujet nous a interpellés ? Parce que la couverture, l’illustration nous a séduits ? Bref, qu’est-ce qui fait qu’on désire lire le livre ?

En théorie, si vous avez bien suivi les étapes du questionnaire, vous êtes, d’une manière ou d’une autre, retombé sur cette question, dans laquelle j’essayais de lister les différentes raisons qui pouvaient vous avoir poussé à acheter le livre (tout en laissant un champ libre, au cas où vous ne rentriez pas dans mes cases). Et à ce niveau-là, les résultats de l’étude sont sans conteste : la raison principale pour laquelle on achète des livres, c’est le nom de l’auteur, et rien d’autre.

25,74% des lecteurs interrogés déclarent avoir choisi d’acheté leur livre parce que celui-ci avait été écrit par cet auteur en particulier.

C’est-à-dire que plus d’un quart des lecteurs achètent leurs livres parce qu’ils apprécient ou connaissent l’auteur qui l’a écrit. Et cette proportion tend même à légèrement augmenter chez les auteurs qui ont acheté leur livre moins d’une semaine avant d’avoir rempli le questionnaire, montant entre 27 et 28% ; en théorie donc, les lecteurs les plus assidus, ceux qui achètent le plus grand nombre de livres annuellement.

On peut donc en conclure que la majeure partie des ventes d’un livre se fait uniquement et surtout sur le nom de l’auteur qui l’a écrit, et rien d’autre. Certes, cela reste une majorité relative et non absolue, néanmoins, cette part des ventes est très loin d’être négligeable. Oui, le nom de l’auteur vend à lui seul beaucoup plus de titres que toutes les autres raisons et je pense qu’il est important de le souligner.

En seconde position, c’est le sujet du livre, son 4ème de couverture, qui convainc les lecteurs de passer à l’achat : 19,12% d’entre eux déclarent en effet avoir fait leur choix pour cette raison particulière. Là encore, une part très importante du marché, presque un cinquième des lecteurs sont attirés le sujet, l’histoire du livre.

Mais cette proportion tend surtout à augmenter chez les lecteurs que j’appelle les « flâneurs », c’est-à-dire ceux qui ne savent pas ce qu’ils vont acheter au moment où ils entrent dans la librairie, le salon ou vont sur le site de vente. Ceux-là qui sont prêts à « se laisser tenter », décident à 24,28% d’acheter leur livre en fonction du sujet de celui-ci, de son 4ème de couverture, devant même l’auteur, qui ne représente alors plus que 21,42% des ventes concernées.

Et cette proportion explose carrément lorsque les lecteurs ne sont pas familiers avec l’ouvrage à l’origine : 56% de ceux-ci déclarent en effet avoir acheté leur livre en se basant sur le 4ème de couverture. Loin, très loin, devant toutes les autres raisons. En résumé ? Si l’on ne connaît votre livre ni d’Eve, ni d’Adam, on l’achètera en priorité pour son sujet, son 4ème de couverture.

En troisième position (et accusant déjà un certain retard, il faut bien le dire), 14,71% des lecteurs interrogés assurent avoir acheté leur livre parce qu’on le leur avait recommandé d’une manière ou d’une autre, que ce soit par des amis, des critiques officiels ou officieux, ou même de parfaits inconnus (parce que oui, il y a des lecteurs qui parlent aux inconnus, peu, mais tout de même).

Ce qu’il est surtout intéressant de noter, c’est que l’immense majorité de ces lecteurs-là, 60% d’entre eux pour être précis, ont acheté le livre parce qu’il leur avait été recommandé par un autre lecteur qu’ils connaissent déjà et en qui ils ont confiance, ou par leur entourage de manière générale. En gros, c’est donc principalement le bouche à oreille qui fait effet ici.

Les blogeurs et autres critiques, eux, ne parviennent finalement à influencer qu’une très faible part des lecteurs : à peine 2,94% du total… A méditer.

Et ce n’est qu’en quatrième position, avec une égalité parfaite, qu’arrivent les deux raisons suivantes : la maison d’édition et le fait que le livre ait déjà un certain succès, que de nombreuses personnes en parlent.

Oui, tout à fait, les bestsellers (ou autres livres à succès) ne semblent convaincre que 10,29% des lecteurs interrogés. Idem pour le nom de la maison d’édition qui a publié le livre. Loin derrière, donc, le nom de l’auteur, le 4ème de couverture et les recommandations des uns et des autres. Certes, avec un dixième des achats, dans un cas comme dans l’autre, ces motivations ne sont finalement pas si anodines ou exceptionnelles. Mais je retiens surtout qu’elles sont plutôt minoritaires qu’autre chose. En effet, en additionnant les ventes réalisées sur le nom de l’auteur, le 4ème de couverture et les recommandations seules, on est déjà bien au-delà de la moitié des ventes (à 59,57% des ventes pour être précis).

La maison d’édition qui a publié le livre ou le fait que celui-ci ait déjà du succès n’ont donc finalement que peu d’influence sur les ventes du livre, et c’est important de le noter.

Enfin, en sixième position, vient la couverture, l’illustration, qui semble convaincre 5,88% des lecteurs interrogés à acheter leurs livres. Ce qui est finalement très peu, là encore.

Et qu’en est-il des 13,97% restants ? Et bien, les raisons sont assez diverses : certains sont convaincus par la lecture d’un passage du livre, d’autres par les avis laissés sur les sites de ventes, certains se laissent tenter directement par les promotions, d’autres veulent aller aux origines d’un film et il en est même qui achètent par nostalgie : ayant lu le livre des années auparavant, ils veulent retenter l’expérience.

Une autre donnée importante est que, pour l’ensemble des lecteurs interrogés, la publicité ne semble avoir un impact que dans 5,88% des cas. Et le plus souvent, ce sont des publicités partagées ou relayées directement sur les réseaux sociaux. Et même lorsque l’on ajoute tous ceux qui admettent avoir été convaincus par des offres promotionnelles, cela ne fait jamais 8,22% du tout. Quant aux vendeurs de livres, ma foi, sur l’ensemble des réponses reçues, un seul et unique lecteur a admis s’être laissé convaincre par un vendeur… Triste, non ?

Pour être tout à fait clair donc : les publicités, promotions, ou même les critiques officiels ou officieux ne génèrent en réalité qu’une très faible proportion de vente et ne semblent avoir qu’un impact très limité sur les lecteurs.

Alors, que faut-il retenir réellement de tous ces chiffres ? De l’impact qu’a le nom de l’auteur, le 4ème de couverture ou même le bouche à oreille sur la vente d’un livre ? Quelle est ma conclusion à propos de tout cela ?

Et bien mon constat, aussi étonnant puisse-t-il être, sera de dire qu’au final, il n’y a pas grand-chose à faire pour vendre un livre et surtout que le fait de passer par une maison d’édition n’a pas forcément tant d’impact que cela sur les ventes du livre.

Dans la mesure où les lecteurs vont généralement acheter en priorité parce qu’ils aiment ou connaissent personnellement l’auteur du livre, parce que le sujet de celui-ci les interpelle, parce que d’autres personnes le leur auront recommandé, ou parce que celui-ci est déjà un succès, il faut estimer que la grande majorité des ventes se font « toutes seules », sans que personne n’ait réellement à intervenir. Juste parce que le livre existe et qu’il est ce qu’il est, il va déjà assurer la majeure partie de ses ventes, sans que ni vous ni personne ne puissiez rien y faire. Et il semble d’ailleurs que tous les efforts que vous pourrez faire pour vendre le livre ne seront finalement pas récompensés, alors, pourquoi s’acharner ?

Mais plus encore, la maison d’édition elle-même, ne génère effectivement pas tant de vente que cela. Si l’on regroupe toutes les raisons qui dépendent directement de l’intervention de la maison d’édition et du déploiement de sa machine commerciale (son nom, l’aspect du livre, les publicités diverses etc), celle-ci ne semble capable de toucher que 25 à 30% des lecteurs, lorsque toutes les autres raisons compilées touchent 70 à 75% d’entre eux. En d’autres termes, l’impact de la maison d’édition est plus de deux fois inférieur à ce que le livre génère par lui-même, sans elle. Et surtout, la maison d’édition, même en déployant tout son arsenal, ne générera pas plus de ventes que le nom de l’auteur.

Certes, ce n’est pas négligeable non plus. Et ce quart de lecteur touchés pourrait très bien être celui qui recommandera votre ouvrage et créera son succès, attirera l’attention sur le sujet de votre livre. Néanmoins, à mes yeux, ces résultats semblent surtout prouver que le succès ou l’échec commercial d’un livre ne dépend finalement que peu de la maison d’édition…

Harry évolution

La suite s’il vous plaît !

Une autre donnée intéressante révélée par cette étude, c’est la proportion non négligeable que représentent les sagas et les séries pour les lecteurs : 17,81% des interrogés ont en effet déclaré que leur dernier achat concernait en réalité la suite d’une saga ou d’une série qu’ils affectionnent.

Ce n’est pas « énormissime » non plus, mais c’est une proportion tout à fait notable. Et surtout, ce qui est très intéressant ce sont les chiffres que l’on peut tirer de cette population particulière.

Tout d’abord, 96,15% de ces lecteurs déclarent avoir acheté le livre il y a moins d’un mois, et 69,23% l’ont même fait dans la semaine qui a précédé leur participation à l’étude. Cela veut dire, en théorie, que les lecteurs de saga ou de série, sont des lecteurs beaucoup plus assidus et réguliers que les autres, des lecteurs qui, en principe, achètent beaucoup plus de livres que les autres.

De la même manière, leur taux de satisfaction est bien supérieur ! 65,38% d’entre eux déclarent avoir déjà lu le livre et avoir été satisfaits par leur lecture.

En somme, ceux qui achètent des sagas sont généralement des personnes qui lisent beaucoup (et donc probablement, suivent plus d’une série ou saga à la fois), qui lisent le livre rapidement, et qui en sont satisfaits. En d’autres termes : c’est un public fidèle, qui aime lire et qui est tout à fait capable de recommander la saga ou la série à ses proches et donc de faire fonctionner le fameux bouche à oreille.

Ma conclusion est donc que publier des sagas ou des séries est loin d’être un investissement idiot. Il ne faut en aucun cas négliger la part de marché qu’elles représentent.

belle et bête livre

Le lecteur, cet éternel satisfait…

De manière générale, les lecteurs qui ont répondu à l’enquête sont des lecteurs assidus, réguliers. De fait, 56,2% d’entre eux déclarent avoir acheté leur dernier livre moins d’une semaine avant de répondre au questionnaire, et 72,2% l’ont acheté dans le mois qui a précédé leur réponse. Bien entendu, cela n’est pas une preuve, il se peut très bien que des lecteurs non réguliers aient acheté leur livre annuel la bonne semaine. Mais les chances que cela arrivent restent minces et il est, à l’inverse, encore moins probable qu’un lecteur régulier ait acheté son dernier livre il y a plus d’un mois.

