Vu : Zombillenium

zombillenium

Bonjour, bonjour !

Mardi dernier, au cinéma, je suis allé voir Zombillenium de Arthur de Pins et Alexis Ducord et c’était vraiment un chouette film d’animation français !

Commençons par le commencement : je n’ai jamais lu la bande dessinée originale, je n’ai qu’une vie, je ne peux pas tout faire. Mais on m’en a dit beaucoup de bien, alors peut-être que je m’y mettrais un jour ou l’autre. En attendant, je suis surtout là pour vous parler du film en tant que tel, alors ce n’est pas trop grave non plus.

Zombillenium, c’est donc l’histoire d’un parc d’attraction horrifique, directement tenu par de véritables monstres (vampires, zombis, loup-garous etc). Un jour, Hector Saxe, un inspecteur un peu trop fouineur et pointilleux ouvre la porte qu’il ne faut pas et découvre la vérité sur le parc. Il est donc immédiatement « éliminé » par le directeur du parc, qui en fait un monstre et, par extension, un employé du parc. Dès lors, Hector va découvrir cet univers particulier et va utiliser cette seconde vie pour tenter de renouer avec sa fille.

Bon, je ne vous en dit pas plus sur le déroulement du scénario, mais sachez que c’est bien, voir très bien écrit.

Dans un premier temps, l’univers du parc d’attraction est vraiment super sympa à suivre. Le film passe son temps à jouer adroitement avec les caractéristiques de chaque créature, rendant le tout hyper imaginatif. Personnellement, mon délire préféré étant bien entendu un certain vampire, ne serait-ce que pour la parodie bien sentie qu’il fait d’une certaine saga…

Ensuite, et c’est sûrement le point fort du film, les personnages sont réellement bien écrits et fonctionnent merveilleusement les uns avec les autres. Hector est lui-même un personnage plutôt sympa à suivre (du moins, au bout d’un moment) et il est entouré de personnes réellement chouettes. Le directeur est cool, Gretchen est très cool, Lucie (la fille de Hector) est vraiment trop chou et puis, évidemment, il y a le syndicaliste qui vole l’écran à chaque fois qu’il apparaît. Tous ces personnages ont quelque chose à défendre, on ne peut tout simplement pas s’empêcher de les adorer. Mais plus encore, ils s’accomplissent tous réellement dans le film, ce qui donne corps à l’histoire. Car oui, on l’oublie parfois, mais une vraie bonne histoire ne s’occupe pas que du parcours du personnage principal et permet, en théorie, à chaque personnage de s’épanouir dans l’aventure. Et on est vraiment content pour eux tous.

Plus encore, l’humour fonctionne vraiment super bien et ce pour deux raisons. La première, c’est parce que l’univers en lui-même permet d’être imaginatif et surtout quelque peu excessif par certains aspects, sans que ça ne pose problème. Du coup, ça permet tout un tas de blagues qui rentrent parfaitement dans l’univers du film sans sortir le spectateur de celui-ci. (Et gloire à cet élève anonyme qui a à jamais ruiné cet exercice de maths…)

Mais aussi, l’humour disparaît dans les scènes dédiées à l’émotion. Contrairement à beaucoup de films ces derniers temps, Zombilenium assume tout à fait ses moments sentimentaux et sait arrêter d’être drôle quand il le faut. Ce qui permet ainsi à ses scènes les plus fortes… d’être réellement très fortes en émotion.

Il y en a deux qui pourraient d’ailleurs vous tirer quelques larmes.

Bref, voilà autant de raisons pour vous pousser à aller voir ce film au plus vite !

Pourtant, pourtant, j’ai malgré tout quelques reproches à faire au niveau de l’écriture, car oui, tout n’est pas parfait non plus.

En premier lieu, on retrouve quelques scènes explicatives concernant le personnage principal et son passé qui sont assez malvenues, malheureusement.

Ensuite, toujours concernant le personnage principal, je trouve que la transition entre ses deux vies, ses deux « personnalités », s’opère assez mal. En fait, le personnage commence directement par être antipathique au possible. Et sans qu’on comprenne trop pourquoi, dès qu’il arrive dans le parc, il dévoile alors soudain une sensibilité et une générosité qu’il n’avait vraiment pas du tout au début du film. Résultat, j’ai presque envie de dire que c’est un personnage différent. Il m’a fallu un peu de temps pour passer cela et me faire à l’idée du nouveau personnage, mais tout de même, il y a quelque chose d’un peu dommage là-dedans.

