Vu : The Greatest Showman

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Diable ! J’adore les comédies musicales !

Voilà, il y a quelques temps, au cinéma, je suis allé voir The Greatest Showman de Michael Gracey et j’ai tout simplement adoré.

C’est fou comme les comédies musicales foutent le peps, vous donnent de l’énergie et de puissantes émotions. Je suis sorti de cette salle avec une énergie folle, une envie de chanter, de danser et d’écrire une comédie musicale. Comme j’étais en train de travailler sur un projet de comédie romantique à ce moment-là, je me suis même dit que j’allais en faire une comédie musicale pour le coup… Bon, finalement, je suis un peu redescendu sur Terre depuis, mais quand même !

Je crois que c’est les chansons. C’est de la triche. C’est presque trop facile de faire passer des émotions dans ces conditions. Hop, trois quatre chansons et c’est bon, on est captivé, entrainé dans l’histoire. C’est magique pas vrai ?

Quoi qu’il en soit, soyez-en assuré, The Greatest Showman est une excellente comédie musicale et contient une flopée de séquences musicales particulièrement réussies. Toutes les chansons, je crois, valent le détour et s’en serait presque le problème à vrai dire : elles sont toutes tellement entraînantes qu’on a du mal à les démarquer les unes des autres. Peut-être qu’il y aurait quelque chose à dire de ce côté-là, mais très honnêtement, je ne vais pas reprocher au film d’avoir un surplus de qualité à ce niveau.

The Greatest Showman raconte l’histoire (plus ou moins vraie) d’un maître du spectacle qui s’est rendu célèbre en organisant un show en embauchant exclusivement des « monstres », des « freaks ». L’idée était de faire scandale pour attirer encore plus de monde et ça a fonctionné. On le suit alors depuis l’enfance, quand il se rêve showman et qu’il tombe amoureux de la fille du riche New-Yorkais qui emploie son père. A partir de là, il va lui arriver mille aventures qui le mèneront petit à petit à se marier avec la femme de ses rêves, à monter son spectacle et à grimper dans les strates de la haute bourgeoisie américaine.

Et le film fonctionne, encore une fois, de par la simplicité de son histoire. Le personnage principal est un jeune rêveur qui n’a pour lui que ses rêves, qui commence au fond du trou et qui, par la force de son ambition et de sa seule volonté, finit par renverser tous les obstacles et devenir celui dont il a toujours rêvé. Ça marche bêtement parce que nous-mêmes, qui avons toujours l’impression d’être au fond du trou, rêvons finalement nous aussi de tout réussir à la seule force de notre courage. Des fois, il ne faut pas chercher plus loin, les histoires les plus simples sont les meilleures.

Et ça fonctionne aussi par la communauté qu’il arrive à créer avec sa famille et ses employés, qui finit par constituer un groupe auquel nous aimerions tous appartenir, aussi indivisible que sympathique. Ça marche parce que les histoires d’amour sont belles, qu’elles ne sont pas toujours faciles et qu’on a envie de les voir réussir. Mais ça fonctionne aussi surtout parce que le personnage principal est un véritable magicien, qui ose tout et est capable de nous surprendre quasiment dans chaque scène en allant toujours plus loin dans le scandale qu’il veut créer.

Et puis, bien sûr, il y a les chansons.

En bref, The Greatest Showman, c’est une histoire simple, efficace, qu’on a vu cent fois et qui, pourtant, nous interpelle toujours autant… Et mon seul véritable regret, c’est qu’ils se soient finalement un peu perdus en créant des rebondissements qui n’avaient pas lieu d’être.

