Vu : Valérian et la cité des mille planètes

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Bonjour, bonjour !

Mercredi dernier, au cinéma, je suis allé voir Valérian et la cité des mille planètes de Luc Besson et… Oui, mais non. Mouais quoi, en gros.

Bon reprenons depuis le début.

Pour commencer, j’aimerais faire une aparté sur le titre. Valérian. Pourquoi ce choix ? Sans vouloir faire mon féministe rageur, je trouve ça un peu déplacé quand même. La BD originale s’appelle Valérian et Laureline (en tout cas, c’est ainsi que c’est crédité au générique, je sais pas, j’ai pas lu la BD en question). Pourquoi n’avoir mis que Valérian ? Je veux dire, les deux personnages sont absolument aussi importants l’un que l’autre dans le film ! Il n’y a absolument aucune raison de virer l’un ou l’autre du titre dans la mesure ou tout, mais vraiment tout, repose justement sur leur tandem ! Et choisir, en plus, de retirer le nom de la nana… Bah ouais, j’avoue que ça passe un peu mal, surtout en 2017. Bref.

 

Donc Valérian est le tout nouveau film de Luc Besson, mais c’est aussi et surtout le film qu’il voulait le plus faire depuis longtemps et… le film le plus cher de l’histoire du cinéma français jamais produit. Mais genre de tellement loin que ça fait peur. Alors oui, vous pourrez dire ce que vous voulez, certes les acteurs principaux sont américains ou en tout cas anglophones, que tout le monde parle anglais et pas français dans le film etc. Sauf que voilà. La boîte qui a produit et financé le film est française. Le réalisateur (et scénariste) est français. L’ensemble de l’équipe technique est française. Besson s’est même battu pour faire changer la loi (française) afin de pouvoir le tourner en France… Bref, ce film EST français. Et la seule et unique raison pour laquelle il a été tourné en anglais, avec des acteurs anglophones (mais pas que), c’est parce que Luc Besson avait absolument besoin d’exporter ce film pour pouvoir rembourser son investissement.

Parce que oui, un film en anglais, avec des acteurs américains a plus de chances de se vendre partout dans le monde qu’un film en français. Et il y a un moment, quand tu investis 200 millions d’euros dans un film, tu as besoin d’avoir un retour sur investissement si tu ne veux pas que ta boîte coule. D’autant que l’important, c’est pas que les personnages parlent français ou anglais, non ? C’est le film soit bon. Alors la question est la suivante : l’est-il ?

Et bien… Oui, mais pas vraiment.

Bon soyons honnête, Valérian est un bon divertissement et une grosse claque visuelle. Les décors, les effets spéciaux, l’univers… Tout ça c’est vraiment splendide. Il y a tout un tas de supers idées et le film vous transporte vraiment complètement dans un autre univers et ça fait super plaisir ! Rien que le moment qu’on voyait dans la bande annonce où Valérian court, traverse des murs et passe d’un décor à l’autre, ça vaut tout l’or du monde quelque part. Et tout le film est comme ça : magnifique, riche de détails et d’imagination… Bref, si vous voulez du grand spectacle, vous en aurez !

Sauf que voilà, en regardant le film, bah, je m’en suis un peu fichu de tout ça. Au bout d’un moment, cette grosse débauche d’effets spéciaux, d’action et d’aventure… Bah j’ai fini par m’en détacher complètement et juste attendre que ça se passe. Et c’est triste, c’est hyper, hyper triste même. Un film qui a mis autant de temps, d’énergie et d’argent dans sa préparation, qui est un événement historique pour mille raisons différentes, ne peut pas se permettre, au final, d’être aussi mal écrit.

Parce que oui, c’est bien ça le problème. Plus que tout le reste. Non, les acteurs ne jouent pas mal (même Alain Chabat s’en tire plutôt bien, c’est dire), non les effets spéciaux ne sont pas dégueulasses, non l’univers n’est pas inintéressant… C’est juste mal écrit. C’est le seul défaut du film et, oh mon Dieu, qu’il est gros !

L’histoire est globalement la suivante : Valérian et Laureline, deux agents de la fédération, doivent sauver le commandant en chef de la station Alpha (la cité des mille planètes), qui a été kidnappé par des extra-terrestres dont la planète a été détruite par un cataclysme. Et évidemment, au cours de leurs aventures, ils vont découvrir le fin mot de l’histoire quant à ce qui se cache réellement derrière la destruction de cette planète et cet enlèvement.

Et en soi, ça pourrait effectivement constituer une mission intéressante ou au moins très cool à suivre. Mais la vérité, c’est que non, très rapidement, on vient à s’en foutre complètement. Tout simplement parce que Luc Besson, en tant que scénariste, a accumulé les erreurs.

Le film commençait pourtant vraiment très bien. Que ce soit l’introduction sur la construction de la cité des mille planètes, ou que ce soit l’épisode sur la planète qui est détruite, le film vendait vraiment quelque chose de brillant et de fort. En quelques minutes à peine, il avait réussi à me faire ressentir des émotions bien réelles, un exploit que peu d’autres films parviennent à faire généralement.

Ensuite, le film enchaîne de manière assez classique sur une présentation des deux personnages principaux qui doivent accomplir une première mission plus ou moins reliée à ce qui deviendra la mission principale. Un bon moyen de montrer qui ils sont et surtout quel est leur rôle dans cet univers. La scène est peut-être un peu longue pour une scène d’introduction, mais elle a le mérite d’être assez fun à suivre, malgré beaucoup d’éléments assez compliqués à suivre et tout un tas de petites incohérences pas trop graves.

Jusque-là, tout allait bien, si ce n’était que je trouvais les dialogues entre Valérian et Laureline un peu puériles, mais après tout, cela semblait aussi bien présenter les personnages. C’est après que ça se gâte et je vais essayer de lister toutes les erreurs du film dans l’espoir que vous n’en ferez aucune vous-mêmes par la suite.

Déjà, parlons de la présentation de l’univers. Soyons honnêtes, je n’ai rien vu d’aussi mal écrit pour présenter un univers depuis… depuis je sais même pas quand en fait ! Ce film pourrait bien décrocher la palme si j’y réfléchissais vraiment. Pour tout vous dire, une voix off qui nous explique tout avant que l’histoire commence est moins ridicule que ça. En gros, au moment où Valérian et Laureline arrivent dans la cité des mille planètes, Valérian demande à l’ordinateur de son vaisseau de lui faire un topo sur cette ville qu’il connaît déjà très bien parce que, parce que… Nan, juste pour informer le spectateur. Et du coup, la cité des mille planètes nous est décrite de la manière la plus plate et la moins immersive possible, en mentionnant notamment des détails dont on a absolument rien à foutre comme par exemple « où vit notamment cette espèce réputée pour son chou-fleur à la crème ». Et je n’exagère même pas ! C’est vraiment aussi nul que ça. Ça interrompt complètement le fil de l’histoire et c’est de la pure information inutile au possible, d’autant que toutes ces informations sont de toute manière présentées ensuite d’une manière ou d’une autre sans qu’on ait besoin de les expliquer… Je veux dire, le moment où Valérian court à travers la ville et passe d’un décor à l’autre suffisait à nous expliquer clairement tout ce qu’on pouvait trouver sur la station.

Ensuite, il y a le méchant. C’est un mauvais méchant. C’est un mauvais méchant parce que ses intentions ne sont pas claires et parce que ce n’est même pas un méchant. En gros, le mec a un jour pris une décision difficile qui a eu des conséquences absolument dramatiques, mais un choix qui pouvait clairement se justifier dans le contexte. Oui, une décision horrible, mais difficile à lui reprocher dans la mesure où l’alternative n’était pas nécessairement mieux.

Sauf que, pour une raison ou une autre, il a décidé de cacher à tout le monde qu’il a pris cette décision. Alors qu’il y avait des centaines de témoins, alors que cette décision n’était probablement pas répréhensible pour tout un tas d’aspects etc. Donc déjà, à la base, les intentions du personnage sont bancales. Et c’est d’autant plus bancale que toute l’histoire tourne autour du fait qu’il ment à tout le monde et commet tout un tas d’autres crimes pour cacher la vérité et éliminer les preuves et témoins gênants (sauf toutes les personnes qui se trouvaient à bord du vaisseau quand il a pris la décision… ahem).

Mais plus encore, plusieurs plans dans le film essaient de conserver l’identité du méchant secrète, afin que ce soit une révélation autant pour le spectateur que pour les héros… Sauf que le personnage est montré dès le départ comme prenant des décisions de méchants et faisant des trucs pas nets. C’est même pire que ça, puisque c’est le seul, absolument le seul personnage à agir de la sorte ! Du coup, il n’y a aucun doute possible sur son identité et toute cette mise en scène est absurde… La révélation ne fonctionne pas du tout. Du coup on s’en fiche complètement.