Parmi tous ces lecteurs cependant, il faut noter que 44,5% d’entre eux n’ont pas eu le temps de lire le livre avant de répondre à l’enquête. Et, sans la moindre surprise, c’est chez ceux qui l’ont acheté moins d’une semaine auparavant que cette proportion est la plus forte : 53,7%. Cela dit, je tiens aussi à signaler que la seule et unique personne ayant indiquée qu’elle avait acheté son livre il y a plus de six mois, n’a visiblement toujours pas pris le temps de le lire… Je dis ça, je ne dis rien…

Néanmoins, en plaçant cette avant dernière question pour savoir si les lecteurs interrogés avaient eu le temps de lire ou non leur achat, je ne m’intéressais pas tant au nombre de personnes qui avaient ou n’avaient pas lu leur livre. Ce que je voulais savoir réellement, c’était si ceux qui avaient lu le livre avaient été satisfais de leur achat. Mon but était en réalité de déterminer si certaines raisons d’achat étaient plus efficaces que d’autres, ou si certaines habitudes d’achat menaient plus souvent à des déceptions que les autres.

Résultat des courses ? Le taux de satisfaction des lecteurs avoisine sans le moindre problème les 100% ! La vérité, c’est que je n’ai reçu que trois réponses négatives à cette question, et trois seulement. Bien trop peu, donc pour tirer la moindre conclusion quant aux raisons « risquées » d’acheter un livre.

Tout ce que je peux vous dire, c’est que deux de ces insatisfaits ne connaissaient aucun élément du livre au moment de leur achat et se sont « laissés tenter », l’un par le 4ème de couverture, l’autre par l’illustration. En somme donc, qu’ils ont pris un risque. Quant au troisième larron, eh bien figurez-vous que celui-ci s’était laissé convaincre par une publicité…

Non, la véritable donnée importante à retenir à ce sujet, c’est effectivement qu’à quelques rares exceptions près, le lecteur est quasiment toujours satisfait de son achat et de sa lecture. Que peu importe le livre qu’il achète ou les raisons pour lesquelles il l’achète, il y a très peu de chances qu’il soit déçu. Et cela peut s’expliquer de plusieurs manières.

Déjà, on peut noter que les habitudes d’achat elles-mêmes, telles que je les ai décrites un peu plus haut, tendent à démontrer que le lecteur ne prend que très peu de risques lorsqu’il achète un livre : il va plus souvent se baser sur la recommandation de lecteurs déjà convaincus et qu’il connait, sur le fait qu’il connaisse déjà l’auteur ou la maison d’édition etc. En somme, donc, le lecteur se dirige naturellement vers des valeurs sûres et probablement connaît-il assez bien ses propres goûts pour ne pas tomber à côté de la plaque.

Mais plus encore, il est aussi possible que la production de livre soit telle qu’elle génère de fait, principalement de bons livres, surtout parmi ceux qui sont le plus lus, ou que les prix soient suffisamment bas pour que même une lecture relativement médiocre ne pose pas un problème au lecteur, même lorsqu’il a pris des risques dans son achat.

Enfin, quoi qu’il en soit, retenez bien cela, il y a très peu de chances pour que vos lecteurs n’apprécient pas votre livre. Et c’est important, car des lecteurs satisfaits peuvent effectivement recommander le livre à leurs proches…

litterature

Edition papier, quand tu nous tiens… (par le portefeuille)

Une autre partie des questions de l’étude portaient sur les habitudes relatives au lieu de l’achat et au format du livre acheté. Et ce que révèlent les réponses des lecteurs interrogés c’est qu’il n’y a pas tant de différence que cela entre la proportion d’acheteurs en librairie ou en salon et la proportion d’acheteurs en ligne. Sur toute l’étude, seule une courte majorité, 54,1% des interrogés pour être précis, semble aller en librairie ou en salon plutôt qu’en ligne pour acheter ses livres. Une majorité qui disparaît en parfaite égalité (50-50) lorsque l’on ne regarde que les lecteurs ayant acheté leur livre moins d’une semaine avant de répondre à l’étude. Ce sont donc les lecteurs les plus réguliers qui semblent le plus apprécier l’achat en ligne.

En d’autres termes, les librairies et salons n’ont pas encore été mangées par les ventes en ligne. C’est d’autant plus flagrant que cette étude a été partagée sur Internet, par les réseaux sociaux, et que les lecteurs ayant répondus sont dons des internautes, des personnes habituées à traîner en ligne, plus susceptibles que les autres à l’achat en ligne, donc, en théorie.

Et lorsque l’on demande aux lecteurs qui ont acheté leur livre en ligne s’ils ont plutôt choisi une édition imprimée ou une édition numérique, chose étonnante : on tombe là aussi sur une parfaite égalité : 50% d’entre eux ont acheté des livres numériques, 50% d’entre eux ont acheté des livres papier. Une proportion qui, cette fois, ne change pas, même lorsque l’on ne se réfère qu’aux lecteurs les plus assidus.

Ce qu’il est donc très intéressant de conclure à ce sujet, c’est que les livres numériques ne représentent donc que 23,29% des achats concernés par l’enquête. Tout le reste, c’est-à-dire 76,71% de ces ventes, concernent les éditions papier, imprimées du livre. Autant dire qu’il est très, très clair qu’aux yeux des lecteurs, l’édition papier est encore, et de loin, leur édition favorite.

C’est encore plus vrai lorsque l’on interroge les lecteurs qui ont choisi une édition imprimée du livre plutôt que numérique sur les raisons de ce choix, ceux-ci répondent à 36,4% qu’ils préfèrent le format au numérique et 42,4% répondent qu’ils souhaitaient avoir le livre en tant qu’objet, afin de pouvoir le glisser dans leur bibliothèque ou d’obtenir une dédicace. Certains admettent même avoir acheté le livre en numérique, puis, parce que celui-ci leur a plu, l’avoir ensuite racheté en version papier. L’édition imprimée est donc choisie principalement pour l’attrait de l’objet en lui-même plus que pour tout autre raison.

Cependant, lorsque l’on interroge ceux qui ont choisi le numérique, c’est une autre information, particulièrement intéressante qui transparaît : 52,94% des lecteurs ayant fait ce choix admettent l’avoir fait uniquement parce que le prix était plus bas. Ce qui tend à prouver que le livre numérique a toutes ses chances, lorsqu’il est effectivement à petit prix… Les autres raisons poussant à acheter du numérique sont assez diverses, principalement, les lecteurs ont répondu qu’ils trouvaient le format plus pratique (réponse quasiment jamais donnée pour le papier) ou parce qu’ils souhaitaient lire immédiatement le livre. Mais la proportion de ceux qui préfère effectivement ce format par rapport au format imprimé reste assez faible : seulement 8,82%.

Que faut-il retenir exactement de ces chiffres ? Eh bien, tout d’abord, qu’il est quasiment nécessaire, lorsque l’on publie un livre, d’avoir une édition papier à proposer aux lecteurs car ceux-ci n’hésiteront pas à l’acheter, voire-même, préféreront carrément ne pas l’acheter s’ils ne peuvent pas le mettre dans leur bibliothèque. En revanche, ne pas avoir d’édition numérique, et surtout pas d’édition numérique à bas prix, risque de se priver d’une bonne partie des ventes… surtout si ceux qui aiment le numérique rachètent parfois le livre en version papier.

De même, il ne faut pas oublier que les lecteurs achètent un peu plus souvent en salon et en librairie qu’en ligne, des points de vente qu’il ne faut donc surtout pas abandonner. Même s’ils sont clairement moins accessibles.

Enfin, je voudrais simplement finir sur un chiffre étonnant : à ceux qui achetaient des versions imprimée en ligne, je demandais s’il s’agissait de livres imprimés à la demande ou d’impressions ordinaires. Et apparemment, 0% des interrogés admettent qu’ils ont acheté une version imprimée à la demande, et seulement 9,1% qu’ils n’en savent rien. Le reste affirme avoir acheté des versions imprimées de manière plus traditionnelle. A moins que l’impression à la demande soit extrêmement rare ou que les lecteurs la fuient comme la peste (ce qui m’étonnerait beaucoup étant donné la manière dont on vend les livres aujourd’hui), ma conclusion est donc que les versions imprimées à la demande sont si bien faites que les lecteurs ne voient même plus la différence avec l’impression traditionnelle. Et cela, il faut bien l’admettre, est plutôt une bonne nouvelle.

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Les flâneurs flânent-ils vraiment ?

47,95% des lecteurs interrogés, soit une courte minorité d’entre eux, déclarent être entrés dans le salon ou la librairie, ou être allé sur le site de vente sans savoir ce qu’ils allaient acheter, que la décision d’acheter s’est faite une fois sur place. J’appelle ces lecteurs les « flâneurs », ce sont ceux qui déambulent entre les rayons, regardent ce qu’on leur propose et se laissent finalement tenter par ceci ou cela. A la base, c’était leur comportement à eux qui m’intéressait avec cette étude, même si finalement, celle-ci a révélé beaucoup plus de choses.

Que peut-on dire, donc, de ces flâneurs ? Quels sont leurs habitudes exactes ? Et bien, la première chose à dire, c’est que ces flâneurs flânent massivement en librairie ou en salon. 72,86% d’entre eux ont effectivement fait leur achat en librairie ou en salon. Plutôt traîner entre les rayonnages et les allées que dans les méandres d’un site de vente, donc. Les sites internet sont finalement moins adaptés, moins propices aux déambulations prospectrices des lecteurs.

Mais ces flâneurs se laissent-ils tentés par tout et n’importe quoi ? Non, pas vraiment. 62,86% d’entre eux expliquent effectivement qu’au final, leur choix s’est porté sur un livre dont ils avaient connaissance avant même d’aller flâner : ils connaissaient déjà l’auteur, sont allé voir du côté de ce que publiait la maison d’édition, on le leur avait recommandé… En somme, ces flâneurs ne choisissent pas leurs livres au hasard des rayons non plus. Et face à la quantité d’ouvrages proposés, ils semblent finalement, eux-aussi, s’arrêter sur des valeurs sûres, sur des livres qui leur sont familiers pour une raison ou pour une autre.

Bref, en grande, très grande majorité, le lecteur ne prend aucun risque lorsqu’il achète son livre : seuls 17,81% des lecteurs le font. Et pour rappel, deux d’entre eux ont été déçus… les rares à l’avoir été.