Je m’explique. Le film est très bon, mais à un moment, le personnage fait un choix qui, à mon avis, n’avait pas lieu d’être. Je parle bien entendu de la scène où il referme la porte. Je trouve que ce choix sonne faux, qu’il ne correspond pas au personnage qui, justement, est habitué au scandale et cherche toujours à le provoquer. Pour moi, ce revirement n’a qu’une seule explication logique : les scénaristes voulaient qu’ils y aient un moment de doute et de mauvais choix, histoire de créer une phase plus « sombre » dans le film, afin de créer une réconciliation finale. Mais du coup, l’ensemble a beau fonctionner, pour moi, il sonne un peu « artificiel ».

A mon avis, le film ne s’est pas fait assez confiance ou peut-être ont-ils trop voulu coller à une réalité qu’ils avaient déjà complètement transformée, je ne sais pas. Mais quoi qu’il en soit, la phase plus sombre aurait pu être que le personnage finisse par créer le scandale de trop et non qu’il tourne le dos à ses proches sans raison valable. Cela aurait amené à la même conclusion, sans avoir ce moment un peu gênant ou nous autres spectateurs savons pertinemment que notre héros adoré fait n’importe quoi, ce moment où nous n’attendons en fait qu’une chose : qu’il revienne à la raison.

C’est pour moi le plus gros défaut du film, mais il ne l’empêche pas non plus de fonctionner et d’être excellent.

The Greatest Showman est donc un film que je vous recommande chaudement. Vous y trouverez même un Zac Efron étonnement bon. Le seul autre petit défaut que j’ai remarqué, c’est la façon dont démarrent les chansons. A chaque fois que l’une d’elle commençait, j’avais un petit sursaut de « quoi ? pardon ? ». En fait, elles démarrent un peu toutes à l’improviste, au milieu d’une phrase, le personnage se met soudain à chanter sans raison apparente. Heureusement, la musique derrière est suffisamment entraînante pour qu’on oublie vite la sensation de malaise, mais je pense qu’ils auraient facilement pu corriger le problème.

Dans la plupart des comédies musicales, les chansons sont annoncées d’une manière ou d’une autre et créent des moments un peu à part par rapport aux dialogues, ce qui permet de mieux apprécier la transition je pense. A mon avis, The Greatest Showman aurait pu faire de même afin d’éviter cet inconfort inutile : car je n’étais pas le seul à réagir comme ça dans la salle, c’est un peu dommage.

Quoi qu’il en soit, si vous ne l’avez pas vu, et que vous aimez les comédies musicales, vous pouvez foncer dans les salles avant que le film ne disparaisse totalement : vous ne serez pas déçus.

Vu : Pentagon Papers

Pentagon Papers

En fait, je pense que l’autre film de Spielberg, Ready Player One, sera bien mieux… et c’est pas peu dire !

L’autre jour, au cinéma, je suis allé voir Pentagon Papers de Steven Spielberg et même si j’ai bien aimé, je pense que Spielberg pouvait faire beaucoup mieux et très facilement.

En fait, Pentagon Papers raconte l’histoire de la rédaction du Washington Post et du moment où il est passé de journal local à ce grand et prestigieux journal que nous connaissons tous, même outre-atlantique. A l’époque, le Conseil d’Administration du journal essayait d’entrer en bourse pour augmenter ses revenus : un moment délicat pour une entreprise qui coïncide souvent avec le besoin de ne pas trop prendre de risques… Sauf que, pas de chance, c’est pile à ce moment-là qu’un lanceur d’alerte se met à bombarder divers journaux (dont le Washington Post) de documents classés secrets défense sur la guerre du Viet Nam et sur la façon dont celle-ci est en réalité menée sur le plan politique : en gros, rien de glorieux pour les gouvernements successifs qui y ont participé et l’ont préparée au fil des années. Pour information, c’est en partie ces révélations qui ont finalement mené les Etats-Unis à se retirer du conflit et à protester en masse contre la guerre.

Et du coup, toute la question du film est : le Washington Post se décidera-t-il à publier les documents secrets dont il dispose ? Parce que les retombées pourraient être très négatives à ce moment particulier de l’histoire du journal.

