Vu : Pirates des Caraïbes : La Vengeance de Salazar

Salazar's Revenge

Bonjour, bonjour !

Dimanche dernier au cinéma, je suis allé voir Pirates des Caraïbes : la Vengeance de Salazar et non, juste non, je n’ai vraiment pas aimé.

La Vengeance de Salazar est donc le nouvel opus de la saga Pirates des Caraïbes. Personnellement, et je ne crois pas avoir été le seul, j’ai vraiment adoré La Malédiction du Black Pearl, que j’avais vu au cinéma lors de sa sortie : une véritable perle, un récit d’aventure comme on en faisait plus, avec action, humour, romance et légendes maritimes. Le diptique qui avait suivi, sur Davy Jones, Le Secret du Coffre Maudit et Jusqu’au Bout du Monde, m’avaient aussi beaucoup plu. Certes, le personnage de Jack Sparrow devenait un peu plus redondant et alcoolique qu’autre chose, mais il y avait toujours de quoi rêver en termes d’aventure, de romance, et l’histoire était tellement épique qu’on lui pardonnait bien des écarts (comme par exemple des dizaines de Johnny Depp poursuivant désespérément une cacahuète…).

Et puis, il y avait eu La Fontaine de Jouvence, un film d’une qualité bien inférieure par rapport aux trois autres : moins épique, moins drôle, moins « aventurier » aussi. Pour la première fois, Jack Sparrow était le personnage principal et cela contribuait à diminuer d’autant plus la qualité de son personnage, déjà bien déprécié dans les deux opus précédents, quant à Barbossa, on l’avait réduit à un ridicule unijambiste, bien loin du terrible capitaine réputé tellement sombre que même l’enfer l’aurait recraché. Pourtant, le film ne m’avait pas complètement déplu. Sans être emballé, j’avais malgré tout passé un moment agréable et il y avait certaines qualités indéniables. Les espagnols, notamment, y étaient formidables, la scène avec les sirènes était vraiment impressionnante et certains personnages avaient des histoires intéressantes à défendre.

Avec La Vengeance de Salazar, la saga avait donc le devoir de se réhabiliter en créant une nouvelle aventure qui nous transporterait dans la magie des océans. Et malheureusement, c’est à mon avis un échec cuisant.

La Vengeance de Salazar raconte l’histoire de Henry Turner, le fils de William Turner, qui est déterminé à briser la malédiction de son père (celle qui le condamne à ne revenir à Terre qu’une fois tous les dix ans et qui le garde donc loin de sa bien aimée Elizabeth). Pour cela, Henry doit trouver le Trident de Poséidon, un artefact magique capable de briser toute malédiction en mer. Or, il est persuadé que seul Jack Sparrow pourra l’aider à mener à bien cette mission, aussi va-t-il tout faire pour le retrouver. Henry est rapidement rejoint dans sa quête par un troisième personnage, lui aussi en quête du Trident : Carina Smyth, une jeune érudite accusée de sorcellerie, détentrice de la seule carte capable de mener au Trident.

Néanmoins, cette quête pour le Trident sera mise à mal par l’entrée en scène de Salazar, un ancien chasseur de pirate espagnol vaincu et coulé par Jack Sparrow lorsque celui-ci était encore jeune. Désormais maudit, le capitaine et son équipage fantomatique vont ratisser les mers et couler autant de navires que possible pour retrouver le pirate et enfin savourer leur vengeance.

Et déjà, ce résumé dénote un premier problème cruel : l’absence de lien entre la quête des héros et l’antagoniste qui les poursuit. De fait, tous les autres opus pouvaient être résumés assez simplement.

Dans La Malédiction du Black Pearl, Will Turner cherchait à sauver Elizabeth des pirates qui l’avaient capturée et s’alliait ainsi à Jack Sparrow afin de pouvoir retrouver le Black Pearl. Chacun poursuivait le navire légendaire pour des raisons qui lui étaient propre, mais tous poursuivaient la même chose et c’était dans cette quête commune que les oppositions et les rebondissements se créaient.

Dans Le Secret du Coffre Maudit, Jack et Will se lançaient à la poursuite du coffre, pour obtenir ce qu’ils désiraient de Davy Jones, et naturellement, Davy Jones devait tout faire pour les en empêcher. Là encore, toute l’histoire était lié par une seule et même quête.

Dans Jusqu’au Bout du Monde, il s’agissait de rassembler tous les pirates possibles pour éliminer Lord Beckett et vaincre la Compagnie des Indes qui menaçait de les détruire. Une fois de plus, tout était lié.

Même dans La Fontaine de Jouvence, l’ensemble des personnages faisait la course pour retrouver la Fontaine de Jouvence, car chacun désirait y trouver quelque chose pour soi-même. Le film était donc lié par cet objectif.

Mais dans La Vengeance de Salazar, la poursuite de Salazar n’a rien à voir avec la recherche du Trident, les deux aventures ne sont pas réellement connectées. La quête du Trident justifie que les personnages aillent en mer pour que Salazar puissent les poursuivre. Et Salazar se contente de rajouter des obstacles pour une quête qui, autrement, serait infiniment trop facile. Cette absence de lien entre les deux est dommageable, car cela ne permet pas de renforcer pleinement les enjeux et, plus encore, cela oblige le spectateur à devoir s’intéresser à deux histoires à la fois plutôt qu’à une seule, une déconvenue dont on se passerait bien.

Mais en plus de cela, le film enchaîne les défauts scénaristiques, les lourdeurs et les maladresses.

Tout d’abord, l’aventure met trop longtemps à démarrer. Les personnages passent un temps fou sur la même île avant de prendre la mer pour se lancer dans leur quête. Les personnages passent leur temps à se faire capturer et par aller en prison, pour être finalement libérés. Il leur faut un grand nombre de péripéties pour se rassembler et mettre leur navire à l’eau. Tout ça, sans grande justification. Ils auraient pu tous se retrouver à la fin de la première scène d’introduction.

Ensuite, il y a plusieurs incohérences et le film n’arrête pas de sortir des éléments nouveaux du chapeau pour justifier des scènes au demeurant inutiles. L’incohérence la plus étonnante concerne le Black Pearl. Sans rentrer dans les détails, les personnages finissent par remettre à flot le Black Pearl afin de disposer du navire le plus rapide des océans, le seul capable de distancer leurs ennemis. Et bien apprenez que le Black Pearl, vaisseau le plus rapide des océans, se fait finalement rattraper sans le moindre mal par Salazar, un galion anglais et, comble du comble, une chaloupe de rameurs.

Dans la même veine, on assistera à une scène de mariage à cause d’une dette que Jack Sparrow aurait contractée, péripétie parfaitement futile puisqu’aussitôt désamorcée et abandonnée. Ou encore, on apprendra juste avant la dernière scène, que les fantômes de Salazar peuvent posséder les vivants, ce qui permet de justifier que Salazar et Henry puissent se retrouver ensemble au même endroit, mais n’a aucun intérêt en soi.

Et encore, si ce n’était que cela ! Car Jack Sparrow ne s’est pas du tout amélioré pendant le film et n’a toujours pas retrouvé le génie qui avait fait sa légende dans le premier opus.  Ici, il n’est rien de plus qu’un alcoolique lourdingue et à peine drôle, qui en fait des caisses au point d’en devenir plus gênant qu’autre chose. Johnny Depp ne joue vraiment pas bien. Et rien, dans tout ce que l’on voit, ne rend le personnage intéressant. Contrairement aux opus précédent, il n’a même pas droit à son moment de sérieux et de bienveillance qui lui permettait de se racheter un peu malgré tout. Il en va de même pour Barbossa, qui est de plus en plus excessif, que ce soit dans ses costumes, son attitude, sa façon de parler ou dans le jeu de Geoffrey Rush. Si le personnage a un peu plus de consistance que celui de Jack dans le film, ça ne rattrape rien non plus. Qu’est-il advenu de ce sombre pirate qui était l’un plus brillants antagonistes jamais écrits ?

Et puis, enfin, il y a le problème des personnages principaux qui n’ont, malheureusement, pas grand intérêt. Le film commençait bien pourtant, avec Henry jurant de lever la malédiction de son père dans une scène plutôt forte. Mais très vite, le héros de cette histoire d’avère finalement insipide, sans grand intérêt et comme sa quête n’est pas bien difficile (il s’agit globalement d’amener un bateau au bon endroit), il n’a pas non plus l’occasion de nous montrer sa valeur. D’autant qu’il veut absolument retrouver Jack Sparrow pour le mener au Trident, lorsque tout ce dont il a réellement besoin, c’est d’un bateau. Car de fait, Jack Sparrow est inutile dans cette quête. Pourquoi s’être entêté à aller le chercher lorsque la seule personne dont il avait réellement besoin était Carina ?

Alors parlons de Carina, une orpheline qui cherche elle aussi le Trident parce que… parce que… Parce qu’elle a la carte qui mène à lui ? Oui, c’est tout. Elle n’a en réalité aucune raison de vouloir pourchasser le Trident, ni personnelle, ni rien. La seule vague raison évoquée est que la carte ayant été léguée par son père (qu’elle n’a jamais rencontré), il s’agit de son seul lien avec lui. Mais cela ne lui apportera même pas les réponses qu’elle cherche, alors de là à affronter des fantômes pour retrouver un Trident auquel elle ne croit même pas d’ailleurs…

Cela fait que, globalement, la quête des deux personnages principaux n’est pas très intéressante. L’une cherche surtout son père, ce qui n’a rien à voir avec le Trident. Et l’autre subit des obstacles uniquement parce qu’il a décidé d’emmener Jack Sparrow avec lui, alors qu’il n’en avait pas besoin. Au final, c’est donc Jack Sparrow qui a le droit à un réel antagoniste, alors qu’il n’est pas le personnage principal, c’est Henry qui a vraiment une quête à accomplir et c’est Carina qui fait tout le travail… Il y a là encore, une erreur de scénario un peu dramatique à mes yeux.

Dans les autres opus, les personnages avaient une quête clairement définie, forte d’enjeux bien réels, et sur leur route se dressait des obstacles parfaitement justifiés lorsqu’on se lance dans une telle entreprise. Ici, tout est déconnecté. Les événements et les batailles n’ont pas d’impact émotionnel puisqu’il ne s’agit pas de mettre en valeur les enjeux des personnages, la quête elle-même n’intéresse pas puisqu’il s’agit d’aller d’un point A à un point B, qu’on ne cherche même pas à la remettre en question : à aucun moment on essaie de nous faire trembler pour les personnages ou on se dit qu’ils n’atteindront pas leur objectif.

A cela s’ajoute d’ailleurs une histoire d’amour particulièrement maladroite entre les deux personnages principaux, dont les dialogues rivalisent de platitude avec une vieille histoire de sable détestable dont on ne reparlera pas ici. Une histoire d’amour qui tient surtout aux commentaires insistants et lourdingues de tous les autres personnages qu’à un réel attrait entre les deux personnages d’ailleurs. A aucun moment le film n’essaie de construire des sentiments bien réels entre les deux personnages. Cette histoire d’amour n’est d’ailleurs pas contrariée une seule seconde ! En comparaison de celle de Will et Elizabeth qui étaient constamment séparés par les événements ou les quêtes personnelles de chacun, c’est particulièrement inintéressant.

