Vu : Game Of Thrones Saison 7 (Spoilers)

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Voilà ! Ça y est ! Dans la nuit de dimanche à lundi est enfin sorti de tout dernier épisode de la saison 7 de la série phénomène Game Of Thrones, et selon toute probabilité, il faudra attendre un long moment avant d’avoir accès à la suite. Et du coup, que penser de cette toute nouvelle saison ?

Personnellement, comme l’essentiel des gens censés sur cette planète, je n’ai pas pu m’empêcher, une fois de plus, de me précipiter pour regarder chaque épisode le jour de sa sortie (et parfois même un peu avant, ahem), comme un gamin impatient d’ouvrir ses cadeaux de Noël. J’adore la fantasy, sous quasiment toutes ses formes, et je ne me lasse jamais de regarder des films ou des séries de ce genre – du moins quand le travail de réalisation est suffisamment honnête pour que je puisse croire en la magie. Je vous avoue que je suis même capable d’apprécier des histoires perclus de défauts scénaristiques tant qu’elles me permettent d’entrer un tant soit peu dans leur univers. Par exemple, j’ai beaucoup apprécié le film Blanche Neige et le Chasseur ou même l’opus qui a suivi alors que, très honnêtement, il n’y a pas de quoi casser trois pattes à un canard. Mais bon, les images sont belles, il y a des scènes épiques relativement bien amenées, et me voilà conquis.

Sauf que Game Of Thrones a toujours eu ce sel particulier, cette qualité suprême qui échappe généralement aux productions de Medieval Fantasy que ce soit au cinéma ou à la télévision. Je n’irai pas jusqu’à dire que c’est meilleur que la trilogie du Seigneur des Anneaux, mais les deux œuvres me semblent clairement comparables tant sur le plan technique que de l’écriture. Soyons honnêtes, il y a Game Of Thrones, il y a Le Seigneur des Anneaux et le reste n’est que menu fretin en comparaison (quoi que, les films Narnia se défendaient pas trop mal…). Et c’est d’ailleurs bien dommage ! Combien je rêverais de voir d’autres films, d’autres séries de cette qualité !

Alors qu’il y a une multitude d’œuvres exceptionnelles de Science-Fiction, d’Anticipation ou Fantastiques à se mettre sous la dent, le genre de la Fantasy est un peu laissé pour compte sur le médium audiovisuel… Alors qu’il existe pourtant une littérature si riche et que le médium vidéo-ludique a déjà fourni sa part d’œuvres magistrales, le cinéma, l’Internet et la télévision ont un retard significatif. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de petites perles sympathiques de ci de là, mais très honnêtement, à part une poignée d’œuvres majeures, le genre est un peu à la traîne. Chers créateurs de tout pays : il va falloir y remédier.

Et cette constatation s’est d’autant plus révélée à mes yeux cet été alors que j’attendais chaque nouvel épisode de la série avec impatience : Game Of Thrones provoquait en moi une faim croissante de Fantasy, que je ne pouvais pas vraiment satisfaire… du moins pas sur un écran.

Alors oui, autant vous le dire tout de suite, j’aime énormément Game Of Throne et cela fait déjà partie des œuvres que je n’hésiterai pas à voir et à revoir tout au long de ma vie, j’en suis certain.

 

Alors, cette saison est-elle à la hauteur des Saisons précédentes ? Est-ce que ces 14 millions de dollars par épisode (somme absolument incroyable) ont été bien dépensés ?

Eh bien, je suis un peu mitigé. Dans un premier temps, j’ai trouvé que beaucoup de choses allaient un peu trop vite dans cette saison, surtout en ce qui concerne les trois premiers épisode où la moitié de la guerre entre Cersei et Daenerys est réglée au moyen de scènes brèves et assez loin des standards de la série, signant aussi une petite hécatombe de personnages, sans vraiment nous laisser le temps d’encaisser la nouvelle. Le rythme redevient cependant un peu plus acceptable à partir de l’épisode 4, même si beaucoup de choses semblent là aussi s’accélérer.

De la même manière, là où la série nous avait habitué au fait que traverser Westeros prenait une saison entière, voilà que nos personnages préférés vagabondent désormais en quelques secondes d’un lieu à l’autre, ce qui atteint des sommets presque ridicules dans le désormais fameux épisode 6.

Autre problème, les intrigues semblent plus « faciles » qu’avant, moins recherchées, moins profondes et moins alambiquées. Pour ne prendre que l’exemple de ce qu’il se passe à Winterfell, le traitement me paraît un peu léger et manquant de subtilité par rapport à ce à quoi on nous avait habitués jusqu’à présent. Personnellement, j’ai quasiment tout prévu à l’avance alors que je n’avais pas du tout vu venir l’explosion de la cathédrale dans la saison précédente. Un peu dommage de ne pas retrouver la même sensation dans cette saison donc. Il en va aussi de même pour les stratégies employées dans la guerre entre Cersei et Daenerys : cela manque un peu de la subtilité d’un Tywin Lannister, si vous voyez ce que je veux dire.

Autre problème à mes yeux, certaines retrouvailles importantes ont été rapidement éludées. Comme par exemple entre Tyrion et Bron : on ne voit même pas la scène ! Or, toute la force de Game Of Thrones reposant sur ses personnages et les relations qu’ils ont entre eux, c’est un problème de passer outre de telles scènes.

Donc oui, j’ai noté, et j’ai l’impression de ne pas avoir été le seul du tout, beaucoup défauts dans cette nouvelle saison.

Cela-dit, je veux être tout à fait honnête, il y a aussi énormément de choses que j’ai vraiment adoré : la mission suicide est un épisode magistral quoi qu’on en dise, rarement une bataille ne m’a jamais autant transporté que celle de l’épisode 4, j’ai beaucoup aimé la relation entre Daenerys et Jon, et j’ai beau dire, la conclusion du passage à Winterfell m’a procuré une satisfaction sans borne. Alors, malgré tous ces défauts que je ne peux que reconnaître, je me vois tout de même dans l’obligation de vous dire que j’ai vraiment beaucoup aimé cette saison. Autant que les autres ? Je ne sais pas. Je crois que, un peu comme Le Seigneur des Anneaux, la question n’est pas vraiment là. C’est l’œuvre dans son ensemble qu’il faut juger et non chaque partie séparément.

Alors, de mon côté, Game Of Thrones est toujours ma série préférée du moment et je brûle de savoir ce qu’elle me réserve pour l’ultime saison… ou plutôt la deuxième partie de celle-ci, si j’ai bien compris.

 

Mais, au-delà de mon avis personnel, il s’avère que cette saison a, semble-t-il laissé un goût amer dans beaucoup de bouches. Je suis même tombé sur un article qui assurait que Game Of Thrones perdait son statut de semi-OVNI pour entrer dans la catégorie du Blockbuster typique. J’ai entendu plusieurs personnes trouver que tout cela devenait trop prévisible, allait trop vite, qu’on ne retrouvait plus ce qui faisait le sel de la série ou son génie, que tout cela manquait de l’ambiance des saisons précédentes etc. Personne ne semble aller jusqu’à renier son attachement à l’œuvre, mais beaucoup semblent avoir été déçus.

Voilà que Game Of Thrones que beaucoup considéraient comme très éloigné des carcans habituels de la Fantasy, en vient soudain à rentrer dans les clous et à devenir une nouvelle épopée d’Héroic Fantasy…

Vraiment ? J’ai voulu y réfléchir et vous apporter mon point de vue sur la question.

 

Déjà, sachez que, faute de pouvoir en voir au cinéma, à la télévision ou sur Internet, je lis moi-même un certain nombre de romans de Fantasy. Et je peux vous dire que les qualités que l’on considère généralement comme les forces de Game Of Thrones par rapport aux autres productions, ne sont en réalité pas si rares que ça. George R. R. Martin est très loin d’être le seul à créer des univers aussi « réaliste » sur le plan politique ou humain, à proposer des personnages hauts en couleur qui ne sont jamais ni tout blancs, ni tout noirs, à éviter de verser dans la magie à outrance ou à n’avoir aucun scrupule à tuer vos personnages favoris. Je pourrais vous citer au moins une dizaine d’œuvres, écrites avant ou après Game Of Thrones qui n’hésitent pas un seul instant à faire tout cela.

Là où Game Of Thrones est réellement plus fort, c’est, comme le dit cette très bonne vidéo de Just Write, c’est par l’empathie. L’intérêt de Game Of Thrones, jusqu’à présent, n’a jamais vraiment été les événements de la guerre des cinq rois, mais plutôt les enjeux personnels, privé des personnages. Et ce sont d’ailleurs toujours ces enjeux personnels et privés qui finissent par créer la grande histoire de Westeros et jamais l’inverse. George R. R. Martin le fait simplement mieux que les autres, rien de plus.