Pire même, puisque comme on nous montré à plusieurs reprises que ce méchant a préparé ses arrières d’une certaine manière, on attend ce rebondissement. Et le film insiste tellement sur le fait que quelque chose va arriver de ce côté-là que la fin du film en devient particulièrement prévisible et qu’au moment où ça se déclenche, on a plus envie de dire « enfin, ça arrive » que « oh mon dieu, comment vont-ils s’en sortir ! ». Encore une fois, pas la moindre subtilité dans la façon de présenter les divers éléments de l’intrigue…

Après, il y a aussi le problème du déroulement de l’aventure en lui-même. Bon, il y a la scène de l’enlèvement et la course poursuite qui s’ensuit, jusque-là, ça va. Et puis après ça, Valérian et Laureline se retrouvent tour à tour à devoir accomplir des trucs qui n’ont absolument aucun rapport avec l’enjeu principal ! En gros, Laureline doit sauver Valérian, puis Valérian doit sauver Laureline… Mais ils ne sont même pas mis en danger par les divers antagonistes du film, ils croisent simplement des aventures sur leur route pour compléter le film. Et tout ça pour arriver comme par magie pile là où ils devaient être pour accéder au troisième acte, sans que ça n’ait vraiment plus de justification que ça.

Ces passages, vont alors nous faire perdre de vue le fil de la mission et nous présenter tout un tas de personnages qui n’ont pas le moindre intérêt et disparaissent aussitôt qu’ils n’ont plus de rôle à jouer. Ce qui fait que, naturellement, on ne s’attache pas à eux une seule seconde, qu’on ne s’y intéresse pas parce qu’ils sont vraiment et purement des personnages « fonction » et que, lorsque l’un d’eux meurt, on s’en fiche royalement !

Quand vous écrivez une histoire, l’ensemble des aventures qui arrivent au personnage doivent être connectées, doivent avoir un rapport avec l’intrigue principale ! Sans quoi, on perd le fil de ce que vous racontez, ou on perd l’intérêt pour ce qu’il se passe. Il faut focaliser l’attention du spectateur sur les bons enjeux, sinon, on va se détacher des enjeux en question.

Ici, ces péripéties nous dévient de l’enjeu principal : sauver le commandant ; pour nous concentrer sur un autre enjeu : le couple Valérian et Laureline et ce qu’ils sont prêts à faire l’un pour l’autre. Oui, c’est important vous me direz, mais qu’est-ce qui justifie qu’on ne puisse pas faire les deux en même temps ? Laureline aurait tout aussi bien pu sauver Valérian des kidnappeurs du commandant, et inversement… Comme ça, tout aurait été parfaitement lié et on aurait quand même montré l’attachement de l’un pour l’autre. Mais non. En vérité, la mission principale avait si peu de rebondissements qu’il a fallu en rajouter d’autres, qui n’avaient rien à voir. Et du coup, ça ne fonctionne pas.

Donc voilà, toujours, toujours faire en sorte que l’ensemble des scènes correspondent bien à l’intrigue principale.

Du coup, puisque la relation entre Valérian et Laureline est réellement plus centrale que tout le reste, est-elle bien faite ? Eh bien non, pas tellement. Alors certes, on les voit affronter tous les dangers pour se sauver l’un l’autre et leur attachement mutuel est bien présenté. Mais ça ne va pas beaucoup plus loin. En eux-mêmes, j’aurais même tendance à dire que les personnages ne sont pas hyper développés et pas si intéressants au final. Quant à leur relation, ils n’ont aucun moment qui nous montre réellement à quel point ils sont faits l’un pour l’autre non plus. Bon, pour être honnête, ce n’est pas le pire. Ce n’est pas transcendant, mais ce n’est pas le pire dans le film.

En revanche, ce qui est  dramatique, ce sont les dialogues qu’ils ont. Car oui, je le pensais déjà en voyant la première scène où ils discutent du fait de se draguer l’un l’autre, mais sachez que ça ne va pas en s’améliorant. A tel point qu’à la fin vous aurez même le droit à un joli petit discours nunuche sur la force véritable de l’amour qui transcende les lois, le temps etc. Tout ça parce que Valérian prend d’un seul coup une décision qui ne correspond pas à son personnage, mais justifie la présence du dialogue. Une petite situation conflictuelle désamorcée si rapidement qu’on s’en fiche complètement : elle n’a aucune profondeur, comme le discours de Laureline.

Et c’est un problème général dans le film. Beaucoup de dialogues sont très maladroits : se veulent cool et dramatiques et échouent complètement à atteindre leur objectif. Prenez le moment où Laureline s’échappe. Tout ce qu’elle dit est tellement « over the top » que c’est juste ridicule et que la scène devient intensément prévisible. Et le fait qu’elle s’échappe n’ayant pas la moindre conséquence pour la suite, pourquoi a-t-elle besoin de s’échapper ? Ne pouvait-on pas la laisser y aller directement ? Bref.

Je vais aussi vous parler du moment où les personnages découvrent enfin toute la vérité. Je trouve que, sur le plan émotionnel, leur revirement n’est pas bien amené, pas bien préparé. C’est un petit peu comme si le grand méchant du film vous disait : hey, en fait, je suis pas si méchant, et que les personnages le croyaient sur parole. Je schématise un peu, mais en gros, pour qu’un tel revirement ait lieu et soit émotionnellement logique, il aurait fallu que les personnages aient eu le temps de s’interroger sur leur propre camp et le camp d’en face, avant qu’une révélation particulière ne finisse par les retourner complètement.

Sauf que, encore une fois, la révélation en question est évidente pour le spectateur et, comme je l’ai déjà expliqué plus tôt, j’ai franchement du mal à voir pourquoi cette révélation est choquante. D’autant que les agissements du camp d’en face sont clairement pas plus nets et plus logiques. En gros, c’est les gars qui vous disent qu’ils sont les gentils et que c’est pour ça qu’ils kidnappent des gens et qu’ils vivent cachés dans l’ombre dans une cité qui est connue pour accepter absolument tout le monde sans la moindre discrimination… M’est avis qu’il y a quelque chose d’incohérent là-dedans.

Bon, je m’arrête là, mais il y a encore d’autres petits défauts. Comme par exemple, le fait que Laureline, pour une raison ou une autre, ne participe pas à la bataille finale. Ou que le général le mieux gradé de la station fasse encore face à des fichiers classés qu’il ne peut pas ouvrir après avoir demandé à la plus haute de toutes les autorités de lui donner accès à tout…

Bref, l’ensemble de ces défauts font qu’au bout d’un moment, on finit par décrocher complètement de l’intrigue : elle n’est pas cohérente, pas intéressante, on y rajoute tout un tas de péripéties qui servent juste à avoir des scènes d’action supplémentaire, les personnages principaux sont tellement forts, justes et droits qu’à aucun moment on ne doute qu’ils vont réussir quoi que ce soit, le méchant n’est même pas un bon méchant. Et l’ensemble manque à ce point de subtilité qu’on voit tout arriver 4 ou 5 kilomètres à l’avance. Quand un film accumule autant de défauts, je ne sais pas vraiment quoi vous dire…

Et pourtant, ce qui me gêne vraiment, c’est que le film n’est pas vraiment mauvais. Parce qu’effectivement, c’est tellement beau visuellement et il s’y passe tellement de choses qu’on peut y prendre plaisir sans s’impliquer dans l’histoire. On peut s’amuser des blagues, apprécier certaines scènes, se plonger dans un univers complètement différent du nôtre. Il n’y a pas à dire, Valérian vous fait clairement voyager. Alors oui, si vous êtes prêt à débrancher votre cerveau… pourquoi pas !

Mais la réalité c’est que même les films que vous demandent théoriquement de débrancher votre cerveau, comme Independance Day par exemple, sont au moins parfaitement cohérents dans ce qu’ils cherchent à proposer et là, ce n’est pas le cas.

Et ce qui m’énerve encore plus, c’est qu’en réfléchissant à tout ça, je me suis dit que ce film avait en réalité un potentiel monstrueux. Vous voulez savoir comment ce film aurait pu être vraiment magnifique, formidable et génial ? Outre le fait que toutes les scènes auraient dû se rapporter directement à l’intrigue principale, une seule idée aurait suffi à faire de ce film une vraie tuerie.

Il aurait fallu que le méchant ne fasse pas tout ça pour cacher ses propres erreurs, mais pour cacher celle d’un ami, d’un partenaire (le gentil général par exemple). Pourquoi ça aurait été si génial ? Parce que tout le film repose sur le tandem que forment Laureline et Valérian, et surtout ce qu’ils sont prêts à faire l’un pour l’autre : transgresser les lois, affronter mille dangers etc. Si le méchant avait fait tout cela, non pas pour lui, mais pour quelqu’un qui lui est cher, exactement comme Valérian et Laureline agissent pendant tout le film… vous imaginez toute la profondeur qu’aurait eu ce film ? Là, ça aurait été une révélation digne de ce nom et j’aurais même été prêt à passer sur tous les autres défauts du film sans le moindre problème.