Parmi les flâneurs les plus purs cependant, ceux qui ne connaissaient réellement rien au livre qu’ils ont achetés, qui se sont vraiment laissé tenter, 65,38% d’entre eux ont acheté leur livre en salon ou en librairie. Et ceux qui l’ont fait en ligne se sont majoritairement décidés après avoir effectué une recherche ciblée sur le site lui-même : apparemment peu intéressés par les suggestions. Et, comme je l’avais déjà expliqué plus haut dans l’article, ces lecteurs-là se basent en grande majorité sur le sujet du livre, son 4ème de couverture, pour faire leur choix.

Encore une fois, le comportement de ces lecteurs est beaucoup moins imprévisible qu’on pourrait le penser au premier abord…

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Surtout, ne vendez pas votre livre !

Si certains d’entre vous se demandent encore pourquoi le questionnaire ne portait que sur le tout dernier achat des interrogés, la toute dernière question de l’étude est là pour y répondre.

Pour rappel, cette question était formulée ainsi : « De manière générale, diriez-vous que… ». L’idée était alors de savoir ce que vous pensiez être les raisons qui vous poussaient le plus à l’achat, celles que vous estimiez vous influencer le plus souvent. Et toute la subtilité de cette question se trouvait justement là : il s’agissait d’évaluer ce que vous pensiez être la vérité, et non pas d’obtenir la vérité elle-même.

Car bien entendu, comme je m’y attendais, les réponses que vous avez apporté à cette ultime question prouvent surtout une chose : que l’humain est faillible et qu’il existe une marge bien réelle entre ce qu’il a fait et ce qu’il croit avoir fait. Non, les réponses données à cette question ne correspondent pas vraiment aux statistiques révélées par le reste de l’étude. Et précisément, c’est pour cette raison que je ne vous ai interrogé que sur le dernier livre que vous aviez acheté : je voulais des données concrètes, tangibles, qui ne reposent pas sur des impressions, mais sur des faits.

Moi, vous m’auriez demandé ce qui me pousse le plus à acheter des livres, je vous aurais répondu sans hésiter : la couverture, l’illustration ! Et pourtant, si je regarde ma bibliothèque, je suis assez loin du compte. Donc oui, il était préférable de centrer l’étude sur un achat en particulier, et de compter sur le nombre pour dégager les tendances bien réelles que je recherchais.

Néanmoins, les données obtenue par cette question demeurent assez intéressantes à analyser, ne serait-ce que pour observer les différences qui existent entre celles-ci et les autres données obtenues.

Cela-dit, il faut que je vous explique un peu comment j’ai calculé ces données, car les chiffres que je vais vous confier à présent sont des moyennes. En fait, si vous vous souvenez bien, cette question se présentait sous la forme d’un QCM, avec quatre colonnes possibles pour chaque raison proposée. Et il s’agissait alors de choisir entre cette raison me pousse « souvent » à acheter, « quelques fois » à acheter, « rarement » à acheter et « jamais » à acheter. Et donc, naturellement, chacun a un peu répondu à sa sauce personnelle.

Certain ont tout mis sur deux ou trois colonnes, d’autres se sont bien étalés sur les quatre, d’autres encore n’en ont rempli qu’une seule en évitant de répondre à toutes les lignes, certains ont même calé toutes leurs réponses d’un côté, mais ont pris soin de laisser une réponse à l’opposé. En bref, savoir quelle raison a obtenu le plus de « souvent » ou de « jamais » n’est guère intéressant. Notamment parce que l’interprétation de souvent ou de quelque fois peut changer d’une personne à l’autre, mais surtout parce que ce qui m’intéressait vraiment était de savoir : pour cette personne, quelles sont les raisons qu’ils pensent être les plus influentes sur sa décision d’acheter.

Et donc, chaque réponse devant être analysée indépendamment des autres, il s’agissait alors d’analyser, pour chaque personne, ce qu’il répondait pour telle ou telle raison… par rapport à ce qu’il avait répondu pour les autres raisons. Sans trop rentrer dans le détail rébarbatif de la méthode (ce ne sont que des résultats préliminaires, je le rappelle), l’idée était donc d’attribuer une note de 1 à 5 à chacune des réponses données, en fonction de ce que l’interrogé avait répondu aux autres lignes. Par exemple, s’il avait mis toutes ses réponses sur une seule et même colonne, je mettais 3 pour toutes les lignes. S’il n’avait rempli que deux colonnes, la plus haute recevait 4, la plus basse recevait 2. Et ainsi de suite.

Et au final, en mettant des notes à chaque réponse et en comparant ensuite les réponses de tout le monde, j’ai pu faire des moyennes sur 5, évidemment plutôt proches de 3. En moyenne, les lecteurs pensent-il acheter leurs livres pour cette raison ? Oui ou non ? Et à quel degré par rapport aux autres raisons ? Voilà, finalement, à quoi cette méthode de calcul m’a réellement servi à répondre.

Et la première information importante que je tire de ces données, c’est que 28,08% des interrogés n’ont pas répondu à la toute dernière ligne, celle qui mentionnait « Toute autre raison » et que ceux qui ont répondu offrent une moyenne assez faible : 2,76/5. C’est important car cela laisse transparaître le fait qu’au final, la liste des raisons que je proposais à la base était plutôt juste, relativement exhaustive : s’il existe sans aucun doute d’autres raisons pour acheter des livres, celles-ci ne semblent avoir en réalité que très peu d’influence sur les lecteurs.

Une donnée qui conforte tous les résultats mentionnés plus tôt dans ce rapport préliminaire d’enquête.

Ensuite, sans surprise, ce sont évidemment les réponses qui obtiennent la moyenne la plus haute, sont évidemment les auteurs (qui crèvent le plafond avec un joli 4,09/5) et le 4ème de couverture (avec 3,95/5). Des réponses qui corroborent parfaitement les résultats énoncés plus tôt et qui semblent montrer que les lecteurs sont assez conscients des raisons qui les poussent à acheter des livres.

Cependant, et c’est là que ça devient vraiment intéressant, la raison qui semble occuper la troisième place dans l’esprit des lecteurs, c’est l’illustration ! Cette réponse obtient en effet une belle moyenne de 3,45/5, devant toutes les autres raisons. Et pourtant, ce que l’étude démontre, c’est justement que la couverture n’a pas tant d’impact que ça sur les ventes, seulement 5,88% des interrogés ont acheté leur livre parce qu’ils en aimaient la couverture. C’est bien là la preuve de cette marge entre les faits et ce que l’on pense que les faits sont.

Néanmoins, ce résultat étonnant n’est pas à prendre à la légère non plus. Ce qu’il nous révèle réellement, c’est que l’illustration, la couverture du livre, a beaucoup plus d’influence sur les ventes qu’on ne le croit. Même si, au final, les lecteurs n’achètent pas le livre pour cette raison, il est évident, au vu de ces réponses-là, qu’ils y accordent néanmoins toute leur attention. Et ainsi, il est fort probable qu’une mauvaise illustration les repoussera autant qu’une bonne illustration les attirera vers le livre, au moins pour lire le résumé pour voir s’ils ne connaissent pas déjà l’auteur par exemple. C’est donc un aspect du livre qu’il ne faut pas négliger.

En quatrième position, là encore sans trop de surprise, on retrouve la recommandation, avec une moyenne de 3,38/5, et en cinquième position, avec 3,08/5, la maison d’édition. Là encore cela corrobore sans trop de problème les résultats obtenus par les autres questions de l’étude. Ce sont des éléments importants pour les lecteurs et ces réponses semblent le confirmer.

Ce qui est beaucoup plus étonnant, en revanche, c’est que les livres qui ont déjà du succès, dont beaucoup de monde parle, les bestsellers, eux, n’obtiennent qu’une moyenne assez faible : 2,64/5. Derrière la réponse « Tout autre raison » et même derrière la réponse de la lecture d’un extrait du livre, qui obtient la sixième place et une moyenne de 2,92/5, alors qu’elle ne semble influer que dans 2,94% des acheteurs au final.

Ce résultat est très étonnant, à la fois parce que les livres ayant déjà du succès correspondent à une belle part des ventes concernées par l’enquête (10,29%, rappelons-le) et que celle-ci est équivalente à la part des ventes provoquée par la maison d’édition. En théorie donc, les livres ayant déjà du succès auraient dû obtenir une moyenne similaire à celle de la maison d’édition. Mais avec un résultat si bas, on ne peut que conclure une chose : les livres qui ont déjà du succès rebutent plus de lecteurs qu’ils n’en attirent. Et même si ceux qui sont attirés achètent effectivement, il est aussi possible qu’un grand succès, paradoxalement, ferme certaines portes…

Allons plus loin, les deux réponses qui ont obtenu les moyennes les plus basses, sont la publicité (2,22/5) et les vendeurs (2,01/5). Des moyennes si basses que là encore, elles témoignent d’un véritable rejet de la part des lecteurs pour ces motivations d’achat-là. Un certain nombre de réponses obtenues montraient d’ailleurs des réponses plutôt hautes pour toutes les raisons proposées, à l’exception de ces deux lignes précisément. Certains allant même jusqu’à ne remplir que les deux colonnes les plus hautes pour toutes les raisons de la liste, mais réserver du « Jamais » pour ces catégories-là.

Et cela témoigne, à mon avis, d’un véritable rejet du lecteur pour toute la dimension commerciale du livre. Le lecteur n’aime pas qu’on lui vende le livre, il veut le choisir lui-même. Il n’aime pas qu’on vienne le chercher, qu’on marketise le livre. Il n’y est pas sensible (pour rappel, très peu des ventes concernées par l’enquête sont influencées par la publicité), mais plus encore, ce que révèle ce résultat-là, c’est qu’il fuit l’aspect commercial du livre.

Et c’est en partie pour cela, je pense, que les livres qui ont déjà du succès sont eux-mêmes aussi bas dans ce classement : ils font partie de l’aspect « machine commerciale » de l’édition et beaucoup de lecteurs ont sûrement l’impression qu’on essaie plus de leur vendre un produit que de la lecture.

En somme donc, il n’est pas conseillé d’essayer de vendre son livre d’une manière ou d’une autre : cela risque au contraire de repousser plus de lecteurs qu’autre chose… Etrange, non ?

Et pour finir, chers auteurs, chers éditeurs, sachez que vos proches ne vous aiment pas. Car la réponse « Je connais l’un des collaborateur du livre » obtient une très pauvre moyenne de 2,51/5. Comme si le fait de connaître une personne ayant travaillé sur le livre (donc probablement l’auteur, puisque tous ceux qui ont acheté des livres pour cette raison parmi les interrogés l’ont fait parce qu’ils connaissaient l’auteur), lui ôtait cet aura mystique qui en faisait la qualité. Pourtant, les achats effectués parce que le lecteur connaissait personnellement l’auteur du livre représentent tout de même 8,09% des ventes concernées par l’enquête : ce n’est donc pas tout à fait négligeable non plus. Il est étonnant de voir autant de monde rejeter cette raison (c’est moins que la moyenne des livres à succès, moins que les extraits…).