Bref, l’ensemble de ces éléments fait que le film tout entier n’a eu aucun impact émotionnel sur moi. Je ne m’attendais à rien, ou presque, je n’ai rien ressenti ou si peu face aux scènes que l’on me présentait et finalement, je n’ai même pas réussi à m’impliquer un seul instant dans l’aventure. Au final, j’ai ressenti infiniment plus d’émotion lorsque Will retrouve enfin Elizabeth que pendant tout le reste du film… Et lorsque des personnages tertiaires procurent plus d’émotion que les personnages principaux, c’est qu’il y a, à mon avis, un énorme problème.

Et pourtant, le film avait ses qualités. L’imagerie générale est très belle et puis Salazar lui-même est un personnage qui mérite que l’on s’y intéresse, à la fois inquiétant et intriguant. La façon dont son navire attaque les autres est très impressionnante. Mais là encore, l’effet est finalement raté. Raté parcequ’il n’est pas réellement un antagoniste à la quête des héros, mais en plus parce qu’il ne respecte même pas son propre principe. Au début du film, Salazar explique clairement « Les morts ne racontent pas d’histoire » (« Dead Man Tell No Tales » en anglais, ce qui avait été le titre du film au commencement du projet). Or, qui raconte la légende de Salazar, l’impitoyable chasseur de pirate devenu capitaine d’un vaisseau fantôme ? Salazar lui-même, le mort.

Dans les autres opus, la légende du Black Pearl, de Jack Sparrow, de Davy Jones ou même de Barbe Noire étaient racontées par d’autres personnages. Ce qui donnaient plus d’impacts à ces légendes car les films entretenaient adroitement le flou autour de ces personnages : les rumeurs à leur propos sont-elles vraies ou non ? Mais si le personnage lui-même raconte l’histoire, ce n’est plus une légende, il n’y plus lieu de s’interroger : c’est le récit des événements. Cela enlève toute la dimension mystique à cette histoire…

Après, je vous l’avoue, j’ai ri à certains moment, même des idioties de Jack Sparrow. La première scène avec la banque avait beau être complètement farfelue, elle m’a tout de même bien amusée. Et j’avoue que le moment où Carina réalise enfin que les fantômes existent est très comique aussi. Mais de manière générale, malgré ces quelques fulgurances, je me suis vraiment ennuyé face à ces 2h15 de film, sans ressentir la moindre émotion, même dans les instants qui étaient censés être les plus tragiques.

Par conséquent, je ne vous recommande pas du tout d’aller voir La Vengeance de Salazar. Il y a beaucoup mieux à voir au cinéma en ce moment et vous ne passerez à mon avis pas un bon moment. J’espère qu’un jour, Pirates des Caraïbes redeviendra une grande saga du cinéma, car elle en a le potentiel. Mais en attendant, ce film n’est vraiment pas bon…

Pour résumer, si vous voulez écrire un film d’aventure qui ait un impact sur votre public, vous devez déjà commencer par vous assurer que la quête du héros répond à un enjeu fort, qu’elle ne sera pas facile en elle-même et que les obstacles qu’il rencontrera sur sa route seront directement liés à cette quête et non à un récit parfaitement indépendant. Autant d’éléments essentiels que La Vengeance de Salazar a tout simplement décidé d’oublier…

Bref, n’allez pas le voir.

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Vu : Le roi Arthur – La légende d’Excalibur

le roi arthur

Bonjour, bonjour !

Mercredi dernier, au cinéma, je suis allé voir Le Roi Arhtur – La légende d’Excalibur de Guy Ritchie et… FUCK YEAH ! Ce film est trop cool !

Bon, avant toute chose, je me dois de vous prévenir, c’est un film de Guy Ritchie. Pour ceux qui ne le connaissent pas c’est le réalisation de Snatch, Arnaque Crimes et Botanique ou encore les deux Sherlock Holmes avec Robert Downey Jr. Alors soyons très clair dès le départ, il a un style bien à lui, très marqué, qui ne plaira pas forcément à tout le monde. C’est un style qui va reposer sur un montage hyperactif, beaucoup de modernité et surtout des personnages qui sont plus des anti-héros délinquants des rues que des héros. Un mélange bien à lui qui a sans aucun doute son charme, mais qui pourra en perturber plus d’un.

Je dis ça car, clairement, Le Roi Arthur s’impose comme une vision très personnelle de cette histoire, qui s’éloigne beaucoup, beaucoup de tout ce que l’on a fait sur le sujet et surtout du style de Fantasy auquel on est habitué au cinéma. Soyons clair : il s’agit d’un délire autour de la littérature arthurienne plus qu’autre chose, un délire à la Guy Ritchie.

Aucune tentative d’être respectueux de l’Histoire, aucune tentative de respecter le matériau « original », aucune tentative d’être dans les « normes » du cinéma. Il y a des personnages asiatiques qui font du Kung-Fu et qui s’appellent George, Bedeviere est joué par Djimon Hounsou, c’est parfaitement logique. Oui, c’est un style très particulier, vous voilà prévenus.

Et ce style d’ailleurs, ne se marie pas toujours aussi bien avec l’histoire et le film que je l’aurais souhaité. A certains moments, il est parfait, comme lorsqu’on voit Arthur grandir ou lorsqu’ils élaborent des plans pour empêcher Vortigen (le méchant de l’histoire, joué par Jude Law) de construire la tour. Cet aspect « décalé » parvient finalement à nous montrer quelque chose de neuf, de très intéressant et même de plus « réaliste », ce qui est bienvenu. Mais à d’autres moments, je trouve que Guy Ritchie aurait dû adapter son style pour mieux faire ressentir certaines choses. Par exemple, tout le passage dans les Terres de l’Ombre est résumé, alors que tout l’intérêt aurait justement été de le montrer réellement afin que l’on ressente davantage la perdition d’Arthur et que l’on comprenne mieux son état d’esprit ensuite.

Le principal problème à mon avis, ressort au niveau du troisième acte. La façon dont celui-ci est présenté ne permet pas de l’annoncer réellement. Il n’y a aucun « build up », aucune construction de la tension autour de la bataille finale. Certes, le film a fait son travail depuis le début du récit et on sait donc à quoi s’en tenir, mais un bon troisième acte requiert à mon sens une mise en place particulière afin d’en souligner l’importance. Dans la mesure où le personnage se drogue juste avant que la scène commence, j’ai même cru, au départ qu’il s’agissait d’un délire et qu’on verrait la véritable scène ensuite.

Cette confusion, dans des moments aussi cruciaux que ceux-ci, ne sert hélas pas le film, car on est moins pris par la scène et son ampleur : on ne ressent pas toutes les émotions comme on devrait les ressentir.

Certains plans aussi, je trouve, sortent parfois un peu du film. On sent qu’ils ont surtout été choisis et fait pour souligner le style de réalisation plus qu’autre chose. Je pense notamment à ceux qu’on voyait dans la toute première bande annonce : la course poursuite dans les rues de Londinium. Ils font juste « bizarre », car ils sont vraiment uniques, même par rapport au reste du film.

Enfin, j’ai un vrai regret quant à certains personnages qui ne sont pas assez développés et surtout le méchant, Vortigen. Il y avait tellement de potentiel dans ce personnage, car c’est un excellent antagoniste. Mais mon problème vient surtout de ce qu’il doit faire pour gagner ses pouvoirs. Je ne vous spoile pas l’idée, parce qu’elle est vraiment très bonne, mais elle aurait justement mérité que l’on développe beaucoup plus sa relation avec certains personnages. En fait, il aurait été l’un des meilleurs méchants du cinéma si on avait montré d’autant plus d’humanité chez lui.

Mais bon, c’est à peu près tout ce que j’ai à reprocher au film. Parce qu’en dehors de ça, il est vraiment génial, vraiment super. Les scènes d’action sont dantesques, superbes, hyper bien réalisées, l’ambiance du film nous plonge complètement dans son univers, on s’attache bien au personnage d’Arthur, l’histoire tient la route d’un bout à l’autre, la musique est trop cool. Bref, si vous êtes prêt à entrer dans ce délire particulier, vous pourrez voir l’un des meilleurs films de Fantasy jamais réalisés à ce jour. Je vous invite donc à vous précipiter dans les salles pour aller le voir.

Vu : Alien Covenant

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Bonjour, bonjour !

Mercredi dernier, au cinéma, je suis allé voir Alien Covenant de Ridley Scott et… je… euh…enfin… Bof ?

Bon, reprenons depuis le début. Alien Covenant, c’est le nouvel opus de la saga Alien, la suite directe de Prometheus, un prequel à Alien. En cela, il se devait de répondre à certains codes préétablis, de s’inscrire dans une certaine continuité. Et c’est donc sans la moindre surprise que l’histoire de Alien Covenant est la suivante : un équipage de vaisseau débarque sur la mauvaise planète et ses membres vont mourir un à un face à des méchants monstres extra-terrestre pas beaux et si possible de façon gore.

Alors bien entendu, il y a un peu plus à dire que cela sur l’histoire. Il y a des révélations quant à la nature du monstre et son origine, quant au sort réservé aux Ingénieurs ou encore sur ce qui est arrivé à Elizabeth Shaw et David, les seuls rescapés du précédent volet. De même, la recette n’est pas totalement reprise non plus : il y a notamment un changement assez intéressant au niveau de l’antagoniste principal que je vous laisserais découvrir par vous-même si vous en avez envie.

Néanmoins, partant de ce constat, est-ce qu’Alien Covenant parvient à recréer le génie du premier volet ? Ou est-ce qu’il parvient à créer sa propre identité comme l’on fait les suivants ? Et bien… pas vraiment. Ni l’un, ni l’autre même.

Bon, pour information, j’ai personnellement plutôt apprécié Prometheus. Oui, le film souffrait d’immenses défauts et je comprends que ceux-ci aient pu gâcher le plaisir de la plupart des fans ou même des autres, que beaucoup de spectateurs se soient révoltés contre ce qui apparaît clairement comme des erreurs de débutant. Mais personnellement, j’appréciais tout ce que le film essayait de faire de neuf : l’aspect « exploration », la mise en abîme des créations cherchant leurs créateurs avec le personnage de David et même les scènes de tensions parvenaient encore à me prendre à la gorge. Malgré un scénario bancal, il m’avait semblé que Ridley Scott était toujours un maître quelque part.

Qu’en est-il de Alien Covenant ? Eh bien dans un premier temps, Alien Covenant n’est pas aussi bardé de défauts que Prometheus. Il y a moins d’erreurs de scénarios (même si certaines subsistent), je n’ai pas trouvé que les décisions des personnages manquaient de rationalité comme ça avait pu être le cas dans Prometheus ou autre. Donc, dans l’ensemble, Alien Covenant est plus cohérent que Prometheus. Et d’un autre côté… je le trouve moins intéressant quand même, moins prenant, moins captivant et finalement… moins bon.

A aucun moment du film je n’ai réellement eu peur pour les personnages : je ne me suis pas accroché à mon siège en me demandant s’ils allaient s’en sortir, je n’ai pas tremblé pour eux. L’aspect « découverte » est moins passionnant que dans tous les autres volets. Et même tout ce qui concerne la « réflexion » philosophique ne m’a pas tant intéressé. En somme, je n’ai pas vraiment été « pris » par le film. Pourquoi ? Eh bien pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, le film va beaucoup trop vite.