En fait, j’en suis même à enrager que ça ne soit pas ça l’histoire. C’est juste tellement dommage, un tel gâchis…

 

Alors, au final, que réellement penser de Valérian et la cité des mille planètes ? Faut-il recommander d’aller le voir ou non ? Et bien, malgré tout ce que je viens de dire, je veux vous le recommander.

Oui, je veux que vous alliez voir ce film, déjà parce qu’il faut que, quelque part, le pari de Luc Besson fonctionne. C’est le premier block buster français et il faut que ça marche. Il faut que ça marche pour qu’on en produise d’autres. Si ce film se plante trop durement, la production française risque d’en conclure que la SF ça ne marche pas et qu’il ne faut surtout pas en produire. Si ce films se plante, il condamnera tous les créateurs qui veulent faire du genre à ne rien pouvoir produire en France et à devoir partir à l’étranger pour réaliser leurs rêves.

Ensuite, parce que malgré tout, il y a des choses à voir dans ce film, et le moyen de passer un bon moment si vous n’êtes pas trop regardant sur l’histoire et que vous aimez vous plonger dans un autre univers. C’est du grand spectacle et ça mérite d’être vu au moins une fois je pense, parce qu’à mon avis, ce film apporte tout un tas de choses en termes de réalisation de films de SF dont on vous reparlera encore et encore dans les prochaines années.

Il faut aller voir ce film, ne serait-ce que pour l’exemple de tout ce qui ne fonctionne pas. Il faut aller voir ce film quand on est cinéphile, parce qu’on en a beaucoup de choses à dire.

Mais surtout, surtout, il faut aller voir ce film parce qu’il y a un truc dans ce film : on sent clairement que Besson s’est royalement éclaté à le faire. Parce qu’il a d’abord fait ce film pour lui plutôt que pour nous. Parce que ce grand enfant voulait faire un film aussi coloré, aussi beau, avec de l’action, du fun, des vaisseaux spatiaux et des rebondissements à la noix et qu’il l’a fait. Il l’a fait sans se poser de question et avec un cœur, un amour qui transparaît tout le long du film. Luc Besson, c’est un mec qui avait un rêve, un rêve qui coûtait 200 millions d’euros et qui a décidé que « je m’en fous, j’ai les thunes, je le fais ». Et juste ça, oui juste ça, je trouve que c’est absolument royal.

Mon rêve à moi devrait coûter 500 millions d’euros. Si Besson l’a fait, je le ferai !

Vu : La Colle

La Colle

Bonjour, bonjour !

Jeudi dernier, au cinéma, je suis allé voir La Colle de Alexandre Castagnetti et si j’ai passé un bon moment, il y avait encore trop d’erreurs dans le film pour que je vous le recommande vraiment.

En fait, La Colle, c’est un film qui reprend le principe de Un Jour Sans Fin, mais cette fois-ci autour de deux heures de colle et non plus d’une journée complète. En réalité, c’est même un peu plus précis que ça, puisqu’à chaque fois que le personnage s’éloigne plus de trois minutes de la fille dont il est amoureux, il revient au début de la colle. Et du coup, il va chercher à sortir de là par tous les moyens… parce bon, être bloquée indéfiniment en colle, même avec la fille de ses rêves, c’est pas hyper top non plus.

La Colle donc, c’est clairement un teen movie assez déjanté. L’enjeu est assez simple, assez clair : pour sortir de la boucle, il doit trouver le moyen de séduire la fille et donc dépasser ses propres limites, ses propres appréhensions… Bref, grandir quoi !

Et avec un tel principe, qui a déjà été traité de nombreuses fois au cinéma ou à la télévision, il y a effectivement de quoi créer tout un tas de situations assez funs, comme lorsqu’il se tape la tête contre la table ou lorsqu’il arrête un projectile d’une main, ou lorsqu’il laisse la fille se prendre  un bouchon de champagne à sa place… Ou lorsqu’il en profite pour faire des choses qu’il ne ferait pas autrement.

Bon, je ne vous révèle pas tous les trucs, mais il y a des idées assez sympas tout du long, voire-même de très bonnes idées de fond. Comme par exemple la raison pour laquelle la boucle temporelle se crée, ou encore les différentes phases par lesquelles passe le personnage vis-à-vis de la fille. Et d’ailleurs, le film tient plutôt bien la route en ce qui concerne sa résolution ou le fil de ses événements, sans avoir la moindre longueur ou répétition. Il est même très bien réalisé, ce qui fait plaisir à voir.

Hélas, cette belle performance est gâchée par tout un tas d’erreurs que je qualifierai presque de « débutant ».

Le premier problème, ce sont les dialogues. Ils sont souvent maladroits, s’ils ne sonnent pas complètement faux. Et cela va même jusqu’à ce que le héros fasse le fameux discours où il devient soudain le plus fin des psychologues et dévoile leurs quatre vérités à tout le monde ce qui résout l’intrigue (ou presque). Autant vous le dire, ce discours d’état d’âme, c’est toujours, toujours une mauvaise idée dans un récit : ça n’a rien de naturel, c’est de la surexplication, c’est d’une facilité criante etc. En théorie, si vous avez bien fait votre travail, vous n’en avez pas besoin, car on sait déjà tout ce que dit le personnage à ce moment-là. Bref, à chaque fois que ça arrive, je trouve cela gênant personnellement, embrassant et lourdingue… Et c’est vraiment dommage, parce que la scène qui se trouve juste avant constituait en soit une conclusion déjà suffisamment belle et logique pour qu’on se passe de ce discours.

De même, je trouve que le film ne se sert pas assez de l’aspect boucle temporelle. Je veux dire, dans Un Jour Sans Fin, le personnage essayait vraiment tout un tas de choses rigolotes. Dans Edge Of Tomorow, on voyait vraiment Tom Cruise essayer plusieurs fois la même chose en apprenant de chaque boucle. Mais là, rien de tout ça, le film ne joue pas vraiment avec le côté répétitif de son intrigue. C’est bien dommage.

Après, il y a le fait que ce qui permet finalement au héros de draguer la fille… c’est qu’il fasse de la BD. Je veux dire, déjà, on le voit venir gros comme une maison, mais en plus, on nous fait croire que c’est vraiment exceptionnel, alors qu’un jeune qui a une passion comme ça, c’est plutôt commun en fait. En tout cas, moi, j’avais l’impression que la moitié de ma classe, à cet âge, était plus ou moins dans ce genre de trip. Et le fait que la fille « aime la BD » est aussi traité comme quelque chose d’exceptionnel, ce qui me semble assez absurde aussi.

Bref, mais le vrai problème, c’est que le héros finit par la draguer en écrivant une BD qui… raconte en réalité son histoire où il est piégé dans la colle. Alors, pourquoi pas, il a effectivement plein de choses à raconter. Mais du coup, la fille ne se rend pas compte que c’est exactement leur histoire qu’il est en train de raconter ? Avec exactement les mêmes personnages que les personnes qui les entourent etc ? Ou alors elle s’en rend compte, mais ne le dit pas parce que… ? Il y a quelque chose d’un peu bancal dans cette affaire.

D’autant que, à un moment, elle lui dit « c’est pas mal, mais les personnages secondaires ne sont pas assez développés » et du coup, le héros va parler aux autres élèves de la colle pour apprendre à les connaître. C’est cool, mais comme les personnages en question ne sont finalement pas si intéressants que ça en eux-mêmes, l’effet est un peu manqué je trouve.

Et puis, il y a l’épilogue, où l’on voit ce que sont devenus tous les personnages après la fameuse colle… Et les voilà qui ont tous radicalement changé suite au discours du héros. C’est un peu facile je trouve. Parce que bon, lui, il l’a fait une centaine de fois cette colle, son évolution est donc normale, mais tous les autres ne l’ayant vécue au final qu’une seule fois de leur point de vue, c’est un peu bizarre qu’ils changent à ce point…

Bref, beaucoup, beaucoup de maladresses au final, de facilités, de manques et de petites incohérences qui font que non, ce film ne parvient pas à être vraiment bon à mon sens. Et c’est bien dommage.

En revanche, l’une des réactions du personnage, vers le milieu du film, m’a presque fait espérer une approche absolument nouvelle et intéressante de ce type d’histoires… Malheureusement, il n’est pas du tout allé dans cette direction et c’est bien dommage… parce que maintenant, j’ai envie d’écrire une histoire qui aille dans cette direction… Bref.

Vu : Baby Driver

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Bonjour, bonjour !

Jeudi dernier, au cinéma, je suis allé voir Baby Driver de Edgar Wright et… j’ai été assez déçu, je dois vous le dire.