Alors certes, par rapport aux carcans Hollywoodiens auxquels ont a été habitué, Game Of Thrones apportait un souffle réellement surprenant et novateur.

Sauf que voilà, ça fait 7 ans que Game Of Thrones est là et, il faut bien le dire, la surprise est passée depuis un moment. Malheureusement, on commence à en comprendre les mécaniques, les tenants et les aboutissants, on commence à savoir comment cette série fonctionne réellement et petit à petit, on est davantage capable de prévoir ce qu’il risque de se passer.

Prenez par exemple, ce qui arrive à Baelish : c’est une intrigue classique pour Game Of Throne. Même si je la trouve un peu moins bonne que les précédentes, en partie parce qu’il manquait probablement un ou deux rebondissements par rapport aux autres saisons (moins d’épisodes, je vous le rappelle), on a déjà eu beaucoup d’intrigues très similaires qui se soldaient par la mort d’un ou plusieurs personnages importants. Entre Ned et Cersei, entre Tywin et Tyrion, entre Cersei et Margery… Pire encore, à chaque fois, le schéma est le même, chaque personnage avance ses pions et l’un des deux semble en position de faiblesse, au point qu’on ne voit pas comment il va s’en sortir et puis, boumbadaboum, retournement de dernière minute victoire de celui qui semblait être le perdant.

Et c’est exactement ce qu’il se passe à Winterfell. Sauf qu’au bout de la cinquième, la sixième, voir la septième fois, on commence à comprendre le principe et à prévoir la chute à l’avance. Le vrai problème à ce niveau, n’est donc pas que la série a perdu sa patte ou son génie, mais bien, au contraire, qu’elle a un peu oublié de se renouveler et de changer de registre.

Ce n’est qu’un exemple, beaucoup d’autres éléments vous ont probablement paru prévisible pour les mêmes raisons. Pas forcément tout, mais beaucoup.

 

Parlons ensuite un peu de l’aspect « rapide » de cette saison. Je pense, de ce côté-là, qu’il est dû à une combinaison malencontreuse d’éléments, inhérents à la série justement.

Tout d’abord, commençons par le commencement et le plus évident : il y a beaucoup moins de personnages à suivre. Oui, après six saisons de massacres répétés, on commence à manquer de personnages éparpillés aux quatre vents. Certes, la première saison commençait avec un groupe réuni au même endroit et, à l’exception de Daenerys, tout le monde était à Winterfell dans le premier ou le second épisode. Mais très vite, les personnages s’éloignaient les uns des autres. Ned, Sansa et Arya partaient vers Kingslanding, Jon et Tyrion vers le Nord, Catelyn suivait son propre chemin alors que Robb et les autres restaient à Winterfell. Et puis, dès la fin de la Saison 2, vous aviez Robb d’un côté, Tyrion d’un côté, Sansa pas très loin, Arya d’un côté, Bran d’un côté, Jon d’un côté, Theon d’un côté, Daenerys du sien etc. En tout, la série avait fini par nous habituer à nous montrer les histoires plus ou moins séparées de huit à douze personnages différents.

Mais dans cette septième saison, la réalité est qu’après tant d’années d’errances, les personnages principaux se sont tout simplement regroupés, lorsqu’ils n’ont pas été éliminés avant. Et résultat, on ne suit plus que trois groupes : Winterfell, Dragonstone et Kingslandind, avec quelques brèves apparition de Samwell Tarly… Pire encore, ces histoires commencent à se connecter entre elle. Si l’intrigue de Winterfell se démarque une peu, celle de Dragonstone et de Kingslanding ne forment en réalité qu’une seule et même intrigue.

Résultat ? Il devient presque impossible de temporiser dans ces conditions, d’alterner entre les différentes histoires pour vous laisser le temps d’encaisser certaines scènes ou même, plus simplement, les distances traversées par les personnages. A moins de rajouter beaucoup de scènes futiles et de ralentir considérablement le rythme de l’histoire, il devenait quasiment impossible de ne pas aller aussi rapidement que ça.

D’autant que, à bien y réfléchir, s’il n’y avait pas eu toutes ces histoires entre lesquelles alterner auparavant et qu’on avait mis chaque intrigue bout à bout, vous vous seriez probablement rendu compte que ces intrigues n’allaient finalement pas forcément moins vite à l’origine et avec un nombre finalement très limité de scènes.

 

Un autre problème : le fait d’avoir quasiment résumé la moitié de la guerre entre Daenerys et Cersei. Il s’avère qu’en réalité, à bien y réfléchir, je me suis rendu compte que Game Of Thrones le faisait tout le temps. Puisqu’en réalité, ce qui importe vraiment dans la série, se sont les intrigues plutôt que les combats, ceux-ci ont toujours été relégués au second plan, à l’exception de quelques batailles clés : la bataille de Kingslanding, Durlieu, la bataille du Mur, « The Battle Of Bastards »… Mais tout le reste a toujours été résumé. Rappelez-moi, combien de combats avez-vous réellement vu entre les Lannisters et Robb ?

Ce résumé des événements est donc loin d’être nouveau, là encore, ou d’être un raccourci scénaristique. C’est juste ce qu’a toujours fait Game Of Thrones, mais en plus condensé. Car encore une fois, les batailles et guerres précédentes étaient souvent résumées, à travers d’autres scènes, en suivant d’autres intrigues. Sauf que là, il ne reste plus que deux ou trois intrigues à suivre et l’une d’elle est, de fait, la guerre.

 

Un autre point qui ne sert peut-être pas vraiment la série de ce point de vue là : nous en arrivons enfin à la fin de l’histoire.

Pendant très longtemps, Game Of Thrones est resté principalement imprévisible parce qu’on ne savait pas bien où ça nous menait, parce que la série continuait de se fragmenter en une multitude d’intrigues dont ne voyait pas bien l’intérêt dans le schéma général de la série. Mais aujourd’hui, ce temps est dépassé. Déjà dans les deux saisons précédentes, on avait commencé à voir les personnages se regrouper et s’allier les uns aux autres. Tyrion rejoignait Daenerys, Sansa rejoignait Jon. Et maintenant, dans cette saison, tous les personnages se rassemblent pour les affrontements finaux et ceux-ci ne font plus aucun doute.

On sait désormais de manière certaine qu’il ne reste plus que deux ennemis à abattre pour nos héros, Cersei et le roi de la nuit, et qu’ils sont les adversaires ultimes. C’est l’issue de la lutte contre ces personnages-là qui déterminera la fin de la série. Et à partir de là, il devient beaucoup plus facile de prévoir ce qu’il va arriver : Cersei sera-t-elle vaincue ? Comment le roi de la nuit sera défait ? Cela devient les seules questions qu’il reste à régler et on a beaucoup plus d’éléments et d’informations qu’avant pour tirer nos conclusions.

Alors oui, sur une saison, cela peut paraître comme un problème, un manque par rapport aux autres saisons. Pourtant, ce qu’il faut bien voir, c’est que ce n’est pas cette saison qui est faite ainsi : c’est toute la série qui portait vers cette finalité.

Du point de vue de la structure narrative générale, Game Of Thrones a été conçu de cette manière : on part d’une situation assez simple, puis on l’éclate, on l’éclate, on l’éclate encore, et petit à petit, on rassemble les morceaux qu’il reste pour la confrontation finale, celle qui réglera le sort de tout le monde. Nous entrons simplement dans cette dernière partie, dans cette dernière phase où tout devient enfin clair et donc oui, plus la série va avancer, plus elle deviendra prévisible à bien des égards.

Là où l’on avait autrefois créé mille possibilités pour achever cette histoire, on a fini par toutes les éliminer une à une. Il en reste de moins en moins et il en restera de moins en moins au fur et à mesure qu’on approchera du dénouement. C’est un choix artistique qui a été fait depuis longtemps.

 

Et tout cela me fait dire qu’en réalité, les problèmes que l’on croit percevoir en voyant cette dernière saison, ne sont en réalité pas des problèmes, mais des « défauts révélés » ou des éléments en réalité inhérents à la série. En vérité, je ne crois pas du tout que la série ait perdu en qualité ou qu’elle ait pris une autre direction artistique, je crois justement que l’on a affaire à l’aboutissement artistique de l’œuvre, tel qu’il a toujours plus ou moins été prévu.

Quant au côté de plus en plus « Heroic Fantasy », ma foi je crois tout simplement qu’il tient au fait que Game Of Thrones (la série en tout cas) a toujours évolué vers cela. Tout ce qu’on a préparé avant devait servir à nous amener à une grande bataille finale épique, une grande guerre qui se rapprocherait plus de ce que l’on voit dans Le Seigneur des Anneaux. Il y a toujours eu des moments épiques dans la série, et ils ont eu tendance à se faire de plus en plus présents.

