Vu : Le Crime de l’Orient Express

Le crime de l'orient express

Bonjour, bonjour !

Lundi dernier, au cinéma, je suis allé voir Le Crime de L’Orient Express de Kenneth Branagh et très honnêtement, je me suis un peu ennuyé.

Je vais commencer par dire que l’image, la lumière, dans ce film est merveilleuse. J’adore cette esthétique visuelle et je lève mon chapeau au chef opérateur en lui souhaitant de faire beaucoup d’autres films encore. Mais malheureusement, je ne peux pas en dire autant de la réalisation de Kenneth Branagh. Je ne comprends pas les plans de ce film.

Ils sont beaux, ils sont composés, ils sont bien faits techniquement, mais ils n’ont souvent pas de sens. Certains dialogues vont être des champs contre champs, d’autres non, mais sans raison particulière. D’autres scènes sont des plans séquences… probablement parce qu’on pouvait techniquement se le permettre. Mais qu’est-ce que cela apporte ? Vraiment, je ne sais pas.

Je prends pour exemple le moment de la découverte du film : tout en plan zénital et à l’extérieur de la pièce où se trouve le cadavre. Pourquoi ? Le plan est beau, bien réalisé, je ne dirais pas le contraire. Mais quel intérêt dans la narration ? Qu’on ne me dise pas que c’est parce que le personnage de Poirot n’y rentre pas encore : la pièce est exiguë et, de là où il est, il la voit parfaitement. N’aurait-il pas été plus utile, justement, de nous montrer comment Poirot, lui, découvre une scène de crime ? Vraiment, non, je ne comprends pas…

Et malheureusement, le scénario du film ne s’en sort pas vraiment mieux, j’en ai peur.

Donc, pour ceux qui l’ignorent encore, Le Crime de l’Orient Express est l’adaptation du célèbre roman du même nom qui met en scène le personnage fort moustachu d’Hercule Poirot, écrit, évidemment, par Agatha Christie en personne.

L’histoire raconte donc une aventure du célèbre détective. Alors qu’il voyage à bord de l’Orient Express en compagnie de tout un tas d’autres personnages hauts en couleur, le train se retrouve bloqué par une avalanche et l’un des passagers est tué. Il s’agit alors, pour Hercule Poirot, de résoudre l’enquête avant que la voie ne soit à nouveau dégagée, tant qu’il a les suspects sous la main et pour rendre service à son ami, propriétaire du train, qui ne veut pas de scandale avec la police : il veut que tout soit réglé au plus vite.

S’ensuit donc une enquête comme on en a l’habitude avec ce personnage qui va interroger tous les suspects jusqu’à trouver le ou la coupable. Je ne vous en dis pas plus, au cas où vous ne connaîtriez pas la fin, mais en gros, vous voyez à peu près à quoi ça ressemble.

Et je vais commencer par un point qui m’a beaucoup gêné à propos de ce film policier : le meurtre a lieu au milieu du film.

J’exagère un peu, mais c’est presque le cas. Il faut attendre longtemps, très longtemps, avant que le crime intervienne et que l’enquête commence. Avant cela, vous aurez malheureusement à endurer une longue présentation de tous les personnages. Entre l’excentricité d’Hercule Poirot et les comportements tous plus suspicieux les uns que les autres, ça fait cependant beaucoup. Car oui, il y a quinze personnages dans le film et tous les présenter un par un avant que l’histoire en elle-même ne commence, c’est un peu beaucoup très long. Et malheureusement, suivre les pérégrinations de l’Orient Express à travers les montagnes, bah, on s’en fiche un peu… Et si le film ne s’appelait pas Le CRIME de l’Orient Express, on n’en attendrait pas grand-chose en voyant cette longue, très longue première partie.

C’est assez étonnant, dans la mesure où on aurait largement pu présenter tous ces personnages APRES le crime, pendant l’enquête : le moment où l’on doit justement apprendre à les connaître (assez pratique non ?). Surtout lorsque Hercule Poirot fait autant d’effort, pendant tout le début du voyage, pour éviter les autres, lire tranquillement son bouquin et profiter du trajet pour oublier un peu les intrigues et les enquêtes… Qu’il en rencontre un ou deux, pourquoi pas, notamment le personnage de Daisy Ridley. Mais tout le wagon, c’est un peu chiant… Surtout que certains personnages sont effectivement chiants…

Mais ce que je vais surtout reprocher au film, c’est de ne pas avoir cherché un seul instant à s’éloigner du livre. Car je crois que c’est ça le problème. Kenneth Branagh, ce qui l’intéressait, c’était de jouer Hercule Poirot, tel qu’Agatha Christie l’a écrit, un peu comme il interpréterait un Shakespeare ou autre chose du genre. Du coup, dans le film, vous avez le droit à des dialogues qui semblent tout droit sortis du livre et qui ne sont pas du tout, mais pas du tout, naturels.

On a le droit à des discours explicites pour présenter les personnages, comme par exemple Michelle Pfeiffer qui s’introduit elle-même comme une chasseuse de mari ou qui exprime clairement le moindre de ses sentiments tout au long du film. On a le droit à des formulations littéraires qui n’ont aucun sens dans une conversation directe. On a le droit à des gens qui s’attendent parler dans des scènes où il faudrait qu’ils se coupent… Non, vraiment rien de tout ça ne fait naturel. J’ai vraiment eu l’impression d’avoir les dialogues du livre et non ceux du film.

Ce qui m’amène à croire (puisque je n’ai pas lu le livre moi-même) que le scénario de ce film est une réplique exacte du livre, quasiment scène par scène. Et le problème, à ce niveau-là, c’est que Hercule Poirot, c’est pas hyper palpitant quand même. Ça marche bien en série, mais sur un grand écran, des gens qui discutent pendant deux heures… c’est moins intéressant. Surtout quand l’histoire est assez complexe et que tout le monde a une raison d’embrouiller tout le monde.

Evidemment, l’enquête se tient en elle-même, évidemment, c’est bien ficelé. Je connaissais déjà la fin (parce que bon, soyons honnête, elle est connue), mais qu’importe ! C’est toujours intéressant de voir comment le héros parvient à cette conclusion. Mais là, du coup, il n’y a aucune construction de la tension, aucune plongée dans un mystère toujours plus grand. Au contraire, tout est assez linéaire.

Dans ce genre d’enquête, en général, ce qu’on fait, c’est qu’on donne des tas d’éléments qui envoient le personnage soit sur une fausse piste, soit dans la confusion la plus totale. Mais ici, ce n’est même pas vraiment le cas. Hercule Poirot interroge les suspects, il collecte des informations et à chaque fois, les choses se dessinent plus clairement et il enchaîne les fausses pistes à chaque nouvel interrogatoire ou presque, ce qui ne permet pas de faire monter la sauce sur un méchant en particulier et nous fait juste attendre le moment où il trouvera le bon… Mais on s’inquiète pas vraiment qu’il trouve, c’est Hercule Poirot tout de même.

Bref, encore une fois, Le Crime de l’Orient Express, c’est surtout le film d’un acteur qui voulait interpréter le rôle, un peu comme un acteur qui déciderait de remonter Hamlet juste pour faire le monologue. Et ça se voit d’autant plus que le film est interprété par une brochette d’acteurs tous plus talentueux les uns que les autres en théorie, mais qui passent leur temps à réciter leur texte plus qu’autre chose. Même quand celui-ci n’a rien à faire là (pauvre Pénélope Cruz…).

Ce qui m’amène à parler de la fin du film et du choix final de Poirot… Je ne sais pas si c’était comme ça dans le bouquin, mais moi, j’aime pas trop. C’est pas tant la révélation finale qui m’interpelle, parce que, comme je vous l’ai dit, je la connaissait déjà, c’est plutôt le fait que le film, finalement, cautionne la peine de mort. Et ça, je suis désolé, je ne trouve pas ça cool…

Bref, non, je ne vous recommande pas d’aller voir Le Crime de l’Orient Express, lisez plutôt le livre, à mon avis, il est beaucoup plus adapté à son format et vous ne verrez pas vos acteurs préférés se ridiculiser les uns après les autres. (J’exagère un peu, mais il y a de ça quand même)

Vu : Star Wars VIII : Les Derniers Jedi

The Last Jedi

Bonjour, bonjour !

Jeudi dernier, au cinéma, je suis allé voir Star Wars VIII : Les derniers Jedi de Rian Johnson au cinéma, et j’y suis retourné le lundi… parce que c’est Star Wars et que je suis incapable de juger ces films au premier visionnage.