Enfin, tout le propos du film (ou en tout cas une bonne partie de celui-ci), est de se moquer de ce qu’on fait des monstres aujourd’hui au cinéma : on les rend sexy, sympathiques, amicaux etc. Alors qu’il faudrait les traiter comme de véritables monstres et ne pas hésiter à s’en servir pour faire peur ! En soi, c’est un excellent message. Le problème est qu’il est défendu par un film qui, tout entier, est consacré à rendre les monstres sympathiques… Ahem.

Bref ! Mais rassurez-vous, ces défauts ne sont pas suffisant pour gâcher le plaisir du film. Il s’agit d’une histoire fort sympathique, portée par des personnages super attachants et un univers très imaginatif.

Plus encore, j’avoue avoir pas mal appréciée l’animation en elle-même. Elle n’est pas aussi grandiose que dans un Pixar ou un Disney, c’est sûr, mais tout de même. Je trouve que les réalisateurs ont largement su se servir de ce qu’ils avaient et faire de cette esthétique particulière leur style. Et puis, la musique est vraiment géniale… elle rend même le générique du début presque trop… badass…

Bref ! Je vous recommande chaudement Zombillenium, qui est un très bon film d’animation, avec de l’amour, de l’émotion, de l’action… et des monstres !

Vu : Kingsman : Le Cercle d’Or

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Bonjour, bonjour !

Jeudi dernier, au cinéma, je suis allé voir Kingsman : Le Cercle d’Or de Matthew Vaughn et j’avoue avoir passé un très bon moment, même si je conserve une préférence nostalgique pour le premier volet.

Au cas où vous l’aviez raté (mais j’en doute), Kingsman : Le Cercle d’Or est la suite du film sorti en 2015 et qui s’appelait alors Kingsman : Services Secrets, tout simplement. Le film avait à l’époque créé la surprise car personne ne s’attendait vraiment à voir quelque chose de cette qualité-là. J’avoue que, moi-même, je n’y été allé que par défaut, parce qu’il n’y avait pas grand-chose d’autre au cinéma ce jour-là, en m’attendant à voir un énième film d’action lambda avec des jeunes adultes pour héros, dans la lignée des Hunger Games ou des Divergente peut-être. Que nenni ! Je m’étais bien trompé et du coup, la surprise aidant, j’ai vraiment adoré.

En fait Kingsman, c’est surtout un grand retour du film d’espionnage débridé dont même la franchise 007 n’est aujourd’hui plus capable. On y retrouve un méchant avec un plan complètement fou, dans une base de méchant comme on en fait plus et qui zozote. Ce méchant étant évidemment pourchassé par des agents secrets hyper classes avec des costumes sur mesure, qui aiment les martinis et qui ont une panoplie de gadgets trop cool sous la main. Mais Kingsman c’est aussi l’idée de moderniser tout cela, en y ajoutant des scènes d’action déjantées, réalisées avec des moyens et des techniques modernes, le tout dans une esthétique kitch assumée. Peut-être à rapprocher davantage d’Edgard Wright à ce niveau-là (en tout cas, moi, ça me fait penser à ce genre de truc). Bref, un merveilleux petit cocktail, que je ne me lasse pas de revoir !

Bon, le film n’était pas parfait, c’est sûr, mais moi, il m’éclate vraiment et au final, c’est tout ce qui compte non ?

Alors qu’en est-il du second volet ? Est-il à la hauteur ou non ?

Eh bien oui, et non, mais plutôt oui !

Je m’explique.

Bon, déjà, on y retrouve, et ça fait vraiment plaisir, tout le cocktail qui a fait le succès du premier. Des agents secrets avec des gadgets de partout, une méchante avec un plan tiré par les cheveux, des scènes d’action débridées et super cool et une esthétique méga kitch. Donc à ce niveau-là, c’est du tout cuit.

De même, l’histoire est plutôt pas mal et offre quelques véritables surprises très agréables qui n’avaient pas été annoncées dans la bande annonce. En premier lieu, j’adore le « Trump Bashing » que le film se permet en toute impunité. Pas forcément parce que j’aime pas Trump, mais parce que c’est vraiment bien fait et très drôle. Ensuite, l’idée d’avoir conservée la relation avec Tilde, qui s’annonçait plutôt comme un simple gag de fin du premier volet, est à la fois surprenant et intéressant : voilà que ça rajoute plein d’enjeux sympa pour le personnage. Et puis, toute la partie américaine est vraiment sympatoche. Enfin, il y a Elton John. Surtout Elton John en fait.