En fait, Edgar Wright est l’un de mes réalisateurs préférés. Je suis absolument fan de son style, de sa maîtrise du rythme, de l’humour, de sa façon de raconter des histoires etc. On parle beaucoup de plans séquences dernièrement, les siens font clairement partie des meilleurs. En bref, il a une patte particulière, un univers bien à lui qui me plait énormément. Tellement à lui d’ailleurs qu’il a fini par se prendre la tête avec Marvel sur la question : c’était lui qui était censé réaliser Ant-Man, mais finalement, il a préféré abandonner suite aux pressions des studios qui lui demandaient de faire un film qu’il ne voulait pas faire. Pourtant, même dans Ant-Man, on peut retrouver un certain esprit qui correspond clairement à son univers.

Alors qu’en est-il de Baby Driver ? Et bien… Oui, c’est bien un film d’Edgar Wright… Mais pour une fois, je ne rentre pas dans son délire et surtout… je trouve qu’il n’est pas allé au bout de son délire.

Je m’explique. Tout le principe de Baby Driver c’est que le personnage écoute constamment, en permanence, de la musique. Vraiment tout le temps. Je crois que les moments de silence sont très, très rares et à la fin du générique, quand vous verrez toute la playlist, vous comprendrez la douleur des producteurs lorsqu’ils ont dû payer la facture aux compositeurs… Bref. Edgard Wright a donc écrit son film avec et pour la musique. L’idée est que chaque scène ait été construite autour d’une chanson, tournée pour être en rythme avec cette chanson. Une idée tout à fait logique dans l’univers d’Edgard Wright et, très honnêtement, je ne vois pas vraiment d’autre réalisateur capable de faire un truc pareil.

Sauf que, sauf que… pour être honnête, ça ne fonctionne pas vraiment. Déjà, pour commencer, si certaines scènes fonctionnent effectivement vraiment bien avec la musique, comme par exemple la toute première, le moment « Tequila » ou même le moment où il va chercher des cafés… Autant dire que pour l’essentiel des autres scènes, la musique n’a pas grand intérêt à être là. Ce sont des scènes de discussion ordinaires ou autres qui ne gagnent pas spécialement à être tournées ou montées en musique, tout simplement parce qu’elles ne se prêtent pas vraiment à l’exercice de par leur nature… banale.

Pour que l’exercice soit réussi, il aurait fallu écrire réellement TOUTES les scènes, même les plus anodines, afin qu’elles soient intéressantes en musique et trouver de meilleures excuses pour qu’elles le soient. Là, ce n’est pas le cas.

Mais plus encore, dans la plupart des scènes qui, elles, fonctionnent avec la musique… Bah, la réalisation d’Edgard Wright ne marque pas hyper bien le rythme non plus et les chansons deviennent alors plus des morceaux d’ambiance qu’autre chose, c’est un peu triste. Encore une fois, ça marche bien sur les trois scènes que j’ai citées et pour tout le reste du film, j’ai pratiquement oublié quels titres avaient été choisis ou comment la musique s’insérait dans la scène, c’est vous dire.

De même, je n’ai pas vraiment retrouvé l’énergie du montage propre aux films d’Edgar Wright, avec ces inserts quasi psychédéliques et humoristiques, ses personnages qui font des plans sur la comète etc. C’était justement sur ça que je pensais qu’il allait jouer avec la musique, mais non, pas du tout. Il y a beaucoup plus de plans séquences qu’autre chose. Bon, ce sont de très bons plans séquences, mais du coup, le rapport avec la musique est moins évident.

Bref, de ce côté-là, autant vous le dire tout de suite, je ne trouve pas le pari réussi du tout.

Mais qu’à cela ne tienne ! Car en réalité, il y a beaucoup plus dans ce film que ce jeu avec la musique et notamment une histoire plutôt très bien fichue dans son ensemble, avec des personnages très bien construits et très attachants. D’autant que, plus qu’un film humoristique, Edgard Wright a clairement cherché à faire un genre thriller à sa sauce ici et… de fait, ça fonctionne assez bien. De manière générale, j’ai été pris par l’intrigue, les scènes de tension etc.

Je veux dire la relation entre le héros et son père adoptif est vraiment super, le couple qu’il forme avec la serveuse est très mignon, le personnage de Jamie Foxx est vraiment très inquiétant, je me suis même attaché au couple de truands qui les accompagne et Kevin Spacey tient bien son rôle de semi-bâtard. Tout cela fonctionnait donc plutôt très bien, même si l’utilisation de la musique n’était pas aussi impressionnante que je l’avais espéré.

Et puis est arrivé le dernier acte. Et c’est là que, pour moi, le film m’a perdu et ce pour tout un tas de raisons.

Tout d’abord et c’est le plus important : c’est quoi cette scène de fin ridicule ? Nan, sérieusement, depuis quand les scènes les plus impressionnantes d’un film apparaissent au début ou au milieu ? Depuis quand on a décidé que les troisièmes actes seraient des scènes de moindre envergure ? Je veux dire, c’est un principe de base de l’écriture : le film doit toujours aller de l’avant, il doit être de plus en plus gros, de plus en plus impressionnant, de plus en plus fort. Sinon, quel intérêt ?

Parce que là, concrètement, il y a une scène de la mort qui tue en intro, où le personnage fait un millier de trucs trop oufs en quelques secondes… En passant de la ville à l’autoroute, en allant à contre sens, en piégeant les flics, en se servant de son environnement, de la musique etc… Et tout ce build up sur le meilleur chauffeur de malfrat du monde pour finir son film par une baston minable dans un parking précédé par une course poursuite à pied… Sérieusement ? Je veux dire, un film comme ça, qui se prétend être un film « cool », se devait de finir par une énorme course poursuite jamais vue au cinéma. Là, je suis désolé, il y a une nette régression par rapport à ce qui est proposé avant dans le film et je trouve ça presque inadmissible.

Rappelez-vous : votre scène la plus impressionnante doit toujours être la dernière ! Sans quoi, le spectateur risque de sortir déçu, comme c’est mon cas.

Mais malheureusement, ce n’est pas le seul défaut de cette scène. Plusieurs autres erreurs s’y sont glissées selon moi. Tout d’abord, son ennemi n’est pas Jamie Foxx. Et dans la mesure où on a passé tout un film à rendre Jamie Foxx inquiétant, que ce ne soit pas Jamie Foxx qui le poursuive rend tout de suite la scène beaucoup moins inquiétante. Alors, certes, c’est intéressant que ce soit ce personnage qui soit le méchant au final, mais en termes d’émotion, il aurait aussi fallu le construire un peu mieux. Parce que jusqu’au moment où il devient le méchant, tout ce qu’il a de réellement impressionnant est passé uniquement par le dialogue, alors que Jamie Foxx agit, lui. Désolé, mais il n’y a que peu de comparaison entre les deux.

Et puis, enfin, il y a le soucis des personnages qui finissent par aider le héros… sans vraiment trop de raison. D’accord, le couple avec la serveuse était assez mignon à suivre. Mais de là à ce qu’au moment où elle apprend qu’il est en réalité complice de braqueurs hypers violents, elle accepte de le suivre quoi qu’il arrive… je trouve qu’il y a une marge. Idem pour Kevin Spacey, qui était de plus en plus construit comme un méchant et qui retourne finalement sa veste alors qu’il aurait pu constituer un obstacle de plus très intéressant. D’autant que la raison pour laquelle il retourne sa veste est très légère.

Et bref, tout ça fait que, concrètement, je suis sorti du film en me disant un peu « bof », je m’attendais à mieux.

En fait, je pense que Edgard Wright a eu du mal à sortir de son côté délirant. Il voulait faire un film plus sérieux et finalement, n’a pas vraiment su comment. De fait, dans un film délirant, les attitudes des personnages à la fin n’auraient pas parus si étranges je pense. Et cette volonté de ne pas faire un film trop délirant se voit notamment dans le choix du méchant pour la fin : c’est clairement celui qui génère le plus gros enjeu émotionnel. Malheureusement, là encore, il aurait fallu construire le film dans ce sens dès le départ et non pas le commencer comme une histoire « cool », car du coup, cela créé un manque à la fin… vu que la scène est loin d’être aussi cool que la première.

Après, pour être tout à fait honnête, ce n’est pas un mauvais film du tout. Il y a des passages qui sont vraiment bons, comme ceux que j’ai mentionnés, ou la scène où Jamie Foxx insiste pour aller dans le Diner, ou même la scène où les autres découvrent ce qu’il fait de ses enregistrements. Et de manière générale, l’histoire reste bien construite et intéressante à suivre. Malheureusement, Edgard Wright aurait pu aller tellement plus loin avec ce film qu’il est réellement dommage que ce soit là le résultat qu’il ait obtenu… J’espère sincèrement qu’il fera mieux la prochaine fois.

Vu : Dunkerque

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Bonjour, bonjour !

Mercredi dernier, au cinéma, je suis allé voir Dunkerque de Christopher Nolan et c’est un film que j’ai vraiment beaucoup aimé, même si je ne le recommanderai pas forcément à tout le monde.