Pourquoi ? Et bien tout simplement parce que, quand je vois un Star Wars pour la première fois, je suis plutôt en train de sautiller sur mon siège en me disant que c’est trop cool d’être au cinéma et de voir Star Wars au lieu de vraiment m’intéresser au film. Il y a trop d’attentes, trop d’interrogations, de réflexions à la con et finalement pas du tout relatives au films qui se bousculent dans ma tête. Au final, Star Wars, c’est tellement un truc à part que parfois, j’en viens à me demander s’il est seulement possible de juger objectivement un film Star Wars. Car oui, juger objectivement un film Star Wars, cela voudrait dire réussir à le juger en dehors du contexte, du phénomène qu’est la saga Star Wars dans nos sociétés. Et ça, c’est super méga dur.

Nous avons tous grandit avec Star Wars… ou nous sommes en train de grandir avec. Star Wars, c’est l’œuvre de fiction qui rassemble le plus de fans au monde et sur quasiment tous les supports confondus. Ça fait aujourd’hui partie de notre folklore au moins autant que la littérature arthurienne, la Bible ou Superman. Il y a un moment, peu importe ce que diront les fans, ou même les studios Disney ou même George Lucas : Star Wars est devenu une œuvre à part, qui n’appartient à personne et à tout le monde à la fois. Que vous aimiez ou pas Star Wars, là n’est pas la question. Vous connaissez Star Wars, de près ou de loin, vous savez ce que ça raconte, ces histoires font partie de votre socle culturel. Vous n’avez pas le choix.

Et du coup, toute nouvelle production prend un risque pharaonique : se heurter à l’appréciation nécessairement biaisée du monde entier. Pour les uns, Star Wars représente ceci ou cela. Pour les autres, c’est tout autre chose. Il y a ceux qui vénèrent la saga, ceux qui la trouvent simplement sympa, ceux qui s’en foutent, ceux qui estiment que leur avis vaut mieux que les autres et qui décident de le publier sur Internet à grands renforts (ou non d’ailleurs) d’arguments tout à fait personnels. Finalement, avant même d’aller voir un nouveau film Star Wars (oui, on parle bien des films, car c’est sur ce média que la saga est née et donc sur celui-ci qu’elle est « vraie » ou « canon », un ratage sur un autre support ne compte pas vraiment), vous avez déjà un avis sur ce film. Et déjà, vous n’êtes plus vraiment ouvert d’esprit… Triste ? Ou génial ? J’en sais trop rien en fait.

 

Moi, de mon côté, j’adore Star Wars. Je vais même aller plus loin : j’adore TOUT Star Wars. Enfin, le Star Wars cinéma j’entends. A part pour le premier jeu KotOR, je n’ai jamais eu l’occasion, le temps, l’énergie de m’investir corps et âme dans l’univers étendu et je m’en excuse. Donc oui, j’aime tous les films Star Wars, vraiment et sincèrement. Ce qui inclus même Rogue One, Le Réveil de la Force et bien sûr Les Derniers Jedi.

Il faut dire, aussi, j’adore le Space Opera tout court. A partir du moment où vous me mettez des vaisseaux spatiaux et des aliens, je suis déjà aux anges, alors si en plus c’est bien fait, je suis déjà totalement corrompu à votre cause. Je passe ma vie à consommer les productions Mass Effect, Stargate, Star Trek et autres. Ça me fait rêver, ça me fait voyager, je suis totalement fan de ces univers. Et c’est vraiment pas près de changer, croyez-moi. En fait, c’est pire que ça, puisque je travaille aujourd’hui activement à produire moi-même des œuvres de ce genre. Ça prendra le temps que ça prendra, mais je vous jure que je le ferai. Alors naturellement, un Star Wars, c’est toujours un plaisir à voir : coupable ou pas.

Pour moi, il n’y a pas vraiment de trilogie Star Wars qui ne vaille pas le détour, pas de film qui mérite d’être oublié ou jeté à la poubelle, pas d’opus qui fasse défaut. Par pour l’instant en tout cas. J’aime tous ces films, profondément, sans exception. Certains sont meilleurs que d’autres, je ne dirais pas le contraire. Mais tous ont mon affection particulière. Car tous proposent des scènes de Space Opera dantesque, des combats au sabre laser, des effets spéciaux magistraux, une mythologie hors du commun et tout un tas d’autres choses que j’aime. Et puis parce que, jusqu’à présent, aucun film Star Wars n’a été suffisamment catastrophique pour mériter d’être mal aimé. Il y a toujours une qualité minimale qui mérite le détour, même pour des blockbusters.

Alors oui, j’aime TOUT Star Wars et je le revendique. Pour moi, il n’y a pas lieu de rejeter certains films pour un prétexte ou un autre. Il y a des hauts et des bas, mais tous les Star Wars sont des Star Wars et quand on aime, on ne compte pas. Voilà.

Et je vais encore aller plus loin : le Star Wars que j’aime le moins, pour l’instant, c’est Rogue One et si vous vous souvenez de mon top des meilleurs films de 2016, il était franchement pas si mal classé. Quant à mon préféré… bah, quitte à énerver tout le monde, je vais déclarer haut et fort que c’est Star Wars VII : Le Réveil de la Force.

 

Ouais, et ce, même après avoir vu le VIII. C’est toujours mon préféré.

Alors, avant toute chose, je tiens à dire que les Star Wars, je les ai découverts il y a fort longtemps et donc que non, mon affection ne vient pas d’une quelconque faveur vis-à-vis d’un premier visionnage. J’ai vu les épisodes IV, V et VI avant la sortie des I, II et III au cinéma, que je suis alors allé voir en salles (enfin, sauf le I, parce qu’on l’avait manqué à l’époque et que j’étais trop jeune pour y aller seul, bref ; mais vous inquiétez pas, j’y suis retourné quand ils l’ont ressorti en 3D il y a quelques années). Et j’ai donc découvert le VIIème épisode longtemps après avoir vu, revu, rerevu (et j’en passe) et apprécié tous les opus précédent. N’empêche que ouais, c’est mon préféré.

Oui, oui, c’est vrai, c’est une copie de Un Nouvel Espoir par bien des aspects. Mais je m’en fous. Déjà, parce que c’est la troisième fois que la saga nous fait le coup. Dans le Retour du Jedi, on commençait aussi sur des droïdes qui devaient livrer un message sur une planète de sable et on finissait sur une destruction bis de l’Etoile de la Mort. Mais à l’époque, ça n’avait choqué personne. Et puis dans La Menace Fantôme, l’histoire est tellement globalement la même que ça fait peur. Et qu’il y a là aussi une équipée un peu perdue qui doit transmettre un message urgent pour combattre le mal mais qui se retrouve piégé sur une planète de sable et qu’à la fin il y a une bataille spatiale qui sauve la rébellion… en détruisant une énorme boule spatiale… Bref. Tout ça n’avait, semble-t-il, choqué personne à l’époque et je ne comprends toujours pas pourquoi ça énerve tout le monde dans Le Reveil de la Force. Sincèrement, il n’y a pas de raison logique à cette réaction.

De la même manière, on a dit que Le Reveil de la Force n’apportait rien de neuf, alors qu’on avait jamais vu de champ de ruine avant dans un Star Wars, ou même de planète super habitable, ou de planète qui aspire la puissance d’une étoile pour tirer jusqu’à l’autre bout de la galaxie. On avait jamais vu, non plus, de Stormtrooper se rebeller, ou Han Solo mourir. Il y a un moment, le film apportait, de fait, du neuf, et il serait temps de ne pas l’oublier. Ou alors de ne pas oublier que Star Wars a passé son temps, jusqu’à présent, à se pomper ses propres idées et n’a pas attendu Disney pour cela.

On a aussi beaucoup dit que la Force ne devait pas être utilisée comme ça ou que Rey était trop puissante. Mais c’est oublier que la Force a toujours eu, avant tout, une dimension symbolique dans les films Star Wars : on en fait un peu ce qu’on veut et puis c’est tout. Tant que ça représente bien ce que ça veut représenter, je ne vois pas où est le problème. Et il s’avère que, finalement, Rey n’est pas si puissante que ça lorsqu’on la compare aux autres personnages qui maîtrisent la Force aussi. Donc bon.

Il paraîtrait aussi que Rey est une Mary Sue en puissance qui a tout pour elle et que c’est pas intéressant de suivre ce genre de personnage. M’est avis qu’il est des tas de films qui utilisent le procédé et que ça n’empêche personne d’apprécier. J’ai pas non plus souvenir que Luke ou Anakin aient été particulièrement faiblards en leur temps. Sans rire, à 10 ans à peine, Anakin est un as du pilotage et le meilleur bricoleur de la galaxie et Luke a juste hérité de tout ça, en plus d’apprendre la Force en moins de deux jours et de l’utiliser instinctivement. Au moins, Rey, on la voit concrètement apprendre à se servir de la Force.