Personnellement, je trouve que la progression est plutôt réussie de ce côté-là et qu’on nous fait ainsi bien ressentir que cette guerre-là est la dernière, tandis que les autres étaient plus anodines. Et de toute manière, pour être tout à fait honnête avec vous, j’ai toujours apprécié l’Heroic Fantasy. Alors, très honnêtement, cette évolution ne me gêne pas une seule seconde.

Donc, oui, tout cela pour dire que si vous avez eu, comme moi, un avis un peu mitigé quant à cette dernière saison, c’est probablement plus dû au fait que ce soit Game Of Thrones qu’au fait que ça ne le soit pas. Et je vous invite d’ailleurs à vous poser la question : que faisait la série avant et pourquoi ? Je pense que vous comprendrez alors rapidement pourquoi cette saison est telle qu’elle est actuellement.

 

Après, je trouve cependant qu’il y a tout de même quelques maladresses qui auraient pu être évitées ou mieux écrites. Par exemple, l’intrigue à Winterfell méritait un arc plus long, une subtilité plus grande. Il aurait fallu plus de temps, plus d’épisodes.

Dans la même veine, l’histoire de Samwell va un peu vite, j’aurais voulu attendre qu’il en apprenne beaucoup plus et monte en grade avant qu’il ne se décide finalement à partir. C’est pareil avec la mission suicide : j’aurais voulu voir une saison entière sur le sujet plutôt qu’un seul épisode ! D’autant que cela aurait permis de ne pas créer les quelques incohérences que tout le monde a su relever.

Mais là encore, cela devenait un peu difficile pour plusieurs raisons. Il n’y avait pas assez d’autres histoires pour alterner les scènes et les scénaristes ont été englués dans les problèmes de production. La série, dans un premier temps, est beaucoup trop chère à produire : 14 millions de dollars par épisode, c’est pharaonique ! Pour l’instant, seules les séries Band Of Brothers et The Pacific ont coûté davantage et elles n’avaient que 10 épisodes chacune ! Game Of Thrones en est à son 67ème. Au bout d’un moment, malgré tous les bénéfices rapportés, la facture devient salée et HBO commence à avoir du mal à avancer l’argent.

Peut-être aurait-il effectivement fallu trois saisons de plus au lieu de deux et avec 10 épisodes à chaque fois. Mais à un moment, il faut savoir arrêter les frais et peut-être a-t-on mis le holà un peu trop tôt.

De la même manière, si la mission suicide se passe ainsi, c’est parce que la série a pris le pas de produire des avants derniers épisodes « spéciaux », marquant. Et je pense tout simplement que les scénaristes et les producteurs ont fini par se dire qu’un épisode entier sur cette mission était une bonne idée, alors qu’il aurait été préférable de l’espacer un peu plus.

Par exemple, elle n’aurait pas posé le moindre problème si les choses avaient été montées de cette manière :

  1. Le groupe arrive à capturer le mort-vivant, envoie Gendry chercher de l’aide, puis se retrouve piégé sur l’ilôt.
  2. On coupe avec une autre histoire. Arya et Sansa, Samwell, Cersei, peu importe.
  3. Thoros de Myr décède des suites de ses blessures, fautes de soin, à cause du temps passé sur la glace. On voit Gendry courir, épuisé, s’écrouler.
  4. Nouvelle coupe avec une autre intrigue, peu importe laquelle.
  5. Gendry arrive enfin au mur, épuisé. Dire qu’il faut envoyer un corbeau. Et là, fin de l’épisode.
  6. Début de l’épisode suivant : Daenerys reçoit le message s’envole avec ses dragons.
  7. Une autre intrigue, n’importe laquelle, on s’en fiche.
  8. Le limier lance son caillou, le combat reprend et finalement Daenerys arrive au dernier moment et les sauve.

Fondamentalement, on aurait eu exactement les mêmes images. Sauf que, avec ce découpage, on aurait pas eu l’impression que les personnages se téléportent du tout. Et le problème aurait complètement été évacué.

Donc oui, malgré tout, il y a bien quelques défauts qui ne sont pas inhérent à la série et qui auraient pu être évités assez facilement en termes d’écriture. Néanmoins, il y en avait aussi dans les autres saisons : l’interminable torture de Theon par exemple, ou le vagabondage d’Arya et du Limier… Il ne faut pas croire que Game Of Thrones a toujours été parfait non plus, malgré ses incroyables qualités.

 

En fait, pour tout vous dire, fut un temps où je n’aimais pas Game Of Thrones.

Oui, au début, je trouvais ça sympa, mais tout le phénomène qu’il y avait autour de la série m’énervait : je ne le comprenais pas. On me disait tout le temps que c’était génial, parce que les intrigues étaient tordues, parce que les twists étaient surprenants, parce que l’œuvre n’hésitait pas à être cruelle avec ses personnages, parce qu’il se passait mille choses en même temps etc, etc.

Oui, mais moi, tout ce que je voyais, c’était une série qui sacrifiait ses personnages principaux pour le plaisir futile et bref d’un moment de surprise à la fin d’un épisode, sacrifiant ainsi, du même coup, toutes les histoires qui auraient pu émerger de ces personnages. Pire encore, cela me donnait l’impression que je ne pouvais pas vraiment m’attacher aux personnages, puisqu’ils pouvaient disparaître sans raison, juste pour le plaisir des scénaristes.

Tout ce que je voyais, c’était une série avec des intrigues politiques intéressantes, parfois surprenantes, mais qui ne montraient jamais les scènes les plus importantes : comme les batailles par exemple. Mais pire encore, lisant beaucoup d’autres œuvres de Fantasy, je voyais bien que ces intrigues n’avaient rien d’exceptionnel en elles-mêmes et que d’autres avaient fait aussi bien ou mieux.

Et par-dessus tout, je voyais une série particulièrement frustrante dans le mauvais sens du terme. Frustrante parce qu’elle faisait mille promesses avec un personnage, pour toutes les briser d’un seul coup. Frustrante parce que chaque épisode ne faisait pas avancer l’histoire et que l’attente entre chaque épisode devenait plus énervante qu’enthousiasmante : il fallait à chaque fois attendre la fin de la saison pour qu’il se passe enfin quelque chose.

Et du coup, oui, je n’aimais pas cette série, je la trouvais, malgré ses bons côtés, bourrée de défauts. Et je ne pouvais pas m’empêcher de penser que la ferveur de ses admirateurs était mal placée et qu’il y avait bien mieux sur le marché à l’époque. Je me souviens même avoir eu plusieurs débats presque houleux avec des amis quand j’essayais de dire que non, pour moi, Game Of Thrones ne valait pas le succès que la série avait.

Pire, à chaque fin de saison, je râlais ! Et je prédisais, avec justesse, que la série allait encore se perdre dans telle ou telle intrigue au lieu d’avancer.

 

Et puis, du jour au lendemain, tout a changé. Ce n’est pas qu’un jour, j’ai vu un épisode particulier qui m’a réellement transcendé et m’a éclairé sur le sujet, non. C’est juste que un jour, avant que la saison 6 ne soit diffusé, je me suis dit que je regarderais les cinq saisons précédentes d’affilé. Et j’ai donc regardé, en quelques jours, les cinquante épisodes qui étaient déjà sortis.

Et à partir de là, tous mes griefs se sont envolés. Je ne trouvais plus que les morts des personnages étaient inutiles, puisqu’elles s’inscrivaient en réalité dans un schéma plus grand, que je comprenais enfin. Je n’avais plus de problème avec les scènes non filmées, puisque je voyais enfin que l’intérêt de la série se trouvait ailleurs. Quant à ces épisodes où il ne se passait jamais rien d’intéressant, ils prenaient enfin tout leur sens. Il y avait toujours des défauts de-ci de-là, bien sûr. Des scènes maladroites ou inutiles, des ajouts sexuels notamment. Des dialogues un peu faciles, peut-être une intrigue ou deux qui auraient pu être plus subtiles. Mais dans l’ensemble, l’intérêt de la série m’apparaissait enfin.

Parce qu’il faut bien comprendre, en réalité, que Game Of Thrones n’a jamais été conçu pour être regardée avec une semaine de délai entre chaque épisode. Un épisode, en soi, n’a pas d’intérêt, il présente une suite de scènes plus ou moins intéressantes, qui ne sont toutes que des morceaux de quelque chose de plus grand et de plus fort. Et ce n’est qu’en voyant une saison entière que vous pouvez voir en quoi toutes ces ramifications, toutes ces scènes, tous morceaux sont réellement intéressants. Ce n’est qu’en voyant une saison entière que vous pouvez saisir l’intérêt de tout ce qu’il s’y passe, comment chaque scène s’inscrit dans un schéma gigantesque, une toile parfaitement ficelée de petites choses qui se disloquent et se regroupent pour créer quelque chose de génial.