Pour illustrer cela, je vais vous parler du générique et de la façon dont il apparaît. Vous le savez déjà, Alien avait marqué le coup en faisait apparaître le titre de son film très lentement, trait après trait. Pour reprendre l’idée, il a été décidé ici que certains noms du générique apparaîtraient eux-aussi en suivant un peu ce modèle. On voit donc, avant que le nom ne s’affiche complètement, quelques traits apparaître doucement. Le problème, c’est qu’on a quelques traits qui apparaissent… et puis l’ensemble de la ligne immédiatement après. Du coup, l’effet ne fonctionne pas du tout. Il aurait fallu, pour donner cette identité au générique, l’assumer jusqu’au bout et laisser les noms apparaître au fur et à mesure avec lenteur.

Et bien, l’ensemble du film est exactement traité de la même manière. Il ne prend le temps de rien. La preuve en est : il s’ouvre sur une scène d’action et de précipitation. Là où tous les autres films de la saga s’ouvraient sur des phases d’explorations, de découverte, d’enquête, ce qui permettait notamment de construire l’ambiance du film… Ici, Alien Covenant passe directement aux scènes d’action, de lutte contre les créatures. Dans Alien, il fallait que plus de la moitié du film passe pour qu’enfin le monstre sorte du ventre de Kane. Dans Alien Covenant, dix à vingt petites minutes suffiront.

Ce choix a deux effets. Le premier, bien évidemment, c’est que rien n’est préparé. On ne fait pas grimper la tension ou l’horreur, on ne crée par la moindre atmosphère au film, les personnages n’ont pas le temps de s’interroger sur ce qu’ils voient ou ce qu’ils découvrent… Bref, le film ne prend pas le temps de construire, de préparer son récit et se contente donc de nous balancer une suite d’événements plus ou moins tragiques, sans avoir pris la peine de les rendre plus terrifiant, plus glauque, ou plus quoi que ce soit.

Le second, c’est que toute la partie exploration, qui avait toujours été importante dans la saga, (y compris et peut-être même surtout dans Prometheus), passe complètement à la trappe. Dans le premier opus, les personnages découvraient au fur et à mesure les aléas de la créature, on s’attardait sur les découvertes qu’ils faisaient, on prenait le temps de nous montrer à quel point tout cela était exceptionnel, intriguant. Dans Alien Covenant, les personnages découvrent bien des choses étonnantes. Mais ils ne s’y attardent jamais, ce qui n’accorde donc aucune importance à tout ce qu’ils voient. Du blé cultivé sur la planète ? Ils devraient passer au moins dix-minutes à s’interroger sur ce seul phénomène ! Hélas, aussitôt la constatation faite, ils passent à autre chose. Et à plusieurs moment, le film a ainsi promis des choses extra-ordinaires à découvrir et à analyser pour les personnages. Je pense notamment au décor principal du film, qui, lorsqu’ils y parviennent, m’a réellement subjugué de curiosité… mais qui finalement, est traité comme un incident mineur.

En dehors de cette précipitation malvenue, un autre problème majeur se pose : l’absence quasi-totale de mise en place des personnages. Il y a beaucoup de membres d’équipage, mais on ne les connaît pratiquement pas. On connaît l’héroïne, on connaît le capitaine (le remplaçant en tout cas, puisque le capitaine meurt dans la première scène), on connaît Walter et un peu l’homme au chapeau. Mais il y a trois fois plus de personnages que cela et tous les autres personnages sont anecdotiques. A tel point que je n’avais même pas remarqué que l’une des femmes qui perdait la vie au départ était en réalité la femme de l’homme au chapeau. Je ne l’ai compris que lorsque l’héroïne lui annonce le drame… Ce qui rend immédiatement la scène beaucoup moins forte en émotion.

Et cette absence de construction des personnages, de mise en place de leur identité, de leurs caractères et de leurs aspirations… finit par créer un problème majeur : on est attaché à aucun d’entre eux, à part les trois ou quatre que j’ai cité (et encore, pas de manière très efficace non plus). Or, ce sont surtout ces personnages-là qui vont se retrouver en danger et non les personnages que l’on a appris à connaître. Comment éprouver de la peur pour eux, si on n’est pas attachés à eux un seul instant ? Sans identification, nous avons peu de chance de ressentir quoi que ce soit pour ces personnages et malheureusement, le film ne fait aucun effort pour nous identifier à eux.

Un autre aspect du film qui joue contre l’aspect « horrifique » du film : l’aspect totalement prévisible du scénario. Car oui, ça commence à faire un moment maintenant que la saga Alien existe et on en connaît donc tous les tours de passe-passe. Les phases d’évolution de l’Alien font désormais partie de notre culture commune, même si on n’a pas vu le film. Tout le monde sait qu’il y aura un 4ème acte etc. Et Ridley Scott va même plus loin, car il laisse certaines scènes en suspend, sans réellement les conclure à l’écran, nous indiquant clairement qu’il veut qu’on se doute que quelque chose ne s’est pas forcément passé de la manière dont on s’y attendait. Et du coup, on se dit que s’il n’a pas montré ça, c’était bien pour nous réserver une surprise pour après, puisqu’il montre la résolution de toutes les autres scènes.

Et tout ça fait que, lorsque les monstres sortent des corps de leurs victimes, ça n’a rien de nouveau, rien d’impressionnant. Lorsqu’un rebondissement arrive, on l’a vu venir à six kilomètres de distance. En bref, on est jamais vraiment surpris, jamais vraiment étonné, jamais vraiment pris au dépourvu. Ce qui rend la traversée du film aussi attendue que « confortable ».

Enfin, dernier point : tous les personnages sont armés jusqu’aux dents et trois ou quatre créatures sont tuées dans le film, assez facilement je dois dire (ou en tout cas, sans qu’on ait besoin de s’y reprendre à six fois). Pourquoi est-ce un problème ? Parce que les monstres deviennent beaucoup moins impressionnants lorsque le spectateur sait que quelques balles bien placées suffisent à s’en débarrasser. La créature dans le premier volet de la saga semblait indestructible, invincible. On en finissait par croire que jamais les personnages ne pourraient s’en sortir et l’horreur persistait donc même une fois le film terminé.

Donc oui, au final, tous ces défauts retirent globalement toute la tension du film ou presque et ne permettent pas vraiment d’être captivé plus que cela en tant que spectateur. On nous déroule une suite d’événements, de scènes ou machin et machine se font tuer sans que cela nous touche particulièrement. Et c’est bien dommage.

Pourtant, objectivement, le film n’est pas « mauvais ». L’imagerie reste très belle, la réalisation assez limpide et cet opus n’est pas une négation de tout ce qui a été fait avant. Plus encore, je trouve qu’il apporte même quelque chose d’intéressant pour la suite, notamment avec tout ce qu’il se passe autour du personnage de David : je crois d’ailleurs commencer à entrapercevoir où Ridley Scott veut en venir et j’avoue être intrigué. De même, je ne me suis pas ennuyé un seul instant et certains éléments du film m’ont réellement interpellés.

D’ailleurs, je pense que Ridley Scott n’a pas tant souhaité faire un film purement d’horreur que ça et a volontairement minimisé l’impact horrifique de la créature. Je pense qu’il a cherché volontairement à se mettre plutôt du côté de l’action pour cet opus. Malheureusement, cela aurait aussi nécessité un certain développement à mon avis. Car même en tant que film d’action, ou en tant que film de « non-horreur », Alien Covenant ne parvient pas à construire une identité propre assez forte pour nous accrocher complètement.

Donc oui, Alien Covenant n’a rien d’exceptionnel, de révolutionnaire ou même de fascinant… mais il n’est pas inintéressant ou mauvais non plus. Il est juste… là, présent. Il ne m’a pas repoussé, il ne m’a rien fait non plus. Il y avait des bonnes idées, des intentions louables, mais pas un grand travail pour les mettre en valeur. Ce film aurait dû durer 2h30 et non seulement 2h. Mais pas forcément pour rajouter des scènes : simplement pour mieux se poser dans les scènes existantes afin de développer le projet pour en faire une œuvre réellement captivante.

Et malgré tout, malgré cette déception, le film est tout de même parvenu à me plonger dans son univers et à me donner envie de voir la suite. Alors bon… Faut-il aller le voir ou non ? Je ne sais pas.

Inutile de s’y précipiter en tout cas.

Vu : On l’appelle Jeeg Robot

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Bonjour, bonjour !

Jeudi dernier, au cinéma, je suis allé voir On l’appelle Jeeg Robot de Gabriele Mainetti et j’ai trouvé ce film décevant : malgré des intentions louables, l’ensemble n’est pas à la hauteur de ses ambitions et peut même s’avérer proprement choquant.

On l’appelle Jeeg Robot se présente comme un film de super-héros italien. Et par tous les aspects de son histoire, il n’y a pas le moindre doute, il s’agit bien d’un film de super-héros. Sûrement une tentative de « débloquer » quelque peu le cinéma italien qui, comme le cinéma français, doit souffrir des mêmes blocages pour ses productions de genre. En effet, le film semble avoir été réalisé avec les moyens du bord. On est loin de la qualité technique des productions hollywoodiennes et ce n’est pas spécialement un choix artistique, plutôt une contrainte  avec laquelle le réalisateur a dû composer.

J’ai donc voulu aller voir ce film, à la fois par curiosité et pour soutenir nos camarades ultra-alpins qui semblent subir les mêmes restrictions malvenues que nous. Je me réjouissais en effet de voir un vent nouveau souffler sur le cinéma européen avec l’exportation de ce film de genre… Malheureusement, On l’appelle Jeeg Robot n’est pas à la hauteur de ce qu’il était censé représenter selon moi et, même pour soutenir le cinéma de genre italien, je ne vais pas vous inviter à aller le voir.

L’histoire est celle d’un petit malfrat, un simple gros bras qui vit seul, n’aime personne, se nourrit exclusivement de crème dessert à la vanille et ne regarde jamais que des pornos. Cet homme, alors qu’il tente d’échapper à deux personnes qui veulent apparemment sa mort, va devoir plonger dans l’eau du Tibre et va entrer en contact avec un produit radioactif qui va lui donner des supers-pouvoirs.

A partir de là, le film va suivre le parcours « classique » des super-héros : découverte des pouvoirs, utilisation à des fins personnelles, prise de conscience à travers tel ou tel événement tragique, commencer à se mettre au service de la population, puis enfin, éliminer un grand méchant au cours d’un combat épique. En soi, plutôt une bonne idée donc, car le schéma, quoi qu’un peu éculé aujourd’hui, fonctionne à merveille (c’est d’ailleurs bien pour ça qu’on l’utilise autant). Le film se pare cependant d’une petite particularité assez touchante : notre héros se découvre une âme autour d’un personnage attendrissant dont il doit s’occuper.

En effet, il découvre ses pouvoirs en faisant un boulot avec son voisin du dessous, lui aussi malfrat, qui a une fille qui semble avoir un problème psychologique (malgré sa vingtaine passée, elle semble en partie bloquée dans l’enfance pour diverses raisons que je ne détaillerai pas ici). Son voisin étant mort au cours du boulot en question, il se retrouve plus ou moins à s’occuper d’elle et à découvrir le monde à travers son regard particulier. Et c’est peut-être ce qui fonctionne le mieux dans le film : leur relation s’avère plutôt touchante… jusqu’à un certain point (j’y reviendrai en fin d’article).