Et oui, elle est surdouée, elle sait déjà tout faire, elle est très débrouillarde et elle n’a semble-t-il aucun défaut, alors qu’Anakin était trop arrogant et que Luke était trop impulsif. Et bien, raté, elle en a un defaut, et un gros : elle n’a pas confiance en elle une seule seconde. Et c’est là tout l’intérêt du film d’ailleurs. Elle va apprendre à faire confiance à ses capacités et à devenir la personne qu’elle attendait depuis le début. Et c’est pour ça que c’est si fort lorsqu’elle s’empare du sabre laser à la place de Kylo Ren. Parce qu’elle franchit justement le cap qu’on attendait d’elle. Donc oui, pour que le film fonctionne, il fallait que, quelque part, elle soit une Mary Sue. Tant pis pour ceux à qui ça ne plait pas.

Alors attention, je ne suis pas en train de dire que Star Wars VII est parfait et sans défaut ; loin de là. Il y avait effectivement des facilités. Reprendre une nouvelle Etoile de la Mort encore plus grosse, c’était franchement pas nécessaire, ils auraient pu trouver autre chose. De la même manière, il y avait un manque cruel de contextualisation. Pour comprendre ce qu’est la Nouvelle République, le Premier Ordre ou encore la Résistance, il fallait savoir lire entre les lignes (et encore). Il y avait des références aux précédents films qui n’étaient pas utiles, il y avait même quelques « plans » volés à la fin, avec les X-Wings. Et puis, à force de vouloir reprendre certains effets spéciaux d’époque, JJ Abrams s’était un peu planté : les vieilles marionnettes, c’est rigolo, mais ça colle moins à la nouvelle ambiance hyper CGI offerte par la technologie moderne.

Mais bon, il faut aussi être très honnête jusqu’au bout. La réalisation de tous les épisodes qui ont précédé l’épisode VII était basique, minimale en comparaison de ce qui a été fait dans Le Reveil de la Force en termes d’imagerie, de plans, de sound design… Sur le plan technique, il n’y a pas photo, Star Wars VII écrase ses prédécesseur pour la simple et bonne raison qu’il est plus moderne, qu’il a été fait avec plus de moyens et donc que le réalisateur pouvait se le permettre. Et surtout, que Disney a choisi un réalisateur qui a une vrai patte visuelle et artistique. Mais de cet avantage, les films Rogue One et Les Derniers Jedi en disposent aussi, avec un petit plus pour la réalisation hors norme de Garret Edwards, qui n’a jamais aussi bien fait vivre l’Etoile de la Mort.

Non, ce qui fait que Star Wars VII : Le Réveil de la Force est mon Star Wars préféré est en réalité beaucoup plus simple que ça : le personnage de Rey me touche plus que Luke, Anakin ou même Jyn. C’est tout à fait personnel, mais Rey a des enjeux, un parcours qui me parle plus, à moi personnellement, et par conséquent, j’ai plus de plaisir à revoir ce film-là que les autres, parce que les émotions sont plus fortes pour moi.

Pour tout vous dire, chaque fois que je le regarde, je suis tellement pris par l’histoire que j’en oublie tous les défauts évidents. Et je n’ai même jamais eu l’impression, dans aucun de mes (nombreux) visionnages de revoir le IV. Tout comme je n’avais pas eu l’impression de le revoir avec le VI ou le I.

Donc oui, finalement, je préfère Star Wars VII : Le Réveil de la Force, non pas parce qu’il est fondamentalement meilleur, mais parce que son histoire, son personnage principal, me touche plus. Voilà tout. Et je ne vous en voudrais évidemment pas si, de votre côté, vous préférez Luke ou Anakin. Ou même si, en fin de compte, les défauts du film (bien présents) vous empêchent d’apprécier l’histoire de Rey et vous gênent trop, même pour simplement apprécier le film. Je ne suis pas là pour vous forcer à aimer ou à détester quoi que ce soit. Simplement pour exprimer mon avis sur la question.

 

Mais alors, puisqu’on est dans le registre de l’honnêteté, autant aller jusqu’au bout. Non, c’est vrai, Le Réveil de la Force n’est pas parfait du tout… Mais bordel de merde : quel Star Wars l’a jamais été ! Sans déconner, depuis quand Star Wars est une œuvre parfaite à laquelle on ne peut rien reprocher ?

Déjà, lorsque la trilogie précédente était sortie, tout le monde criait au scandale. Et maintenant, ce serait parfait ? Mais non !

La Menace Fantôme a d’énormes qualités et est une aventure très sympathique. Il a notamment apporté à la saga une dimension politique qui n’existait pas jusque-là et des personnages hauts en couleur. Mais bon, Jar Jar Binks quoi !

L’Attaque des Clones nous a proposé parmi les batailles les plus dantesques qu’on ait jamais vu dans un Star Wars et des univers visuels à couper le souffle. Mais on en reparle de l’idylle ratée entre Anakin et Padmée ?

La Revanche des Sith offre tout un tas de scènes tellement émouvantes que j’en pleure rien qu’en y repensant. Mais le film rate le seul truc qu’il fallait pas rater : le passage d’Anakin du côté obscur. Comme problème, ça se pose-là sérieusement…

Rogue One a une réalisation dantesque et un Darth Vader meilleur que dans toute la trilogie originale. Mais je me suis pas pour autant attaché aux personnages.

Un nouvel espoir, c’était l’aventure de base, avec tout son côté épique. Mais bon, soyons honnête, vous avez eu le temps de pleurer Obiwan ou vous étiez trop occupé à trouver trop cool de combattre des T-fighter ? Ce film rajoute tellement d’ennemis, d’obstacles inutiles dans chacune de ses scènes que ça en devient ridicule…

L’Empire Contrattaque, alors oui, ça s’approche beaucoup de la perfection… Notamment au niveau de l’entraînement top chrono de Luke, ou du fait que le film s’arrête au milieu de sa narration pour finir sur un twist…

Le Retour du Jedi était vraiment super aussi. Avec un long, très long passage sur Tatooine et des Ewook que tout le monde apprécient toujours autant.

Non vraiment, il y a des défauts dans tous les Star Wars et notamment un gros défaut récurrent qui consiste à mettre des obstacles partout, toutes les cinq secondes, comme si on allait s’ennuyer avec des plans d’ambiance. Aucun Star Wars n’est parfait et j’ai beau tous les adorer, je suis contraint et forcé de le reconnaître. Il y a des défauts, parfois assez énormes, dans tous ces films. Je rêverai, bien sûr, comme tout le monde, qu’on m’offre un Star Wars parfait. Et je croise les doigts pour que ce soit le cas un jour. Mais bon, c’est juste pas encore arrivé.

 

Alors pourquoi je dis tout ça ? Parce que finalement, j’ai même pas encore commencé à parler de Star Wars VIII, quoi. Pourquoi je m’attarde autant sur ces détails, sur les autres films ? Tout simplement parce que, comme je le disais en début d’article : il est impossible de juger Star Wars en dehors de son contexte, de son phénomène.

Et j’aimerais juste, pour comprendre ce que je vais dire sur Les Derniers Jedi et pourquoi je vais le dire, que mes lecteurs acceptent ces quelques faits : aucun Star Wars n’est parfait, personne ne vous force à aimer quoi que ce soit, et de toute manière, je ne suis absolument pas objectif.

Et ne me dites pas que Star Wars, avec Disney, c’est nul, parce qu’ils essaient plus de vendre des jouets que de faire un film. L’essence même de Star Wars c’est de vendre des jouets et des produits dérivés, depuis que George Lucas a signé un contrat stipulant qu’il serait payé sur les recettes des produits dérivés. Donc ouais, Star Wars VIII est une longue pub pour une peluche palmée. Et alors ? C’est toujours mieux qu’une figurine de Jar Jar Binks, non ?

 

Donc, revenons à nos moutons, ou plutôt commençons enfin cette critique : qu’est-ce que je pense de Star Wars VIII : Les Derniers Jedi ? Et bien, globalement, beaucoup de bien, vraiment beaucoup de bien.

Les Derniers Jedi est tout simplement un bon, voire un très bon film. Déjà, il est très bien réalisé. Bon, toujours pas aussi bien que Rogue One, mais c’est pas trop grave. D’ailleurs, on ajoute un nouvel aspect à visuel à la saga, qui n’existait pas jusqu’à présent : le ralenti. Et c’est suffisamment bien utilisé pour que ça fonctionne très bien, alors je dis oui. Les acteurs sont tous très forts, très impliqués dans leurs rôles (peut-être un peu trop en ce qui concerne le général Hux, mais c’est le personnage qui veut ça). Et bien entendu, comme toujours avec Star Wars, les effets spéciaux sont à couper le souffle.