Et du coup, en regardant tous les épisodes à la suite, sans réelle interruption et sans avoir à attendre à chaque fois, j’ai pu enfin comprendre comment cette série était conçue et pourquoi elle pouvait avoir un tel intérêt pour tant de monde à la fois. J’en ai compris les mécaniques subtiles, les astuces et même la direction générale qu’elle prenait. Et c’est ainsi que j’ai réellement appris à apprécier celle-ci. En la regardant telle que tout le monde aurait dû la regarder : sans avoir à attendre entre les épisodes.

L’attente entre chaque épisode laisse en réalité le temps à ceux qui la regardent de s’interroger, de se détacher de celle-ci le temps de spéculer. L’attente entre les épisodes, fait oublier des détails clés de l’intrigue, des petits moments d’émotion pourtant très utiles, mais elle fait surtout oublier le fil conducteur de l’histoire : la cohérence émotionnelle. Et pire encore, l’attente permet de relever des défauts qui n’en sont pas vraiment, puisqu’il nous manque des informations, ou qu’on ne relèverait pas si on n’avait pas le temps de se poser la question.

Dans toutes les autres séries que je connais (du moins l’essentiel), chaque épisode est une entité, une histoire en soi. Même dans The Walking Dead, qui prend pourtant terriblement son temps, chaque épisode a clairement une identité propre, une intention particulière, qui le distingue des autres. Même si la série est entièrement feuilletonnante et repose entièrement sur ses cliffhangers, comme Lost par exemple, chaque épisode est censé être écrit de manière à créer une histoire en soi, qui apporte une satisfaction relative quant aux enjeux qu’il soulève.

Mais Game Of Thrones ne fonctionne pas ainsi. Pour avoir les réponses aux enjeux soulevés dans l’épisode, il faut toujours attendre la fin de la saison. Game Of Thrones est ainsi plutôt une série de 7 longs films ou longs épisodes (comme vous préférez) formant un tout qu’une suite de 67 épisodes formant un tout.

En réalité, c’est précisément la différence entre une série littéraire et un roman. Game Of Thrones est un ensemble de romans, dont les épisodes ne sont que des chapitres. Ils ont été conçu pour être quoi qu’il arrive associés les uns aux autres, mais on nous laisse la liberté de les consommer au rythme que l’on entend. Dans une série littéraire, vous avez, dans chaque épisode, une histoire propre, des enjeux particuliers, une identité. Et ainsi, le format est étudié pour que l’on puisse attendre entre les épisodes. Mais de par la nature même de son récit, Game Of Thrones ne pouvait pas être conçu de cette manière.

Et c’est cette particularité qui, à mon avis, cause tant de problème. Pour réellement saisir le plaisir de Game Of Thrones, vous devez regarder chaque saison dans son ensemble, sans interruption, comme vous liriez un roman. Et je pense que beaucoup des problèmes que vous avez pu percevoir dans cette saison, ou même dans les précédentes, vous apparaîtront alors comme secondaires ou disparaîtront complètement, lorsque vous saisirez enfin l’identité propre de chaque saison et la façon dont elle s’inscrit dans le tout de la série.

Et il me semble qu’en regardant tous les épisodes de cette saison 7 d’affilé, nous aurons beaucoup moins de griefs. Et je vais même aller plus loin : cette saison n’est pas réellement terminée puisqu’il ne s’agissait que de la première partie. Je gage même qu’il faudra réellement attendre la fin de la série elle-même et de tout revoir sans interruption pour se faire une idée claire de ce qui va et ne va pas dans cette saison.

 

La question est alors : pourquoi, si la série n’a pas été conçue comme une série, mais comme un roman, l’avoir découpée et diffusée de cette manière ? N’aurait-il pas été plus judicieux, de sortir tous les épisodes d’un coup, comme Netflix a l’habitude de le faire ?

Eh bien oui, dans le sens artistique. Mais non, dans le sens commercial. Et malheureusement, la série n’aurait pu continuer ainsi longtemps si HBO avait choisi l’option artistique de diffusion.

Avec son coût exorbitant, Game Of Thrones devait générer des profits exceptionnels pour survivre. Or, sa particularité scénaristique la rendait parfaite pour générer des discussions entre fans. Puisque chaque épisode ne donnait finalement que peu d’éléments concernant l’intrigue, tous ceux qui la regardaient se sont retrouvés à spéculer les uns avec les autres, à théoriser, à discuter pour combler l’attente injuste entre les épisodes. Et c’est ainsi que la série est devenue le phénomène que l’on connaît aujourd’hui.

Parce que les fans ont commencé à en parler régulièrement entre eux, ils ont attirés un nombre toujours croissants de spectateurs vers la série, attirés par l’intérêt qu’ils portaient pour cette œuvre, attirés parce qu’ils voulaient comprendre les références, parce qu’ils voulaient participer à cette grande aventure sociale qu’est Game Of Thrones. Car oui, c’est là la force de Game Of Thrones, plus que ses personnages, ses intrigues ou ses morts régulières, c’est le lien social que cette série créée que nous aimons au fond de nous. Nous ne regardons pas Game Of Thrones parce que nous voulons savoir si Jon Snow va survivre, cela au final, a peu d’importance, nous la regardons parce que nous voulons en discuter avec nos proches.

Et résultat, des millions de personnes parlent de Game Of Thrones des semaines durant, tout Internet s’excite chaque fois qu’une saison est en cours de diffusion et le rendez-vous devient immanquable. Tout le monde entend parler de cette série, tout le monde s’intrigue, tout le monde veut voir, ne serait-ce que vous savoir. Et bientôt, vous voilà pris dans son giron, comme tout le monde.

Mais maintenant imaginez que la série ait été diffusée autrement : tous les épisodes de chaque saison diffusés le même jour ou presque. Les fans auraient regardé, ils auraient adoré, ils en auraient parlé autour d’eux, l’auraient recommandé à quelques amis. Mais le bruit n’aurait pas duré et même si le bouche à oreille aurait fonctionné, jamais la série n’aurait pu autant monopoliser l’espace public. Et jamais la série n’aurait eu un tel succès. Et au bout de deux ou trois saisons, HBO aurait été contrainte d’arrêter les frais pour éviter de couler la chaîne tout entière.

Alors oui, la diffusion par épisode était un mal nécessaire pour qu’existe aujourd’hui une œuvre appelée Game Of Thrones et que nous pourrons tous revoir un jour comme il se doit : sans s’interrompre.

 

Pour conclure donc, je pense que cette saison 7 n’est ni meilleure, ni moins bonne que les autres saisons. Elle s’inscrit davantage dans l’Héroic Fantasy, c’est vrai, est plus prévisible, oui. Mais je crois surtout que cela tient plus à la progression normale de l’histoire qu’à une baisse de qualité scénaristique.

Plus encore, cette saison n’est pas terminée et n’a pas réellement achevé l’arc narratif qu’elle est censé nous proposer et je crois que tout fera sens lorsque nous aurons enfin le fin mot de l’histoire.

Alors oui, c’est vrai, certaines choses auraient pu être meilleures, mieux faites. On aurait pu imaginer une construction générale de la série qui ne lui fasse pas perdre son côté imprévisible par exemple. Mais dans l’ensemble, il y a toujours autant de bonnes choses dans cette série qu’avant. Il n’y a qu’à voir l’engouement qu’a suscité la fin de l’épisode 5 pour s’en rendre compte.

De mon côté, je voudrais simplement dire que la réalité, c’est qu’on ne pourra pas réellement juger de la qualité de cette série tant que celle-ci ne sera pas terminée, tant qu’on ne saura pas précisément où celle-ci cherchait à nous emmener depuis le départ. Le fait est qu’on ne sait pas comment tout cela va se terminer et que, tant qu’on ne le saura pas, on pourra dire tout ce qu’on voudra, il est fort possible qu’on soit à côté de la plaque.

Il est tout à fait possible que la fin soit nullissime, pas du tout au niveau du génie présenté jusque-là et que cette dernière saison soit effectivement extrêmement décevante. Après tout, Lost nous a déjà prouvé que c’était tout à fait possible de se planter royalement dans le final. Mais en attendant, moi, je préfère ne rien dire. Je continue d’apprécier, je continue d’attendre la fin avec impatience et je continue d’en parler avec mes amis.

Et puis, si vraiment tout cela ne vous a pas convaincu qu’il y a encore de l’espoir pour cette série. J’aimerais vous rappeler ce que je vous ai dit en début d’article : quoi que vous pensiez de Game Of Thrones, rappelez-vous toujours qu’à part Le Seigneur des Anneaux, aucune autre œuvre de Fantasy au cinéma ou à la télévision ne tient la comparaison. Quand bien même cette dernière saison serait moins bien que les précédente, il y a toujours une marge incroyable entre elle et le reste de la production du genre, ne l’oubliez pas.

Sur ce, à dans un ou deux ans pour enfin pouvoir décortiquer tout ça comme il faut.