Néanmoins, dans l’ensemble, je ne trouve pas le pari réussi.

Tout d’abord, le problème principal, c’est le manque de moyen autour de ce film et la façon dont il est réalisé. C’est triste à dire, mais il y a un énorme manque de ce côté-là.

On aura beau dire « ils ont fait ce qu’ils ont pu avec les moyens qu’ils avaient », la vérité est que cela ne suffit pas. Une histoire de super-héros, surtout comme celle qui est présentée dans le film, se doit d’être portée par une réalisation ambitieuse. C’est une part importante dans un film de super-héros que de faire ressentir l’ampleur des enjeux par des scènes impressionnantes, ou de faire avaler au spectateur les événements incroyables sous une couche d’images qui plongent réellement dans un autre univers.

Hélas, dans On l’appelle Jeeg Robot, la réalisation ne fait visiblement aucun effort pour répondre à ces exigences. Aucun décor ne semble réellement avoir été travaillé de quelque manière que ce soit par exemple : on a vraiment l’impression que le réalisateur s’est contenté de filmer ce qu’on a bien voulu lui prêter. Or, de mon point de vue, ce type de cinéma exige que l’on soigne l’environnement dans lequel évoluent les personnages, que l’on organise le désordre que l’on veut filmer afin qu’il passe mieux à l’image, qu’il souligne le trait. Ici, de ce point de vue, aucun effort n’est fait.

Il en va de même pour la scène finale par exemple. Le combat en lui-même est plutôt bien réalisé, mais le décor choisi ne permet pas d’en saisir toute l’ampleur dramatique. De fait, plutôt que de se passer à l’intérieur du stade, devant un public de plusieurs milliers de personnes qui pourraient renforcer l’aspect « grandiose », on le filme juste à l’extérieur, là où il n’y a personne pour le voir. Et c’est un peu près ça tout le long du film : on ne se donne jamais les moyens d’embellir, d’impressionner, de grandir l’histoire pour nous faire décoller.

Et qu’on ne me dise pas qu’il n’y a pas de moyen de filmer Rome comme une ville splendide : j’ai vu John Wick 2 ou même Mission Impossible III le faire très bien. Il y avait donc moyen de faire quelque chose de brillant en terme de réalisation et l’histoire cherchait d’ailleurs à aller dans ce sens, attendait à ce qu’on la serve avec une réalisation forte et puissante.

Alors oui, il est clair que les producteurs n’avaient en réalité pas les moyens de réaliser le film comme ils l’auraient souhaité. S’ils ont tourné la scène à l’extérieur du stade, c’est probablement parce qu’ils n’avaient pas le financement pour tourner à l’intérieur avec une immense foule, qu’ils n’ont pas obtenu l’autorisation nécessaire. Ce n’est donc probablement pas « leur faute » et ils ont fait ce qu’ils ont pu, sans doute.

Mais la réalité du film me pousse surtout à croire que ce n’est pas le cas. Tout d’abord, pourquoi avoir accepté de faire le film alors que les conditions n’étaient pas réunies pour le réaliser tel qu’il aurait dû être réaliser ? Ensuite, l’absence de travail dans les décors les plus simples me fait surtout penser qu’en termes de réalisation, ils n’étaient pas prêts à aller au bout de leurs idées. S’ils étaient conscients du budget qui allait leur être alloué : pourquoi n’ont-ils pas cherché à écrire une histoire qui prenne en compte ce manque de moyen et à tirer le meilleur parti de ce qu’ils avaient ?

Car oui, je pense qu’au final, en choisissant de réaliser ce film malgré le manque de moyens, ils l’ont plus desservi qu’autre chose. Ils n’en ont pas respecté l’intention première et ont finalement « gâché » l’idée.

Je ne peux m’empêcher de comparer ce film à Ares ou Virtual Revolution, deux films français de genre sortis l’année dernière. Ces deux films subissaient eux aussi des restrictions fortes au niveau de leur budget, risible en comparaison des productions américaines. Mais ces deux films parvenaient justement à s’en sortir et à donner corps à leurs projets sans sacrifier leurs histoires et ce malgré le manque de moyen. Les décors étaient travaillés, toujours filmés avec intelligence pour ne pas révéler les manques financiers. Il était aussi clair que l’argent avait été placé aux bons endroits, pour s’assurer que les scènes qui devaient être impressionnantes le soient et des astuces avaient été trouvées pour compenser ce qu’on n’avait pu acheter. Ces deux films m’ont prouvé qu’il était possible de faire quelque chose de très bon avec très peu et il me semble donc que On l’appelle Jeeg Robot se cache derrière l’excuse financière pour couvrir un manque d’investissement artistique.

Mais allons plus loin : le scénario lui-même n’est pas à la hauteur de cette ambition. Certes, il suit le schéma classique du super-héros se découvrant… Hélas, il ne le fait pas si bien que ça.

En fait, en suivant ce schéma, on crée nécessairement des attentes chez le spectateur : on attend le moment où le héros prendra les choses en main, où il passera de petite frappe à héros par exemple. Ou justement, on attend que le film prenne une direction complètement inattendue.

Dans On l’appelle Jeeg Robot cependant, on l’attend très longtemps. Le film met un temps fou à se sortir de sa première partie et fait, pendant un long moment, un surplace pendant lequel le personnage principal ne fait pas grand-chose d’intéressant. Et finalement, c’est presque le méchant du film qui finit par lui voler la vedette : lui semble avoir un parcours plus riche et plus intéressant.

Et quand enfin, arrive le moment où le héros commence à devenir le super-héros, tout se passe un peu trop vite, ce qui empêche un peu de réaliser l’impact qu’il a réellement sur les gens : or, la fin suggère qu’il a en a eu un assez important. C’est dommage. Outre ces soucis d’équilibrage, l’écriture reste un peu « mécanique », sans réellement chercher à nous emmener en terrain inexploré ou à nous plonger dans un univers particulier. Quelques scènes fonctionnent cependant très bien, comme la scène de la grande roue.

Mais de manière générale, on n’a pas cherché à magnifier cette histoire, y compris dans le scénario et on n’a pas cherché à aller au bout de ce qu’on pouvait faire avec ce récit. Encore une fois, le film n’a pas une ambition à la mesure de son intention et cela se ressent. Il n’y a pas vraiment d’incohérence ou d’erreur de scénario, mais on ne fait rien pour faire décoller tout ça d’une manière ou d’une autre non plus… C’est dommage.

Finalement, l’ensemble est à l’image du dernier plan : le héros enfile son masque de super-héros pour aller sauver des vies, mais celui-ci est en laine et est ridicule. Et ce n’est pas tant parce que c’est sa protégée qui l’a tricoté, c’est surtout parce qu’ils n’avaient pas les moyens ou l’ambition de lui faire un vrai costume.

 

Et puis, il y a un problème beaucoup plus gênant et beaucoup plus choquant : le personnage principal finit, à un moment, par violer sa protégée. Oui, c’est un viol. Et au bout d’un moment, ça me choque. Ça me choque parce que le film traite l’incident comme s’il s’agissait d’une « erreur » ou d’une « maladresse » de la part du héros, parce qu’on lui pardonne trop facilement, parce que ce viol est surtout une excuse pour proposer une scène « romantique » de réconciliation juste après dans lequel le personnage principal reconquiert le cœur de sa belle avec un acte « héroïque ».

Et je suis désolé, mais laisser passer ça dans un film, c’est inacceptable. Rien que pour cette raison, il est important que vous n’alliez pas voir ce film.

 

Pour conclure, après avoir vu ce film, je m’interroge. Pourquoi le genre européen (continental en tout cas) ne décolle-t-il pas ? Est-ce vraiment un problème d’argent ? De manque de volonté ? Est-ce que nos systèmes de production sont réellement vérouillés ou est-ce que le problème n’est pas ailleurs ?

L’argent ne me semble pas être un problème. Ares ou Virtual Revolution prouvent qu’on peut faire des films de bonne qualité avec très peu de moyens, y compris au niveau de la réalisation. De même, plus le temps avance, plus je vois qu’il existe des productions, des concours, des diffuseurs qui soutiennent de mieux en mieux le cinéma de genre. Même si tout cela est très récent, cela prouve qu’il existe des voies pour faire exister ces films.

Mais pourquoi restent-ils des échecs commerciaux alors que les films de genre américains explosent le box-office dans nos pays ?

Certains veulent affirmer que c’est une question de nombre de production. Il faut beaucoup de productions pour arriver à faire des films de qualité, dans un domaine ou dans un autre. Et d’ailleurs, on ne voit pas tous les mauvais films qui sortent aux Etats-Unis, ils n’exportent évidemment que leurs meilleures productions.

Cette assertion n’est cependant qu’en partie vraie je pense. Le fait est qu’ils exportent tous leurs blockbusters, sans exception. Tout simplement parce que c’est pour eux le seul moyen de rembourser leur investissement de base. Et que parfois, ces films s’avèrent très mauvais aussi. Néanmoins, les américains décident de prendre le risque d’investir des millions et des millions de dollars dans ces projets. Pourquoi ?

J’ai une théorie à ce sujet : le genre proposé par les européens manque d’ambition. J’ai l’impression qu’en France ou ailleurs en Europe, on part du postulat qu’il existe un blocage sur ces productions et qu’il faut donc « rassurer le producteur », proposer des scénarios qui ne demandent pas d’investissement massif ou trop risqué. Et que finalement, on se retrouve à ne jamais proposer que des projets qui restent relativement concis, petits, pauvres, peu impressionnants. Que personne n’ose proposer de nouveau « Star Wars » ou de nouveau « Captain America », parce qu’on se dit à l’avance que ça ne va pas être accepté et qu’on va donc se rabattre sur quelque chose de plus simple, de plus « réalisable ». Et je crois que ce manque d’ambition nous dessert finalement.

A force de vouloir rassurer les producteurs, à force d’auto-restriction, on finit par éviter de proposer de vrais grands projets de genre, capables de créer le buzz et d’attirer les foules. Il y a, je pense, en Europe, les moyens de réaliser des superproductions de Science-Fiction, de Fantasy ou autre : notre culture regorge d’œuvres dont se saisissent régulièrement les américains pour les adapter en blockbusters, qu’est-ce qui nous empêcher réellement de faire de même ?

Plus j’y pense, plus je me dis qu’on ne devrait pas avoir peur d’être ambitieux et qu’au lieu de se limiter, on devrait commencer par se libérer et aller au bout de nos projets les plus fous. Car peut-être que cette ambition convaincra davantage nos producteurs que des projets « à minima » qui ne transportent finalement pas aussi loin que l’histoire d’un jeune homme sauvant une galaxie tout entière au cours d’un combat épique contre un empire maléfique…

Vu : Get Out

get out

Bonjour, bonjour !

Jeudi dernier, au cinéma, je suis allé voir Get Out de Jordan Peele et il faut bien avouer que ce film est une très belle réussite qu’il faut sans aucun doute aller voir.