Au niveau des visuels, vous en aurez pour votre argent, avec de splendides vaisseaux, de splendides décors de splendides planètes et, petite nouveauté, une faune très riche et très intéressante, qui a une place importante dans le récit en plus, plutôt cool. Une chose est sûre en tout cas, celui-là, on ne pourra pas l’accuser de ne pas être innovant.

Mais, encore une fois, nous ne sommes pas là pour parler réalisation, mais bien pour parler écriture. Alors, que raconte Les Derniers Jedi ? Et bien assez simplement la suite de Le Réveil de la Force. On reprend d’ailleurs tout ça presque à la sortie du film précédent.

Donc, maintenant que la Nouvelle République a été détruite, le Premier Ordre reprend ses droits en force et va pour détruire la Résistance, toujours menée par Leia Organa. La Résistance est contrainte d’abandonner sa base sur Ileenium. Mais l’évacuation ne se passe pas si bien que ça et nos héros se retrouvent poursuivis par le Premier Ordre, sans grande chance de pouvoir semer l’ennemi. S’engage alors une course contre la montre : trouver une solution pour échapper à l’ennemi avant d’être à court de carburant.

Et bien entendu, tout le monde espère surtout que Rey réussira sa mission et ramènera Luke Skywalker qui sauvera une fois de plus la galaxie, comme il l’a fait par la passé…

Voilà, en gros, ce que ça raconte et, de mon côté, je ne vous en dirais pas plus.

 

Maintenant, la question qu’il faut se poser c’est : est-ce que c’est bien écrit ?

Et bien globalement, oui, plutôt.

Tout d’abord, le film a l’avantage de faire tenir un film de 3h30 en seulement 2h30 sans se précipiter et ça fait du bien. Sérieusement, il se passe tellement de choses dans ce film qu’on a réellement l’impression qu’il est beaucoup plus long que ce que son minutage laisse penser. Et ce n’est pas un défaut, car on ne s’ennuie pas vraiment une seule seconde. Certes, la première partie est plus « tranquille » et manque peut-être d’action, mais je trouve personnellement que ça fait du bien de se concentrer justement sur autre chose que l’action dans Star Wars. D’autant que tout ce qu’il se passe est assez intéressant.

De la même manière, il y a de belles émotions dans le film, notamment en ce qui concerne les relations entre les personnages. Elles sont vraiment chouettes et bien amenées, bien construites et ça fait vraiment plaisir. Le personnage de Luke Skywalker est d’ailleurs très bon tout au long du film, Kylo Ren encore plus.

Mais ce qui est réellement très fort dans le film, c’est qu’on ne sait jamais vraiment où il nous mène. Il commence sur une aventure qui paraît assez simple, mais réussi à sans cesse se transformer en multipliant des rebondissements qui, pour le coup, sont réellement inattendus et en décalage avec les canons habituels. Le film prend des risques monstrueux, notamment au niveau de ses méchants, mais tout à fait appropriés quand on y pense. On aurait pu espérer qu’ils aillent plus loin, qu’ils prennent encore plus de risques… Mais déjà, par rapport à l’essentiel des Blockbusters et à tous les Star Wars qui l’ont précédé… c’est énorme.

Et ces rebondissements, ce qui les rend imprévisibles, c’est que le propos du film consiste à casser l’héroïsme des personnages. Et oui. On retrouve un Luke qui ne veut plus combattre parce que, très honnêtement, que pourrait-il faire ? Abattre des croiseurs à coup de sabre laser ? On retrouve une Rey qui, a beau avoir confiance en elle désormais, est plus impuissante qu’autre chose. Un Kylo Ren qui a tout échoué. Un Poe qui fait tout son possible pour sauver la Résistance et passe son temps à la foutre encore plus dans la merde. Et ne parlons bien entendu pas de Finn… parce que sinon, ça spoilerait un peu trop.

Bref, tout le film nous montre des personnages qui devraient être des héros badass, mais qui se plantent royalement. Et finalement, ça rend le tout imprévisible. Je parlais des ralentis un peu plus haut et bien, l’un des ralentis, justement intervient à un moment où tous les possibles sont permis : vous le reconnaîtrez immédiatement.

Et donc, dans l’ensemble, ça nous donne une vraie grande aventure épique dont l’issue n’est pas prévisible et pour un blockbuster, ça se pose là.

 

Mais bon, c’est loin d’être parfait non plus.

Le premier problème, à mon avis, c’est toute la partie « Casino ». Etrangement, je trouve que tout ce qui se passe sur cette planète ne colle pas vraiment à l’univers de Star Wars. C’est presque trop « concret ». D’autant que, cette aventure est sans aucune commune mesure en termes d’impact émotionnel ou de sérieux avec les autres intrigues. Ça fait vraiment bizarre de passer de discussions fondamentales pour l’univers ou certains personnages, à des aventures rocambolesques. Il y a un décalage qui ne fonctionne pas bien en termes de ton et de profondeur.

D’autre part, le film essaie vraiment trop de faire de l’humour. Je ne dis pas que ce n’est pas drôle ou que ça ne correspond pas à Star Wars, il y a toujours eu des gags dans Star Wars. Mais là, c’est vraiment trop appuyé, trop souvent. Et cela s’ajoute au fait que, bien souvent, le film essaie d’en rajouter dans le « cool » de ses scènes, au lieu de faire confiance à la puissance intrinsèque de celles-ci. Ça ne gâche pas vraiment le plaisir, mais c’est un peu dommage.

Un autre problème à mon sens, c’est l’absence de monde extérieur. On n’arrête pas, pendant tout le film, de parler du monde extérieur. Le monde extérieur qui doit venir porter secours aux héros, le monde extérieur qui est censé admirer les héros, le monde extérieur qui est censé désespérer face au Premier Ordre… mais on ne le voit jamais. Sauf dans une toute petite scène à la fin. C’est malheureusement insuffisant. Le message aurait été infiniment plus fort si on avait pris le temps de nous montrer des réactions à travers toute la galaxie. Là, les aventures de Rey, Finn et Poe semblent bien isolées et de peu d’impact finalement… Il manquait de l’ampleur à tout ça.

Un autre souci, d’ailleurs, c’est la façon dont est présenté le Premier Ordre dans le film. On le voit, dès le départ, se faire ridiculiser par Poe (c’est la toute première scène). Mais par la suite, on ne le voit jamais être réellement dangereux ou cruel. Résultat, le Premier Ordre ne paraît pas si grandiose, pas si méchant. Le problème avec le personnage excessif de Hux, c’est que, comme Snoke l’explique bien dans le film, c’est un pantin utile. Par un Darth Vader, un Darth Maul ou même un Comte Dooku ou un Chancelier Palpatine. Il n’est pas menaçant, il n’est pas cruel, il n’est pas dangereux. Mais c’est lui que l’on affronte dans le film et cela retire beaucoup à l’aura du Premier Ordre.

Pour qu’un méchant soit réellement méchant, il faut prendre le temps de le montrer dans ce qu’il a de plus horrible. Il manque là aussi des scènes à ce sujet pour réellement poser cet ennemi comme ce qu’il est censé être.

Par ailleurs, j’avoue ne pas être tout à fait fan de ce qui arrive à Leia dans le film. Je trouve que c’est un peu trop, quelque part. Là où Luke, en revanche, est très réussi. Et il y a des répliques qui auraient pu être retirées, comme par exemple l’explication de Rose à la fin quant à son geste… n’aurait-ce pas été cent fois plus fort avec un non-dit ?

Mais il est un autre défaut qui, est plus insidieux encore… fondamentalement, qu’est-ce que va raconter l’épisode IX ? J’en ai discuté avec un ami qui m’a très justement fait remarquer que les arcs narratifs de tous les personnages étaient désormais bouclés. A la fin du film, sérieusement, que reste-t-il à raconter avec cette histoire ? La fin de Les Derniers Jedi aurait pu ou aurait dû être la fin de cette nouvelle trilogie. Alors que la fin de Le Réveil de la Force promettait évidemment une suite, la fin de Les Derniers Jedi semble complète en elle-même. Sans rire… que vont-ils raconter dans l’épisode IX ?! Que reste-t-il à raconter ?! Personnellement, à part relancer une nouvelle trilogie sur un autre sujet, j’ai du mal à voir.

Et ça me rend aussi très curieux, paradoxalement. D’un côté, si le IX ne sortait jamais, il ne me manquerait pas. D’un autre, j’ai envie de savoir ce qu’il va bien pouvoir raconter… Bref.

 

Alors pour conclure, oui, Star Wars VIII : Les Derniers Jedi est un très bon film, comme tous les autres films Star Wars. C’est un excellent divertissement, très épique, avec de l’idée, tant dans les visuels que dans le propos. Tout n’est pas parfait, non. Mais il y a de quoi se mettre sous la dent et l’aventure reste excellente. Et je vais même vous garantir un final particulièrement épique qui ne vous laissera pas indifférent. Moi, je l’aime et je le reverrai sans doute aussi régulièrement que les autres.