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Vu : Hitman & Bodyguard

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Bonjour, bonjour !

Mercredi dernier, au cinéma, je suis allé voir Hitman & Bodyguard de Patrick Hughes et c’est clairement une bonne comédie d’action qui saura vous amuser d’un bout à l’autre.

Hitman & Bodyguard c’est l’histoire de deux personnages atypiques, ennemis sur le plan professionnel, qui vont devoir collaborer afin de rejoindre La Haye. Le premier est Kincaid, joué par Samuel Lee Jackson, c’est un tueur à gage de renom qui est appelé à témoigner au tribunal pénal international afin de présenter des preuves contre un dictateur sanguinaire. Le second est Bryce, joué par Ryan Johnson, un garde du corps haut de gamme, hyper efficace, qui a cependant tout perdu après que l’un de ses clients ait été tué.

A priori ces deux-là ne sont pas faits pour bosser ensemble. Kincaid est imprévisible, émotif, impulsif, romantique et c’est un tueur professionnel. De son côté Bryce aime tout planifier à l’avance, est maladroit dans sa gestion des émotions, aime quand tout est propre et bien rangé, travaille dans la discrétion, et son travail consiste à protéger des vies. Pire encore, Kincaid a failli le tuer une bonne vingtaine de fois !

Sauf que voilà, le dictateur sanguinaire, pour éviter toute condamnation, a engagé des mercenaires pour éliminer tous les témoins à charge contre lui : y compris Kincaid. C’est Interpol qui organise sa protection, mais certains agents corrompus compromettent l’opération. Résultat, Kincaid est blessé et seule une agent d’Interpol assure sa protection. Ne pouvant faire appel à personne de l’agence, elle décide de faire appel à quelqu’un d’extérieur : à Bryce.

Bryce accepte pour retrouver sa notoriété d’antan et c’est ainsi que démarre l’étrange collaboration entre Kincaid et lui : un long périple jusqu’à La Haye, semé d’embûches et d’ennemis. Même si le principal danger, c’est surtout qu’ils finissent par se tuer l’un l’autre…

Bref, je vous laisse découvrir les aléas du scénario par vous-même, car ce film est vraiment très sympa à suivre. Certes, en termes d’écriture, il n’y a rien de particulier, rien d’exceptionnel. On y retrouve un duo d’aventuriers, avec une intrigue relativement linéaire : ils vont avoir des obstacles à surmonter, devoir apprendre à se faire confiance, se découvrir l’un l’autre etc, etc. Je n’irai pas jusqu’à dire que tout est attendu, car il y a tout de même de bonnes surprises, mais certaines révélations et certains rebondissement sont parfaitement prévisibles.

Cela-dit, ce n’est pas du tout un problème puisque l’intérêt du film ce n’est pas du tout l’intrigue en elle-même, c’est la relation entre les deux personnages. Et celle-ci, il faut bien le dire, est parfaitement maîtrisée. Leurs échanges sont très sympas à suivre, autant dans leurs disputes et leurs chamailleries que lorsqu’ils ont des discussions plus sérieuses et moins conflictuelles, ou même lorsqu’ils éliminent leurs adversaires. Tout a été parfaitement conçu pour faire rire précisément lorsqu’on le souhaitait, pour créer de l’émotion etc. Il n’y a pas grand-chose de plus à dire : le duo fonctionne bien.

Mon seul regret est qu’on ne les voit à aucun moment « combiner » leurs forces. Ils passent plus de temps à s’occuper de méchants chacun de leur côté, qu’à travailler réellement ensemble. Mais ce n’est pas bien grave non plus.

Un autre intérêt du film, c’est sa façon de traiter les scènes d’action qui est, je dois dire, assez originale. Plutôt que de forcément nous plonger au cœur de l’action, il est souvent choisi de raconter celles-ci avec un point de vue « extérieur ». Comme la scène du bar ou le début de la scène sur les quais par exemple. Tout cela créer alors un énorme décalage entre ce qu’on voit à l’écran et ce que raconte le personnage par exemple : un bon moyen de créer des effets comiques sympathiques.

Cela-dit, s’il y a un petit défaut à relever dans le film, c’est l’histoire d’amour de Bryce. Autant celle de Kincaid est réussie, avec une relation très complice entre les deux personnages, autant celle du garde du corps est plus maladroite qu’autre chose. Personnellement, je n’y ai cru à aucun moment et les scènes d’émotion, de ce côté-là, ne fonctionnent pas trop. Ce n’est pas le cœur du film, mais je trouve ça dommage, vu la qualité du reste.

Donc voilà, il n’y a pas beaucoup plus à dire sur Hitman & Bodyguard. C’est peut-être un film d’action au scénario un peu classique, avec un enjeu clair, une deadline et des scènes de mitraille plutôt réussie, mais c’est un film qui le fait bien et développe son propre style, très sympathique.

Je ne le recommanderais pas forcément à tout le monde, car je pense qu’il faut aimer les films d’action de ce genre, mais ça reste un très bon film. Si l’idée vous tente, n’hésitez pas !

Vu : Atomic Blonde

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Bonjour, bonjour !

Mercredi dernier, au cinéma, je suis allé voir Atomic Blonde de David Leitch et malgré de belles performances, je me suis un peu ennuyé au final…

En fait, Atomic Blonde c’est un film d’une très grande qualité visuelle. Les acteurs y sont réellement excellents (et pour cause, ce n’est pas n’importe quel casting), il y a une esthétique visuelle particulièrement belle et particulière tout court qui ne vous laissera pas indifférent, et la réalisation se permet des choses plutôt incroyables. Vous y trouverez donc des plans magnifiques, conçus avec une touche artistique formidable, des cascades incroyablement fortes et réalistes, des images spectaculaires, un plan séquence qui ne vous laissera pas indifférent… le tout avec un univers propre au film, tant dans sa narration que dans son montage, son principe et sa réalisation.

Ce que vous n’y trouverez pas, en revanche, c’est un bon scénario. Car malgré une réalisation qui, je dois le dire, est exceptionnelle, cette histoire m’a réellement laissé froid, voire a fini par m’ennuyer dans sa fin à rallonge et ce pour plusieurs raisons. Même le film La Momie, qui se démarquait aussi par sa réalisation exceptionnelle, avait au moins le mérite de proposer un scénario simple, mais confortable. Ici, le problème est que le scénario est finalement tel qu’il vient même gâcher, pour moi en tout cas, le plaisir que l’on pourrait tirer de ce formidable travail de réalisation.

Le premier problème avec cette histoire, c’est un manque d’implication émotionnelle du personnage dans l’histoire. En fait, le personnage principal, Loraine, est simplement envoyé en mission : c’est son job. Elle ne doit pas remplir cette mission pour sauver le monde libre ou même empêcher une guerre nucléaire, elle doit simplement accomplir sa mission et rentrer chez elle toucher sa paie, en gros. Par conséquent, on ne sent pas nécessairement un grand besoin émotionnel pour elle de réussir sa mission. On ne nous fait pas ressentir toute la mesure que représenterait un échec.

Paradoxalement, les autres personnages ont davantage intérêt à ce que la mission réussisse : il s’agit en effet de récupérer une liste contenant les noms et activités de presque tous les agents secrets d’Europe, y compris leurs activités « border line » (qui est un agent double, qui ne l’est pas etc, etc.). Par conséquent, celui qui détiendrait cette liste serait capable de faire chanter ces agents secrets ou au contraire d’exposer leurs activités pour les faire éliminer ou condamner. Or, les autres agents secrets de cette histoire ont tous fait des choses qu’ils préféreraient cacher à leurs propres gouvernements : ils ont tout intérêt à récupérer cette liste afin de sauver leurs miches. Leur point de vue est donc en soi beaucoup plus intéressant à suivre que celui d’un agent secret en mission temporaire sur les lieux.

Mais au-delà de ça, il n’y a pas même pas d’urgence particulière à récupérer la liste. Certes, d’autres groupes cherchent aussi à la récupérer, ce qui créée une certaine « course contre la montre » pour l’héroïne, mais ce n’est pas non plus une course frénétique. D’autant que dans un premier temps, la personne qui possède la liste ne se manifeste pas et semble introuvable : ce qui fait que pendant toute cette période, il n’y a en fait rien à craindre…

En comparaison, dans un James Bond, les enjeux sont souvent beaucoup plus forts et beaucoup plus clairs. Le personnage se retrouvera obligé de tout faire pour empêcher un ennemi d’accomplir ses sombres desseins, il s’agit donc de sauver l’humanité, d’empêcher une guerre ou des choses comme ça. Et il y aura toujours une deadline : il faudra arrêter le plan de l’ennemi avant sa mise en œuvre. Tout de suite, cela va créer une réelle implication émotionnelle par les enjeux et l’urgence. Deux qualités qu’Atomic Blonde n’a pas.