Get Out, c’est l’histoire d’un jeune Noir aux USA, en couple avec une jeune Blanche qui l’a invité à passer le week-end dans la maison de ses parents, afin de rencontrer ces derniers. Bien entendu, la maison desdits parents se trouve dans une campagne très « Blanche » et très rapidement le héros se sent « mal-à-l’aise ». Il a bien conscience qu’on le traite différemment parce qu’il est Noir, peu importe la bienveillance des uns et des autres… Et plus le film avance, plus l’ambiance va devenir glauque, oppressante, étrange. Il y a peut-être plus derrière tout ça que du racisme ordinaire…

Je ne vous en dit pas plus car il y a de très belles surprises dans le film et il serait dommage que vous n’en profitiez pas.

Vous l’avez cependant compris, Get Out, plus qu’un film d’horreur ou un thriller, est un film sur le racisme, voire plus précisément, sur le racisme ordinaire que subissent quotidiennement les populations Noires dans les pays occidentaux. L’idée du film est de nous plonger dans la peau d’un Noir confronté à ces regards et à ces remarques, afin que l’on comprenne réellement ce qu’ils subissent. Et là-dessus, le pari est plus que réussi.

Dès la première scène, on nous fait ressentir cette peur familière de manière très efficace. Et tout le reste du film poursuit évidemment sur cette lancée en insistant sur un nombre affolant de scènes où règnent préjugés et commentaires déplacés. Une répétition qui rend vite aussi paranoïaque et que l’aspect « horrifique » du film tend à renforcer. Tout cela trouvant à mon sens son apogée lors de l’ultime scène, avec le tout dernier rebondissement du film. Je ne vous le dévoile pas, mais il se trouve qu’à cet instant, le film nous a si bien identifiés au héros qu’on ne peut que ressentir l’injustice totale qui le guette à cet instant précis. Et réussir à ce point-là à nous plonger dans la réalité d’un personnage pour faire passer son message, je considère qu’il s’agit de la plus belle réussite qu’un film puisse accomplir.

La seule et unique question qu’il y a à se poser est alors : pourquoi ça fonctionne aussi bien ? Comment ça marche ?

Bien entendu, en premier lieu, il y a les acteurs. Ils sont tous parfaitement investis dans leur rôle, tous très bons, ce qui permet d’autant plus de croire à ce récit, si fantasque puisse-t-il être. Ensuite, il y a la réalisation du film tout entière dédiée à nous faire ressentir ce que ressent le personnage. Prenons la première scène par exemple, où l’on suit un personnage secondaire perdu dans une banlieue résidentielle. On nous fait immédiatement ressentir le fait qu’il ne se sent pas à sa place ici et lorsque la voiture arrive, le personnage semble effectivement rester concentrer sur son trajet. Le plan reste alors focalisé sur le personnage qui continue d’avancer, mais la caméra bouge pour conserver la voiture dans le flou, au second plan. Nous montrant bien qu’en réalité, le personnage se concentre sur celle-ci tout en essayant de ne pas y prêter attention. Et bien tout le film est filmé de cette manière, retranscrivant ainsi les sensations du personnage, appuyant celles-ci par des plans très étudiés et un design sonore millimétré. Il y aurait énormément de choses à dire à ce sujet-là, mais je laisserai à d’autres, plus érudits à ce sujet, en parler plus longuement et plus efficacement.

De mon côté, je me contenterai donc de vous parler d’écriture.

Deux points essentiels, au niveau du scénario, expliquent l’efficacité de ce film. Le premier, c’est bien entendu l’identification forte au personnage principal. Celle-ci est construite de manière assez simple en réalité : on est quasiment toujours de son point de vue, surtout dans la première partie du film. On le découvre d’abord dans son quotidien, dans l’amour qu’il a pour sa petite amie et dans la complicité qui les lie. On le découvre photographe, on le découvre pote, on le découvre fumeur. Mais surtout, surtout, l’identification est assurée par un moyen très simple : on nous plonge dans ses doutes et ses peurs ; des sensations si humaines qu’elles nous placent immédiatement de son côté.

Et ses doutes, ses peurs, concernent évidemment sa condition d’homme Noir. En tant que tel, il s’inquiète de la réaction des parents de sa petite amie, bien qu’elle essaie de le rassurer sur la question. On les comprend lorsqu’il subit un contrôle d’identité injustifié. On les sent grandir lorsqu’il découvre l’environnement dans lequel il va passer le week-end : éminemment Blanc où les seuls Noirs sont domestiques. En bref : le scénario place le personnage dans les situations précises qui font ressortir chez lui ces sensations et ainsi nous fait ressentir le malaise qui l’habite.

Confronter directement le personnage à son problème : une technique assez simple, mais diablement efficace.

Le deuxième point essentiel, c’est le choix des scènes présentées dans le film. La précision scénaristique, de ce point de vue, est incroyable. Toutes les scènes, même celles qui paraissent à première vue parfaitement anecdotiques se révèlent être très utiles une fois le film achevé. Beaucoup plus qu’on ne pourrait le croire à première vue. Chaque scène, dans la première partie du film, permet de semer des indices sur la suite des événements et surtout de préparer doucement le spectateur aux révélations à venir. Chaque scène est là pour préparer le spectateur à ressentir l’émotion souhaitée le moment venu : une construction en amont qui fonctionne à merveille.

Chaque scène offre en réalité plusieurs niveaux de lecture. Il y a tout d’abord le niveau de lecture le plus évident, celui qui fait avancer l’histoire. Ensuite, il y a celui qui met en place quelque chose : une sensation, une émotion. Par exemple, la scène du contrôle d’identité permet de présenter un peu mieux la relation amoureuse que partagent le héros et sa petite amie. Puis, il y a ce que la scène prépare pour la suite : une autre scène lui fera écho à un moment ou à un autre et fonctionnera davantage parce que nous y aurons été préparés. Et enfin, il y a les minuscules indices que glisse chaque scène pour nous préparer aux révélations finales.

Ces multiples niveaux de lecture, permettent tout simplement d’ancrer les émotions, les sensations plus en profondeur, de rendre les révélations plus vraisemblables. Le tout, sans jamais avoir à l’expliciter, car la scène semble raconter tout autre chose à la base.

Bien entendu, d’autres mécanismes sont à l’œuvre. Il y a par exemple, dans le film, une progression constante et maîtrisée vers le malaise, qui fait grimper l’ambiance oppressante. Mais aussi des découvertes nouvelles, des phénomènes de plus en plus étranges, dans chaque scène qui nous poussent à rester curieux de ce qu’il va se passer ensuite. Quelque part, malgré le malaise ou la peur que peut nous inspirer cet environnement, nous voulons en savoir plus sur ce qu’il se passe réellement ici.

Enfin, le film est teinté d’humour. Et d’un humour à double niveau relativement grinçant. Cet humour fonctionne assez simplement : les personnages Noirs sont parfaitement conscients que la situation paraît « folle » et ils en rient entre eux. Notamment au travers du meilleur ami du héros. Ils font des blagues, des commentaires, réagissent parfois exagérément… Un humour assez naturel au premier abord. Même lorsque les révélations finales sont faites, le film traite tout cela avec un peu d’humour, car même le personnage principal a quelque peu du mal à ne pas constater l’aspect « ridicule » de la situation, le côté « abusé » de celle-ci.

Mais cet humour n’enlève en rien le côté oppressant, voire terrifiant du film. Et c’est là, à mon avis, que cet humour prend tout son sens et devient un véritable instrument entre les mains des scénaristes pour appuyer l’injustice qui frappe le personnage principal. Cela devient notamment évident lorsque son meilleur ami tente de prévenir la police : naturellement, tout ce qu’il raconte paraît parfaitement ridicule (surtout présenté ainsi) et il est donc normal que les inspecteurs se moquent de lui, non ? D’ailleurs, le film nous invite clairement à rire avec eux.

Sauf que voilà, derrière ces rires, la situation du héros, elle, n’a pas changé et est toujours aussi dramatique. Et c’est là que le film dénonce adroitement, par cet humour, un certain aveuglement de la société par rapport au problème qu’il tente de soulever. Au final, on en rit, on fait des blagues… mais se soucie-t-on réellement de ce que ressentent les personnes impliquées ?

Quoi qu’il en soit, je vous invite à vous précipiter dans les salles pour découvrir Get Out, c’est un film d’une grande maîtrise scénaristique, très bien réalisé et qui traite un sujet fort, utile à la perfection : il est édifiant et réveillera à mon avis plus d’une conscience.

Mon seul regret, finalement, c’est qu’on n’ait pas le droit à un dernier plan qui nous replonge dans l’horreur, à une dernière frayeur qui laisse planer l’idée que ce n’est pas fini : une constante dans les films d’horreur d’habitude, qui permet au spectateur de quitter la salle sur une sensation de peur et d’effroi, même si les héros s’en sont sortis. Mais bon, ce n’est qu’un détail, pour le reste, j’avoue ne pas vraiment avoir quoi que ce soit à reprocher au film…

Mea culpa et changement de cap

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Bonjour à tous et à toutes,

Cela fait un moment maintenant, vous l’avez sûrement remarqué, que je n’ai posté aucun article de conseil d’écriture, ce qui est pourtant l’objet même de ce blog à la base. Il est donc grand temps que je m’explique un peu à ce sujet.

La vérité est que j’ai encore plusieurs articles, déjà écrits, qui n’attendent qu’à être publiés, mais que j’ai décidé, finalement, de ne pas le faire. En effet, plusieurs d’entre vous m’ont, à de nombreuses reprises, fait remarquer que je ne m’y prenais pas de la bonne manière pour délivrer mes conseils. Dès les premières vidéos que j’avais publiées, ces défauts étaient présents et certains avaient déjà essayé de m’en avertir. J’ai donc décidé, après avoir mûrement réfléchi à tout cela, de repartir à zéro, sur de meilleures bases : de reprendre ce blog en main en vous en proposant une version améliorée, à la fois plus juste, plus claire, plus transparente et surtout, beaucoup plus complète.

Le problème à la base, celui sur lequel beaucoup d’entre vous ont souvent cherché à me reprendre, tenait surtout à ma façon de donner ces conseils, plutôt qu’aux conseils eux-mêmes. Jusqu’à présent je vous présentais globalement les choses ainsi : « si vous voulez faire ça, faites ceci, écrivez comme cela ». Et cela pose naturellement plusieurs inconvénients.

Tout d’abord, il faut bien l’avouer, le ton était quelque peu péremptoire, énonçant des conseils comme s’il s’agissait de vérités pures et incontestables, admises par tous et dans toutes les situations. Cela faisait de moi une sorte de prophète autoproclamé de l’écriture, capable d’énoncer des règles et des conseils comme s’il s’agissait d’une sorte de parole divine… Or, ce n’était pas vraiment mon intention. Toutes ces règles, toutes ces techniques, peu importe d’où elles viennent à la base, sont évidemment sujet à la remise en cause et comportent des nuances souvent plus complexes que mes présentations quelque peu unilatérales le laissaient supposer.

Ensuite, cela manquait de rigueur scientifique. En présentant les choses ainsi, comme des faits accomplis, j’occultais sciemment toute la partie de recherche, d’analyse et de travail qui m’avait amené à proposer de tels conseils. Or, cette mécanique de réflexion qui permet d’aboutir à telle ou telle conclusion est importante, car c’est seulement ainsi que l’on peut réellement justifier la validité des conseils donnés. Sans cela, j’aurais tout aussi bien pu vous baratiner complètement et inventer des conseils plus ou moins intuitifs au fur et à mesure sans chercher à m’assurer de leur utilité. Même si je ne l’ai évidemment jamais fait, ne pas avoir présenté les choses dans le détail reste un manquement de ma part.