Mais, mais, mais… Je trouve tout cela un peu surfait et parfois maladroit, notamment dans le rythme de certaines scènes et dans les émotions.

Bon, déjà, il y a le coup de la surprise qui est malheureusement passée. Ce coup-ci, on sait à quoi s’attendre et donc les scènes paraissent moins étonnantes. Elles fascinent moins. Mais plus encore, le fait est qu’on a pas vraiment le droit à un final aussi fabuleux que celui du premier épisode et il n’y a pas non plus de scène aussi « grandiose » et marquante que celle de l’église. Les scènes d’action sont très bien foutues, soyez rassurés, c’est juste qu’il en manque une qui sorte vraiment du lot et nous prenne à nouveau par surprise.

Autre souci, ces scènes ne sont pas aussi bien rythmées que dans le premier ! Je pense notamment à la scène dans le bar. Au départ, j’ai eu un peu peur qu’ils nous la refassent en entier, mais heureusement, ce n’est pas le cas. Par contre, l’alternance entre le combat et la discussion des autres n’est pas bien faite : les moments de combat sont trop longs pour que l’effet soit réellement drôle. Dommage. Et le problème se répète dans quelques autres scènes, parfois trop longues aussi.

Mais le plus dommage, à mon avis, c’est les petites maladresses au niveau de l’émotion. J’ai l’impression que chaque fois qu’il devrait y en avoir, le réalisateur ne savait pas trop quoi en faire. Prenons par exemple tous les moments où le héros fait une petite grimace lorsqu’il repense à la mort de Harry. Ou encore la relation avec Tilde : c’est cool de l’avoir rajoutée, mais très honnêtement, on ne voit pas vraiment de moment d’intimité entre eux pour réellement nous attacher au couple. Bref, tout cela aurait pu être soigné.

Car malheureusement, ce traitement trop superficiel des émotions, souvent caché derrière des blagues, amène à un manque d’implication par la suite. Il se passe des choses dans le film, des choses graves, et je n’arrive pas vraiment à y croire, ni en termes de scénario, ni en termes d’émotion…

Et puis, bon, même si la scène est cool, j’avoue que le tout dernier obstacle était un peu en trop à mon avis.

Du coup, que dire de Kingsman : le Cercle d’Or ? Et bien que c’est un bon film, une bonne suite, qui est très cool, très chouette à regarder et qui continuera de vous faire rire et de vous en mettre plein la vue avec des scènes d’action débridées et son univers. Mais ne vous attendez pas non plus à un film qui transcende le premier, ou même se mette à son niveau. Malheureusement, le cool ne fait pas tout !

Mais, ça en fait beaucoup quand même.

Vu : Blade Runner 2049

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Bonjour, bonjour !

Dimanche dernier, au cinéma, je suis allé voir Blade Runner 2049 de Denis Villeneuve et j’ai pas vraiment aimé, mais je pense que vous allez adorer.

Bon, pour commencer, je me dois de vous dire que je déteste Denis Villeneuve. Je pense qu’il n’est pas de réalisateur, aujourd’hui, qui soit plus aux antipodes de ce que j’aime et j’apprécie dans le cinéma, tout en cherchant à s’accaparer les sujets que je voudrais traiter moi-même. En somme, donc, c’est un réalisateur qui fait des films que, en théorie, je devrais adorer aller voir, mais qui les traite pile avec le point de vue et le sens artistique le plus opposé à mes goûts. Imaginez un peu que votre film préféré ait été réalisé par le réalisateur dont le style est le plus opposé à ce que vous aimez dans le film, et vous aurez une petite idée de ce que ça me fait d’aller voir un film de Denis Villeneuve.

Mais surtout, les deux pires moments de cinéma que j’ai jamais passé au cinéma ont été réalisés par Denis Villeneuve. A savoir Enemy et Premier Contact, deux films que j’ai détesté pour mille raisons différentes que je ne vais pas énumérer ici. Cela-dit, je ne suis pas complètement opaque à tout cela non plus : j’ai d’abord découvert Denis Villeneuve avec Prisonners, que j’estime être un très bon thriller. Je suis donc toujours prêt à lui accorder le bénéfice du doute, même si je pense, qu’en réalité, c’est peut-être sur ce film que Denis Villeneuve a été le moins libre d’exprimer son style…

Donc non, Denis Villeneuve, ce n’est pas vraiment ma tasse de thé, bien au contraire. Et pour tout vous dire, je comptais sérieusement passer à côté de Blade Runner 2049, tout simplement ne pas chercher à tenter le diable et à rester tranquillement chez moi. Mais voilà, tout le monde criait au génie (une fois encore) et un ami m’a proposé une séance entre potes. Du coup, j’y suis plus allé pour mes potes que pour le film.