Mais allons plus loin : l’enquête en elle-même est très confuse. Une fois sur deux, vous ne saurez pas ce que le personnage fait là, pourquoi il doit rencontrer telle ou telle personne. Je pense notamment à la scène dans le bar où Loraine rencontre l’agent russe, puis l’agent française. Très honnêtement, je ne sais pas ce qu’elle faisait dans ce bar… Autrement, elle va rencontrer des contacts, chercher des informations, mais on ne comprend pas bien où quel son plan d’action exactement pour retrouver la liste. Tout le début de l’histoire manque de logique, de continuité dramatique. Et même s’il nous présente bien les différents protagonistes, leurs objectifs et l’univers… Il peine vraiment à faire l’essentiel : c’est-à-dire à faire avancer l’enquête dans une direction claire, fusse-t-elle une fausse piste.

Autre problème, le scénario ne se sert pas des éléments qu’il a à sa disposition pour rehausser ses enjeux. Par exemple, Loraine se lie avec un autre agent secret… Mais à aucun moment cette liaison ne va vraiment être utilisée contre elle, pour la détourner de sa mission ou pour rajouter du danger à une situation délicate par exemple. Pourquoi ne pas justement se servir des éléments dont on dispose ? Dans un récit, ce qui est souvent le plus intéressant, c’est lorsque le personnage a plusieurs objectifs et qu’il cherche à tous les atteindre en même temps, alors que ça risque justement d’être difficile. Ici, les différents enjeux étant traités séparément, ça en devient plutôt plat, lisse.

Souvenez-vous, les scènes d’action que vous préférez sont souvent celles où le personnage doit faire deux ou trois choses en même temps…

Et puis, enfin, il y a tout le problème des révélations finales. Une grande partie de cette histoire repose sur un mystère : on sait qu’il existe un agent secret pourri, qui passe des informations à l’ennemi depuis des années et qui opère sous l’identité secrète de « Snatchel ». Bien entendu, la liste risque d’exposer l’identité de Snatchel, aussi celui-ci essaiera-t-il de s’immiscer dans cette affaire et l’une des grandes questions du film pour le spectateur sera donc : « Mais qui donc est ce Snatchel ? ».

Sauf que voilà, la structure même du film ne laisse que très peu d’options quant à l’identité possible dudit Snatchel et il devient assez évident, à partir d’un certain moment, que Snatchel est soit untel, soit untel (en gros, je schématise). Du coup, cette révélation n’aura absolument rien de surprenant quoi qu’il arrive.

Le problème, c’est que toute la fin du film repose sur cette question, comme si c’était dans cette révélation que reposait tout l’intérêt du film (cela-dit, vu la qualité d’écriture du reste, je ne peux pas vraiment le leur reprocher).

Et pire encore, lorsque la révélation est faite, vous aurez droit à encore plusieurs scènes vous révélant d’autres informations sur le fameux Snatchel, car en fait, Sntachel était bien plus que ce que vous ne pensiez… Sauf qu’à partir de là, je m’en fichais complètement puisque j’attendais juste que ça se finisse. Ces révélations supplémentaires n’ayant pas été préparées en amont deviennent tout simplement futiles et n’apportent même pas de nouveaux éclairages sur l’histoire qu’on vient de vous raconter.

Tout ça pour créer finalement une situation finale pleine d’incohérences. Car si Snatchel est effectivement cette personne, avec ces objectifs, beaucoup de ses actions au cours du film ne font plus vraiment sens… La seule explication étant que cette histoire étant racontée par Loraine, qui a son propre agenda dans le film (comme tout le monde), elle l’a transformée. Mais ce serait très bancal comme explication et cela nécessiterait, d’un point de vue scénaristique, que soit expliqué à un moment ou à un autre ce qu’il s’est réellement produit… Ce qui n’est pas le cas.

Et au final, on se retrouve avec un film qui repose presque entièrement sur une révélation finale mal préparée, très prévisible, peu intéressante et qui créé des incohérences, porté par un ensemble dans lequel on s’implique assez peu émotionnellement et qui est assez confus… Certes, c’est très bien réalisé. Mais s’il n’y pas une histoire un minimum intéressante à raconter, les plus belles images du monde manqueront elle aussi d’intérêt…

Donc non, je ne vous conseille pas du tout d’aller voir Atomic Blonde. Malgré une très belle performance de réalisation, j’ai bien peur que vous vous ennuyiez plus qu’autre chose devant ce film.

Vu : Spleepless

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Bonjour, bonjour !

Mercredi dernier, au cinéma, je suis allé voir Sleepless de Baran bo Odar et, malgré un principe de base plutôt intéressant, c’est à mon avis un échec.

En gros, le principe est que le héros est un flic, apparemment un ripoux, qui fait des petits braquages avec son coéquipier. Ils vont finir par récupérer 25kg de coke en braquant des malfrats… Et ces malfrats vont évidemment revenir à la charge, enlever le fils du héros pour le forcer à rendre la drogue. Pendant ce temps, on va aussi apprendre que les malfrats ont besoin de cette drogue pour satisfaire d’autres malfrats, encore plus dangereux, et que la police des polices est sur le dos du héros.

Au milieu de cette pagaille, le héros n’a donc que quelques heures pour sauver son fils.

Toute l’idée du film, c’est que l’intrigue se déroule tout entière dans le même endroit, le même soir. Tous ces camps, les deux groupes de malfrats, le héros et ses éventuels adjuvants, ainsi que la police des polices, se retrouvent tous dans le casino du premier groupe de malfrat, chacun pour une raison différente. La police des polices veut des preuves contre le héros et les malfrats, les méchants malfrats veulent récupérer la drogue, le patron du casino veut faire profil bas et rester envie, le héros veut récupérer son fils.

Ils ont donc tous des objectif bien précis et en opposition totale. Le héros a un plan pour que tout se passe bien au départ, mais la police des polices le fout en l’air, ce qui le met en position délicate et fait naître un conflit entre les différents groupes de malfrats à cause du retard dans la livraison de la drogue. Et à chaque fois que l’un des groupes pourrait régler sa situation, un autre groupe vient foutre la merde, ce qui fait que tout le monde reste coincé dans le casino, encore et encore, et qu’on se demande comment ils vont s’en sortir.

Le fait d’avoir réunis tous ces personnages dans un seul lieu et qu’ils aient des objectifs contraires, qu’ils se gênent en permanence les uns les autres est très intéressant : tout est tendu en permanence, chaque fois qu’on croit que ça va se résoudre, l’histoire est relancée et se complexifie, les dangers sont de plus en plus grands car les méchants malfrats commencent à perdre patience. Et plus encore, tout le film repose aussi sur le fait que beaucoup de flics sont corrompus par les malfrats et donc qu’on ne sait pas bien qui est dans quel camp…

Et finalement : oui, l’idée est très bonne et aurait pu faire un film génial… Mais elle est assez mal exploitée.

Bon, pour commencer, le coup du « tous les flics peuvent potentiellement être des ripoux » est un peu éculé et facile. Le problème, c’est que tous les rebondissements qui le concernent, je les ai vu venir à 10 kilomètres de distance tellement ils sont prévisibles quand on connaît un peu les codes. Evidemment que ce personnage est un traître, puisque c’est le seul qu’on nous présente sur lequel on peut éventuellement avoir un doute… Et même le double jeu du héros n’est pas bien rendu, ce qui fait que malgré son enjeu fort, on commence par nous présenter un personnage antipathique, dont on ne comprend pas bien les motivations.

Ensuite, il y a beaucoup de scènes d’action qui traînent en longueur. Ce n’est pas tant qu’elles soient mal faites, mais c’est qu’à chaque fois, l’un des camps se bat contre un autre… Et c’est tout.

Alors que tout le principe du film est d’avoir réuni tous ces camps différents au même endroit, au même moment, il arrive bien souvent que deux des camps soient laissés tranquilles pour se battre pendant que les autres ne font rien du tout. Il aurait été beaucoup plus intéressant, justement, que ces scènes d’actions soient régulièrement interrompues par les autres camps ! Là on les retrouve simplement après la scène d’action, ils ont pas bougé d’un pouce et se disent « Tiens, et si on faisait quelque chose ! ». Dommage qu’ils ne se servent pas du principe de base…

Et à cela s’ajoute tout un tas d’incohérences un peu ridicules et dommage, comme le fait que le héros soit en mission secrète d’infiltration… mais finisse par le dire à la moitié des personnages qu’il croise. Ou que la police des polices ait vérifié tout le bâtiment… à l’exception du parking… Bref.

L’idée était bonne et aurait pu donner quelque chose d’exceptionnel. Mais l’exécution de l’écriture laisse malheureusement à désirer. Une bonne idée ne suffit pas à faire un bon film. Du coup, je ne vous le recommande pas vraiment.