Enfin, et c’est peut-être le plus important, ce type de présentation avait la fâcheuse tendance de rendre ces conseils absolus et universels, lorsqu’ils n’ont jamais eu vocation à l’être. Il fallait comprendre, derrière ce présent de vérité générale, qu’en réalité il existait plusieurs courants d’écriture, plusieurs usages et que ces méthodes que je vous donnais ne cherchaient en réalité qu’à refléter un seul de ces courants : le mien.

Bien entendu, je n’ai jamais compté vous mentir à ce sujet. Et j’avais préparé des articles de remise en question globale de ce que j’avais dit précédemment, en citant tous ces exemples d’œuvres qui s’inscrivaient justement hors du cadre que je cherchais à vous enseigner. Néanmoins, peut-être aurait-il justement fallu commencer par dire cela.

Ces défauts, en réalité, étaient simplement dus à une volonté de ma part de « vulgariser » le conseil d’écriture, de m’adresser à tout un chacun souhaitant écrire une histoire. Mon idée était, pour qui voulait écrire, de prodiguer des conseils clairs, évidents, relativement faciles à suivre et à appliquer. Par exemple, si un auteur avait du mal à commencer son histoire, il pouvait consulter l’article sur l’invitation au voyage et y trouver une méthode bien définie pour se lancer sans se poser de question et sans avoir à passer par la lecture souvent rébarbative de pavés méthodologiques américains sur le scénario. Mon intention était, qu’à terme, chacun puisse gagner suffisamment en expérience pour dépasser les conseils que je donnais en se forgeant ses propres règles d’écriture. Ce que je comptais encourager à faire au bout d’un moment.

Hélas, aujourd’hui, il m’apparaît que cette méthode n’était pas la bonne et ce pour une raison simple : ce n’est jamais en simplifiant les choses que l’on peut faire évoluer le débat. Or, l’écriture est un débat constant avec soi-même, un travail de réflexion permanent qui vise justement à prouver que rien n’est jamais écrit à l’avance, puisque l’on crée sans cesse. Oublier cela était une grave erreur et il est donc temps pour moi, de m’excuser d’une part, mais surtout de changer radicalement de méthode à partir de maintenant, pour ne plus tomber dans ces travers malheureux.

Pour commencer, je vais donc m’employer à démystifier ma propre parole et surtout ma propre personne. Je vais me présenter de la manière la plus honnête qui soit afin que vous puissiez juger par vous-même de la légitimité que j’ai ou non à vous parler. Et je vous invite, par la suite, à garder cette information en tête afin que vous puissiez me reprendre lorsque j’aurais le malheur de prétendre être celui que je ne suis pas.

Je me présente donc : j’ai à l’heure actuelle 25 ans, je suis auteur, éditeur à titre bénévole et étudiant en cinéma. Cependant, je dis cela, encore une fois avec beaucoup de conviction, lorsque la réalité est évidemment plus complexe.

Je suis auteur parce que j’écris, tous les jours, et que je cherche de fait à en faire ma profession. Il m’arrive (de manière très irrégulière, il faut bien le dire) de proposer mes projets aux éditeurs ou aux producteurs, voire de me lancer dans des productions beaucoup plus personnelles dans l’espoir de pouvoir les vendre par moi-même. Mon objectif, à terme, serait bien entendu de vivre des histoires que je raconte. Mais il faut bien comprendre qu’à l’heure où je vous parle, si j’ai mené un certain nombre de projets à terme, aucun n’a été publié par les canaux officiels et habituellement reconnus par la profession. Je vous dirais bien que ça ne saurait tarder, mais soyons honnêtes : ces choses-là prennent un temps fou et je serai heureux si un seul de ces projets venait à être diffusé avant deux ans.

Je suis éditeur parce que j’ai créé une maison d’édition associative indépendante consacrée spécifiquement au Space Opera. Néanmoins, si vous allez faire un tour sur le site de ladite maison, vous vous rendrez compte que je n’ai encore rien publié non plus de ce côté-là. En réalité, cela ne saurait tarder, car le tout premier ouvrage de la maison devrait sortir un peu avant l’été. Quand bien même, il faudra là encore du temps avant de pouvoir me présenter à vous en défendant un catalogue riche de titres de qualité.

Je suis étudiant en cinéma car j’aspire un jour à pouvoir raconter des histoires par l’image en devenant réalisateur. Mais là encore, il faut prendre l’information avec des pincettes : je n’ai que récemment été accepté en école de cinéma et mon cursus ne commencera donc qu’en septembre.

Alors, fort de cette présentation peu flatteuse, qui suis-je réellement pour vous donner tous ces conseils ? Je suis évidemment trop jeune pour faire figure d’autorité reconnue par mes pairs, aucun de mes romans n’a jamais été accepté et je n’ai encore jamais confronté mon travail d’éditeur aux yeux du public ; je n’ai même pas commencé ma formation officielle de réalisateur, c’est dire. Pourquoi diable devriez-vous écouter mes conseils ?

Et bien pour la simple et bonne raison qu’un conseil donné par une figure d’autorité n’est jamais meilleur ou plus mauvais qu’un conseil donné par un parfait inconnu. Ce n’est pas parce que vous n’avez pas la preuve que je suis un auteur confirmé que vous savez que je ne vaux rien et quand bien même auriez-vous la preuve incontestable de mon génie artistique, cela rendrait-il mes enseignements fondamentalement meilleurs ? Faut-il être astrophysicien pour pouvoir parler d’astrophysique ?

La réponse est non, dans les deux cas.

N’importe qui peut parler d’astrophysique et, s’il s’y prend avec une méthode correcte, dégager autant d’hypothèses valides qu’un astrophysicien reconnu par les circuits officiels. Être astrophysicien, c’est simplement, à mon sens, avoir un diplôme, exercer officiellement une fonction de ce type dans une institution consacrée, c’est une reconnaissance sociale et rien de plus. Cela donne peut-être un gage de confiance quant à la qualité des propos de l’individu en matière d’astrophysique, mais au final cela ne reflète en rien la compétence intrinsèque de l’individu à enseigner l’astrophysique. Les meilleurs astrophysiciens peuvent être les plus mauvais pour expliquer les tenants et les aboutissants de leur discipline. Allons plus loin, les astrophysiciens eux-mêmes vous inviteront à toujours chercher à remettre en cause ce que vous dirons les plus brillants d’entre eux car ils ne savent que trop bien n’être jamais à l’abri d’une erreur. Et si un inconnu venait à publier un article détaillé sur ses propres découvertes en astrophysique, les astrophysiciens auraient, je pense, la capacité à analyser celui-ci avec toute la rigueur nécessaire pour en évaluer la validité, peu importe qu’il ait été produit par quelqu’un d’extérieur à leur cercle.

Ce fait est d’autant plus vrai lorsque l’on parle de création artistique, car il est toujours possible de créer des œuvres formidables, mais d’être parfaitement incapable d’expliquer comment on les a produites. Au moins apprend-on aux astrophysiciens à expliquer avec méthode l’ensemble de la démarche qui les a menés à leurs conclusions. Ce que l’on ne fait absolument pas pour les auteurs.

Alors oui, je vous invite, comme vous le feriez pour des articles scientifiques d’astrophysique (ou comme vous devriez le faire en tout cas), lorsque l’on vous parle de technique d’écriture, à ne pas vous intéresser à celui qui parle, mais bien à ce qui est dit et à ne pas hésiter à le remettre en cause au besoin.

Après, on peut aussi retourner la question dans l’autre sens : n’est-on pas astrophysicien à partir du moment où l’on fait de l’astrophysique, indépendamment de toute considération sociale ?

C’est d’ailleurs dans cette optique que je me définis moi-même comme auteur. Je ne suis pas auteur parce que j’ai publié ceci ou cela, mais bien parce que j’écris, parce que j’ai de l’expérience dans ce domaine.

J’ai commencé à écrire quand j’avais dix ans et je n’ai jamais arrêté depuis. Dès l’âge de quinze ans, j’ai beaucoup traîné sur les « forum RPG » où j’ai pu peaufiner mon style en écrivant des centaines, des milliers de pages, en compagnie d’autres joueurs et aspirants écrivains. Plus encore, j’ai déjà achevé l’écriture de plusieurs projets, qu’il s’agisse de romans ou de scénarios, que j’ai alors confronté à l’avis d’amateurs ou de professionnels qui m’ont offert des retours constructifs sur mes productions. Tout cela m’a permis d’acquérir une certaine expérience en matière d’écriture, un certain bagage que ce soit dans la narration ou la construction d’un récit.

De la même manière, pour diverses raisons, principalement de par ma situation familiale quelque peu privilégiée dans ce domaine, j’ai été amené à côtoyer des écrivains ou scénaristes de métier avec lesquels j’ai beaucoup échangé sur l’écriture. J’ai suivi une formation privée consacrée à l’écriture de pièces de théâtre et j’ai évidemment lu, consulté ou feuilleté un certain nombre d’ouvrages de références sur le sujet. Là encore, tout cela m’a permis d’améliorer mes compétences, ou au moins mes connaissances en matière d’écriture.

Je tiens cependant à préciser qu’au final, je n’ai réellement lu que très peu d’ouvrages consacrés à l’écriture, et ce pour une raison assez simple : ce type de lecture m’ennuie. Je préfère amplement recevoir un cours détaillé sur un sujet donné que de me plonger dans la lecture lente et exigeante d’un essai. Il s’agit tout bêtement d’une préférence personnelle. Chaque fois que je lis un ouvrage sur le scénario, je m’arrête presque constamment pour remettre en question, réfléchir à ce qui est dit, voire si la règle est applicable à l’un ou l’autre de mes propres projets. Une lecture qui s’avère donc lente et particulièrement frustrante à mes yeux, car je peine à aller au bout de ces livres souvent très épais.

Mais plus encore, ces ouvrages ne m’ont finalement que peu satisfaits, car j’y ai toujours trouvé des manques, voire parfois ce que j’estimais être des erreurs d’interprétation. Je ne remets pas en cause le travail de ces essayistes qui m’ont précédé, cette insatisfaction s’explique finalement très simplement. J’ai toujours eu certaines envies en matière d’écriture, une certaine idée de ce qui fait ou ne fait pas un bon récit : or, ces essayistes n’étant pas dans ma tête, ils n’ont jamais pu l’exprimer à ma place. Aucune théorie de l’écriture, aussi utile et brillante soit-elle, ne pourra complètement satisfaire tous les auteurs qui la liront, c’est inévitable.

Alors oui, c’est vrai, je n’ai finalement lu que peu d’ouvrages en la matière, mais je ne cherche de toute manière pas à en faire la synthèse. Mon objectif ici est plutôt de vous offrir une nouvelle théorie du scénario, qui m’est propre. Un autre point-de-vue, qui pourra peut-être répondre à certaines de vos attentes auxquelles les autres essayistes n’ont pas répondu.