Si je vous dit tout cela, c’est pour que vous conserviez à l’esprit que, concernant Denis Villeneuve, je ne suis pas le type le plus impartial du monde, bien au contraire. Que je suis peut-être allé voir le film à reculons et donc que je ne l’ai peut-être pas non plus apprécié à sa juste mesure. Il me semblait important de le signaler avant de commencer.

Alors, fondamentalement, que penser de Blade Runner 2049 ? Et bien que c’est un film qui a d’immenses, d’énormes, de gigantesques qualités. En termes de réalisation, toutes les images sont bluffantes, l’image est splendide, chaque plan est étudié pour vous en mettre plein la vue et c’est vraiment magnifique. L’univers du film est merveilleusement mis en scène à travers chaque scène et nous plonge corps et âme dans ce futur alternatif. Il y a une ambiance monstrueuse, qui vous prend au corps d’un bout à l’autre. Autant de choses qui contribuent à rendre le film particulièrement prenant et vivant.

Allons plus loin, c’est aussi un film qui, contrairement à la plupart des remakes, sequels et autres reprises de franchises célèbres que l’on voit aujourd’hui, n’a clairement pas été conçu dans une démarche commerciale. Le film suit un démarche artistique forte, personnelle, novatrice à beaucoup de points de vue. On sent un véritable amour de l’œuvre originale, une véritable volonté de se l’approprier pour en faire un excellent film et non pas un monument de fan service mal agencé. En somme donc : ça fait vraiment plaisir de voir ça.

De manière générale donc, sur le plan technique et de l’intention, je n’ai rien à redire, le film est juste excellent.

Maintenant, le fait est que je n’ai pas apprécié non plus. Je ne suis pas vraiment rentré dans l’histoire, je l’ai trouvé trop long et j’ai vraiment détesté la musique.

Que raconte Blade Runner 2049 exactement ? En réalité, c’est assez simple : on suit un Réplicant au service des Blade Runners, c’est-à-dire les chasseurs de Réplicants rebelles. Celui-ci découvre alors, au cours d’une enquête, qu’une Réplicante a donné naissance à un enfant. Et rapidement, le héros est chargé de retrouver l’enfant, où qu’il soit, et de l’éliminer.

Je ne vous en dit pas plus, je vous laisserai découvrir le reste par vous-même.

En soi, et c’est une surprise pour moi vu la façon dont été écrit Premier Contact, je n’ai pas grand-chose à dire au sujet de cette trame principale. Sans être exceptionnellement maligne et formidable, elle tient la route, elle est même assez touchante à bien des égards. Il s’agit en réalité d’une quête personnelle d’identité pour le héros, qui est assez immersive et plutôt bien conçue. Même si j’ai presque tout vu venir (à force de voir trop de films, on commence à connaître les trucs), le film ne cherche pas non plus à reposer entièrement sur ses twists, ce qui fait que les émotions fonctionnent quand même, parce qu’on essaie pas trop d’insister sur les révélations.

Pourtant, l’ensemble est beaucoup trop lent, et ce pour plusieurs raisons. En réalité, Denis Villeneuve essaie de poser son ambiance, de prendre son temps dans chaque plan, dans chaque scène. Ce qui impose un rythme très lent dans l’action. Un rythme lent, en soi, ne serait pas un problème, mais ici, je trouve que ça en pose un. De fait, l’action n’est pas seulement lente, elle est ralentie. Ralentie parfois par des scènes, des plans qui n’ont en eux-mêmes que peu d’utilité dans la narration, qui ne font pas avancer les choses, mais qui préfèrent « poser » l’action. Et de fait, cela crée des moments « statiques » un peu dommage à mes yeux.

Ce problème s’ajoute en réalité à un autre problème : certaines scènes ne sont pas introduites dans la progression du récit. Je m’explique. Pour que l’histoire avance et soit cohérente, il est besoin que certaines scènes arrivent à un moment donné dans le film (en amont d’autres scènes). Et du coup, le fait est qu’on a décidé de « placer » ces scènes à des endroits précis, sans toutefois chercher à les intégrer dans le fil de l’histoire.