Je m’explique. Dunkerque c’est un film particulier à bien des égards. Tout d’abord, vous le savez déjà peut-être, mais il n’y a presque pas de dialogues dans le film. Ensuite, la structure du film est inhabituelle, puisqu’on suit en même temps trois histoires qui ont des temporalités différentes : une semaine, un jour et une heure. Enfin, c’est aussi un film de guerre qui s’éloigne complètement du schéma classique des films de guerre, puisque l’objectif n’est pas de remporter une bataille, mais tout simplement de survivre, de survivre à tout prix.

Les personnages n’y sont pas très développés, quoi que je les aie trouvés plutôt attachants pour la plupart et on ne suit pas une intrigue précise qui vous prend au corps, une quête bien ordonnée comme on a l’habitude d’en voir au cinéma. Pourquoi ? Tout simplement parce que Dunkerque est avant tout et surtout, un film d’ambiance, un film contemplatif. C’est-à-dire un film dont l’intérêt n’est pas le déroulé des événements, mais la sensation qui s’en dégage. Et autant vous le dire tout de suite : soit vous rentrerez dans ce projet, vous vous laisserez porter par cette ambiance… soit le film vous laissera complètement froid.

Si vous n’aimez pas le film, ce n’est pas parce que vous n’avez pas compris quelque chose où que celui-ci est mauvais, c’est tout simplement parce qu’il est très dur de toucher quelqu’un avec ce type de projet ; et selon ce que vous recherchez lorsque vous allez voir un film, vous risquez fort d’être déçu. Si par exemple, ce que vous aimez, c’est les intrigues alambiquées, ou les personnages complexes, hauts en couleur, vous risquez fort d’être déçus. Mais si comme moi, vous êtes prêts à vous laisser porter par l’émotion seule, alors il y a des chances pour que vous appréciiez. Néanmoins, je le dis ici et je l’affirme : Dunkerque est un très bon film, car il réussit tout à fait à atteindre son objectif et l’écriture épurée qu’il propose y est pour quelque chose, au moins autant que la patte de réalisateur de Christopher Nolan.

Le film raconte donc la bataille de Dunkerque, ou plutôt l’histoire de son évacuation. Pour ceux qui ne le sauraient pas, au début de la guerre, en 1940, les forces allemandes ont piégés plus de 400 000 soldats, anglais et français confondus, dans la ville de Dunkerque. Tout l’enjeu de la bataille a donc consisté à évacuer un maximum de soldats afin qu’ils puissent reprendre la guerre ailleurs, plus tard. Encerclés, piégés sur la plage, à la merci des aviateurs allemands, leurs bateaux d’évacuation coulés les uns après les autres par des sous-marins, les soldats sur la plage ont ainsi attendu les secours des jours durant, sans savoir s’ils s’en sortiraient.

Et c’est précisément ce sentiment que Christopher Nolan a voulu recréer dans le film. Il a souhaité nous faire ressentir leur torpeur permanente : leur détermination à survivre par tous les moyens, leur espoir de voir arriver les secours, leur peur de voir un raid aérien venir briser leurs espoirs à chaque instant, et surtout l’incertitude de savoir s’ils parviendraient enfin à quitter cette plage infernale. Et c’est là que le film est extrêmement efficace, car sitôt que l’on rentre dans son univers, on ressent réellement tout cela. Personnellement, j’ai été tendu du début à la fin.

Et la question est : pourquoi ça marche si bien ?

Tout d’abord parce que Nolan a fait le choix de résumer son film à son aspect le plus pur : l’enjeu de la survie. C’est assez bête en réalité, mais la plupart du temps, les auteurs ont justement tendance à trop en faire. Lorsque l’on écrit, on a toujours en nous cette volonté de vouloir tout dire, tout expliquer, explorer chacune des pistes qui s’offre à nous, chacune des intrigues qui nous vient en tête. Et de fait, un récit riche de détails paraîtra toujours plus réel, plus complexe, plus construit… plus « riche » en fait.

Néanmoins, c’est surtout un travers. En réalité, à force de vouloir tout dire, tout expliquer, tout explorer, on finit surtout par s’éloigner du sujet, par traiter plusieurs sujets à la fois et du coup à survoler chacun d’entre eux, on finit par surexpliquer les choses, voire-même à créer des passages entiers qui n’ont pas grand-chose avoir avec l’idée de base, quand bien même sont-ils intéressants à suivre. Personnellement, je me rends compte qu’une grande part de mon travail quand j’écris, ou quand je parle à d’autres auteurs, consiste à retirer petit à petit tout ce qui n’est pas utile, tout ce qui est en trop.

Et c’est justement ce qu’a fait Nolan en écrivant ce film. Il a retiré tout ce qui n’était pas essentiel. Mais il a réellement cherché à aller plus loin, afin de complètement épurer son récit. Du coup, ses personnages ne semblent pas développés : on ne sait presque rien d’eux et la plupart n’ont même pas de nom. De même, il n’y a presque pas de dialogue, car l’essentiel de l’action passe par l’image et les rares lignes de texte ne font que nous expliquer en quelques mots deux ou trois éléments de l’univers : juste ce qu’il faut pour que l’on comprenne l’intrigue. De même, c’est un film de guerre dans lequel vous ne verrez presque pas de combats (à l’exception des combats aériens), tout simplement parce que les combats n’ont pas leur place dans la réalisation de l’objectif des personnages. Oui, tout, vraiment tout, a été retiré afin de se concentrer uniquement sur l’essentiel : la survie des personnages.

Et le fait d’avoir une histoire aussi épurée de tout, aussi « brute », va avoir un effet immédiat : cela va renforcer la sensation qui doit se dégager du film. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’à force de retirer tout le reste… c’est tout ce qu’il reste dans le film. Tout ce que le film a à offrir au spectateur. Et du coup, il ne reste que cette tension permanente, ce mélange de peur et de recherche de la survie par tous les moyens. Ce sentiment, élagué de toutes les fioritures dont on pourrait le barder, nous est ainsi offert à l’état pur, ce qui le rend immédiatement plus grand, plus impressionnant, plus omniprésent aussi. Et à partir de là, à chaque instant du film, c’est la même question qui s’impose : et là, vont-ils enfin s’en sortir ? Et chaque revers qu’ils subissent ne fait que nous inquiéter davantage.

Je me dois, ici, de saluer le coup de force de Nolan qui, à une époque où la tendance est à la surexplication, a fait le pari que son film serait plus intéressant et plus fort si justement on en retirait tout ce qui n’y était pas absolument nécessaire.

Bien entendu, ce n’est pas le seul tour que déploie l’écriture du film pour nous prendre au corps. En premier lieu, il faut citer le fait que chaque scène, absolument chaque scène est concentrée sur l’objectif des personnages, sur l’enjeu du film. A aucun moment on aura le droit à une séquence où les personnages vont faire autre chose que de tenter d’atteindre cet objectif. Et c’est important, car cela permet de maintenir en permanence le sentiment souhaité, sans faire le moindre écart.

Ensuite, quoi que le film soit en apparence épuré, la vérité est que Nolan l’a travaillé en profondeur, notamment au niveau des personnages. Car même si ceux-ci ne sont pas développés dans le film, ils ont clairement des personnalités, font des choix, réagissent chacun à leur manière à la situation. Nolan a en réalité simplement fait le choix de ne pas dire tout ce qu’il avait créé et imaginé autour de son film, mais il est clair qu’il a dû faire des recherches assez importantes.

Un autre point sur les personnages, c’est qu’ils ne sont pas très différents les uns des autres. Même s’il n’y en a pas deux pareils, bien évidemment, ils n’ont pas été conçus pour se différencier beaucoup les uns des autres. Cela aussi, va renforcer, tout au long du film, l’idée qu’ils sont tous dans la même galère. Si on avait eu des personnages trop différents, trop hauts en couleur, on se serait sûrement trop attardé sur les enjeux de leurs relations. Là encore, la construction du film ayant entièrement été axée sur le seul enjeu de la survie et l’ambiance désirée.

Le fait d’avoir montré les trois histoires en parallèle alors même qu’elles se déroulaient sur des périodes et des temporalités différentes permet aussi de construire la tension. Cette fois cependant, il s’agit d’un artifice plus habituel pour Nolan. De fait, cela crée une certaine attente chez les spectateurs : à partir de quel moment ces récits vont commencer à se croiser ? Et finalement, comme tout récit « chorale » (c’est-à-dire qui comporte plusieurs histoires parallèles), on attend tous le moment où toutes les intrigues vont se mêler. Et à l’instant où elles se mêlent généralement, la tension est toujours très forte, car on ne sait pas à quel moment tel ou tel personnage va surgir pour aider les autres, s’il va arriver à temps etc. Mais plus encore, le fait de ne pas avoir raconté ce récit dans un ordre tout à fait chronologique permet aussi de créer autant d’empathie et d’identification pour chacun des personnages principaux et de ne pas créer de déséquilibre.