Pourtant, le VII est toujours mon préféré. Parce qu’il était plus équilibré et que le parcours de Rey me touchait plus dans Le Réveil de la Force.

Mais bon, ce n’est que mon avis personnel.

D’où viennent les émotions ?

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PREMIERE PARTIE : LES BASES DE LA DRAMATISATION

CHAPITRE I : LE PRINCIPE D’IDENTIFICATION (Premier article)

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Dans mes articles d’introduction, j’ai clairement spécifié que l’intérêt d’une histoire résidait dans les émotions qu’elle procurait à son public : sont-elles présentes, sont-elles bien dosées, sont-elles justes, correspondent-elles à l’intention de l’auteur ? Le travail principal de l’auteur, je l’ai dit, est de trouver tous les artifices possibles pour provoquer, chez son public, les émotions désirées. Il est donc grand temps d’entrer dans le vif du sujet et de commencer à parler de la façon dont un auteur peut effectivement créer des émotions à partir de rien.

Cependant, avant de se lancer dans des explications techniques sur comment faire peur, comment faire pleurer, comment faire rire etc., il faut commencer par la base et se poser la question suivante : comment crée-t-on une émotion tout court ? Avant d’entrer dans le détail et de parler de cas spécifique, il est important de comprendre la règle générale, les mécaniques qui font qu’un spectateur, qu’un joueur ou qu’un lecteur sera à même de ressentir des émotions en consommant l’histoire que vous aurez écrite. Et globalement, ce sera l’objet de toute cette première partie : plutôt que de traiter de cas spécifiques, je vais commencer par vous parler des principes de base même de l’écriture, ceux dont découlent absolument toutes les techniques que nous connaissons aujourd’hui.

Et pour commencer donc, la toute première question que nous allons nous poser est : d’où vient l’émotion du public ?

 

Pour répondre à cela, avant toute chose, je vais partir du principe fondamental que le public de chaque récit est nécessairement composé d’êtres humains. Bien sûr, il se pourrait que des extra-terrestres entendent, sans que nous en ayons conscience, toutes les histoires que nous racontons ; ou même que des intelligences artificielles voient le jour dans les années à venir et deviennent des spectateurs à part entière de toutes nos productions ; et rien ne vous empêche, d’ailleurs, de raconter des histoires à votre chat (il existe bien une chaîne de télévision pour les chiens après tout…). Néanmoins, parce que les histoires sont des moyens de communiquer et que nous communiquons surtout avec des êtres humains, et pour les besoins logiques de cet article, je vais partir du principe que tous les récits que vous écrivez s’adressent, en théorie à des êtres humains ou à des êtres qui fonctionnent plus ou moins de la même manière.

Cela peut paraître idiot et évident de commencer par-là, mais il est important de le préciser. En effet, puisque nos histoires s’adressent à des êtres humains, et que nous voulons provoquer des émotions chez notre public, il s’agit donc de se poser, en réalité, la question suivante : qu’est-ce qui peut provoquer des émotions chez l’être humain ? A quelle occasion l’être humain ressent-il des émotions ?

La bonne nouvelle, c’est qu’à ce sujet-là, les experts ne semblent donner que deux sources d’émotion possibles : l’expérience directe et l’empathie.

 

Les êtres humains ressentent donc des émotions par expérience directe. Cela veut dire, tout simplement, qu’ils vivent une expérience quelconque (saut à l’élastique, renvoi abusif, trahison de son meilleur ami, perte d’un proche) et cela provoque immédiatement et nécessairement une émotion : colère, peur, exaltation, ennui etc. Le premier levier que peuvent utiliser les auteurs pour provoquer des émotions chez leur public, c’est donc cela ; leur donner à vivre une expérience qui provoque naturellement des émotions.

Devant un film, un spectateur pourra s’émerveiller des images ou de la musique qu’on lui offre. Selon la façon dont l’histoire aura été filmée et enregistrée, il trouvera cela agréable, beau, admirable, repoussant, oppressant etc. et ressentira donc des émotions. Pour prendre un exemple très concret et très récent : la musique du film Blade Runner 2049 de Denis Villeneuve a clairement été étudiée, dans sa forme, pour créer un sentiment de malaise chez le spectateur en multipliant les sons discordants et bien trop forts. Dans un texte littéraire, ce sera plutôt avec des effets de style comme l’allitération, l’emploi d’un certain vocabulaire ou même des jeux de mots que l’on provoquera des réactions de cette manière.

Mais c’est surtout le jeu vidéo qui, en général, utilise ce levier-là. De fait, contrairement à tous les autres supports, le jeu vidéo a l’avantage de son gameplay, d’une interaction directe avec le joueur. On peut ainsi voir des jeux créer de l’émotion en forçant le joueur à répéter régulièrement les mêmes actions, ou en le forçant à appuyer frénétiquement sur un bouton pour retranscrire la détresse d’un personnage.

Pourtant, de manière générale, en ce qui concerne les histoires, et ce quel que soit le support, l’impact de l’expérience directe reste fondamentalement limité. De fait, lorsque l’on lit un livre, on ne vit pas, en soi une expérience aussi riche qu’une promenade en forêt, un marathon ou quoi que ce soit d’autre. De la même manière, malgré tous les artifices que l’on pourrait employer dans un jeu vidéo, on ne pourra finalement que vous contraindre à appuyer sur des boutons. Et ce n’est pas non plus en restant assis dans un fauteuil de cinéma que l’on vivra des expériences folles.

Bien qu’il ne faille évidemment pas négliger cette source d’émotion, pour l’auteur, l’expérience directe n’est tout simplement pas le moyen le plus efficace à sa disposition pour provoquer des émotions. Et c’est donc de l’empathie que la plupart des auteurs se servent, en général, pour provoquer leurs émotions.

 

Qu’est-ce que l’empathie ? C’est tout simplement ce qui nous permet de ressentir des émotions par procuration. En gros, le mécanisme fonctionne ainsi : notre cerveau s’imagine être à la place de quelqu’un d’autre, qui vit une expérience directe, et par conséquent, on en vient à imaginer ce que ressent l’autre, à le ressentir soi-même. Ou plus exactement, on s’imagine ce que nous-mêmes nous ressentirions en vivant de telles expériences et c’est ces émotions-là que l’on ressent.

Et du coup, je pense que vous avez immédiatement compris l’intérêt de l’empathie en écriture et pourquoi les auteurs utilisent principalement ce levier là pour créer des émotions. Grâce à l’empathie, le public n’a pas besoin de vivre lui-même les expériences. Il suffit de lui montrer quelqu’un qui les vit et, a priori, si c’est bien fait, il ressentira de lui-même les émotions relatives à ces expériences. Son cerveau les recréera à l’identique. Je crois même (mais je n’arrive pas à retrouver les articles scientifiques à ce propos, c’est donc à prendre avec des pincettes) que le cerveau ne fait pas chimiquement la différence entre une émotion ressentie de cette manière et une émotion provoquée par une expérience directe.

Et c’est évidemment pour cela que la quasi-totalité des histoires est en réalité l’histoire d’un ou plusieurs personnages. Tout simplement parce que les personnages sont les principaux vecteurs d’émotion, la ressource numéro 1 de l’auteur pour toucher son public. C’est parce que le public ressent de l’empathie pour les personnages qu’il est touché par l’histoire, du moins dans 95% des cas.

Allons même plus loin. Réfléchissez-y. Vous-mêmes, en tant qu’auteur, lorsque vous imaginez une histoire, une histoire qui vous touche personnellement et que vous aimeriez raconter, ne serait-ce pas plus spécifiquement l’histoire des personnages, leurs émotions, qui vous intéressent réellement ? La plupart des auteurs avec lesquels j’ai eu l’occasion de discuter, en tout cas, fonctionnent ainsi. Certains vont même jusqu’à créer le personnage avant l’histoire.

Et d’ailleurs, si je reviens sur ce que j’avais dit dans mon tout premier article sur les raisons qui nous poussent à raconter des récits, j’avais précisé que l’intérêt premier d’une histoire, c’est de transmettre une expérience émotionnelle. Et le meilleur moyen de le faire, c’est tout simplement de raconter l’histoire de quelqu’un qui vit lui-même cette expérience émotionnelle, afin que l’on éprouve de l’empathie pour lui et que l’on ressente à notre tour ces émotions.

L’empathie pour les personnages est donc la source principale d’émotion dans un récit, et c’est sur ce principe que reposent l’essentiel des techniques d’écriture connues à ce jour.