Je dis cela pour expliquer le fait que je ne cite presque jamais d’autres ouvrages théoriques dans mes articles : la plupart des connaissances que j’ai à ces sujets viennent de ce que d’autres m’ont dit et des analyses qu’ils en ont faites. Je préfère donc, par acquis de conscience, me contenter de mes propres analyses dans mes explications, pour ne pas risquer de faire des citations erronées ou de porter des jugements trop hâtifs sur des théories que je n’ai pas étudiées en profondeur par moi-même. Et finalement, ces lectures m’étant fastidieuses, je préfère largement consacrer mon temps en la matière à la fiction.

En parlant de celle-ci, d’ailleurs, vous l’avez peut-être remarqué en lisant mes articles de critique des films qui sortent en salle, je suis un gros consommateur de fiction en tout genre. Je lis autant que je le peux (moins, hélas, depuis que j’ai ouvert ma maison d’édition) des romans et des nouvelles, je vais au cinéma toutes les semaines, je regarde beaucoup de séries et d’autres productions télévisuelles, et je joue à un certain nombre de jeux-vidéos par an. J’aimerais pouvoir aller plus souvent au théâtre, mais mes moyens financiers sont malheureusement trop limités, même si l’on m’y traîne quand même de temps à autre. Mais qu’importe, ce que je veux dire, c’est que je consomme de nouvelles histoires tous les jours.

Bien entendu, cette culture personnelle est très orientée, très axée sur la Science-Fiction, la Fantasy, l’Anticipation et le Fantastique, et même plutôt ancrée dans un certain style au sein même de ces genres que d’aucuns jugeront trop ceci ou trop cela. Je n’ai pas non plus la prétention d’être particulièrement calé dans un domaine ou un autre, car je connais beaucoup de personnes qui, finalement, ont vu, lu ou ont joué à plus d’histoires que moi. Néanmoins, il est vrai de dire que, j’ai, en matière de fiction, un bagage non-négligeable.

Cela peut vous paraître anodin, mais une telle consommation contribue elle-aussi à enrichir son écriture. C’est en partie en regardant tous ces films, toutes ces séries, en lisant tous ces livres, en jouant à tous ces jeux et en les analysant, en les décortiquant, que je précise avec toujours plus d’acuité ce qui me plait ou ne me plait pas dans l’écriture. C’est en enrichissant constamment mon bagage fictionnel que je me nourris, de nouvelles idées, de nouvelles méthodes et que je sais avec toujours plus de fermeté ce que je veux écrire moi-même.

Toutes les critiques que je publie ne sont donc pas si anodines en réalité et n’ont pas pour seul objet d’exprimer un avis sur les films que je vois, mais bien de partager une expérience, une expérience analytique notamment. En essayant de comprendre ce qui m’a plu et ce qui m’a déplu dans le film, en tentant de trouver la source de ces plaisir ou de ces insatisfactions, j’affine ma propre conception de l’écriture ; en essayant de le partager avec vous, j’essaie de vous pousser à affiner la vôtre.

Quoi qu’il en soit, si vous aspirez à écrire vous-même, il me paraît essentiel que vous commenciez, comme je le fais moi-même, à devenir des ogres de fictions en tout genre, que vous commenciez à consommer des histoires à outrance qui viendront nourrir vos propres univers.

Tout cela pour dire que, oui, je ne m’en cache pas, mes seules « publications », pour l’instant, concernent ce qui s’apparenterait à des fan-fictions, des projets que j’ai diffusé par moi-même dans des cercles souvent assez fermés et sans espoir d’en tirer quoi que ce soit quoi que ce soit d’autre qu’une tape sur l’épaule ou des encouragements amicaux. Néanmoins, si aucun de mes projets les plus sérieux n’a pour l’instant percé le voile invisible des circuits officiels, c’est aussi en grande partie à cause de ma jeunesse. Ne l’oubliez pas, je n’ai finalement que 25 ans. Certes, beaucoup d’auteurs ont trouvé le moyen d’être publiés bien avant cet âge, parfois en commençant à écrire beaucoup plus tard que je ne l’ai fait. Mais l’apprentissage de l’écriture est différent pour chacun d’entre nous et la réalité est que je n’ai réellement achevé une version correcte de mon premier roman que l’été dernier, après six longues années de travail. Et aujourd’hui, avec le recul, j’en ressens tous les défauts du débutant que j’étais quand j’ai commencé à me lancer dans cette aventure. Encore une fois, l’écriture est une aventure de longue haleine et, peu importe ce que nous voulons croire, ce sont des toujours des mois, des années entières qu’il faut consacrer à un seul projet pour lui donner la vie qu’il mérite.

Mais peu importe après tout, car malgré cette absence de reconnaissance publique pour l’instant, j’ai bien un bagage dans l’écriture, une expérience réelle concrète, qui peut, elle, se vérifier pleinement. Plus encore, cela fait plusieurs années maintenant qu’on me sollicite – de plus en plus souvent d’ailleurs – pour donner des retours constructifs sur les travaux des autres. Et parfois, ce sont mêmes des auteurs confirmés, ayant déjà percé le voile dont je parlais plus haut, qui me demandent mon avis. Là encore, une expérience qui me permet de mieux appréhender le travail de conseil et d’enseignement en matière d’écriture.

Tout cela me donne une certaine confiance dans le fait que je peux moi-même vous parler sans grande difficulté d’écriture et vous donner de précieux conseils en la matière.

Et finalement, donc, tout cela étant dit, pourquoi faire ce blog ? Pourquoi vouloir à tout prix partager cette expérience, enseigner l’écriture, que ce soit à des novices ou même à d’autres qui en savent déjà plus que moi ?

Bien entendu une part de moi cherche à vous transmettre ma passion pour l’écriture. Une autre part cherche, quelque part, une certaine reconnaissance pour ces réflexions auxquelles je m’adonne constamment et dont je ne suis pas peu fier. Une autre part de moi veut tout mettre par écrit, tout noter, tout « acter » et tout lancer vers le lointain dans l’espoir que ces précieuses idées ne soient pas perdues à jamais. N’est-ce pas pour cela, quelque part, que nous voulons à tout prix publier nos écrits d’une manière ou d’une autre ?

Mais la réalité derrière cette entreprise, la raison principale qui me pousse à consacrer tant de temps à cette activité, est finalement beaucoup plus terre à terre et beaucoup plus égoïste aussi. Tous ceux qui ont un jour eu l’occasion d’enseigner vous le diront : le meilleur moyen d’apprendre, c’est justement d’enseigner.

Enseigner suppose naturellement de comprendre le sujet que l’on traite, de le maîtriser, d’être capable de le synthétiser, de le résumer, de le reformuler et de le réexpliquer avec une précision toujours plus proche du « vrai ». Enseigner force donc à apprendre, à prendre conscience de ce que l’on fait parfois sans s’en rendre compte, de l’analyser, le comprendre mieux qu’on ne l’a jamais fait. En somme, donc, enseigner est le meilleur moyen de progresser dans l’étude d’un domaine.

Alors pourquoi chercher à vous enseigner  l’écriture ? Tout simplement pour apprendre moi-même, à écrire. Je vous l’ai dit, mon projet de vie est justement de raconter des histoires et de me perfectionner dans ce domaine, d’en vivre si possible. Et en matière d’écriture, je crois que l’on a jamais fini d’apprendre, que notre formation n’est jamais complètement achevée. Il n’existe pas de moment où nous cessons d’évoluer et de nous perfectionner dans notre écriture.

Vous enseigner l’écriture est donc tout simplement pour moi le moyen de continuer à m’améliorer, de me perfectionner, d’en apprendre davantage, pour augmenter sans cesse la qualité de mon travail, pour me permettre d’atteindre plus sûrement les objectifs que je me fixe en termes de construction et de narration de récit. Et finalement, c’est aussi simple que cela : étant parvenu à un certain niveau de compétence, j’ai eu envie d’accélérer ma formation. Or le meilleur moyen de le faire, c’est bien d’essayer de vous enseigner ce que je sais, ce que je comprends.

Voilà, dorénavant, vous savez ce qui n’allait pas dans mes articles précédents et ce que je veux donc changer pour la suite. Vous savez aussi qui je suis, d’où je viens en matière d’écriture et quelle est, très précisément, mon expérience en la matière et quelle est mon intention avec ce blog et ces conseils que je vous donne. Il ne me reste donc plus qu’à vous parler, de manière plus concrète, de comment les choses vont s’agencer sur ce blog à partir de maintenant.

Dans un premier temps, pour les raisons que j’ai expliquées, je continuerai les critiques des films que je vais voir au cinéma. C’est quelque chose qui m’apporte beaucoup.

Ensuite, comme je le disais en début d’article, les types d’articles tels que ceux que je faisais avant, sur une règle ou un point spécifique, vont disparaître. Je ne vais évidemment par retirer ceux que j’ai déjà mis, mais je n’en produirai plus de nouveaux et je vais donc tout reprendre (pour la troisième fois en moins d’un an) à zéro.

Fondamentalement, je vais tout simplement vous proposer une nouvelle approche pour apprendre l’écriture, une nouvelle approche qui, je l’espère, se rapprochera plus de la construction formelle d’une théorie de l’écriture et sera plus approfondie et plus complète que ce que je proposais jusqu’à présent. Pour cela, il me faudra tout recommencer oui, mais recommencer par la base de la base, en commençant par exemple par répondre à des questions essentielles telle que « pourquoi écrire ? », « qu’est-ce qu’un auteur ? » ou des choses comme cela. Pourquoi ? Tout simplement parce que c’est sur les réponses que je donne à ces questions que je construits l’ensemble de ma théorie et de mon analyse, c’est dans l’optique qu’elles fixent – et seulement dans celle-ci – que mes conseils peuvent prendre tout leur sens. Il me paraît donc nécessaire d’aller au fond des choses, afin que vous puissiez vous-même vous rendre compte de comment et pourquoi cette théorie se construit, voire, comment et pourquoi elle peut vous être utile en tant qu’auteurs.

Cela suppose donc, assez concrètement, de commencer surtout par parler pure théorie et principes fondamentaux, avant même de commencer à donner de véritables « conseils » à proprement parler. Par exemple, la construction même de la structure dramatique est finalement un point, certes important, mais qui n’intervient que très tard dans la compréhension de cette théorie. On ne peut, selon moi, en saisir toutes les subtilités, sans avoir au préalable posé des bases solides quant à ce que doit ou ne doit pas être un récit de fiction.

Peut-être certain d’entre vous, qui attendaient justement de moi des conseils concrets, seront un peu déçus par cette nouvelle approche. Mais je crois qu’au final, ce sera à la fois plus juste et plus efficace de faire les choses davantage dans l’ordre et de vous pousser à aller d’autant plus loin dans votre réflexion sur votre propre écriture.

De la même manière, je ne baserai plus mes articles sur des titres de films, de série ou de jeu-vidéos comme je le faisais jusqu’à présent. Je continuerai bien entendu à les citer en exemple, mais je ne m’attarderai plus sur un seul de ces exemples. Ce type de construction d’article, quoi qu’assez efficace par certains aspects, ne permet cependant pas une analyse aussi poussée que je le souhaite et ne montre finalement pas assez la complexité de ce que j’avance. Ce qui fonctionne dans un film peut très bien ne pas fonctionner dans l’autre et il est à chaque fois important de rappeler pourquoi.

En revanche, je continuerai à baser mes exemples plutôt sur ces supports que sur les autres… Tout simplement parce qu’ils sont davantage connus que les romans ou les pièces de théâtre par exemple. Cela permet plus facilement à tout un chacun de saisir la référence souhaitée.