Il s’agit néanmoins ici d’une technique habituelle de Nolan, qui apprécie, généralement, de raconter ces histoires en parallèle, que ce soit dans le temps ou dans l’espace, afin de renforcer certains sentiments ou de jouer avec les attentes du spectateur, ou pour rendre l’ensemble un peu plus complexe qu’il n’y paraît et ainsi mieux cacher ses twists.

Autant d’élément qui, associé à sa très belle réalisation, au jeu parfait des acteurs et à la musique d’Hans Zimmer, va permettre de créer une tension continue tout au long du film qui ne sera au final interrompue que par l’arrivée des secours et un puissant sentiment de libération. Et au final, Nolan, en associant toutes ces techniques, réussit à nous plonger dans un film d’ambiance très prenant…

Après, cependant, le film n’est pas exempt de défaut. Le principal à mon sens, c’est que l’histoire sur le bateau civil est beaucoup moins intéressante que les autres. Elle s’écarterait presque du sujet par certains aspects, même si ce n’est pas tout à fait le cas. Sans être réellement gênante, elle ne nous prend pas au corps comme l’histoire des aviateurs ou des soldats sur la plage et c’est dommage.

De même, la volonté de base, d’inscrire le film sur trois temporalités différentes : une semaine, un jour et une heure, n’est pas vraiment respectée. L’histoire sur la plage ne prend pas plus de deux jours en tout… Dommage de ne pas être allé jusqu’au bout du procédé.

Le fait que les personnages soient aussi peu caractérisés est certes utile au fonctionnement du film, mais cela peut aussi, parfois, poser problème. Les pilotes par exemple, deviennent assez peu identifiables les uns des autres et si Tom Hardy n’incarnait pas l’un des deux, je n’aurais su vous dire qui était qui.

Quant à certains rebondissements, ils deviennent presque trop prévisibles à cause de la façon dont le film est construit. Par exemple, lorsque la torpille arrive. Ou lorsque le pilote est piégé dans son cockpit…

Enfin, je pense que Nolan n’a pas vraiment su comment finir son film. Non pas que la fin de l’intrigue soit mauvaise, mais que le plan final soit un peu bizarre, on a l’impression qu’il a hésité entre deux plans et n’a finalement pas su choisir entre les deux… L’effet est un peu manqué de ce côté-là.

Autant de petites choses qui viennent un peu gâcher le génie du film. Cela-dit, je pense globalement que Dunkerque est un très bon film, qui mérite d’être vu si vous appréciez ce genre de cinéma épuré, d’ambiance et de contemplation. C’est aussi un film de guerre qui se démarque complètement de tout ce qui a été fait dans le genre jusqu’à présent, ce qui n’est pas pour me déplaire non plus. Et clairement, de mon côté, j’adore les écritures aussi subtile que celle-ci…

Il y aurait aussi sûrement beaucoup de choses à dire sur le thème du film, qui est, je crois, l’aspect vain de tout cela, notamment marqué par la fin où tout le monde félicite les soldats qui ne comprennent pas cette réaction : eux n’ont fait rien d’autre que survivre, ou par la façon dont le garçon sur le bateau est traité en héros alors qu’il n’a pas fait plus… Mais il me faudrait plusieurs visionnages pour vous en parler plus directement.

Ce que je trouve intéressant en revanche, c’est l’évolution de Nolan lui-même et le tournant qu’il prend en signant ce film. Il faut bien comprendre que Nolan est en réalité le maître de l’artifice, de l’illusion : c’est un scénariste qui a l’habitude d’utiliser toutes les techniques du monde pour grossir, grandir ses histoires et rendre des faits finalement assez simples absolument sensationnels, afin de chercher à vous en mettre plein la vue en permanence. C’est notamment à cela que servent ses constructions en parallèle… Si vous ne me croyez pas, revoyez donc Le Prestige, qui vous explique très clairement, dès sa première scène, comment il vous trompe et vous amuse. Ne vous y méprenez pas, Nolan est très fort à ce jeu et c’est notamment pour cela qu’il fait partie des scénaristes les plus appréciés.

Mais ce que je trouve étonnant avec ce film, c’est justement que pour une fois, le maître de l’artifice a décidé de construire un récit complet autour d’une sensation extrêmement pure et réelle. En fait, avec Dunkerque, Nolan nous montre surtout qu’il n’est pas seulement capable d’être un illusionniste, mais qu’en tant que story teller, il sait aussi maîtriser le vrai, le pur, le brut. Et ça, c’est vraiment très intéressant : je commence à me demander ce qu’il fera ensuite du coup… Est-ce qu’il reprendra ses artifices ou est-ce qu’il se dirigera plus vers le vrai ?

Vu : Spider-Man : Homecoming

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Bonjour, bonjour !

Dimanche dernier, au cinéma, je suis allé voir Spider-Man : Homecoming de John Watts, le nouvel opus du Marvel Cinematic Universe, et j’avoue que j’ai passé un très bon moment.

C’est donc le 16ème film du MCU, le 6ème Spider-Man et le 3ème reboot du personnage… en moins de 20 ans. Autant dire qu’à ce niveau-là, je ne sais pas s’il faut parler de pression incroyable ou du fait qu’on ne sait plus vraiment trop à quoi s’attendre concernant ce personnage. Spider-Man : Homecoming n’avait pas spécialement toutes les cartes en main pour réussir : on va nécessairement vouloir le comparer aux trois films de Sam Raimi, aux deux films de Mark Webb, on va chercher à voir s’il aussi bon que les meilleurs films du MCU, on va faire tout un tas de commentaires pour dire que ce Spider-Man est mieux que celui-ci etc, etc. Et finalement, on va très peu chercher à juger le film en lui-même… Je vais donc, de mon côté, essayer de traiter ce film comme un film à part entière avant de vous dire ce que j’en pense par rapport à tous les autres.

Et pour commencer, disons les choses simplement : j’ai vraiment bien aimé ce film. Les scènes d’action sont bien réalisées, les acteurs jouent tous très bien (avec une mention spéciale à Mickael Keaton) et la réalisation sait exactement comment filmer ce récit. Elle fonctionne notamment très bien en ce qui concerne l’humour et s’octroie même le loisir de mettre du sens dans ses plans. Quant à la musique, qui est globalement une reprise d’un vieux thème du personnage (je crois), elle est vraiment très bonne. Il n’y a rien de vraiment exceptionnel et transcendant dans tout cela, mais cela n’en fait pas moins un film d’une très grande qualité à bien des égards.

Alors parlons de l’écriture et de l’histoire en elle-même : vaut-elle le détour ? Oui ! Très clairement.

Spider-Man : Homecoming nous raconte donc l’histoire de Peter Paker qui, après avoir aidé Iron-Man à combattre Captain America dans Civil War rentre chez lui, désireux de faire ses preuves afin de pouvoir intégrer officiellement la cour des grands : les Avengers. Et pour cela, il va se mettre en tête d’arrêter à lui seul un réseau de trafiquants d’armes fabriquées à partir de technologies extra-terrestre et dirigé par « Le Faucon » (un type avec des ailes high-tech trop classe). Sauf que bien entendu, personne ne le prend réellement au sérieux et avec tout ça, il doit aussi gérer sa vie de lycéen avec tous les enjeux que ça suppose : avoir des bonnes notes, s’amuser avec ses potes, participer à divers clubs et surtout, surtout, sortir avec la jolie fille ! Ah, et avec ça, il doit naturellement s’assurer que son secret ne soit pas découvert.

Et déjà, avec un sujet pareil, il y a de quoi être ravi en tant que spectateur. Autant vous le dire tout de suite : l’ado en apparence ordinaire qui mène une vie secrète d’aventurier et qui est amoureux de tel ou tel camarade de classe… c’est l’une des formules miracles qui marchent à tous les coups. Je ne pourrais même pas vous citer toutes les œuvres cultes qui utilisent le procédé tellement il y en a et tellement c’est efficace.

Et pour cause ! Vous avez un personnage qui paraît ordinaire, qui pourrait être n’importe qui, mais qui mène en fait une vie géniale. Déjà, ça fait rêver. Ensuite, c’est un type d’histoire où trois enjeux sont constamment en opposition : l’enjeu amoureux, l’enjeu du secret et l’enjeu de l’aventure. Du coup, ça permet de créer facilement tout un tas de situations où le personnage se retrouve à essayer de jongler entre ces différents enjeux. Pile au moment où la personne aimée s’intéresse à lui, il faut qu’il parte sauver des vies. Et il ne peut pas expliquer son départ inopiné, parce qu’il faudrait révéler son secret. Etc, etc.

Car au final, ce qui est réellement intéressant dans une intrigue, ce n’est pas nécessairement lorsque le personnage a du mal à atteindre l’objectif qu’il s’est fixé : c’est quand il se démène dans tous les sens pour atteindre tout un tas d’objectifs en même temps. C’est la multiplication des enjeux et leur opposition dans certaines situations qui nous fait souvent le plus trembler dans un récit. C’est l’une des clés du succès, l’un des secrets qui vous permettra de réussir à tous les coups ou presque ce que vous écrivez.