Je pense notamment à toutes les scènes avec la prostituée. Elles interviennent à certains moments sans être intégrées dans le fil rouge, quitte à briser l’action en cours d’ailleurs. Lors de ces scènes, l’intrigue principale est interrompue, le personnage n’est pas en train de mener son enquête, de faire avancer le fil rouge dans un sens ou dans l’autre. Résultat, cela coupe la sensation de progression. En bref, ça ralentit l’avancée du film. Et puisque le rythme est déjà très lent, ça rallonge cette sensation de longueur.

Une bonne solution aurait été d’intégrer ces scènes dans des moments d’enquête. Dans la première scène où il rencontre les prostituées par exemple, au lieu d’être simplement « là », pourquoi n’est-il pas en train de suivre une piste ou une autre ? Ce serait assez simple à faire et, ainsi, on n’aurait pas l’impression que l’action est arrêtée, simplement qu’elle est temporairement interrompue, remise à plus tard.

Mais, soyons honnête, il s’agit bien de chipotage. En théorie, de petites erreurs comme celles-ci, d’autant qu’elles contribuent à renforcer l’ambiance, l’aspect contemplatif et immersif du film, ne posent pas vraiment problème.

Non, la raison pour laquelle je n’ai pas vraiment aimé ce film, c’est tout simplement parce que je n’ai pas accroché à cette histoire.

Dans un premier temps, j’ai du mal à m’attacher au personnage principal. J’avoue ne pas vraiment comprendre tous ses enjeux. Il a une quête d’identité que je comprends tout à fait, une histoire d’amour que je comprends tout à fait. Mais au-delà de ça, il fait aussi beaucoup d’autres choses que je n’arrive pas à comprendre. Par exemple, la scène finale. Je comprends ce qu’il cherche à faire, mais je ne comprends pas pourquoi il veut le faire… J’ai l’impression qu’il manque quelque chose ou alors le personnage ne me touche pas comme il pourrait toucher d’autres personnes.

Cela se joint au second problème que je remarque : pourquoi y a-t-il un méchant ? Clairement, le film est une introspection personnelle, privée, du personnage. Ce qui est intéressant, c’est de savoir s’il va se trouver lui-même, s’il va comprendre qui il est, quelle est sa place. Le fait d’avoir rajouté un méchant, un antagoniste à abattre, me paraît ici totalement déconnecté. Connaître la vérité est beaucoup plus important que d’abattre l’ennemi… Et du coup, cela a aussi créé un manque chez moi.

Avec un tel antagoniste, je m’attendais à une confrontation plus directe, de plus grande ampleur peut-être. Or, le film reste sur l’idée d’une quête personnelle du personnage. En soi, c’est bien qu’il reste sur cette idée et ne se transforme pas forcément en grande aventure rocambolesque, cela jurerait avec le reste. Mais le fait est qu’en créant un ennemi à Ryan Gosling, un ennemi à abattre, à vaincre, à détruire, on s’attend à cette confrontation. En tout cas, c’est mon cas. Et le fait qu’elle n’ait pas lieu m’a laissé sur ma faim, a créé une frustration inutile.

A ce niveau-là, je pense que le film aurait gagné à se débarrasser de tout antagoniste et à se concentrer purement et simplement sur l’idée d’une quête très personnelle pour le héros, très intime. Il en aurait été, je pense, infiniment plus fort.

Pour résumer, donc, je trouve que Blade Runner 2049, malgré une histoire cohérente, bien ficelée, et une recherche artistique indéniable, faillit à aller au bout de son idée. A mon avis, il aurait fallu que toutes les scènes, sans exception, soient mieux intégrées dans le fil de l’enquête. Il aurait fallu que se concentrer sur cette idée de quête personnelle, ne pas chercher à y rajouter des éléments qui jurent avec cette intention de base. Je pense aussi qu’il aurait fallu que le personnage soit plus accessible, plus évident dans ses intentions. Mais à ce niveau-là, je peux concevoir que cette absence d’attachement que j’ai ressentie est très personnelle. En bref, à mon sens, il aurait fallu aller encore un peu plus loin pour que le projet soit réellement abouti et qu’il ne paraisse pas aussi long.

Je pourrais aussi parler de quelques autres défauts ou choix étranges de réalisation. Comme le fait que toute la violence soit quasiment toujours hors champ, à l’exception d’un seul et unique coup de feu… Ou que, pour les combats, la facilité ait été choisie et que tous les coups sont marqués par des cut de montage bien pratiques. Mais je vais surtout m’arrêter sur le sound design et la musique du film que j’ai réellement détesté pour le coup.