 

Et globalement, c’est très bien fait. C’est bien écrit, c’est bien filmé, c’est excellemment joué, il y a mille choses à raconter. Mais le souci, à mon avis, c’est que cette histoire fait un peu « forcée ».

En fait, la particularité de Pentagon Papers, c’est que Steven Spielberg a décidé d’en faire un film féministe. En soi, pourquoi pas ! Intention très louable ! Mais sur le plan narratif, c’est une tout autre affaire.

Ce qu’il faut donc savoir (et ce que vous apprendrez dans le film) c’est qu’à l’époque le Washington Post était la propriété d’une femme. Fille du fondateur, elle en a hérité après que son mari (parce que oui, son père avait refilé le bébé à son mari plutôt qu’à elle !!!) se soit suicidé. C’est donc à elle qu’il incombe de gérer cette entrée en bourse et à elle qu’il incombe de prendre la décision finale : publiera-t-on ou pas ces documents ? Un personnage important dans cette histoire, certes, mais central ? Pas vraiment.

En fait tout le problème du film, c’est que le Washington Post n’a jamais vraiment eu à faire grand-chose à part prendre la décision de publier les documents. Ce ne sont pas eux qui ont mené l’enquête, pas eux qui ont sortis les documents du Pentagone, pas eux, même, qui se sont mouillés les premiers (en fait c’est le Times qui les a devancés). Et du coup, les journalistes du Washington Post n’ont déjà pas fait grand-chose dans cette histoire, ils se sont un peu contentés de recevoir les documents, puis de les utiliser…

Et pire encore : tout le travail que cela a pu demander : ce n’est pas la propriétaire du journal qui l’a fait. Tout ce qu’elle a fait, elle, ça a été de dire « oui, allons-y ».

Pour dire les choses simplement : en termes de narration, les héros n’ont pas vraiment été héroïques, ils n’ont finalement pas fait grand-chose et ce qu’ils ont fait ne méritait peut-être pas qu’on en fasse un film. Les personnages principaux du film sont très loin d’être les moteurs de l’action et ça, c’est quand même assez contreproductif en général…

Du coup, tout au long du film, on essaie désespérément de nous faire croire qu’ils font quelque chose, que tous les enjeux sont sur eux, qu’il y a du danger… alors que pas du tout. Et finalement, c’est dommage, mais la propriétaire du journal n’était vraiment pas le meilleur point de vue à adopter.

 

Et pourtant, j’aurais pu penser, à cause de cela, que le film était « pas mal, mais sans plus », mais en fait, Spielberg a réussi à m’avoir à la fin.

Certes, on aurait pu trouver un point de vue plus palpitant, certes, on aurait pu trouver un meilleur moyen de raconter cette histoire (fondamentale pour les Etats-Unis et le rapport entre la presse et les politiques). Mais en fin de compte, ce que voulait vraiment faire Spielberg, c’était offrir un portrait de femme dans un monde d’homme. De faire de cette femme une sorte de représentation du grand mouvement de féminisme qui a eu lieu à cette époque. Et c’est pour ça qu’il a choisi de raconter son histoire à elle, quand bien même celle-ci n’est peut-être pas la plus intéressante.

Il nous montre en fait une femme qui toute sa vie a vécu dans l’ombre des hommes et qui, finalement, a su imposer sa décision au moment opportun, qui a fait son propre choix, celui de l’avenir. J’extrapole un peu, bien sûr, mais c’est clairement ce qui se dégage de la fin du film et notamment de ce plan où Meryl Streep traverse la foule.

Cette femme est, malgré tout, une figure historique importante, tant pour les Etats-Unis que pour la cause féministe. Et il était important de raconter son histoire. L’aurais-je fait de cette façon ? Je ne sais pas. Probablement pas. Mais quoi qu’il en soit, le fait est que, pour moi, la fin du film offre un sens à tout cela et m’a personnellement touché, ému.

Ce n’est peut-être pas un grand Spielberg, mais je pense que ça vaut le détour.