Soit vos proches ne s’intéressent pas vraiment à ce que vous faites et n’ont cure de vos publications, soit ils n’ont pas confiance en ce que vous écrivez… soit ils attendent que vous leur donniez gratuitement vos productions plutôt que d’avoir à vous donner un peu d’argent. Je ne saurais dire, vraiment. Il faudrait une tout autre enquête pour déterminer cela, qu’en pensez-vous ?

Einstein

Conclusion générale : relativisons un peu tout cela…

Voilà, vous connaissez désormais l’ensemble des chiffres intéressants que j’ai pu tirer de cette enquête pour l’instant. Il me faudrait beaucoup plus de réponses pour vous faire un rapport plus détaillé et vous donner d’autres résultats étonnants.

Quoi qu’il en soit, dorénavant, vous savez, comme je l’ai moi-même appris en faisant cette étude, que le nom de l’auteur vend plus de livre que toute autre raison. Vous connaissez désormais le peu d’impact qu’a la maison d’édition sur les lecteurs. Vous savez que la publicité est presque plus un danger pour le livre qu’une aide. Vous savez aussi que les ¾ des livres vendus le sont sous format imprimé, que les librairies et les salons ne sont pas morts, et que les livres numériques se vendent surtout lorsqu’ils sont moins chers… beaucoup moins chers. Et surtout, vous savez que les lecteurs sont quasiment toujours satisfaits de ce qu’ils achètent, que ce sont de bons clients.

Pourtant, il est temps de prendre un peu de recul sur tous ces chiffres et relativiser un peu les choses.

Commençons d’abord par parler de l’immense majorité de personnes qui préfèrent acheter des livres imprimés plutôt que numérique… alors que l’on sait très bien que ce n’est pas forcément le cas dans les pays anglophones par exemple. Une exception française de l’amour pour la bibliothèque ? Non, peut-être pas. Puisque la raison principale qui pousse les lecteurs à choisir le numérique est le prix, peut-être que la véritable raison est là. Et d’ailleurs, quand moi-même je vais sur les sites de vente, je m’étonne bien souvent des prix exorbitants de certains livres numériques.

Peut-être faudrait-il réfléchir à les baisser, car, soyons honnête, le prix de production d’un livre numérique étant bien inférieur à la version papier, le prix du livre numérique devrait suivre. La part de lecteurs qui mentionnent le prix dans les raisons qui les ont poussés à l’achat reste importante – même quand le livre n’est pas numérique ! Aussi, il est possible que beaucoup d’achats ne se font pas simplement parce que certains livres sont trop chers. En proposant des éditions numériques à bas prix, on risque plus d’attirer de nouveaux clients et de multiplier les ventes qu’autre chose.

Pour autant, le tout numérique reste assez inenvisageable pour l’instant. N’oubliez donc pas d’avoir une édition papier quelque part, car beaucoup sont prêts à faire la dépense.

J’ai aussi beaucoup parlé du fait que l’éditeur n’a finalement pas tant d’impact que cela sur les lecteurs, qu’il n’en convainc finalement même pas un tiers avec tout l’arsenal dont il dispose. Mais est-ce seulement vrai ? Suffit-il réellement de publier le livre pour vendre le livre ?

La réponse est évidemment non. Bien entendu, c’est le nom de l’auteur qui convaincra le plus, suivi du sujet, puis des gens qui recommandent le livre, le bouche à oreille notamment. Oui, la maison d’édition elle-même ne provoque pas tant de ventes que cela. Mais la question est : comment les lecteurs apprennent-ils finalement que l’auteur qu’ils apprécient a publié un nouveau livre ? Ou que le prochain tome de leur saga préférée va sortir ? Comment connaissent-ils le sujet du livre ? Comment se fait-il que d’autres personnes l’aient déjà lu et soient capable de le recommander ? Oui, les vendeurs, les publicités rebutent. Mais sans elles, le livre pourrait-il réellement se vendre ?

Regardez le nombre de « flâneurs » : près de la moitié des lecteurs interrogés ! Ceux-là vont d’abord dans les librairies et les salons. Et cela veut dire qu’il faut être présent dans un maximum de librairie et de salons, afin qu’un maximum de personnes puissent entendre parler du livre. Sans quoi, il ne se vendra tout simplement pas ! Il est très important que le livre soit « disponible », au maximum. Et comment le rendre disponible ? Comment s’assurer qu’un maximum de personnes en entende parler et se disent qu’ils pourraient l’acheter pour telle ou telle autre raison ? Et tous ces gens qui savent déjà quoi acheter avant même d’entrer dans la librairie ou d’aller sur le site de vente en ligne… comment savent-ils ce qu’ils veulent ?

La réponse est évidemment très simple : parce qu’ils ont croisé, malgré eux, quelques publicités, quelques suggestions faites par le site, parce que le livre était là, bien exposé par le libraire plutôt que caché dans l’étagère… En bref, parce qu’il y a eu un travail de publicité, parfois plus subtil qu’on ne le croit, un travail de communication utile et ciblé et parce qu’une machine éditoriale était là pour amener votre livre là on pourrait le voir et l’acheter, s’assurer qu’il soit au bon prix, dans le bon rayon…

Plus encore, le fait qu’à la toute dernière question, la réponse « Maison d’édition » obtienne une moyenne relativement haute, de 3,08/5, témoigne du fait que beaucoup de lecteurs accordent encore une certaine importance à la maison d’édition, au fait que le livre soit édité par des professionnels reconnus.

Alors oui, s’il n’existe finalement que peu de moyen de réellement vendre le livre, parce que les lecteurs préfèrent se diriger vers des valeurs sûres, ne veulent pas être influencés par qui que ce soit d’autre qu’eux-mêmes, la communication reste primordiale pour vendre des livres. Sans quoi personne n’entendrait jamais parler de l’ouvrage. Et si oui, les maisons d’édition en elles-mêmes, ne sont peut-être plus si importantes que cela, le travail éditorial, lui, reste absolument essentiel au succès d’un livre. Ne l’oubliez pas.

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Alors que faut-il réellement penser de tout cela ? Personnellement, cette étude m’a beaucoup appris. Elle m’a donné de nouvelles idées, de nouvelles directions pour vendre mes propres livres, ceux que j’édite, ceux que j’écris. Elle m’a permis de faire le tri entre ce qui fonctionnait, ce qui ne fonctionnait pas et ce que je devais faire si je voulais qu’un jour tout cela me mène quelque part.

Car oui, au final, ce que j’espère, c’est que cette étude donnera aux éditeurs, aux auto-éditeurs ou même aux auteurs eux-mêmes, des clés pour élaborer des stratégies de vente du livre. Car il faut bien vendre les livres pour espérer en vivre au moins un minimum. Et si les résultats de cette étude peuvent aider les uns et les autres à faire de meilleurs chiffres, alors c’est que j’ai réussi mon pari.

Et s’il y a bien un conseil que je peux donner à tout ce monde-là après avoir fait cette étude, c’est le suivant : sachez où placer vos efforts lorsque vous cherchez à vendre un livre. De fait, l’enquête révèle qu’étonnamment, ce sont les méthodes de vente les plus coûteuses en temps et en argent qui vous rapporteront le moins. Envoyer le livre à des critiques pour qu’ils en fassent la chronique, mettre des publicités partout, engager des personnes pour parler du livre et le vendre…

Toutes ces méthodes n’ont finalement qu’un impact très limité sur les ventes d’un livre alors que d’autres éléments, beaucoup plus simples à réaliser, ont une influence beaucoup plus grande : mettre le nom de l’auteur en évidence, avoir un quatrième de couverture réussi, une belle illustration, demander à ceux qui ont lu et aimé de recommander à leurs amis la lecture… Le plus dur, finalement, sera la nécessité d’être présent dans un maximum d’endroits.

Bref, ne vous acharnez pas inutilement, surtout lorsque vous ne disposez que d’une toute petite structure : il y a des méthodes plus efficaces que d’autres et, bonne nouvelle, c’est celles qui vous emmerderont le moins.

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Pour les auteurs : une recette vers le succès ?

Comme les articles s’adressent surtout aux auteurs à l’origine, plutôt qu’aux lecteurs ou aux éditeurs, c’est à eux que je voudrais adresser mes derniers conseils. Lorsque l’on écrit et que l’on souhaite vendre ses livres (ne serait-ce qu’un petit peu au moins), quelle est la meilleure stratégie à adopter pour rencontrer le succès ?

Je vais être honnête avec vous, je ne pense pas qu’il y ait de recette miracle et que la première chose que vous devez faire, avant même de vous intéresser à vendre le livre, c’est de vous assurer que celui-ci est bien écrit. Même si vos lecteurs sont généralement très satisfaits, on le recommandera plus efficacement si on a été réellement transporté par celui-ci, cela vous permettra donc de convaincre beaucoup plus facilement quoi qu’il arrive.

Et pourtant, soyons honnête, ce n’est pas parce que vous écrivez de bons livres que vous rencontrerez le succès. En fait, je pense même que vous pouvez écrire un mauvais livre et rencontrer le succès, avec un peu de chance.

Reprenons ensemble les principales raisons pour lesquelles on va acheter le livre : le nom de l’auteur en priorité, puis le sujet, ensuite les recommandations (et principalement celles de l’entourage plutôt que celles des critiques littéraires). Vous ne pouvez évidemment pas contrôler si votre livre a déjà du succès ou non, alors nous passerons sur cette raison, mais n’oubliez tout de même pas que les maisons d’édition et la couverture ont leur importance, même si celle-ci n’est pas aussi évidente que cela.

En fonction de ça, voici donc ma première remarque et mon premier conseil : un auteur qui ne publie pas, n’existe pas. Il faut donc commencer quoi qu’il arrive par publier, coûte que coûte. Il est peu probable que l’on achète beaucoup vos premiers ouvrages : de fait, personne ne vous connaît et on préfère généralement se tourner vers les auteurs que l’on connaît déjà. Mais certaines personnes finiront tout de même par vous lire, et même vous recommander si elles aiment ce que vous avez écrit. Et à force de publier, vous allez petit à petit vous constituer un socle de lecteurs fidèles, qui apprécient votre travail et qui seront prêts à vous suivre dans vos écrits. Mieux encore, un socle qui vous permettra peut-être un jour d’être un tremplin vers le succès.

Alors oui, en premier lieu, vous devez publier et utiliser tous les moyens à votre disposition pour le faire. N’hésitez pas à participer à des anthologies, car celles-ci pourront convaincre des lecteurs habitués à lire d’autres auteurs que vous de s’intéresser à vous. N’hésitez pas à avoir recours à l’autoédition : les nouveaux auteurs sont rarement publiés par les éditeurs ordinaires et ceux-ci ne sont pas forcément effrayés à l’idée que vous vous soyez déjà autopubliés (au contraire, vous arrivez avec une petite expérience pour vendre le livre et déjà un petit socle de lecteurs, c’est tout bénef pour eux). Forgez-vous une réputation sur Wattpad, sur des sites de fanfiction… Bref, ne manquez aucune occasion de diffuser votre travail d’une manière ou d’une autre. Cela ne vous rapportera rien au départ, mais si vous ne le faites pas, vous serez un parfait inconnu le jour où vous sortirez votre chef-d’œuvre et donc personne ne l’achètera, c’est aussi triste que cela.