Autant vous le dire tout de suite : cette musique n’a pas été conçue pour être agréable à entendre. Elle est dissonante, agressive, lourde, pesante. Certes, je ne le nierais pas, elle participe grandement à poser l’ambiance du film. Mais au bout d’un moment, elle est à ce point insistante qu’elle a plus fini par m’arracher les oreilles qu’autre chose et j’avoue avoir, pour la première fois au cinéma, attendu avec impatience les moments de silence.

Le sound design est à l’image de cette musique écorchée : des sons violents, souvent trop puissants par rapport au reste, qui arrivent brutalement et cherchent à vous mettre dans l’inconfort. Là encore, c’est une recherche artistique, un travail réfléchi dans le sens de l’œuvre. Mais tout de même, j’aurais préféré quelque chose de plus « accessible », qui laisse un peu respirer le spectateur.

Quoi qu’il en soit, le travail du son, dans ce film, ne m’a clairement pas aidé à plus l’apprécier. Au contraire, le temps n’a paru que plus long.

Alors au final, faut-il aller voir Blade Runner 2049 ? Et bien, cela pourra vous surprendre après tout ce que je viens de vous dire : mais oui, je vous le conseille tout à fait, si ce n’est même vivement. Pourquoi ? Et bien tout simplement parce que j’ai bien conscience que tout ce que je viens de reprocher au film tient bien plus de mes propres désirs, de mes propres goûts qu’autre chose.

Oui, je n’ai pas vraiment aimé ce film, je l’ai trouvé long, un peu frustrant, je n’ai pas réussi à m’attacher au personnage et il m’a arraché les tympans. Et pourtant, la plupart des gens avec qui j’ai eu l’occasion d’en parler ont surtout tendance à le trouver génial, brillant. Et je pense que la raison est simple. A partir du moment où l’on rentre dans l’atmosphère du film, où on est pris par son ambiance, son univers, il y a toutes les chances qu’on se laisse porter d’un bout à l’autre, qu’on soit réellement marqué par le film.

Ce n’est pas mon cas, mais en même temps, je ne suis pas du tout fan du travail de Denis Villeneuve, je n’aime pas spécialement ce type d’ambiance non plus. En ajoutant à cela que je n’accroche pas au personnage : je ne pense pas être le public cible de Blade Runner 2049. Mais à ce titre, c’est surtout une affaire de goûts personnels et non de qualité du film.

Car je me dois de reconnaître que, même si le tout n’est pas parfait, Denis Villeneuve a créé une œuvre qui mérite d’être vue. Contrairement à Premier Contact, qui était un ramassis d’erreurs immondes, même (et surtout !) en considérant les intentions de l’auteur, je me dois de reconnaître que, dans le cas de Blade Runner 2049, il a fait du bon, voire du très bon travail.

Alors oui, si vous aimez le style de Denis Villeneuve, si vous appréciez ces ambiances oppressantes et les visuels époustouflants, je crois sincèrement que vous adorerez Blade Runner 2049.

L’auteur, ce grand illusionniste

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Dans mon article précédent, j’ai décrit l’auteur comme celui qui travaille à aboutir son projet d’écriture, celui qui va jusqu’au bout de la démarche et surmonte tous les obstacles pour créer la meilleure œuvre possible, celle qui correspond le plus précisément à ses intentions d’artiste. Naturellement, tous mes articles de conseils d’écriture auront pour unique objet de l’aider dans cette démarche, de lui faciliter la tâche, de lui donner des clés pour travailler le plus efficacement possible.

Mais avant de commencer, il convient donc de décrire en quoi consiste exactement ce travail. Quelle en est la nature exacte ? Car pour bien comprendre quel est le rôle de l’auteur, ce qu’il doit faire pour atteindre son but, il est important de savoir précisément en quoi consiste son travail.

 

Naturellement, on serait tenté de croire que le travail de l’auteur, c’est d’écrire. De prendre une plume (ou un clavier d’ordinateur) et de commencer à aligner les mots les uns derrière les autres pour construire son histoire. Et rien ne serait plus faux.