Vu : La Tour Sombre

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Bonjour, bonjour !

Mercredi dernier, au cinéma, je suis allé voir La Tour Sombre de Nikolaj Arcel et bien que le film soit bon… je n’ai pas vraiment accroché.

Bon, alors, je vais commencer par dire que je n’ai jamais lu les romans originaux et que je ne savais absolument pas ce qu’ils racontaient quand je suis allé voir le film. J’avais juste vu les bandes annonces et c’est tout. Je me suis renseigné un peu après, mais seulement après. Et de toute manière, si j’ai bien compris, le principe fondamental du film s’éloigne pas mal du principe fondamental des romans, donc bon.

Ensuite, il faut bien le dire, encore une fois, la réalisation est chouette, les acteurs jouent bien, je donne un bonus pour les décors (même si je trouve que le décor final aurait pu être un peu plus fun, mais bon, c’est pas si grave) etc. Techniquement, je n’ai rien à reprocher au film.

Et la vérité, c’est que j’ai trouvé ça très bien écrit aussi. Le film commence par nous montrer une scène d’introduction assez étrange et assez forte, qui nous explique globalement en quoi consistent les méchants, puis il passe immédiatement au personnage principal : Jake Chambers. On prend alors clairement le temps de nous identifier à lui et à ces projets : son beau père, les cauchemars qu’il fait (il a des visions du méchant et d’Idris Elba), le fait qu’il se fasse emmerder à l’école etc, etc. Et tout cela est très bien traité. On comprend immédiatement qui il est et ce qu’il cherche.

Et plus encore, l’aventure en elle-même prend bien le temps de se mettre en place et de développer son univers, pose chaque personnage correctement etc, etc. Il s’y passe tout un tas de choses intéressantes. Le méchant, quoi qu’on ne comprenne pas bien ses motivations exactes, est un bon méchant. Les divers rebondissements sont intéressants, la relation entre Jake et Roland est réussie malgré leurs maladresses respectives… Bref, tout fonctionne très bien, tout est bien écrit, il n’y a pas vraiment d’erreur, pas de manque dans le rythme, pas d’incohérence… Non, c’est vraiment un très bon film en termes d’écriture, qui n’hésite pas à aller jusqu’au bout de certaines de ses idées, à les traiter intelligemment et à ne pas lésiner sur la force des enjeux. J’avais un peu peur, en voyant que le film ne faisait qu’une heure et demie, que tout passe trop vite et qu’on survole cette histoire, mais pas du tout. Le film fait exactement la bonne longueur pour l’histoire qu’il veut raconter, il la raconte bien, sans fioritures inutiles justement…

Et pourtant, je n’ai pas vraiment accroché. Je suis un peu resté froid devant ce film. Même les scènes qui étaient censées me tirer les plus grandes émotions… je suis resté assez détaché devant. J’ai passé un bon moment, vraiment, mais je n’étais pas non plus impliqué dans le film. Alors du coup, je me suis pas mal interrogé. Comment se fait-il qu’avec une histoire aussi bonne, avec un univers aussi intéressant et une qualité de travail aussi palpable, je ne sois pas plus rentré dedans ?

J’ai d’abord pensé que c’était un problème d’enjeu. Faire intervenir des mondes parallèles a tendance à diminuer les enjeux. Sauver le monde devient presque futile dans la mesure où il reste des milliards d’autres mondes… Mais ce n’est pas le cas dans le film. Le méchant veut vraiment détruire l’univers tout entier, l’ensemble des mondes. Et plus encore, les héros agissent surtout pour des raisons personnelles. Donc non, ce film ne tombe pas dans le piège de ce type de récits, ce n’est pas le problème.

En fait, je pense que le problème, c’est le point de vue adopté. On ne s’en rend pas forcément compte, mais une histoire peut changer du tout au tout en termes d’intérêt quand on change le point de vue depuis lequel on la raconte. Une histoire dramatique peut devenir une comédie, une histoire extraordinaire peut devenir un drame social etc, etc. Pour prendre un exemple concret, dans la websérie Role Play That Movie, pour l’épisode sur Twilight, le parti a été pris de raconter l’histoire du point de vue des vampires, transformant ainsi cette histoire d’amour un peu nunuche en intrigue policière.

Eh bien quand on écrit une histoire, il faut toujours se poser la question : quel est le point de vue le plus intéressant pour raconter cette histoire, quel est le point de vue qui donnera la plus grande émotion, ou l’émotion la plus intéressante ?

Il peut s’agit de suivre un seul personnage, ou d’en suivre plusieurs ; il peut s’agir d’occulter totalement le point de vue d’un personnage etc, etc.

Dans La Tour Sombre, le point de vue choisi est celui de Jake. Et cela semble fonctionner au départ. C’est en effet lui qui a quelque chose à accomplir : il doit trouver la vérité sur les cauchemars qu’il fait, prouver à tout le monde que tout cela est bien réel quelque part.

Et du coup, effectivement, on est pris par cet objectif. Mais très rapidement, il s’avère que cet objectif est atteint. Jake arrive dans un autre monde, trouve Roland, commence à être pourchassé par le méchant et par conséquent, sa quête personnelle est achevée. Bien sûr, il doit toujours aider Roland à battre l’Homme en noir, mais dans cette quête, il a plutôt un rôle d’adjuvant que de moteur.

C’est Roland qui cherche à trouver l’Homme en noir et à le détruire, c’est Roland qui doit faire un choix à la fin du film, Roland qui va le plus évoluer… Et du coup, le fait que l’histoire soit principalement du point de vue de Jake retire en grande partie l’émotion que l’on pourrait ressentir en s’impliquant dans la quête de Roland qui est beaucoup plus forte émotionnellement… et c’est d’ailleurs plus contre lui que le méchant agit que contre Jake.

Autre problème, on a régulièrement le point de vue du méchant. Certes, ça aide à suivre l’histoire et à nous apprendre comment l’intrigue se goupille. Mais en termes d’émotion, le fait est que le spectateur va recevoir certaines informations beaucoup trop tôt. Ainsi, on va savoir comment le méchant procède, quels sont ses pouvoirs, mais aussi ce qu’il a fait… avant que les héros ne l’apprennent eux-mêmes. Du coup, les scènes au cours desquelles ils l’apprennent ont beaucoup moins d’impact ! Le spectateur est déjà prévenu du phénomène, sait ce que le personnage va trouver. Cette ironie dramatique fait que l’on va moins ressentir le choc de la découverte en même temps que le personnage.

Et ces deux problèmes de point de vue sont pour moi, l’erreur majeure du film. A mon avis, il aurait mieux valu se concentrer sur le point de vue de Roland ou partager le point de vue de manière équitable entre Roland et Jake. Mais le fait de s’être plutôt concentré sur Jake, tout en nous montrant ce que faisait le méchant, ne permet pas de pleinement se plonger dans les enjeux forts de Roland et dénature la force de ce qui arrive à Jake. Un acte manqué.

Pour autant, je pense que le film est bon et mérite le détour. Par contre, ne vous attendez surtout pas à y revoir les livres d’une manière ou d’une autre. Je crois que ce n’est pas du tout l’intention derrière ce blockbuster.

Vu : La Planète des Singes : Suprématie

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Bonjour, bonjour !

Mercredi dernier, au cinéma, je suis allé voir La Planète des Singes : Suprématie de Matt Reeves et c’est vraiment très très bon.

Il s’agit donc du troisième et dernier volet de la nouvelle trilogie La Planète des Singes, commencée en 2011. Cette trilogie nous raconte l’histoire de César, le premier singe intelligent de l’histoire, et de comment il va créer la première nation singe a jamais avoir vu le jour, tandis que l’humanité est sur le point de disparaître à cause d’un virus extrêmement virulent… et de sa propre stupidité (tout un programme).

Le premier volet, Les Origines, avait été une révélation, un succès inattendu pour ce reboot auquel peu de gens croyaient à la base, surtout après la tentative maladroite de Tim Burton de relancer la saga. C’était, contre tout attente, un film touchant, personnel, intelligent et très intéressant. On y voyait César grandir, découvrir sa propre condition, puis chercher à libérer son peuple de la captivité. Un film que, si vous n’avez pas vu, je vous recommande sans la moindre hésitation.

Le second volet, L’Affrontement, avait été pour moi une déception. Pour être honnête, je ne l’ai jamais vu qu’une fois, à sa sortie au cinéma et je n’en ai donc pas un souvenir précis. Mais il m’avait laissé un petit goût amer : je n’arrivais pas à m’attacher aux personnages, il y avait trop d’événements et pas assez d’émotion… On était assez loin, à mon goût, du premier opus de la saga et de son originalité. Cela-dit, il y avait plusieurs idées brillantes quant à l’histoire, notamment la raison pour laquelle le conflit se déclenchait, et surtout une réalisation impeccable dont certains plans font encore parler d’eux (souvenez-vous du tank).