Je ne vous le cacherai pas, moi, c’est l’un des cocktails que je préfère dans le monde de l’écriture. Je vous recommande donc d’en faire usage à outrance, ou d’inventer vos propres cocktails d’enjeux.

Et le film se sert vraiment très bien de ce cocktail, en créant tout un tas de situations qui mettent le personnage dans des positions délicates ou face à des dilemmes moraux très fort. Comme lorsque Liz l’invite à aller se baigner pile au moment où il part en mission, ou lorsque son pote révèle à tout le monde qu’il connaît Spider-Man. Je n’en dirais pas plus, mais le film s’en sert très bien… peut-être même mieux que dans beaucoup d’autres récits qui utilisent ce petit cocktail.

Autre point positif, c’est l’objectif du héros : faire ses preuves. Faire ses preuves auprès de Tony Stark, bien sûr, afin de pouvoir intégrer les Avengers, mais aussi auprès de Liz, ou même de tante May (dans une moindre mesure). Ce désir est constant tout au long du film et est si humain qu’il nous permet immédiatement de nous attacher à Peter Parker. Et en conservant ce désir comme ligne directrice du film, celui-ci conserve une cohérence émotionnelle parfaite d’un bout à l’autre. Et ainsi, vous verrez Spider-Man tellement chercher à faire ses preuves qu’il en devient parfois un peu pathétique pour un super héros, maladroit même.

Mais justement, c’est cela aussi qui est intéressant, car le film cherche justement à traiter cet  aspect du super-héros : il cherche tellement à avoir un rôle, à avoir une place au sein des super-héros qu’il en vient presque à oublier ce qui fait qu’un super-héros est un super-héros. Et finalement, n’est-il pas plus héroïque lorsqu’il indique la route à une vieille dame que lorsqu’il interfère avec des affaires qui le dépassent ? Je vous laisse voir comment le film y répond.

Encore un bon côté du film : son méchant. Il est vraiment bon. J’en avais déjà parlé dans mon retour sur La Momie, mais un bon méchant peut faire la différence entre un bon et un mauvais film. Ici, une fois encore, cet antagoniste a été bien travaillé. On prend le temps de nous expliquer très clairement qui il est, d’où il vient et pourquoi il fait ça, mais aussi jusqu’où il est prêt à aller pour atteindre ses objectifs. Et là encore, on nous permet de nous identifier à lui en nous faisant ressentir l’injustice qu’il a subi, en nous montrant que finalement, il veut seulement protéger les siens et ne pas les laisser sur le carreau. Autant de choses que l’on peut comprendre, que l’on peut ressentir nous-mêmes.

Je ne reviendrais pas en détail sur tout cela, mais le fait est que dans ce film, le méchant a été très bien travaillé en termes d’écriture et que ça fait réellement plaisir à voir.

Tous ces éléments réunis font donc de ce film un bon film, même un très bon film de super-héros. Et je salue notamment le twist qui intervient juste avant le troisième acte, que personnellement, je n’ai pas vu venir, alors qu’il avait été travaillé en amont. Pourtant, en connaissant bien les ficelles du métier, j’aurais dû deviner, mais le film m’a suffisamment distrait avec d’autres enjeux pour que j’oublie de faire attention aux petits détails. Et en soi, c’est plutôt bon signe, non ?

Enfin, parlons du dernier point positif à soulever : l’humour. Je le trouve réussi d’un bout à l’autre du film. Déjà, il y a la réalisation, qui le met bien en avant, mais l’écriture des personnages aussi (comme par exemple le professeur qui s’occupe de leur club de culture générale, qui a des interventions formidables), ou encore l’utilisation de l’ambiance « lycée », ou des situations cocasses qu’entrainent le fameux cocktail dont je parlais un peu plus tôt. Ce film est vraiment drôle d’un bout à l’autre et big up aux interventions de Captain America.

Mais ce qui est très intéressant, avec l’humour, c’est son dosage. Le film ne fait jamais de l’humour en dehors des personnages. Je m’explique. Devant une comédie, on peut rire des personnages, ou avec les personnages. Lorsque l’on rit des personnages, on s’extériorise d’eux et de leurs enjeux pour se contenter de se moquer d’eux et des péripéties qui les touchent. C’est le type d’humour que l’on pourra retrouver dans un film comme La Cité de la Peur ou Rrrrrr ! par exemple. Ce que font les personnages est absurde et c’est ce qui nous fait rire.

Mais on peut aussi rire avec les personnages : lorsque ceux-ci se retrouvent dans des situations qui ne sont pas absurdes, mais tout simplement drôles en elle-même et qu’ils en sont conscients. Lorsque Spider-Man fait une blague en plein combat par exemple, son objectif est de faire rire, il est normal que l’on rigole avec lui dans ce cas. Ce second type d’humour est plus complexe à réaliser, mais aussi plus fort : car il ne dédramatise pas les enjeux. Et de fait, lorsque la violence commence à avoir des conséquences réelles, dramatiques, le film arrête de rire. Ce qui nous permet d’être réellement tendus, tristes, inquiets etc. Et c’est ce dosage, qui n’essaie jamais de minimiser un danger ou la réalité des émotions, qui permet au film de fonctionner même en dehors de son côté humoristique. A aucun moment, on ne va chercher à pousser le vice du rire jusqu’à dédramatiser complètement certaines situations, comme ça peut être le cas dans Deadpool par exemple. Les enjeux restent forts parce le film ne tombent pas dans ce travers-là.

Et donc, ça fait vraiment beaucoup de points positifs, beaucoup de belles leçons à tirer de ce film en termes d’écriture ! Bien assez pour vous recommander d’aller voir le film sans la moindre hésitation.

Alors certes, tout n’est pas parfait. Il y a quelques défauts qui auraient pu être corrigés assez simplement. Par exemple, le fameux twist dont je parlais, si je ne l’ai pas vu venir, je l’ai senti arriver. En gros, la scène qui le précède a clairement été conçue pour être interrompue par un twist. Et même si je ne m’attendais pas à ce twist en particulier, je m’attendais à quelque chose. Heureusement que le twist en lui-même était aussi bon, sans quoi ça aurait été décevant.

De même, l’humour est toujours bien dosé… à une exception près : lorsque le méchant commet un meurtre par inadvertance. Pour expliquer un peu les choses, ce n’est clairement pas un méchant meurtrier, au contraire même. Et traiter un acte aussi violent avec autant de légèreté est un faux pas selon-moi, les personnages auraient dû réagir autrement à ce moment-là.

De même, il y aura quelques incohérences techniques, comme la façon dont ils empêchent le bateau de couler ou encore le fait que l’avion soit vide de monde vu tout ce qu’il transporte… Un pilotage automatique, certes, mais aucun garde à l’intérieur, c’est très étrange… Et peut-être un peu arrangé pour que Spider-Man puisse sauver la situation tout seul.

Mais bon, soyons honnêtes, ces détails ne m’ont pas assez dérangé et finalement, le film a infiniment plus de qualité qu’il n’a de défauts : je ris encore de certains gags, les scènes d’actions étaient chouettes, et j’ai vraiment aimé ce twist et ce qu’ils en faisaient. Alors oui, en lui-même Spider-Man : Homecoming est vraiment un bon film de super-héros qui mérite amplement d’être vu…

 

Oui, mais, il est maintenant temps de passer à l’inévitable comparaison.

Commençons par les autres films Marvel. Déjà, c’est un film qui ne se contente pas d’être un film d’action et qui a aussi un fond intéressant, et le meilleur antagoniste de la franchise (ce n’était cependant pas un défi très difficile à relever vu les antagonistes précédents de la franchise…) ce qui le place naturellement dans le haut du panier des films de la franchise. Allons plus loin, il se démarque des autres dans le ton. Certes, c’est pas le premier à utiliser l’humour comme principale marque de fabrique, mais ce n’est pas du tout le même type d’humour que dans Les Gardiens de la Galaxie et c’est donc très rafraichissant à regarder. Est-ce que c’est le meilleur ? Peut-être pas tout à fait, mais en tout cas, il fait clairement partie des meilleurs selon moi, d’autant que, enfin, on voit les supers héros cesser de s’ignorer les uns les autres en dehors des films Avengers en eux-mêmes.

Comparé aux autres films de super-héros ? Il y a encore du chemin à faire. Déjà, on est très loin d’un Watchmen d’un Batman Versus Superman (version longue) ou d’un Dark Knight. Mais même sans ça, je pense avoir préféré le très récent Wonder Woman, qui était lui aussi très drôle, mais cherchait à être plus profond et plus impressionnant (même si, dans le fond, il se plantait un peu dans sa toute dernière partie).

Comparé aux films de Mark Webb ? Oui, il est clairement au-dessus. Je n’avais pas vraiment cette version-là de Spider-Man, qui multipliait les erreurs malgré des qualités indéniables. Alors oui, ce film est plus abouti que les Amazing Spider-Man, aucun doute.