 

En langage courant, on a tendance à parler d’attachement au personnage. On dit qu’on aime un récit lorsque l’on s’attache aux personnages principaux. Mais c’est un abus de langage. L’attachement suggère que ce sont comme des amis auxquels nous tenons, que nous ne voudrions pas perdre ou auxquels nous nous intéressons. Ce peut tout à fait être le cas, là n’est pas la question. Cependant, le principe d’empathie pour les personnages va plus loin que cela. Il ne s’agit pas seulement d’apprécier les personnages, mais vraiment de se mettre à leur place, le temps d’un récit.

C’est pour cela qu’en termes d’écriture, en termes techniques, on va plutôt parler de « Principe d’Identification ». On ne fait pas que s’attacher au personnage, on s’identifie à lui, on s’imagine être à sa place. Et c’est ce principe qui est à la base de l’écriture de récit telle qu’on la conçoit généralement. C’est ce principe que je vais m’attacher à détailler et à expliquer dans les articles suivants. C’est ce principe, globalement, que je vais essayer de vous enseigner.

 

Cela-dit, avant de poursuivre, deux avertissements sont à faire.

Le premier est que ce n’est pas parce qu’un récit repose essentiellement sur le principe d’identification pour générer des émotions qu’il faut négliger l’expérience directe. De fait, tout récit, quel que soit son support, provoque une expérience directe. Il reste donc toujours très important de soigner la forme de son récit afin que cette expérience directe soit en accord avec l’émotion provoquée par empathie avec le personnage. Sans quoi, le décalage risque de gâcher vos effets.

Le second est que, malgré l’incroyable puissance de l’empathie en écriture et le fait que l’essentiel des récits connus à ce jour provoquent des émotions grâce au principe d’identification, ce n’est évidemment pas le cas de toutes les histoires et il reste tout à fait possible d’écrire un excellent récit sans faire appel un seul instant au principe d’identification. Oui, certains récits parviennent à provoquer des émotions sans avoir à créer de l’empathie. C’est un procédé particulier en écriture, assez rare, mais il existe et il est donc important d’en avoir conscience.

De mon côté, je vous l’avoue très honnêtement, les récits qui ne reposent pas sur l’identification au personnage, m’intéressent beaucoup moins, me touchent beaucoup moins. Et par conséquent, ce que je veux enseigner, c’est bien l’écriture « empathique ». C’est d’ailleurs dans ce sens qu’iront l’essentiel des conseils que je vous donnerai par la suite.

Mais cela n’est qu’un avis personnel. Aussi, de temps à autre, me permettrai-je certains écarts pour signifier, lorsque c’est nécessaire, les différences qui peuvent exister entre les récits empathiques et les récits non-empathiques. En essayant de vous donner tout de même quelques clés pour écrire de bons récits non-empathiques.

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Edition papier : ce rêve, cette réalité…

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Quatre.

C’est pour l’instant le nombre d’auteurs qui m’ont clairement répondu que non, ils ne signeraient pas avec ma maison d’édition, pour la simple et bonne raison que celle-ci ne propose pas, de prime abord, de publier le livre dans une version imprimée papier. De fait, en tant qu’éditeur, j’ai fait le choix de tester une publication numérique avant de lancer une publication imprimée. Et cela, visiblement, ne me rend pas spécialement populaire auprès des romanciers en quête d’éditeur…

Chaque fois, les arguments invoqués diffèrent. Pour le premier, édition numérique rimait avec arnaque et manque d’investissement de l’éditeur. Pour l’autre, c’était qu’une édition numérique seule ne vit pas très bien. Pour les autres, l’édition papier était une opportunité à ne pas manquer, un rêve qui se réalise.

Et de fait, c’est un avis largement répandu. La plupart des auteurs que j’ai la chance de côtoyer vous le diront sans doute, ils préféreraient largement être édités seulement en papier que seulement en numérique et, de toute manière, ils veulent être édités en papier. C’est même une sorte d’accomplissement pour certains : ils ne veulent pas seulement être édités, ils veulent être édités en papier.

Il existe en effet un rêve de l’édition papier, la seule qui vaille vraiment, celle que l’on peut présenter physiquement à ses proches comme une preuve de son succès, celle que l’on peut fièrement installer sur son étagère à côté de Rimbaud et de Dostoïevski, celle que l’on peut dédicacer, dont on fait l’étalage obscène en salon et que l’on découvrirait soudain au hasard de nos déambulations en librairie. Il y a ce rêve d’avoir l’objet en main, de pouvoir le tenir. L’édition papier, contrairement à l’édition numérique, rend tangible, noble le fait d’avoir été édité. Et peu importe qu’il s’agisse d’une petite maison d’édition obscure dont personne n’a jamais entendu parler, ou que le livre ait été imprimé à la demande. Ce qui est réellement primordial, c’est d’avoir l’objet en main, de pouvoir l’admirer et de se sentir fier.

Et je ne vais pas vous mentir. En tant qu’auteur, j’ai moi-même ce rêve. Lorsque j’imagine écrire un roman, j’imagine quelle taille physique il fera une fois imprimé. J’imagine la couverture qui y serait associée. Sera-t-elle seulement sur la page de garde ? Ou couvrira-t-elle l’ensemble du livre ? Et à quoi ressemblera le 4ème de couverture ? Y verra-t-on peut-être une photo de moi ?

C’est bête, mais j’aime le livre en tant qu’objet et je voudrais, moi aussi, que mes écrits soient publiés sous ce format un jour. Comme si cela rendait l’événement plus important, plus réel, plus tangible. Je ne sais pas vraiment pourquoi, mais l’idée est définitivement logée dans mon crâne. Une édition papier, c’est mieux qu’une édition numérique…

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Et de fait, d’un point de vue strictement commercial, le papier, c’est effectivement meilleur que le numérique. En France en tout cas, le numérique ne convainc pas trop. Il y a bien des lecteurs qui y sont attachés ou que ça ne dérange pas du tout. Mais la réalité, c’est que la plupart des lecteurs préfèrent les éditions papier. Ils veulent avoir le livre entre leurs mains, ils veulent avoir des marques-page, ils veulent pouvoir le mettre dans leur bibliothèque une fois terminé (pour dire à tous leurs visiteurs, l’air de rien, que oui, ils ont déjà lu tout ça !). Si je me réfère au sondage que j’ai moi-même réalisé à la rentrée, je ne peux que constater qu’il y a beaucoup de personnes qui déclarent réellement préférer le livre en tant qu’objet pour une raison ou pour une autre, mais très peu qui déclarent réellement préférer le numérique.

Allons plus loin, selon cette même étude, les trois quarts des livres achetés semblent l’être au format papier. Le numérique ne parvenant à s’en tirer que grâce à des prix inférieurs et une disponibilité immédiate. Ne publier qu’en numérique semble donc être une erreur stratégique pour l’éditeur : il passe à côté de 75% de ses profits potentiels… A priori, donc, les auteurs ont bien raison de préférer le papier au numérique : c’est effectivement mieux pour tout le monde.

 

Alors, bien évidemment, même si – personnellement – je crois sincèrement que le numérique souffre de préjugés peu utiles, le fait est que je n’ai pas choisi de proposer des publications essentiellement numérique à mes auteurs par pur militantisme. Il s’agit bien d’une stratégie commerciale de ma part.

De fait, le livre numérique coûte, quoi qu’il arrive, moins cher à produire que le livre papier. En proposant d’abord une édition uniquement numérique, je me permets donc de tâter un peu le terrain avant de faire l’investissement nécessaire pour la version papier. Si le livre est mal reçu d’emblée, je me permets ainsi de limiter un peu la casse, tout simplement. A l’inverse, s’il connait un petit succès, cela me permet d’être plus à l’aise financièrement pour lancer l’édition papier. Lorsque l’on ne dispose que d’une toute petite structure, c’est nécessaire. Du moins, c’est ainsi que je perçois les choses.

Est-ce que la stratégie est payante ? C’est une tout autre question.

 

Donc oui, il y a un rêve du papier. Un rêve qui peut même être justifié par le poids économique de l’édition papier dans le monde du livre. Mais un rêve qui, ne nous le cachons pas, tient plus à un attachement émotionnel au papier plutôt qu’au numérique. Est-ce un mal ? Non, bien entendu. Chacun a le droit à ses préférences et si la majorité semble préférer telle édition plutôt que telle autre, qui sommes-nous pour juger ?

On pourra argumenter, bien sûr, que cette préférence tient à une mauvaise gestion du numérique par les maisons d’édition françaises qui s’entêtent à proposer des prix exorbitants pour leurs publications, lorsque les anglo-saxons proposent généralement leurs livres numérique à des prix qui défient toute concurrence. Cependant, c’est assez faux, puisque beaucoup de maisons d’édition, en vérité, proposent aussi des prix très abordables pour le numérique et que cela ne semble pas pour autant déclencher de mouvement de foule dans cette direction. Il y aurait certes des efforts à faire de ce côté-là, mais ce n’est pas la raison principale.