Du coup, ne commencez pas par diffuser vos meilleurs travaux, ce n’est pas la peine. Déjà, cela vous prendra beaucoup plus de temps de les écrire, mais aussi, ceux-là auront plus de chances de faire des succès justement – ou, au moins, vous désirez qu’ils en fassent. Or, vos premiers titres, rappelons-le, ne seront pas des succès. Autant mettre toutes les chances de votre côté et attendre d’avoir déjà une bonne base de lecteurs avant de leur révéler votre chef-d’œuvre, non ?

Mon conseil est plutôt le suivant : commencez par publier des livres assez simples, assez accessibles (pas des gros pavés par exemple), qui pourront être lus (et recommandés) facilement. Des livres qui pourront même attirer l’attention des lecteurs et qui ne les rebuteront pas à cause d’un effort de lecture trop conséquent ou d’une écriture un peu trop lourde et travaillée justement : commencez par le plus simple.

Mais n’oubliez pas non plus que, lorsque les gens ne connaissent pas le livre, ils achètent presque exclusivement en fonction du sujet de celui-ci. Alors je vais le dire haut et fort pour que tout le monde comprenne bien : oui, commencez par publier des livres avec des sujets putaclics.

Mettez toutes les chances de votre côté, attirez l’œil d’un maximum de monde en n’hésitant pas à rentrer dans le lard de sujets en vogue.

Et je vais dire autre chose aussi. Comme au départ, votre but est de fidéliser le lecteur… n’hésitez pas à écrire des sagas ou des séries. Rien de plus fidèles que ces lecteurs-là et ne l’oubliez pas, ce sont des lecteurs qui lisent souvent plus, qui lisent plus vite et qui sont susceptibles de vous recommander encore davantage. Et bien entendu, la part de marché concernée n’est pas du tout négligeable.

En bref, oui, n’ayez pas peur des sagas ou des séries. Peut-être est-ce un peu ambitieux de commencer par cela. Mais l’impact pourra être assez sérieux pour que le jeu en vaille la chandelle.

Après, n’oubliez pas de faire un beau livre. Pour commencer, si vous ne proposez pas de papier, vous passerez à côté de beaucoup de lecteurs potentiels et c’est bien dommage, surtout quand il existe des techniques très pratiques comme l’impression à la demande. Ensuite, assurez-vous que votre 4ème de couverture soit accrocheur, puisque beaucoup trop de lecteurs se basent sur celui-ci. Mais n’oubliez pas l’illustration, veillez à ce que celle-ci soit belle, qu’elle puisse attirer l’œil, évoquer quelque chose au lecteur. Car même si celle-ci ne génère pas beaucoup de ventes en elle-même, elle reste quelque chose d’important pour le lecteur.

Et quand je dis cela, ce que je veux vraiment dire c’est : n’hésitez pas à imposer votre avis face à l’éditeur. Sans forcément remettre en cause sa charte graphique, vous pourrez sans doute éviter des couvertures trop déplacée, pas adaptées, ou qui n’évoquent rien du livre. Et d’ailleurs, de manière générale : ne vous laissez pas impressionner par les éditeurs. Ils font certes un travail indispensable, mais ce n’est pas eux qui vendent le livre au final : c’est votre sujet, les lecteurs et votre nom à vous qui s’en chargeront. Négocier un contrat n’est pas censé être un problème, assurez-vous simplement de ne pas demander n’importe quoi non plus.

Enfin, assurez-vous que vos livres soient le plus disponible possible. Dans un maximum de librairies, dans un maximum de salons, sur un maximum de sites de ventes. C’est ainsi, surtout, que les lecteurs entendront parler de vous et de votre travail. C’est la partie la plus difficile. Sans être une grosse machine éditoriale, les salons et les librairies vous serons quasiment inaccessibles, ne vous faites pas d’illusions. Mais les sites de ventes, eux, ne le sont pas. Quitte à devoir négocier au cas par cas, n’hésitez pas à être partout où vous pouvez l’être. C’est important.

Mais surtout, surtout, chers auteurs qui lisez ces lignes : communiquez à propos de votre travail.

Peut-être détestez-vous cela, peut-être estimez-vous que c’est le rôle de votre éditeur, peut-être ne vous trouvez-vous pas assez doué. Peu importe, vous devez communiquez à propos de ce que vous écrivez si vous voulez un jour avoir la chance de vendre vos travaux, ne serait-ce qu’un tout petit peu.

Oui, parlez-en autour de vous. Vos proches ne sont peut-être pas les plus sympas lorsqu’il s’agit d’acheter vos livres, mais certains le feront, ou parleront peut-être de vous à leurs propres amis, qui sait ? Créez une page, un site, un blog, ce que vous voulez, avec votre nom (de plume évidemment) et parlez-y de vos avancées, de vos projets, de vos publications ; échangez avec vos lecteurs, remerciez-les pour leurs mots gentils et leurs encouragements, récompensez leur soutien et leur fidélité à vos écrits. Créez une communauté autour de vous et assurez-vous que celle-ci soit trouvée le plus facilement possible, qu’on y associe directement votre nom d’auteur.

Chaque fois que vous publiez quelque chose, même si ce n’est rien qu’un bout de fanfiction ou une toute petite nouvelle dans une anthologie publiée par une maison d’édition obscure, parlez-en. Sans forcément en faire une publicité racoleuse, parlez-en. Signalez au monde que ce texte existe, qu’il est disponible à la lecture, à l’achat et, accessoirement, que vous en êtes fier. Un petit message avec un lien, c’est déjà beaucoup.

J’entends souvent des gens se plaindre que les toutes petites maisons d’éditions comptent un peu trop sur les auteurs pour faire la pub des ouvrages qu’ils publient. Et c’est tout à fait vrai. Mais regardez ce que font les grandes maisons d’édition, sont-elles réellement différentes ? Elles ont plus de cordes à leurs arcs, c’est vrai, mais elles envoient néanmoins leurs auteurs à La Grande Librairie, dans les salons et ailleurs, multiplient les interviews de ceux-ci… et certains vont même jusqu’à mettre leur photo en couverture. Et pour cause : c’est ce qui marche le plus. Le nom de l’auteur vend plus que tout le reste, pourquoi s’en priver ?

Oui, si un auteur veut avoir du succès, il se doit de communiquer sur ses écrit et de le faire lui-même. Car l’auteur qui ne le fait pas, lui, est sûr et certain de ne JAMAIS rencontrer le succès. Un auteur qui ne communique pas sur ses propres écrits, c’est un auteur mort-né. Si lui-même ne parle pas de ses créations quelque part, personne n’en parlera à sa place, c’est la triste vérité.

Cela fait autant partie du métier d’auteur que le fait d’écrire.

Alors oui, publiez vos écrits, tant que ceux-ci ne risquent pas de vous porter préjudice. Publiez-les, ne serait-ce que parce qu’un manuscrit au fond d’un tiroir ne sert à rien, parce qu’une publication ne vous empêche pas, plus tard, de reprendre le texte si vous le jugez nécessaire. Publiez des livres accessibles, avec des sujets vendeurs. N’hésitez pas à esquiver les maisons d’édition si celles-ci vous boudent trop longtemps. Assurez-vous d’avoir une belle édition, car l’objet en lui-même a son importance, et assurez-vous que celui-ci soit le plus disponible possible. Et quoi qu’il arrive, parlez-en communiquez à propos de votre travail, c’est presque le plus important.

Car ne l’oubliez pas, chers auteurs, c’est vous les rois et reines du monde du livre, vous qui fascinez les lecteurs par votre travail et votre plume, vous dont on veut entendre parler : pas les éditeurs, pas les critiques, pas même les autres lecteurs. Non, c’est vous.

Mais, ne prenez pas la grosse tête non plus, hein ?

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Voilà, ainsi s’achève mon compte rendu préliminaire de cette étude. J’espère qu’il vous aura révélé tout un tas de choses intéressantes et qu’il pourra vous servir à avancer dans vos divers projets livresques.

Et de mon côté, je vous annonce juste que cet article ne sera finalement que le premier d’une nouvelle série d’articles, des « notes éditoriales », dans lesquelles j’essaierai de vous donner des tuyaux et des conseils sur le côté « éditorial » de l’écriture. Et surtout, dans lesquels j’essaierai de démystifier un peu tout cela.

Qu’est-ce qu’un auteur ?

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Dans les articles précédents, je me suis attaché à définir ce dont j’allais parler avec ces « conseils d’écriture » et le sens qu’ils doivent avoir. Mais avant de passer aux conseils en eux-mêmes, il me reste une dernière question à régler : à qui s’adressent ces conseils exactement ?

La réponse à cette question, relève bien sûr de l’évidence. Puisque tout l’intérêt de ceux-ci est de vous donner des clés pour écrire de bons récits, cela s’adressent à tous ceux qui écrivent, tous ceux qui souhaitent construire et narrer de bons récits, tout simplement.

Pourtant, ce n’est pas aussi simple que ça, bien au contraire. En France, une étude récente faisait état de 11 millions de personnes déclarant écrire dans le pays. Mais dans ce cas-là, que veut dire « écrire » exactement ? Est-ce que ces 11 millions de personnes cherchent réellement à écrire comme moi j’écris lorsque je me lance dans un nouveau projet ? Ces 11 millions de Français sont-ils tous des écrivains ou des scénaristes ? Combien, parmi ces 11 millions d’écrivants, ont réellement envie ou besoin de recevoir des conseils ?

La vérité est que la proportion de ceux qui pourraient potentiellement être intéressés par une théorie de l’écriture telle que celle que j’essaie de développer, est relativement faible en comparaison de ce nombre exorbitant de personnes déclarant « écrire ». Je ne parle pas de ceux qui s’estiment déjà formés à la chose et qui pensent qu’ils n’ont plus besoin d’apprendre quoi que ce soit, car ceux-là n’ont visiblement rien compris au processus d’apprentissage de l’écriture. Je ne parle pas non plus de tous ceux qui confondent « écrire » avec « rédiger » (cf, mon premier article : Pourquoi écrire ?). Non, je parle de cette immense proportion d’écrivants qui écrit sans toutefois chercher à faire plus qu’écrire, qui ne veut, au final, que coucher des mots sur le papier de temps à autres afin de s’amuser.