Bien entendu, une partie de son travail consiste effectivement à écrire et à rédiger ses textes, cela va de soi. A un moment ou à un autre, on en arrive toujours là. Cependant, si telle était la nature de son travail, n’importe quel historien ou essayiste, n’importe quel écrivant ludique serait un auteur. Car tous écrivent, tous alignent des mots. Et même si l’on ne comptait que ceux qui écrivent des récits, cela comprendrait aussi beaucoup de personnes qui ne sont pas des auteurs précisément parce qu’elles se contentent de les écrire.

Donc non, le travail de l’auteur, ce n’est pas d’écrire. Au contraire même, son rôle à lui, ce qui le différencie de tous les autres écrivants, c’est tout ce qu’il fait lorsqu’il n’écrit pas. Tout ce qu’il fait pour rendre son récit plus fort, plus intéressant, plus émouvant.

Cela peut paraître paradoxal, mais n’importe quel auteur vous le dira, la partie facile, c’est l’écriture, la rédaction. C’est ensuite (ou avant selon les cas), que les choses se corsent réellement.

 

Mais alors, que fait-il exactement lorsqu’il n’écrit pas ? Eh bien, c’est assez simple : il construit son histoire, ses personnages, il corrige, reprend, coupe, rajoute, imagine, invente, réinvente, il relit, il réécrit, il améliore. Et parfois même, il ne fait rien, il laisse reposer le temps que toutes ses idées s’éclaircissent et qu’il puisse enfin avoir un œil neuf sur son propre projet, ou alors il attend que d’autres jugent son travail et lui donnent quelques conseils pour pouvoir continuer. Autant d’activités diverses qui lui demandent généralement une concentration et une énergie bien plus dense que d’écrire et surtout, une technique bien plus avancée.

Il est inutile pour moi de décrire dans le détail en quoi consiste chacune de ces activités, car c’est bien ce que je ferai au cours de mes articles. Non, mon but ici est de saisir la nature exacte de ces activités, leur rôle dans la création de l’œuvre finale.

Et à ce sujet, la réponse est en réalité assez simple. Tout le travail que l’auteur fournit, n’a qu’un seul réel objectif : améliorer son récit, le rendre meilleur, plus efficace, plus fort, plus abouti. La question est donc : que fait-il réellement pour améliorer son récit ? quel est le propre de cette activité ?

 

Pour répondre à cela, je vais simplement rappeler ce que j’ai déjà dit dans mes articles précédents sur le récit et ce qui fait un bon récit.

Pour commencer, je l’ai dit, une histoire, c’est une suite d’événements qui transmet une expérience émotionnelle. En racontant une histoire, on donne donc à ceux qui ne vivent pas cette suite d’événement une occasion d’expérimenter ce que l’on peut ressentir lorsqu’on la vit. Il se peut que ces personnes aient déjà vécu ces événements et que l’histoire soit destinée, justement, à leur faire revivre cette expérience particulière. Il se peut que les événements soient en train de se produire et qu’on raconte l’histoire pour ceux qui, parce qu’ils sont éloignés de ceux-ci par la distance par exemple, n’y participent pas directement. Néanmoins, peu importe la raison, peu importe si cette histoire se base sur des faits réels ou non, le principe est toujours le même : provoquer une émotion là où il n’en existait pas.

Raconter une histoire, c’est créer de l’émotion à partir de rien. Et précisément, l’auteur écrit des histoires. Son travail consiste donc, principalement, à créer de l’émotion à partir de rien.

Cela devient d’autant plus vrai lorsque l’on considère que l’auteur n’écrit pas seulement des histoires, mais qu’il écrit des récits. Je l’ai dit dans mes précédents articles, un récit n’est pas une simple histoire, il s’agit d’une œuvre d’art construite, articulée et narrée dans le but spécifique de créer des émotions précises. Dans un récit, la suite d’événements que l’on raconte n’est plus l’objet de l’histoire, c’est juste un prétexte pour créer l’émotion, la sensation souhaitée.

Pour écrire un récit, il ne suffit donc pas de se contenter d’une suite d’événements. Il faut magnifier celle-ci, la transformer, la recréer, la reprendre et la reformuler afin de provoquer des émotions précises, de s’assurer que son public – quel qu’il soit – ressente précisément ce que l’on veut qu’il ressente.

Ainsi, il ne s’agit jamais de retranscrire des faits, de relater la réalité ou quoi que ce soit de ce style-là. Bien au contraire, tout le travail de l’auteur consiste justement à magnifier les événements, à les transformer, à les moduler comme il l’entend afin de provoquer les émotions qu’il souhaite créer chez son public. Qu’il imagine lui-même ou non les événements qu’il raconte, son rôle est toujours d’en créer une version artistique et non une représentation fidèle.