A la fin de ce second volet, la guerre était donc officiellement déclenchée entre les survivants de l’humanité et les singes de César. Les humains ayant même été bannis de la région de San Francisco (où se déroule l’intrigue de la trilogie).

Et c’est ainsi que commence ce troisième volet, Suprématie. Les militaires humains, venus du Nord, où semblent s’être rassemblés les dernières forces armées américaines encore organisées, attaquent les singes. César, qui n’a jamais voulu de cette guerre, ne fait que défendre son peuple et tente d’envoyer des messages de paix. Mais un colonel humain est obsédé par la question et se met en tête de l’abattre pour éliminer la « menace singe ». Et un jour, ce colonel parvient à s’introduire dans le camp des singes et à tuer la femme et le fils aîné de César.

A partir de là, César va prendre deux décisions. La première : envoyer son peuple loin d’ici pour qu’il ne soit être pris dans ce conflit. La seconde, se venger en allant tuer le colonel. Et pendant que son peuple entame ce grand périple, on va suivre César qui s’en va trouver le colonel humain pour le tuer, accompagné de ses amis depuis le premier volet de cette histoire : Maurice, Rocket et Luca, le gorille. Et au cours de cette aventure, il va faire tout un tas de découvertes, tout un tas de rencontres et va devoir affronter tout un tas de dangers…

Et est-ce que ça fonctionne ? Bah, oui, très clairement oui. Autant, j’avais été déçu par le second volet, autant on retrouve avec celui-ci le génie du premier.

Déjà en termes de réalisation, on nous plonge vraiment dans cet univers post-apocalyptique intelligent, les plans sont magnifiques, les effets spéciaux incroyables etc. De ce côté-là, tout est vraiment réussi, tout est vraiment magnifique à voir et tous les acteurs jouent super bien, même et surtout les singes.

Mais plus encore, et surtout même, le scénario est intelligent, vraiment bien écrit.

Déjà, contrairement à ce que la bande annonce pourrait laisser penser, le film ne raconte finalement pas une guerre ouverte entre les singes et les humains, mais une histoire infiniment plus personnelle : la vengeance de César. Cela place immédiatement ce récit au cœur de l’émotion plutôt qu’au cœur des événements. La conséquence est que l’on sera davantage porté parce qu’il se passe à l’écran, davantage touché.

Ensuite, il y a ce sextuor de personnages principaux, qui fonctionne vraiment bien et qui en devient très attachant. Que ce soit dans leur façon d’interagir ensemble ou dans leurs personnalités respectives, on sent un réel effet de groupe, une réelle cohésion entre eux. On a vraiment l’impression d’avoir affaire à une équipe soudée par les mêmes objectifs et ce, malgré la haine que ressent César d’un bout à l’autre. Et tous ces personnages, malgré leurs différences et malgré leurs oppositions parfois, vont tous travailler ensemble à accomplir le même objectif.

C’est un détail, mais il a son importance. De fait, au fond de nous, nous aspirons tous à faire partie d’un groupe aussi soudé que celui-là, surtout face à l’adversité. Et cela va rendre ces personnages d’autant plus attachant. Surtout qu’au final, leurs objectifs et leurs réactions aux divers événements qu’ils traversent sont très « humains » : on a envie de les aimer, ce sont clairement les gentils de l’histoire.

Toujours dans la même veine, le film ne lâche jamais, à aucun moment, sa cohérence émotionnelle. A tout instant, les objectifs et les enjeux sont d’une grande limpidité, ce qui nous permet de nous identifier sans le moindre problème aux personnages et de vouloir ce qu’ils veulent à chaque instant du film. Et c’est enjeux sont toujours fort, ils ne laissent jamais vraiment trop la place aux questions non plus.

Si les personnages sont prisonniers, ils doivent s’échapper. Si les personnages voient un personnage en danger, ils doivent l’aider etc.

Autant de choses qui vont faire que, d’un bout à l’autre du film, on va être intéressé parce qu’y arrive, on va vouloir savoir comment ça finit, comment ils s’en sortent. Mais surtout, on va en avoir quelque chose à faire ! Parce que oui, aujourd’hui, beaucoup trop de films sont intéressants ou même bons, mais ne cherchent pas à nous impliquer autant que celui-ci.

Mais je vais aller au-delà de ça, j’adore tout ce qui arrive aux personnages au cours de ce périple. Alors qu’ils partent sur une idée simple, ils vont croiser tout un tas de choses qui vont enrichir, élargir l’univers ; aller dans des décors neufs et magnifiques qui vont nous en apprendre énormément sur ce monde ; ils vont changer leur propre vision du monde qui les entoure. Et même toute la partie dans le camp des humains est traitée de manière intéressante, avec des moments drôles, des moments puissants, des moments touchants… Le tout sans jamais avoir à surexpliquer quoi que ce soit et avec une justesse et une subtilité qui manque réellement ces derniers temps au cinéma.

Ajoutons à cela que le méchant est un excellent méchant, beaucoup plus travaillé qu’on aurait pu le craindre dans la bande annonce, beaucoup plus « gris » qu’il n’y paraît et étrangement… beaucoup plus gentil qu’on ne pouvait s’y attendre. Le film nous présente même un singe méchant qui a lui-même quelque chose à défendre et qui n’est pas un personnage manichéen.

Bref, tout un tas de choses qui font de ce scénario une histoire intelligente, touchante, juste et intéressante. Si vous en avez un peu marre des films de superhéros superficiels, voici une saga épique qui est faite pour vous. En fait, pour moi, cette décennie a pour l’instant été marquée par deux sagas extrêmement réussies : Hunger Games et La Planète des Singes… Attendons de voir ce que donneront les nouveaux Star Wars, mais je ne crois pas qu’ils seront forcément aussi bons…

Cela-dit, attention, le film n’est pas parfait non plus. Il y a deux ou trois éléments qui auraient pu être mieux écrits, deux ou trois défauts qui auraient pu être évités. Je pense notamment, par exemple, à un moment où quelque chose de tragique arrive au groupe et l’un des personnages a une réaction peut-être un peu excessive, pas par rapport à celle du spectateur, mais par rapport à ce qu’on pouvait attendre de lui. De fait, je trouve que le film, à ce moment-là, n’a pas encore bien pris le temps de travailler en amont toutes les émotions de la scène. Ce n’est pas dramatique, mais j’aurais aimé, vu la subtilité du reste, que cette réaction soit mieux amenée.

Il y a aussi des incohérences plus ou moins gênantes. L’une d’elle est purement due au support cinématographique, mais constante pendant tout le film. En fait, les singes communiquent pas signes, car la plupart ne sont pas dotés de parole (seuls trois ou quatre singes parlent pendant tout le film). Aucun soucis avec cela, la logique est bien respectée, mais très vite vous vous rendrez compte que bien souvent, les personnages font des signes et les autres comprennent ce qu’ils ont dit… sans même regarder dans leur direction. C’est uniquement pour pouvoir conserver l’organisation du plan, ou des choses comme ça, et je trouve ça un peu dommage, mais on passe vite au-dessus de ça.

En revanche, il y a un moment où l’un des personnages entre impunément dans le camp des méchants sans se faire repérer… je ne trouve pas ça très crédible du tout. Rien ne justifie qu’on le laisse passer aussi facilement, surtout vu ce que l’on sait de ce camp et de ce qu’attendent les gens qui s’y trouvent. J’avoue avoir eu un petit moment de remise en question du film face à l’événement, même si la scène d’après est l’une des plus émouvantes…

Enfin, mon plus gros reproche, c’est que le film annonce un élargissement de l’univers dans sa première partie… et finalement n’en fait rien, il reste un peu dans son environnement restreint. Malgré le voyage entrepris par les personnages, ils ne s’éloignent pas tant de leur foyer et le récit tourne presque uniquement autour des deux groupes présentés au début… A mon avis, c’était justement l’occasion de faire grandir cet univers et d’y apporter de nouveau groupes, puisqu’il y en a apparemment plein d’autres…

Et ce qu’il se passe à la fin, qui correspond à ce que je viens de dire, est un peu décevant et « facile ». Les scénaristes auraient pu aller beaucoup plus loin et se servir de ce qu’il se passe de manière beaucoup, beaucoup plus subtile et intéressante : la situation avait un potentiel énorme dont ils ne se sont pas servis. C’est vraiment dommage.

Après, je ne pense pas que ces défauts gâchent le film du tout. En fait, c’est juste que le film aurait pu être encore plus fort qu’il ne l’est déjà, c’est un peu dommage, mais loin, très loin d’être dramatique. Donc en somme oui, je vous encourage à aller voir immédiatement ce film, à vous précipiter dans les salles pour le découvrir. C’est vraiment, en l’état actuel des choses, l’un des meilleurs films de l’année, et de loin.