La grande majorité des gens qui écrivent ne le font pas dans un cadre professionnel, mais dans un cadre ludique. Ils participent à un atelier extra-professionnel le samedi soir où on leur propose des exercices de style plus ou moins développés, ils voguent sur des forums RPG ou poétisent quand l’envie leur en prend. Mais la plupart de ces personnes n’écrivent, dans ce cas que pour s’amuser, pour passer le temps, parce que l’activité en elle-même leur plaît. Même si beaucoup d’entre eux rêvent sûrement, au fond d’eux, d’écrire un jour un texte qui serait publié, tourné ou réalisé de quelque manière que ce soit, d’obtenir la reconnaissance d’un public plus large que leur cercle privé, ils n’écrivent cependant pas dans un cadre professionnel et n’ont probablement que faire de mes conseils.

De fait, les conseils que je compte donner dans mes articles à venir cherchent à pousser mes lecteurs à s’interroger sur leur écriture, à comprendre certaines choses qui leur paraissaient auparavant éthérée, à retravailler, encore et encore, leurs écrits afin d’obtenir un résultat optimal. Autant le dire tout de suite, tout cela n’a rien à voir avec l’écriture ludique à laquelle la plupart de ces gens s’adonnent lorsqu’ils ont un peu de temps libre. Ce que je propose moi, c’est d’embrasser les contraintes de l’écriture et de trouver un moyen de les surmonter, tout le contraire, donc, d’une activité de loisir.

Bien entendu, il n’y a aucun mal à écrire dans un cadre ludique et à ne jamais chercher qu’à rédiger des textes que pour son propre plaisir. Bien au contraire : pratiquez l’écriture comme vous l’entendez, amusez-vous autant que vous le pouvez ! Prenez plaisir à écrire !

Cependant, je me dois de faire une différence fondamentale entre la personne qui écrit pour le plaisir, de manière ludique, et le professionnel de l’écriture, qui, comme tout professionnel, a besoin d’être formé à ce métier. Et c’est à lui que je veux adresser cette théorie, pour lui que je veux construire cette théorie de l’écriture : afin de l’aider dans la tâche qu’il s’est fixé.

Et ce professionnel de l’écriture, je l’appelle « auteur ». Un mot qui regroupe l’ensemble des écrivains (ceux qui produisent de la littérature) et les scénaristes (ce qui produisent des récits destinés aux autres supports).

Et la véritable question que je pose en réalité, lorsque je cherche à savoir à qui s’adressent ces conseils, c’est : qu’est-ce qu’un auteur ?

 

A partir de quand peut-on s’affirmer auteur ? A partir de quel moment dispose-t-on des qualifications nécessaires pour pouvoir se présenter à tout un chacun comme un auteur ? Qu’est-ce qui définit réellement un auteur ?

Bien entendu, il y a ceux dont personne ne conteste la qualité d’auteur. Ceux-là, ce sont ceux qui ont déjà publié quelque chose, qui ont déjà écrit un récit qui a été publié ou produit pour être ensuite diffusé auprès d’un large public. Vous avez écrit un film qui a été diffusé ? Quand bien même celui-ci n’aurait-il pas eu le moindre succès, vous êtes tout de même un auteur. Vous avez écrit un livre qui a été publié par telle ou telle maison d’édition ? Les critiques auront eu beau tomber sur votre texte, vous êtes un auteur, vous en avez la preuve physique, matérielle.

Regardez comment les journalistes présentent notre nouveau premier ministre, monsieur Edouard Philippe. Parmi les fonctions qu’il a exercées au cours de sa vie, il y a bien celle d’auteur, d’écrivain. Car oui, Edouard Philippe est co-auteur de deux romans, de deux fictions qui ont été publiées en 2007 et en 2011. Même s’il n’a probablement plus le temps d’écrire aujourd’hui, il est bien, ou en tout cas a bien été « auteur ».

Alors, tous ceux qui ont déjà écrit un récit publié ou réalisé de quelque manière que ce soit, et dont l’œuvre a été diffusée pour un large public, sont des auteurs, il n’y a pas de doute là-dessus. Mais toutes les personnes publiées sont-elles des auteurs pour autant ? Est-ce que, parce que leur œuvre existe quelque part dans le cosmos qu’est Internet, faut-il considérer qu’ils sont systématiquement des auteurs ?

Aujourd’hui, avec l’essor des nouvelles technologies, il devient très facile, très simple de s’auto-publier. De très nombreuses plateformes existent et se développent pour vous permettre de mettre en ligne votre création, sans avoir à passer par le moindre intermédiaire. Tant et si bien que n’importe quel écrivant ludique pourrait mettre ses créations sur la toile afin que tout le monde puisse les lire, si le cœur les en dit. D’ailleurs l’ensemble des textes jamais écrits sur des forums RPG est, en soi, instantanément publié, diffusé. Or, j’ai déjà spécifié qu’il y avait – qu’il devait y avoir – une différence entre l’écrivant ludique et l’auteur. L’auteur ne se contente pas d’écrire : il écrit professionnellement.

Par conséquent, s’il est possible de publier tout ce qui est écrit, que ce soit professionnellement ou non, la publication n’est plus un gage suffisant pour séparer les auteurs des autres écrivant.

On pourrait alors considérer, dans ce cas, que seules les personnes publiées, diffusées par des entités officielles de production et de diffusion de récit (maisons d’éditions, studio de jeux vidéos, productions audiovisuelles etc.) peuvent être considérés comme des auteurs. De fait, le gage qu’un autre professionnel du monde de l’écriture ait reconnu et validé le travail de l’auteur suffit à conclure que c’en est un.

Sauf que la réalité est beaucoup plus complexe que cela. Tout d’abord, je me dois démystifier quelque peu ces fameuses instances officielles et professionnelles chargées de la production et de la diffusion de vos textes. Soyons honnête : n’importe qui peut en créer, il suffit simplement d’en avoir le cran ou l’envie (ou l’argent, éventuellement). Beaucoup de production de cinéma, par exemple, servent surtout à produire le travail des producteurs eux-mêmes et on trouve un grand nombre de maison d’édition qui n’en ont finalement que le nom (je ne parle pas des microéditions qui se démènent pour survivre, mais plutôt des maisons d’édition à compte d’auteur par exemple). Et quand bien même pourrait-on établir une liste des instances reconnues comme légitimement « professionnelles », qu’elles soient immenses ou minuscules, le fait est que ça n’empêcherait pas à tout un tas d’œuvre tout à fait professionnelles d’exister en dehors de leur giron.

Prenez par exemple la plateforme Youtube. Sur celle-ci, vous trouverez réellement tout et n’importe quoi. Des millions de vidéos parfaitement inutile, mais aussi d’autres, beaucoup plus intéressantes. Parmi celles-ci, il y a notamment tout un tas de webséries et autres fictions du genre. Bien entendu, comme le veut la politique même de la plateforme, il n’y a eu aucune sélection éditoriale pour ces productions, aucune instance pour venir apposer son cachet professionnel. Pourtant, qui pourrait nier l’aspect professionnel de certaines de ces créations ? Qui peut nier le travail accompli par ces scénaristes ?

De la même manière, certains écrivains professionnels choisissent sciemment de s’auto-éditer plutôt que de passer par une maison d’édition. Non pas parce que leur texte n’obtient les faveurs d’aucun éditeur, mais bien souvent parce qu’ils préfèrent la démarche de s’éditer plutôt que d’être édité : cela leur donne beaucoup plus de liberté. Mais leur objectif est exactement le même que celui de ceux qui veulent être édités : que leur livre touche le plus de monde possible, soit vendu dans les plus grandes quantités possibles.

En conclusion donc, ce n’est ni l’instance de publication, ni la publication elle-même qui permettent de séparer l’auteur de tous les autres écrivants.

 

On pourrait alors imaginer que ce qui distingue la publication d’un auteur de celle d’un non-auteur, c’est l’intention qu’il y a derrière. L’auteur qui publie son travail, le diffuse, le fait de manière professionnelle, tandis que l’écrivant ludique se contente de mettre en ligne le fruit de son écriture, sans se poser davantage de questions que cela.

Et de fait, c’est tout à fait vrai. La grande différence entre la publication d’un auteur, d’un écrivant professionnel, et la publication d’un écrivant ludique, c’est que l’auteur cherche généralement à diffuser son travail pour qu’il soit lu ou vu par le plus grand nombre de personnes possible. Son intention, à travers la diffusion de son récit, est d’adresser le message contenu dans son histoire à la multitude, d’émouvoir le plus large public possible. Ce qu’il veut, c’est qu’un grand nombre d’individus s’intéresse à ce qu’il a écrit, soit touché par ce qu’il a produit.

L’écrivant ludique, lui, a déjà atteint son objectif au moment où il a reposé sa plume, puisque son plaisir repose dans l’écriture elle-même. S’il publie ce qu’il a produit, c’est généralement pour toucher un public très restreint et sans plus de prétention que cela : sa famille, ses partenaires de jeu, des amis. Et si davantage de monde s’y intéresse, tant mieux, mais ce n’est pas non plus le but recherché.

Au final, l’auteur est donc celui qui cherche à écrire pour s’adresser au monde, au plus large public possible, tandis que l’écrivant ludique est celui qui cherche à écrire pour lui-même. L’auteur veut donner à son travail une vie après que celui-ci soit achevé, alors que l’objectif de l’écrivant ludique est déjà atteint lorsqu’il a fini d’écrire.

Et c’est justement cette démarche de l’auteur qui rend son travail « professionnel », car, pour toucher un maximum de monde, il se doit de construire et narrer son récit afin qu’il puisse être lu par le plus grand nombre. Cela suppose donc de soigner ce qu’il écrit, ne serait-ce que pour que son public ne soit pas rebuté par ce qu’il propose ou encore pour démarquer son récit de tous ceux qui lui font concurrence. Et c’est pour ça que l’auteur a besoin de formation et de conseils pour accomplir son travail : il a besoin que celui-ci soit le plus abouti possible.

 

Néanmoins, puisque ce qui fait l’auteur n’est pas la publication, mais l’intention qu’il y a derrière celle-ci, faut-il que l’auteur soit publié, que son travail soit diffusé, pour qu’il puisse être considéré comme un auteur ? Car au final, qu’est-ce qui le différencie celui qui est déjà publié de ceux qui désirent l’être et travaillent activement en ce sens ?

La réponse, encore une fois, est simple : rien ne les distingue. Celui qui n’est pas encore publié, peut l’être pour un grand nombre de raisons tout à fait indépendantes du travail qu’il produit. Peut-être n’a-t-il pas encore achevé d’écrire son récit, ou de le corriger, celui-ci n’étant pas prêt à la publication, il n’est donc pas publié. Peut-être l’auteur a-t-il achevé son écriture, mais a-t-il décidé de passer par des instances spécialisées pour la publication, ce qui suppose de passer au travers d’une sélection éditoriale qui n’est pas nécessairement adaptée à son projet et qui prend du temps. Peut-être l’auteur est-il en train de préparer la publication de ce qu’il a écrit et que celle-ci ne saurait tarder.