On pourra aussi dire que c’est une préférence déplacée, car naturellement, l’édition numérique ne contribue pas à détruire la forêt amazonienne. Mais la réalité est aussi plus complexe que ça, n’importe quel fichier informatique, surtout copié à grand échelle, a finalement un impact sur l’environnement. Et plus encore, la plupart des imprimeurs se targuent de n’utiliser que des forêts spécialement élevées dans le but de faire des livres, de manière éco-responsable. On pourrait argumenter longuement sur la question, ce n’est pas non plus le problème à mon avis.

Non, le problème c’est que le rêve du papier est en réalité associé à quelque chose de beaucoup plus trivial que ça – à mon avis du moins. Une édition papier, rime avec succès.

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C’est assez difficile à expliquer, mais dans l’imaginaire collectif, les livres qui ont du succès sont nécessairement imprimés. Lorsque l’on en parle à la télévision, les animateurs brandissent toujours le livre en lui-même, l’objet. Le succès, c’est aussi d’être dans toutes les librairies, sur un joli présentoir, si possible avec des petits bandeaux rouges ou mis en évidence dans les « meilleures ventes ». Et ça, le numérique ne peut évidemment pas l’offrir. Les auteurs que l’on connaît, ceux que l’on admire, ceux qui ont un nom, ils sont tous publiés en papier. Et même plus : ils sont publiés en poche. Résultat, pour avoir du succès, il faut nécessairement être publié en papier.

Et ne nous le cachons pas non plus, quelque part, nous autres auteurs rêvons tous d’être le prochain Stephen King, le prochain Guillaume Musso, la prochaine J. K. Rowling. Nous rêvons que notre livre soit lu par des millions de personnes et que celles-ci puissent effectivement admirer notre travail. Nous rêvons de pouvoir vivre royalement de notre écriture, que le commun des mortels attende notre prochain roman avec impatience. Celui ou celle qui vous dira que non vous mentira nécessairement.

D’ailleurs, rêver un peu ne nous empêche pas d’être réalistes quant au véritable impact qu’aura ou pas notre roman. S’il y a des exceptions, après tout, pourquoi pas nous ? Et nous travaillons dur pour atteindre cet objectif.

Et du coup, puisque nous associons nécessairement le papier au succès, et que nous voulons avoir du succès, comment se contenter d’une version numérique ?

 

La réponse est en réalité très simple : il ne faut pas confondre les causes et les conséquences.

Les auteurs connus, les auteurs qui ont du succès n’en ont pas parce qu’ils ont publiés au format papier. C’est surtout parce qu’ils sont connus, parce qu’ils ont du succès, qu’ils sont publiés au format papier.

Alors, c’est sûr, il y a un effet boule de neige. Si on parle déjà de votre livre et qu’il se retrouve soudain sur les étagères de toutes les librairies, dans tous les salons etc, il y a de fortes chances pour que cela contribue à renforcer drastiquement le succès de celui-ci. Mais pour qu’un livre marche, rencontre le succès, il faut bien qu’il parte de quelque part. Et ce quelque part n’implique pas nécessairement d’être édité dans une version papier.

Il existe aujourd’hui des exemples de romans qui ont d’abord connu du succès au format numérique avant d’être achetés au format papier. A l’inverse, il existe un nombre incalculable d’exemples qui viennent prouver qu’imprimer le livre ne garantit pas du tout le succès. Chaque année, le nombre de livres envoyés au pilon (c’est-à-dire purement et simplement détruits) par la maison d’édition est énorme. Et le nombre d’auteurs publiés au format papier qui ne rencontrent pas le moindre succès est tout simplement gigantesque. La part d’auteurs que vous trouvez dans les librairies est en réalité infime, minuscule, comparée au nombre total d’auteurs publiés dans l’année.

Donc non, ce n’est pas le format papier qui fait le succès du livre. Il peut y contribuer, certes, mais n’en est sûrement pas la cause.

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Car ce qu’il faut bien comprendre, c’est qu’être présent dans toutes les librairies, sur un joli présentoir, ça coûte cher, extrêmement cher.

Déjà, c’est bête, mais il faut être en lien avec toutes les librairies dans lesquelles on veut que le livre soit distribué. Et qui, sincèrement, peut disposer d’un pareil carnet d’adresse ? Certes, les plus grandes enseignes sont moins nombreuses, mais les librairies de quartier sont tout aussi importantes. Alors du coup, le plus souvent, il faut faire appel à des intermédiaires, des personnes dont c’est le métier que de prendre contact avec les librairies.

Ensuite, il faut donc que le livre soit imprimé en un très grand nombre d’exemplaires, des milliers d’exemplaires. Rien qu’à Paris, pour remplir correctement les rayons, il faut imprimer le livre en énormes quantités, des milliers de copies sont nécessaires. Et il faut donc financer cette impression, financer l’acheminement jusqu’aux libraires, financer les locaux qui servent à contenir le stock tant qu’il n’est pas vendu ou pas mise en vente. Autant vous le dire tout de suite : c’est un gouffre financier dans lequel peu de maisons d’édition sont prêtes à se lancer.

Et pire encore, puisqu’il faut être capable d’amortir les pertes dues aux retours. Car oui, les libraires, lorsqu’ils ne parviennent pas à vendre le livre, ne le conservent pas précieusement dans leur inventaire. Ils vous le retournent, tout simplement. Et là encore cela occasionne des frais supplémentaires.

Les librairies d’ailleurs, paradoxalement, se montrent assez inaccessibles pour l’essentiel des nouveaux titres proposés sur le marché. Il y a plusieurs raisons à cela. D’abord, les libraires, la plupart du temps, achètent aux maisons d’édition les livres qu’ils proposent à la vente. Cela veut dire qu’en cas d’invendu, il faut qu’ils soient sûrs de pouvoir revendre le livre à l’éditeur, sans quoi, ils subiraient des pertes trop importantes. Du coup, ils se montrent assez réticents à acheter les livres de maisons d’édition qu’ils ne connaissent pas ou qui sont trop petites pour garantir le rachat.

On pourrait alors imaginer que les libraires n’achètent pas le livre, qu’ils pourraient se contenter de mettre le livre en vente et de renvoyer la part de l’éditeur une fois la vente effectuée. Certains le font d’ailleurs. Mais le problème des retours est toujours le même. Un retour occasionne toujours des frais pour l’éditeur, quoi qu’il arrive, et le libraire a donc besoin d’avoir des garanties que l’éditeur prendra bien en charge ce retour. Car trop souvent, les éditeurs ne reviennent pas chercher les exemplaires, laissant ainsi les frais de stockage ou de retour à la charge du libraire, qui n’en a vraiment pas besoin.

Si les plus grandes maisons d’édition, les plus anciennes et les plus solides n’ont aucun mal à trouver la confiance des libraires. Plus encore, elles ont souvent leur propre réseau de diffusion et de distribution, car ce sont de grosses machines parfaitement huilée. Mais pour toutes les plus petites, c’est le parcours du combattant. Les structures étant trop petites, elles n’inspirent évidemment pas la confiance des libraires pour les retours. Et plus encore, elles n’ont pas de réseau de diffusion intégré. Ce qui les force à passer par des diffuseurs indépendants qui eux, peuvent avoir la confiance des libraires.

Le problème avec ces diffuseurs indépendants, c’est que les maisons d’éditions en deviennent totalement dépendantes et qu’en cas de problème ou de litige, c’est toujours le diffuseur qui gagne. On compte malheureusement beaucoup trop de maisons d’édition qui ont finalement été obligées de fermer leurs portes suite à ces problèmes. Récemment, c’est la maison Voy’el qui a dû être sauvée par une campagne Ulule à cause d’un tel litige. L’un des premiers conseils que l’on m’a donné lorsque j’ai créé ma maison d’édition a justement été d’éviter ces diffuseurs au maximum. Peut-être est-ce seulement une rumeur, peut-être est-ce seulement une impression. Il n’empêche que, quoi qu’il arrive, cela reste une dépense supplémentaire qu’un éditeur peut difficilement se permettre.

Et dans la mesure où, imprimé ou pas imprimé, le nombre de ventes moyennes d’un livre se compte en centaines et non en milliers ou en dizaine de milliers, soyez certains que les plus petites structures ne se lanceront jamais dans un tel investissement. Le problème, c’est que les grandes structures ne publient quasiment jamais de nouveaux auteurs : elles ont déjà, en théorie, tout ce qu’il leur faut, sans quoi, elles n’en seraient pas là. Si vous voulez vous faire un nom sans passer par l’auto-édition, pas le choix ; vous devez vous référer aux petites structures.