Mais comparé aux films de Sam Raimi ? C’est là, pour moi, que Homecoming voit ses limites. Fondamentalement, la première trilogie de Sam Raimi se situe largement au-dessus à presque tous les niveaux. Ces films jouaient mieux avec le fameux cocktail (la scène du baiser… juste celle-là quoi…), avaient des méchants tout aussi travaillés, si ce n’est plus, allaient beaucoup plus loin dans leurs propos… Je ne sais pas quoi vous dire, toutes les qualités que Homecoming peut avoir, les films de Sam Raimi les avaient déjà, mais en mieux, si ce n’est en beaucoup mieux. Et au final, la seule chose que Homecoming a « en plus », c’est qu’il est plus drôle… Et c’est tout.

Alors pour conclure, oui, clairement, Homecoming est un bon film qui mérite d’être vu pour tout un tas de raisons… Mais le problème, c’est qu’il est aujourd’hui encadré par une armada de films qui ont déjà fait beaucoup mieux avant lui. Aussi, si vous vous attendez à un Spider-Man qui surpassera les autres… vous serez probablement déçu.

Oui, c’est un bon film, qui mérite d’être vu. Mais au final, apporte-t-il quelque chose de réellement nouveau au genre, au personnage ou même au cinéma ? Non. Vous auriez presque mieux fait de revoir les films de Sam Raimi qui, eux, ont réussi à engendrer toute une vague de films dont Homecoming fait partie… Un peu dommage tout de même.

 

Note cependant, si vous décidez d’aller voir le film : n’oubliez pas de rester jusqu’au bout du générique, Marvel y signe sa meilleure scène post-générique depuis le début de la franchise !

Vu : The Circle

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Bonjour, bonjour !

Mercredi dernier, au cinéma, je suis allé voir The Circle de James Ponsoldt et c’est un film que je vous recommande à beaucoup d’égards, un film à voir qu’on l’aime ou non.

The Circle, c’est l’histoire de Mae, une jeune femme qui est recrutée à un poste subalterne par l’un des géants de l’internet : une firme appelée The Circle. On apprend ainsi, au cours du film, que cette firme est en réalité propriétaire d’un réseau social incontournable appelé « TruYou », mais aussi à l’origine de tout un tas d’innovations technologiques. Le mot d’ordre de cette compagnie, c’est la transparence la plus totale, le partage des données, la connectivité en permanence etc. Au départ, Mae va simplement être une employée lambda, mais au fur et à mesure, ses activités au sein de l’entreprise vont changer et elle va ainsi pouvoir découvrir toutes les facettes de cette compagnie si particulière.

Je ne vous dévoile évidemment pas tous les aléas de l’histoire et les divers rebondissements qui la ponctuent, mais je pense que vous avez compris le principe. The Circle nous parle en réalité de l’hyper-connexion, la transparence de nos données, qui mène parfois à une absence de vie privée. Et la première chose à dire sur The Circle, c’est qu’il traite bien son sujet, qu’il en explore bien les différents aspects.

S’il y a une chose qui m’a marqué à propos de ce film, c’est que l’histoire de Mae illustre parfaitement le sujet. Cette intrigue semble avoir été judicieusement choisie et conçue pour explorer tous les aspects du sujet et nous faire découvrir comment cette hyper-connexion, cette transparence, peut effectivement changer la vie de quelqu’un, en bien ou en mal. Et c’est quelque chose qu’il faut souligner, car c’est un très bel exemple de l’un des principes de base de l’écriture.

L’écriture, c’est l’art de mettre en scène certaines idées. Vous voulez parler du réchauffement climatique, vous trouvez une histoire qui mette en scène ce changement, vous racontez les aventures de personnages qui sont impactés par ce changement. Vous voulez parler de la corruption des politiques, vous racontez l’histoire d’un personnage politique qui essaie d’être incorruptible afin que l’on ressente avec lui toutes les pressions qu’il subit et tous les avantages que lui apporterait le fait de se laisser corrompre. Etc, etc. Eh bien The Circle est un parfait exemple de cela : on vous raconte l’histoire de Mae parce qu’elle permet de mettre clairement en évidence tous les bienfaits et tous les problèmes liés à l’hyper-connexion et à la transparence absolue qu’elle génère.

Ainsi, on verra comment cette hyper-connexion peut devenir un outil pour traquer certaines personnes, mais aussi comment celle-ci finit par sauver des vies ; comment certaines vies peuvent être ruinées et d’autres s’épanouir… etc, etc. Et c’est important de le souligner, car beaucoup de films, de nos jours, oublient cet aspect des choses : essayant alors de nous raconter trop directement les événements au lieu de les mettre en scène.

Ne serait-ce que pour cet aspect-là des choses, The Circle, en étant une parfaite expression de ce principe de base, est en soi une petite leçon d’écriture que je vous invite tous à étudier.

Mais je veux aller plus loin. Parce qu’il illustre précisément l’hyper-connexion de manière si efficace, ce film en devient aussi édifiant et nous permet d’explorer, en même temps que le personnage, un phénomène qui n’est presque pas futuriste pour nous. Un peu comme le film La Vague, qui nous permettait d’explorer les tenants et les aboutissants d’un système autoritaire, The Circle permettra aux spectateurs d’explorer les tenants et les aboutissants de ce monde que l’on est peut-être bien en train de créer actuellement. Et rien que pour ça, je veux réellement inviter tout le monde à aller voir ce film.

Que l’on soit d’accord ou non avec le point de vue qu’il défend, ou même que l’histoire de Mae nous touche ou non, je ne vois pas de meilleur moyen de nous montrer ce qu’est l’hyper-connexion, la transparence absolue, qu’en allant voir ce film. Et ainsi, même si, au final, vous détestez le film pour telle ou telle raison, vous en aurez sans aucun doute appris davantage sur notre monde et ce vers quoi il pourrait se diriger.

Donc oui, indépendamment de sa qualité, parce qu’il illustre si bien son sujet, je pense que tout un chacun a à gagner en allant voir ce film.

Mais au-delà de ça, je le trouve réellement bon et bien écrit. Je trouve les divers rebondissements très malins et très bien amenés. On est sans cesse dans la peau de Mae, ce qui nous permet de réellement comprendre ses différentes évolutions et de nous amener avec elle jusqu’à la conclusion du film. Il n’y a rien de vraiment particulier à dire sur l’écriture en elle-même dans le sens où le scénario suit des méthodes assez classiques pour construire et narrer son récit. Il faut cependant reconnaître qu’en étant aussi systématiquement du point de vue de Mae, cela renforce clairement notre ressenti des divers événements qui la touchent.

Un point que j’ai particulièrement apprécié d’ailleurs, c’est la façon dont est traité le monde de l’Internet, notamment avec ce moment où tous les commentaires apparaissent sur l’écran et qui n’hésitent pas à montrer le décalage entre l’univers dans lequel évolue Mae et le monde concret et réel des gens au quotidien. Le film, à ce sujet, développe alors beaucoup de trucs et astuces pour représenter « Internet » et j’avoue que c’est plutôt réussi. J’ai rarement vu une représentation visuelle du phénomène aussi efficace en tout cas.

Petit bémol cela-dit, si vous ne parlez pas anglais, beaucoup de subtilités du film vous échapperont, car il était impossible de tout traduire…

Après, soyons honnête, l’histoire en elle-même, quoi qu’elle m’a touchée, n’est pas exceptionnellement transcendante non plus et je conçois que beaucoup seront rebutée par la fin du film. Personnellement, j’ai par exemple trouvé le discours de Mae un peu « simpliste » et « naïf », surtout comparé à ce qui avait précédé. Mais je pense surtout qu’avec cette fin, James Ponsoldt ne cherchait pas spécialement à défendre l’idée d’un monde exactement tel que celui qui est présenté dans les dernières images. A mon avis, il souhaitait surtout montrer que le monde serait changé d’une manière ou d’une autre avec l’arrivée massive de telles technologies et il ne fait finalement que nous en proposer une vision « possible ». Mais bon, je me trompe peut-être.

Donc oui, je vous invite, encore une fois, à voir le film, que vous l’aimiez ou non, j’ai la sensation qu’il va s’inscrire comme une référence : pour les techniques de réalisation qu’il utilise, pour son message, mais aussi pour la façon dont il traite le sujet.

Et au final, mon seul regret, c’est que The Circle ne soit pas tout à fait allé aussi loin qu’ils le pouvaient. Par exemple, si l’hyper-connexion avait empêché un attentat dans le film (ce qui est tout à fait possible), on aurait ainsi pu être d’autant plus secoués par le débat. Mais bon, cela aurait difficilement pu être intégré à l’histoire de Mae aussi et il n’était peut-être pas si idiot d’en rester à des sujets assez personnels.

Quoi qu’il en soit, je vous laisse découvrir ce film et vous faire un avis sur ces questions, car il est important de le découvrir.