Mais quoi qu’il en soit, dans tous les cas, ces auteurs ont produit ou sont en train de produire un travail en tout point équivalent à celui que produit ou qu’a produit l’auteur publié. Et c’est pour cette raison qu’il est important de ne pas faire la distinction entre les deux. Car bien trop souvent, ce qui sépare un auteur dont l’œuvre a été diffusée, d’un autre qui attend encore cette diffusion, c’est la chance d’avoir proposé son travail à la bonne personne, au bon moment, et rien de plus.

Ainsi, l’auteur n’est pas celui dont le travail a été publié, réalisé ou diffusé. L’auteur, c’est celui qui a la démarche d’écrire pour s’adresser au public le plus large possible.

 

Et pourtant, je veux m’opposer à cette définition.

En elle-même, cette définition n’est pas mauvaise et permet probablement d’englober tous les auteurs que vous connaissez et de les séparer de ceux qui n’écrivent jamais que pour le plaisir ludique de cette activité. Pourtant moi, j’y vois deux défauts.

Dans un premier temps, cette définition implique que l’auteur écrit d’abord pour les autres, qu’il cherche à « plaire », à toucher le public le plus large possible. Ce qui implique que l’auteur doit, lorsqu’il écrit, se préoccuper de ce que pensera son public. Or, j’ai justement expliqué, dans mon article précédent, sur la nature d’un bon récit, que la réception du public n’était pas un critère adéquat pour juger de la qualité d’une œuvre et que celle-ci résidait au contraire dans l’adéquation entre l’intention de l’auteur et le résultat obtenu.

Mon problème avec cette définition est donc qu’elle risque d’induire en erreur, que beaucoup pourraient croire que le travail d’un auteur consiste à plaire au plus grand monde, lorsqu’en réalité, cela relève davantage d’une préoccupation commerciale qu’artistique.

Dans un second temps : que fait-on de toutes les personnes qui écrivent en fournissant précisément le même type de travail et de recherche de qualité que ceux qui veulent s’adresser à la multitude, mais qui, au final, décident de conserver leur production au fond d’un tiroir et de ne jamais la montrer à quiconque ? Après tout, c’est parfaitement leur droit, leur texte leur appartient et si leur objectif était simplement d’aboutir à l’œuvre la plus parfaite possible à leurs yeux, pourquoi se prendraient-ils la tête à la diffuser ensuite : ils ont déjà obtenu ce qu’ils voulaient. Et pourtant, là encore, ils fournissent précisément le même travail, tant en quantité qu’en qualité, que ceux qui cherchent à diffuser leur œuvre une fois celle-ci finie. Pourquoi alors leur refuser le statut d’auteur, lorsque leur activité est exactement la même que celle des autres ? Et surtout, pourquoi leur refuser tous ces précieux conseils et cette formation qui leur serait tout aussi utile qu’aux autres ?

 

Car oui, ce que je vous l’ai dit dans mon article précédent : un récit, c’est une œuvre d’art. Par conséquent, l’auteur est avant tout et surtout un artiste professionnel. Son but premier est donc, tout simplement, de travailler à produire la meilleure œuvre d’art possible.

Et ainsi, l’auteur se définit comme celui qui cherche à produire l’histoire la plus aboutie possible selon l’intention qu’il s’est fixée. En somme, l’auteur est celui qui cherche à écrire de bons récits et qui est prêt à faire ce qu’il faut pour atteindre cet objectif. Ni plus, ni moins. Et mon but, avec ces conseils, est de l’aider dans cette démarche.

Quelqu’un qui écrit pour « vendre », même si cette démarche est plus commerciale qu’artistique, se voit dans l’obligation de travailler à écrire un bon récit, sans quoi celui-ci ne se vendrait pas. Et cela fait donc de lui un auteur au même titre que tous les autres, puisqu’il fournit finalement le même travail.

Car oui, cette recherche de qualité, cette volonté d’obtenir le projet le plus abouti possible, suppose avant tout et surtout une quantité phénoménale de travail. Et c’est en cela que l’auteur se différencie de l’écrivant ludique : il est prêt à travailler encore et encore pour que son projet aille au terme de ce qu’il peut en faire, même et surtout lorsqu’il n’y a plus de plaisir à écrire et que l’activité devient rébarbative. L’écrivant ludique, lui, ne se soucie pas des contraintes qu’imposent l’écriture d’un bon récit, il s’arrête d’écrire au premier obstacle, car c’est là que son plaisir d’achève.

Je conclurais donc cet article en vous disant que mes conseils s’adressent à tous ceux qui sont prêts à surmonter tous les obstacles que suppose l’écriture d’un bon récit, à tous ceux qui sont prêts à aller au bout de ce chemin fastidieux, quel qu’en soit le prix.

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Vu : Seven Sisters

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Bonjour, bonjour !

Mercredi dernier, au cinéma, je suis allé voir Seven Sisters de Tommy Wirkola et c’est pas mal, mais je trouve qu’on est loin de ce que ça aurait pu être.

Bon, au cas où vous ne le saviez pas, Seven Sisters se passe dans un futur où, pour lutter contre la surpopulation, une politique d’enfant unique a été mise en place et la répression est plutôt sévère : les enfants en trop sont directement retirés des familles concernées et placés en cryogénisation le temps que la situation s’améliore. Et dans cet univers, on suit donc sept sœurs parfaitement jumelles qui se cachent des autorités pour éviter de subir le même sort et d’être placées en cryogénisation. Elles s’appellent Lundi, Mardi, Mercredi, Jeudi, Vendredi, Samedi et Dimanche et, pour conserver leur existence secrète, elles ne sortent jamais qu’un seul jour de la semaine, en fonction de leur prénom, et se font alors passer pour la même personne « Karen Settman ». Tout se passe plus ou moins bien malgré les circonstances, jusqu’au jour où Lundi ne rentre pas. A partir de là, les six autres sœurs vont commencer à s’inquiéter et vont enquêter pour savoir ce qu’il lui est arrivé et ainsi risquer d’être découvertes et poursuivies par les autorités.

Le principe du film est un peu tiré par les cheveux si vous voulez mon avis, mais en terme de narration, rien à redire : un ensemble de personnages qui doivent à tout prix conserver leur secret, mais qui ne peuvent pas faire autrement que de risquer de l’exposer. Forcément, dès le départ, ça tient en haleine.

Malgré tout, cela pose naturellement quelques problèmes en termes de réalisation. Il s’agit de présenter sept personnages qui se ressemblent en tout point physiquement, mais qui sont en réalité sept personnes différentes. Evidemment, on est pas allé chercher une famille de sept sœurs parfaitement identiques, parce que je crois bien que ça n’existe pas du tout. Du coup, c’est une seule et même actrice qui se charge d’incarner tous les rôles à l’écran. Ce qui revient à un grand défi pour le réalisateur : comment montrer sept personnes à l’écran, alors qu’elles sont toutes jouées par une seule.

Et déjà, le film pêche à ce niveau-là, j’en ai bien peur.

Techniquement, c’est assez bien fait, vous n’aurez jamais l’impression que l’une des sœurs a été rajoutée ou même de voir une doublure à l’écran. Mais clairement, le réalisateur a plus souvent fait le choix de la facilité qu’autre chose : il enchaîne les gros plans sur le visage de Noomi Rapace plutôt que de chercher à nous baigner dans son univers, précisément en les montrant évoluer sur le même plan. Et finalement, c’est plus le montage qu’autre chose qui permet de faire passer la pilule, un montage qui devient finalement un peu lourd au bout d’un moment. Et de fait, ça ne nous permet pas d’y croire complètement, du moins pas autant que si les plans avaient réellement été étudiés pour nous montrer les sept sœurs ensemble.

Mais surtout, le problème c’est que Noomi Rapace n’est pas du tout au niveau. Alors attention, je ne suis pas en train de dire que c’est une mauvaise actrice, mais c’est juste que là, il fallait aller dans un registre bien supérieur à ce qu’elle propose. Malheureusement, elle joue les sept personnages de manière à peu près similaire, et à part une ou deux sœurs qui sortent un peu du lot, vous les reconnaîtrez surtout grâce à leurs vêtements et coiffures.

C’est d’autant plus dommage que cette année, James McAvoy a déjà prouvé qu’il était parfaitement capable de faire ça dans Split et donc que c’était tout à fait possible. Mais là, vraiment, Noomi Rapace ne m’a pas convaincu du tout. Il fallait prendre quelqu’un qui avait un registre beaucoup plus grand.

Ensuite, je veux noter une petite série d’incohérences un peu gênante. Je ne vais pas vous révéler les détails, mais en gros, la police tire un peu sur tout le monde sans raison dans ce film. Et apparemment, abattre des gens en pleine rue est devenu parfaitement normal. Autre problème, la personne qui s’occupe de faire respecter la loi de l’enfant unique… n’est pas membre du gouvernement ? En gros, au bout d’un moment, on se rend compte que c’est une agence privée… ce qui est vraiment très étrange… Et enfin, les sœurs n’arrêtent pas de répéter qu’elles vont révéler la vérité sur cette fameuse personne, afin que tout le monde voit enfin ce qu’elle fait aux enfants. Sauf que le principe du film, c’est justement que tout le monde le sait et vit avec. Du coup, on ne comprend pas bien pourquoi elles disent ça.

Et puis, à ces quelques problèmes s’ajoute le fait que ce film a fait toute sa promotion sur le fait que sa fin était surprenante, alors que très honnêtement, pas du tout.

Bon, il faut que vous me disiez, est-ce que c’est moi qui regarde trop de films ou est-ce qu’on a réellement perdu l’art de faire des twists de fin brillants ? Ça fait plusieurs films que je vois et que je me dis : bah oui, c’était évident, je l’avais prévu depuis 40 minutes au moins, pourquoi on en fait tout un plat ? Et je trouve ça très agaçant. Là, de manière très rapprochée, il y a eu Atomic Blonde qui se plantait complètement en essayant de nous faire le même coup, et ce ne sont pas des cas isolés malheureusement.

Alors, fondamentalement, qu’est-ce qui fait un bon twist de fin ?

Bon, déjà, faire sa promo dessus est une très mauvaise idée : ça pousse tout de suite le spectateur à spéculer alors qu’il ne l’aurait peut-être pas fait sinon.

Ensuite, si je compare ce twist au twist de L’Empire Contrattaque, le fameux « Je suis ton père », il  y a une différence flagrante. Le twist de Seven Sisters a été conçu comme celui d’Atomic Blonde : on dit qu’il y a un mystère, un secret à dévoiler, puis on vous le dévoile. En gros, dans Seven Sisters, les sœurs se demandent pourquoi il leur arrive tout ça, qui est responsable de leur malheur. Et du coup, on s’attend naturellement à recevoir une réponse à cette question.