 

Mais alors, que proposent les petites maisons d’édition exactement, lorsqu’elles proposent des versions imprimées des ouvrages qu’elles publient ? Eh bien, il n’y a pas de secret, tout ce qu’elles font, c’est de l’impression numérique, c’est-à-dire, en langage courant, de l’impression à la demande.

Car oui, s’il fut un temps où les imprimantes ne permettaient des économies d’échelles qu’à partir de quelques milliers d’exemplaires, la technologie a largement évolué depuis. Grâce à l’impression numérique (je ne connais pas les détails exact du procédé, je m’en excuse), on peut se contenter de très petits tirages. Quelques centaines, si ce n’est seulement quelques dizaines d’exemplaires. Et bien entendu, cela va même, aujourd’hui, jusqu’à l’impression à l’unité dans des prix tout à fait abordables pour le grand public.

Le champion, c’est évidemment le site Amazon qui, par on ne sait quelle magie, se permet d’offrir des frais d’impressions tellement concurrentiels que cela en devient presque obscène. Je vous invite à aller faire un tour sur leur site et à vous renseigner sur le coût d’impression d’un livre de quatre cent pages.

A partir de là, quand de tels services sont proposés, il devient particulièrement simple de proposer aux auteurs une version papier de leur livre. Et même une belle version papier qui n’aura pas grand-chose à envier aux plus grands succès du moment. Et ce, sans drastiquement augmenter ses coûts par rapport à l’investissement nécessaire à la création d’une édition numérique. Et puisque les lecteurs semblent préférer les versions imprimées, eux aussi, certains étant même prêts à bouder le numérique si on ne leur offre pas le choix, tout le monde est gagnant, non ?

Sauf que bien évidemment, ce type d’impression n’a absolument rien à voir avec la version imprimée à succès dont j’ai parlé plus tôt. Les livres ne sont pas spécialement distribués dans les librairies (en fait, ils le sont quasiment jamais), on ne les retrouve sur aucun présentoir, ils ne passent pas plus à la télé. Non, rien de tout cela. Rien de tous ces éléments que l’on a tendance à associer aux livres à succès.

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Alors, qu’arrive-t-il aux livres qui sont imprimés de cette manière ? Comment les vend-on ? Et bien là encore, c’est très simple : on les vend exactement comme des éditions numériques.

Et oui, réfléchissez-y. Ce sont des livres qui, n’étant pas disponibles directement dans les librairies, doivent être commandés, exactement comme des livres numériques, et d’ailleurs généralement sur les mêmes sites. On en fait la promotion de la même manière, ou – plus exactement – on fait d’une pierre deux coups en faisant une campagne de promotion pour les deux éditions du livre (de toute manière, les liens renvoient aux mêmes pages…). En règle générale, à part peut-être sur son site, ce n’est même pas l’éditeur qui s’occupe de vous envoyer le livre, tout est pris en charge par la société qui imprime le livre (après tout, ça coûte beaucoup moins cher de l’envoyer directement à l’acheteur, non ?). Du coup, il n’a pas plus intérêt à vendre la version imprimée que la version numérique. En fait, il est même probable qu’il se soit arrangé dans ses comptes pour que l’un et l’autre rapportent autant, voire que l’édition numérique lui rapporte un peu plus (il y a beaucoup plus de liberté à fixer son prix quand il n’y a pas de frais occasionnés par la création de chaque nouvel exemplaire).

Mais bon, comme tout le monde semble préférer l’édition imprimée, pourquoi s’en priver ? Personne ne boude l’édition imprimée, contrairement à l’édition numérique. Et ce, même si le livre est plus cher et met plus de temps à arriver.

Les seuls vrais avantages qu’offrent les versions imprimées, c’est le fait qu’on puisse les commander directement en librairie (du moins en général, si l’on s’est bien débrouillé). Ou que l’on puisse l’amener en salon pour les ventes directes et les dédicaces. Car, soyons honnêtes, signer un fichier numérique, c’est vachement difficile. Et puis, malgré les tentatives louables de certaines entreprises pour créer des livres numériques tangibles, ça n’est quand même pas tout à fait au point. Et puisque tout le monde préfère de toute manière le papier, autant avoir du papier.

Mais là encore, à moins d’aimer particulièrement votre libraire, commander chez lui plutôt que chez vous est une perte de temps, et de la même manière, la présence en salon occasionne des frais qui ne sont pas forcément toujours remboursés par les ventes réalisées à l’occasion. Un petit éditeur ne les fera donc pas tous et sélectionnera ceux qui sont les plus avantageux pour lui. Pas forcément de quoi exploser le nombre de vos ventes donc.

Et pire encore, l’édition imprimée à la demande pose un problème juridique.

Dans la loi française, il existe peu de clauses permettant à un auteur de rompre légitimement son contrat avec une maison d’édition pour récupérer ses droits en cas de litige. L’une de ces clauses, peut-être même la seule à bien y réfléchir, est l’obligation qu’a l’éditeur d’assurer une exploitation continue du livre. Cela veut dire, de manière assez concrète, que tant que le livre est effectivement mis en vente par la maison d’édition, celle-ci a légitimement le droit de conserver les droits.

Lorsque les éditeurs étaient contraints de passer par les points de vente traditionnels, comme les librairies ou les grandes surfaces spécialisées, cela avait une résonnance assez forte. Puisque si les retours étaient trop nombreux, si les librairies ne prenaient pas le livre, ne le mettaient pas en rayon, alors l’exploitation n’étaient pas assurée et l’auteur pouvait réclamer ses droits en toute légitimité. En gros, si l’éditeur ne faisait pas son boulot en s’assurant que le livre soit effectivement dans tous les rayons, il devait rendre à l’auteur ses droits.

Avec la vente en ligne, cela imposait tout de même à l’éditeur d’avoir un stock suffisant du livre. Une rupture de stock trop longue, quelle qu’en soit la raison, correspondait en effet à un défaut d’exploitation du livre. En gros, si l’éditeur ne faisait pas son boulot en s’assurant d’avoir un stock de votre livre, vous pouviez l’envoyer bouler et aller voir ailleurs.

Mais avec l’impression à la demande, tout cela disparaît. Il n’y a plus de stock, les librairies sont en lignes et toujours approvisionnées. Il y a donc une exploitation constante du livre… même si l’éditeur ne lève pas le petit doigt pour le vendre ! A partir de là, comment récupérer vos droits ?

Bien sûr, il n’est pas forcément plus aisé de récupérer ses droits pour une édition numérique (ça peut même être encore plus compliqué à vrai dire). Mais tout cela pour dire qu’une version imprimée n’arrangera pas forcément vos affaires sur le plan légal, comme ça a pu être le cas par le passé. Légalement, cela n’oblige pas plus l’éditeur qu’une édition purement numérique.

vieille bibliothèque

Alors oui, c’est vrai, il existe un rêve de l’édition papier. Un rêve que moi-même je partage. Mais derrière ce rêve, il y a aussi une réalité.

Derrière ce rêve, il y a un coût, que seule une poignée de maisons d’édition est à même de payer. Derrière ce rêve, il y a l’impression à la demande qui, malgré ses incroyables bénéfices, n’apporte rien de plus au livre que l’édition numérique. Derrière ce rêve, il y a des maisons d’éditions qui n’ont finalement pas la moindre obligation supplémentaire. Derrière ce rêve, il y a aussi toute une logistique qui, finalement, peut être un poids inutile pour l’éditeur.

Et surtout, ce n’est pas l’édition imprimée qui fait le succès du livre. C’est parce que le livre a du succès qu’on se permet d’investir l’argent qu’il faut pour le distribuer à grande échelle et sur tous les formats possibles. Le succès, lui, vient d’ailleurs : le sujet du livre, sa qualité, le nom de l’auteur, les recommandations…

Pour autant, l’édition papier est-elle à rejeter ? Non, bien sûr que non. Aujourd’hui, la préférence pour le papier est réelle et se priver d’impression à la demande est idiot : cela ne coûte pas beaucoup plus cher et peut rapporter bien plus au final. Ne proposer aucune édition papier, c’est finalement cela le plus absurde. Car l’éditeur lui-même, quelque part, a ce rêve de papier (imaginez-le donc chez lui, à contempler une étagère remplie de vos ouvrages…).

Tout ce que je voulais, avec cet article, c’était vous informer sur cette réalité. Qu’est-ce que cela représente réellement lorsque l’on vous propose une édition papier ? Est-ce que c’est réellement avantageux, ou est-ce que c’est purement pour l’amour de l’objet ?

En tout cas, soyez-en certain, ce n’est pas parce qu’on vous offre une édition imprimée qu’on vous fait un pont d’or, bien au contraire. Et lorsqu’un éditeur ne vous propose que du numérique pour commencer, peut-être a-t-il davantage réfléchi à votre intérêt qu’il n’y paraît… Non ? Bon.