A terme, l’objectif nouveau que je me fixe aujourd’hui est que l’ensemble de ces articles puissent presque former, mis bout à bout, un essai à part entière sur les techniques d’écriture qui sont les miennes. Il sera donc important de lire tous ces articles dans l’ordre de leur parution pour bien en saisir tous les tenants et les aboutissants. Plus encore, ils seront sûrement, au fur et à mesure, répartis en parties distinctes ou en chapitres précis.

Je ne sais pas encore, à quel rythme exact ils paraîtront. Cela dépendra en partie de ma propre disponibilité, mais aussi, je pense, de prendre le temps de quelques ajustements. Un plan plus efficace de l’ensemble, par exemple, devra sans doute être dressé pour ne rien omettre et que l’ensemble tienne la route en tant que tout. J’essaierai néanmoins d’être le plus régulier possible. Davantage que je ne l’ai été jusqu’à présent.

Voilà, tout est désormais dit et il ne me reste plus qu’à me lancer à nouveau dans l’aventure. On se retrouve donc bientôt pour de nouveaux articles qui, je l’espère, vous permettront d’enrichir plus sérieusement vos écrits et mieux comprendre où vous allez lorsque vous construisez vos récits.

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Vu : Les Gardiens de la Galaxie Vol.2

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Bonjour, bonjour !

Samedi dernier, au cinéma, je suis allé voir Les Gardiens de la Galaxie Vol.2 de James Gunn et même si j’ai vraiment apprécié le film, il faut bien avouer que je ne l’ai pas trouvé à la hauteur du premier.

Ce qui est un peu triste avec les suites, les remakes ou autre type de reprise d’un concept original, c’est que l’on finit toujours par comparer l’œuvre nouvelle à l’œuvre originale, même lorsqu’on en a pas forcément envie ou lorsque cela n’a pas vraiment lieu d’être. Pour toute nouvelle œuvre est censée être pleine et entière, peu importe d’où elle vient, ce dont elle s’inspire et ce à quoi elle fait suite, on devrait donc la juger en tant qu’objet à part entière. Pourtant, c’est aussi le jeu, lorsque l’on reprend un concept, on appelle le public à retrouver ce qui leur avait plu la première fois et on se place donc nécessairement en comparaison de l’œuvre précédente. Ce qui est dommage cependant, c’est que, bien souvent, des films objectivement bons, intéressants, agréables à regarder, se retrouvent dépréciés, sous évalués, seulement parce qu’ils ne sont pas aussi bons, pas aussi géniaux que le film auquel on les compare. Si on les comparait à n’importe quelle autre œuvre, ils se trouveraient bien souvent dans le haut du panier. Mais on préférera toujours les comparer à l’œuvre dont ils s’inspirent, quand bien même, parfois, le génie de celle-ci était particulièrement complexe à égaler.

Je dis cela car je pense pour ma part que c’est le cas avec Les Gardiens de la Galaxie Vol.2. En soi, j’ai passé un excellent moment au cinéma : j’ai bien ri, j’ai vu de très belles images, j’ai de nouveau pu apprécier l’équipe de looser du premier opus, il y avait du rythme, des idées nouvelles… Bref, il y avait tout ce qu’il fallait pour faire, selon moi, un bon film. Pas forcément un film exceptionnel, mais un film que j’aime et que je pourrais recommander. Malheureusement, je n’ai pas été aussi surpris que je l’avais été dans le premier opus, je n’ai pas retrouvé la même force, le même génie, la même originalité. Malgré toutes ses qualités, Les Gardiens de la Galaxie Vol.2 n’arrive finalement pas vraiment à la cheville de Les Gardiens de la Galaxie premier du nom. Et dans cette critique, malgré moi, je vais tout de même m’atteler à la difficile tâche d’analyser les différences entre les deux projets qui ont malencontreusement creusé cet écart.

La première chose à savoir, c’est que l’effet de surprise ne fonctionne jamais deux fois. Ou plutôt, il ne fonctionne pas deux fois, lorsque l’on sert exactement la même recette. Oui, les spectateurs des « Gardiens de la Galaxie Vol.2 » parce qu’ils ont vu le premier opus, savent désormais à quoi s’attendre. Se contenter de la recette originale sans chercher à la porter plus loin, à la reformuler un peu, c’était déjà risquer de décevoir un peu. Mais je dis cela aussi car, peut-être, le premier opus bénéficie d’un bonus d’appréciation dû à la nouveauté et à la surprise qu’il avait créée lors de sa sortie.

Ensuite, il y a à mon avis quelques erreurs notables dans la façon de retransmettre l’esprit du film original. Certes, les personnages y sont toujours les mêmes loosers et l’humour et plus ou moins le même, la playlist est toujours exceptionnelle. Néanmoins, quelques traits ont été forcés je trouve. Dans le premier opus, l’apparition des musiques était toujours « fluide ». C’est-à-dire que les chansons s’intégraient finalement parfaitement au film sans que l’on ait besoin d’insister dessus. Un personnage écoutait un morceau, cela devenait la musique d’ambiance de la scène et voilà. Mais l’intervention était toujours justifiée scénaristiquement, toujours naturelle. Dans ce second opus, les personnages insistent toujours pour mettre de la musique avant de se lancer dans une scène d’action, ils en discutent, voire même parfois se disputent à ce sujet. Cela souligne trop le trait à mon avis et rend finalement la mécanique moins naturelle, moins agréable que dans le premier. Même si les scènes qui suivent sont toujours bien filmées et bien accordée avec la musique.

Idem en ce qui concerne Drax. Dans le premier opus, il m’avait fait hurler de rire avec ses réactions aux métaphores employées par les autres, avec son côté terre-à-terre. Ici, je ne sais pas vraiment pourquoi, Drax n’a plus vraiment cet humour (cet humour malgré lui). Il devient dans cet opus un personnage à l’humour gras, lourd, qui n’hésite plus à expliciter les situations comiques. Je trouve ça moins subtil personnellement, même si ça fonctionne aussi quelque part. Ce changement n’est pas vraiment justifié et j’ai surtout l’impression que les scénaristes n’ont simplement pas su recréer la particularité qu’il avait dans le premier et se sont portés sur quelque chose d’autre.

Ce type de modifications va en réalité de pair avec un autre problème général du film par rapport au premier : la surexplicitation du concept… et du reste. Pendant tout le film, les personnages passent leur temps à faire des discours dans lesquels ils révèlent leur nature et leurs désirs profonds par exemple, ce qui manque cruellement de subtilité et pourra même parfois paraître un peu lourdingue ou gênant. Il aurait été préférable, je pense, de traiter tout cela en non-dits plutôt que d’en arriver à des passages ridicules (dans le mauvais sens du terme).

Un autre aspect de différence entre les deux : l’histoire. Dans le premier film, l’histoire allait toujours de l’avant, était guidée par des objectifs clairs des différents personnages, les erreurs qu’ils commettaient et parvenait à nous faire ressentir toute l’importance de leur intervention. Hélas, dans Les Gardiens de la Galaxie Vol.2, les héros sauvent bien une fois de plus la galaxie, sauf qu’on ne le ressent pas du tout et que ça prend beaucoup de temps pour finalement pas grand-chose.

Je ne vais évidemment pas vous révéler toute l’intrigue, mais globalement, elle peut se résumer ainsi : Peter Quill retrouve son père, Ego, qui l’invite à venir sur sa planète pour qu’ils puissent se découvrir l’un autre… Et c’est tout. Sans déconner, s’il y a un peu de progression au début du film, le reste se contente presque de faire du sur-place. Les personnages restent au même au endroit, ou mettent un temps fou à y arriver, puis y discutent, attendent que des révélations soient faites, ont des réactions en fonction de celles-ci. Mais finalement, à bien y réfléchir, tout cela aurait pu prendre infiniment moins de temps. Là, on a un peu l’impression de rester sur place, d’attendre que l’histoire commence. C’est un peu dommage.

Dans un premier temps, cette absence de « voyage » enlève une partie du côté épique de cette histoire. Dans le premier opus, on nous baladait d’une planète abandonnée, à une puissante capitale cosmopolite, à une prison, à une ville de malfrats dans un crâne géant, pour finalement revenir vers la capitale faisant face à un danger imminent, avec des millions et des millions de vies en jeu. Dans ce second volet, oui l’ennemi menace bien de détruire presque toute la vie à travers la galaxie… mais on ne le ressent pas du tout. Comme les personnages sont restés sur la même planète tout du long, on n’a pas l’impression que leur aventure implique davantage que cette planète… qui n’est même pas peuplée. Dans le premier, on nous montrait la capitale en danger et ses habitants, on personnifiait l’enjeu. Ici, la menace de destruction est plus informative qu’autre chose.

Et donc au final, Les Gardiens de la Galaxie Vol.2 manque à mon avis de subtilité dans son traitement, essayant trop de reprendre la recette du premier plutôt que de la relancer sur de nouvelles base, il essaie trop de surexpliciter le concept, a une histoire finalement très statique qui n’emporte pas très loin, n’invite pas au voyage et ne permet pas de ressentir pleinement la menace que représente l’antagoniste. Enfin, beaucoup de scènes d’action font remplissage, ne semblent présente que pour montrer des scènes d’action sur de la musique des années 80, ce que le premier volet n’avait jamais fait. Autant d’éléments qui, au final, finissent par nuire au film et en faire un opus moins bon que le premier.

Et pourtant, le film a ses qualités et apporte bien des choses nouvelles. Il pose déjà bien davantage les personnages et l’univers. Même si, pour les personnages, il le fait avec un peu trop de maladresse à mon goût, ceux-ci, surtout les personnages les plus secondaires, en deviennent plus profonds, plus complets et finalement peut-être même plus intéressants à mes yeux qu’ils ne l’étaient avant. Au niveau de l’univers, alors que le premier opus pouvait nous perdre quelque peu, manquer de précision, ici on en apprend davantage, à la fois sur le fonctionnement de certains groupes, mais aussi sur la teneur de certaines créatures ou sur le fonctionnement du voyage spatial.

Visuellement, la conception des environnements ou des personnages est vraiment très maîtrisée. Et puis, il y a bien entendu le peuple des « souverains » que j’ai adoré d’un bout à l’autre et qui ont probablement les meilleures blagues du film. Et puis les scènes d’actions restent visuellement assez dantesques et très bien rythmées. La fin elle-même était très jolie…

Mais voilà, s’il avait été le premier volet, je l’aurais sûrement plus apprécié, j’aurais été surpris et j’aurais peut-être chaudement recommandé son visionnage. Peut-être sa qualité intrinsèque n’aurait pas été suffisante pour justifier l’engouement qu’a suscité le premier, mais qu’importe, il aurait été, je pense très globalement apprécié et plébiscité pour ses réussites. Hélas, il n’est que second et cela vaut aussi pour ma recommandation personnelle. Vous pouvez aller le voir sans problème, surtout si vous avez aimé le premier, mais ne vous attendez pas à un film d’une qualité égale à celle du premier. Si vous voulez vraiment retrouver le plaisir des Gardiens de la Galaxie, c’est finalement les Gardiens de la Galaxie qu’il faut revoir une fois encore et non ce nouvel opus, qui n’est malheureusement pas à la hauteur.