Mais lorsque Darth Vader dit : « Je suis ton père » ; la révélation est beaucoup plus choquante parce qu’on ne s’attend pas à une révélation justement. Jusque-là, l’histoire se déroulait normalement, c’était un récit d’aventure où Luke devait aller sauver ses amis et combattre le mal ; la révélation lui tombait dessus.

Plus encore, jusqu’au twist,  Star Wars vous disait : Darth Vader est méchant parce qu’il a tué le père de Luke (entre autres choses). La révélation vient complètement renverser cette vérité, chambouler toutes vos croyances. Et c’est pour ça que ça marche à ce point, contrairement à Seven Sisters ou à Atomic Blonde qui ne nous donnent aucune vérité avant de la renverser complètement : l’espace de réflexion quant à l’identité du « méchant » est dans les deux cas totalement vide et donc ouvert à la spéculation et aux théories les plus folles. Dans le cas de Star Wars, au contraire, l’espace est plein d’une croyance fausse et c’est cela qui fait que la révélation est si surprenante : puisqu’on croyait avoir déjà la réponse, on est soudain pris de court.

Un bon twist de ce genre doit jouer avec le langage cinématographique ou littéraire pour fonctionner. Quand on raconte une histoire, on fait toujours appel à des codes précis, un langage particulier, même lorsqu’on n’en a pas conscience. C’est parce que le spectateur s’attend à ce que l’on respecte ces codes et ce langage qu’il est surpris lorsqu’on les renverse avec son twist.

Dans L’Empire Contrattaque, le langage, les codes employés, nous pousse à croire qu’il s’agit d’une simple lutte du bien contre le mal, où un héros doit l’emporter contre un antagoniste redoutable. On a vu cet antagoniste tendre un piège au héros et le héros sait qu’on essaie de lui tendre un piège. La question est donc de savoir s’il parviendra à y échapper ou non. Tout cela est alors étudié pour que le spectateur soit persuadé que l’enjeu du film soit de savoir si Luke va s’en sortir ou non. Il ne s’attend donc pas du tout à ce qu’une révélation ait lieu et c’est ça qui la rend si surprenante.

Mais en réalité, ce twist joue aussi avec un autre code très spécifique à la narration : celui qui veut que tout ce que les personnages disent est la vérité. Alors attention, il arrive bien entendu que des personnages mentent, ce n’est pas la question. Mais le fait est que, le plus souvent, lorsqu’un personnage ment, on le sait, c’est clairement dit, clairement suggéré. Et pour le reste, c’est la vérité.

Vous n’avez pas remarqué que peu importe ce qu’un personnage dit, gentil ou mauvais, vous avez immédiatement tendance à prendre l’information pour une vérité absolue ? Je vous jure, réfléchissez-y, prenez le temps de revoir certains films et vous comprendrez. Dans Alien, le moment où Ripley découvre que Ash les a doublés, elle ne remet pas en question ce que lui dit l’ordinateur et Ash ne cherche même pas à cacher son geste ou à renier l’information par exemple ! Et personne jamais ne s’interroge sur l’aspect véritable du discours du grand méchant lorsqu’il explique ses états d’âme. Ne cherchez pas : dès qu’un personnage dit quelque chose, à moins qu’il soit clairement suggéré que c’est un mensonge, vous y croyez, c’est plus fort que vous.

Et c’est une nécessité absolue quand on y pense. Les dialogues sont bien souvent le seul moyen de transmettre des informations au spectateur, de faire comprendre les tenants et les aboutissants de l’univers. C’est d’autant plus vrai lorsque l’on a affaire à des univers étranges, qui ont leurs propres règles. Il faut alors les assimiler et non les questionner. Du coup, oui, il faut qu’on puisse croire à tout ce que disent les personnages, sinon, on est complètement perdu.

Dans Star Wars, Obiwan vous a dit que Darth Vader avait tué le père de Luke, et vous l’avez cru, naturellement. Vous n’aviez aucune raison de douter du personnage qui occupe le rôle de mentor, précisément celui qui est censé détenir les réponses, la sagesse, la vérité. Ainsi, on a joué sur ce code particulier pour vous surprendre.

Et c’est comme ça que doit fonctionner un bon twist : vous devez jouer sur les codes. Vous devez construire tout le récit qui précède afin d’emmener votre public dans une direction particulière, utiliser le langage auquel il est habitué contre lui, pour qu’il croit entrevoir la finalité de votre histoire. Et alors seulement, une fois que tout a été mis en place, vous devez frapper avec votre révélation.

Atomic Blonde et Seven Sisters font tout le contraire : ces films utilisent justement tout le langage cinématographique pour nous préparer à une révélation finale. Résultat, cette révélation est attendue et, pire que ça, on a souvent eu le temps de s’en faire sa propre idée. Et si, comme moi, on connaît un peu trop bien les codes justement, la révélation devient évidente.

Cela-dit attention, je ne veux pas non plus dire que mettre un twist dans son récit ne répond pas à un certain code en soi. En réalité, il y a des règles strictes à respecter pour que tout ne soit pas chamboulé. Et la première, c’est de préparer malgré tout le twist : juste qu’il ne faut construire son histoire dans ce sens.

Et préparer le twist c’est quoi ? C’est tout simplement glisser des petits détails, des éléments qui font qu’une fois la révélation faite, on ne peut que se dire : oui, ça tient debout.

C’est en partie pour ça que je déteste le film Premier Contact. Je n’ai aucun doute sur le fait qu’un grand nombre de personnes ont été proprement choqué par le twist du film : comme pour n’importe quel bon twist, il utilisait les codes de la narration pour nous mené dans la mauvaise direction et mieux nous surprendre ensuite. Le problème cependant, est que le twist n’était pas du tout préparé en amont. Ou plutôt, si, il l’était. Mais les choses n’étaient pas présentées de telle manière que le twist pouvait faire sens par rapport à ce qui avait été dit avant.

Dans Premier Contact, aucune des scènes précédant le twist ne laissait passer le moindre indice sur le twist en lui-même et ce qui y était révélé. Il n’y avait pas la moindre « anomalie » qui aurait pu laisser penser qu’on ne savait pas encore tout. Résultat, le spectateur avait la certitude que l’histoire était ainsi et ne pouvait être autrement. Le twist n’a alors pas apporté un éclaircissement sur ce qui avait été dit : il a purement et simplement révélé que tout ce à quoi on avait cru était un pur mensonge.

En termes de plaisir et de surprise, pour votre cerveau, l’effet est exactement le même et c’est pour ça que ce twist a eu autant d’effet. Mais le véritable problème, c’est que, contrairement à Star Wars, ce n’est pas un personnage qui vous a menti, c’est le film lui-même. Et si le film ment, il n’a aucun intérêt.

C’est pour ça qu’il faut préparer le twist en glissant quelques indices, quelques éléments qui, une fois la révélation faite, prennent tout leur sens. Dans L’Empire Contrattaque, Yoda ne cesse de répéter que le côté obscur de la Force corrompt, d’ailleurs Obiwan a déjà dit que Darth Vader était quelqu’un de bien avant de devenir méchant. Il y a aussi une scène dans la grotte où Luke affronte un faux Darth Vader et réalise que c’était lui sous le masque, indiquant ainsi qu’il peut éventuellement mal tourner s’il ne prend pas garde. Et Yoda le prévient, quand il part, qu’il n’est pas prêt et qu’il risque d’être séduit par le côté obscur. Bref, il y a mille indices qui indiquent clairement qu’il est tout à fait possible que quelqu’un que l’on croit gentil devienne méchant… Ce qui induit donc tout à fait qu’un méchant a pu être gentil à un moment donné de l’histoire. Et donc, que Darth Vader soit le père de Luke fait totalement sens dans l’univers du film.

Et pour en revenir à Seven Sisters, le fait est que ces indices ont correctement été glissés tout le long du film. Sauf que, combiné au fait que le récit nous pousse à attendre une révélation finale, ça fait que la fin devient très prévisible. Mais au moins, contrairement à Atomic Blonde, ça ne créée pas des incohérences à ce niveau-là.

Un autre problème avec « Seven Sisters », c’est que le film ne nous permet pas vraiment de nous attacher réellement à chacune des sœurs. Je ne sais pas si c’est qu’il est trop court ou si ça tient au fait que leur personnalité n’est pas assez mise en scène, ou au fait que Noomi Rapace n’arrive pas assez à les différencier les unes des autres dans son jeu, mais le résultat est là : à part une ou deux, difficile de réellement s’attacher complètement à elles. D’autant que le film n’hésite pas à faire certaines choses qui n’aident pas vraiment à prendre le temps de bien les connaître.

Mais plus encore, j’ai l’impression qu’en termes d’écriture, les sept sœurs sont presque traitées comme un seul et même personnage disposant de sept corps. Elles ont toutes exactement le même objectif, les mêmes intentions et globalement la même façon de le traiter. C’est juste que chacun a des spécificités qui permettent de faire des choses particulières. Et lorsque l’une des sœurs vient à disparaître, ce n’est pas tant le personnage que l’on perd, son projet, ses intentions, mais ses capacités spéciales.

Une bonne équipe de bons personnages, c’est plus souvent des groupes de personnes différentes, avec des passés et des objectifs finaux différents, mais qui s’engagent tous dans une quête commune. Là, les personnages principaux ne sont malheureusement pas assez différenciés les uns des autres.

Et pourtant, Seven Sisters n’est pas réellement mauvais ! Malgré ces énormes défauts, il s’avère que c’est un film intelligent par bien des aspects, qui traite plutôt bien son sujet, avec quelques fulgurances dans l’émotion qui ne vous laisseront sûrement pas indifférents. Plus encore : il y a beaucoup d’humanité, de profondeur dans les choix des personnages, ce qui contribue beaucoup à rendre l’ensemble assez touchant. Et l’aspect thriller est bien rendu, les scènes de tensions sont plutôt captivantes. Mais globalement, en cherchant à faire un twist final, le film s’est vraiment perdu et c’est dommage.

Après, je veux m’arrêter sur la morale du film, qui est malheureusement trop ambiguë. Le film semblerait presque défendre l’idée qu’il faut éliminer les enfants « en trop ». C’est un peu délicat tout de même…

Alors finalement, est-ce que je vous conseille d’aller voir le film ? Non, pas vraiment. Il y a beaucoup de bonnes choses, mais pas assez pour rattraper ses énormes erreurs, je le crains.

 

PS : Non mais comment ça, la nana est menacée de la peine de mort ? Toute l’histoire se passe dans le futur de l’Union Européenne et pour rappel, l’un des principes fondamentaux de cette Union est justement le rejet de la peine de mort bordel ! Respectez un peu la base ! Roh !