En somme, il cherche à présenter une version magnifiée, volontairement erronée de son histoire, afin que celle-ci provoque des émotions précises, toujours à partir de rien.

Et ce qui fait la qualité de son récit, je l’ai déjà dit, ce n’est pas la suite d’événements qu’il raconte, la cohérence de celui-ci, sa proximité avec la réalité que l’on connaît, ou même l’appréciation que le public en a. Ce qui fait un bon récit, c’est précisément lorsque l’auteur a réussi à créer chez son public les émotions précises qu’il voulait provoquer en lui. Donc, mieux il transformera le fil des événements pour servir ses intérêts, plus il sera bon.

 

Je vais donc résumer un peu tout cela et m’arrêter un instant sur ce que je viens de dire.

Dans un premier temps, j’ai dit que le travail de l’auteur, parce qu’il raconte des histoires, est de provoquer des émotions là où il n’y en a pas. Et ensuite, j’ai surenchéri en disant que l’auteur, lorsqu’il travaille, transforme volontairement la suite d’événements qu’il raconte pour en créer une version erronée, mais magnifiée en termes d’émotions.

En somme donc, le rôle de l’auteur, c’est de créer des émotions à partir de rien, et de raconter des histoires qui sont fausses ou faussées par essence, mais « belles » (ou plutôt embellies). Qu’est-ce que cela veut dire exactement ?

Cela veut dire qu’un auteur ne raconte jamais d’histoire vraie – peu importe ce qu’il en dit ou ce que les autres en disent. Un auteur ne raconte jamais que du faux ou du faussé, de vastes mensonges choisis avec attention, construits de toute pièce et narrés spécifiquement pour créer de l’émotion là où il n’en existait pas avant. Et le pire, c’est que tout le monde le sait.

Lorsque vous regardez un film, lorsque vous lisez un livre, lorsque vous jouez à un jeu vidéo ou que vous allez au théâtre, vous savez bien que tout cela est faux, que c’est un mensonge imaginé de toute pièce ou, au mieux, une version magnifiée, romancée de la véritable histoire. Vous ne vous dites à aucun instant que les acteurs sur la scène sont les personnages qu’ils interprètent. Vous savez bien, si l’un des personnages commet un meurtre par exemple, que ce n’est pas vrai, et vous ne vous précipitez pas sur la scène pour aider la victime. Oui, vous savez, quoi qu’il arrive, que l’histoire que l’on vous raconte est fausse, que ce n’est qu’un mensonge.

Or, vous ne pourriez ressentir d’émotion devant un récit si vous ne croyiez pas en sa réalité. Tant que vous ne plongerez pas dans l’univers d’une œuvre, tant que les personnages ne vous paraîtront pas « vrais » ou « véridiques », vous ne ressentirez pas la moindre émotion pour ce qui leur arrive.

Et c’est là toute la difficulté de l’exercice. Tout le monde sait que l’histoire que raconte l’auteur est un odieux mensonge, mais il le fait si bien, qu’on accepte d’y croire. Et donc, le travail de l’auteur, c’est de raconter des mensonges, ou des versions très personnelles de la vérité (ce qui revient au même) et de faire croire à ceux-ci… alors que tout le monde sait pertinemment que ce sont des mensonges.

 

Etrange ? Peut-être pas tant que ça en réalité.

Repensez aux illusionnistes, aux prestidigitateurs. Ces artistes fonctionnent précisément de la même manière pour réaliser leurs performances. Tout le monde sait pertinemment qu’il y a un truc, une astuce, quelque chose que l’on ne voit pas, mais qui permet d’expliquer très rationnellement le phénomène qu’ils prétendent créer. D’ailleurs, les spectateurs viennent généralement à leurs représentations pour cela : parce qu’ils espèrent repérer le truc, être ceux qui découvriront l’astuce, verront les fils invisibles.

Et naturellement, les tours les plus impressionnants sont toujours ceux qui bluffent le public au point que celui-ci s’interrogerait presque sur ce qu’il a vu. Pas nécessairement ceux qui demandent le plus de moyens, pas ceux qui sont les plus drôles. Non, ceux qui sont si bien réalisés qu’on en viendrait presque à croire qu’il y avait vraiment de la magie à l’œuvre, parce qu’on ne peut pas vraiment expliquer cela autrement.

Quelque part, c’est d’ailleurs ce que nous recherchons dans ces spectacles : le mensonge. Nous voulons être bluffés, nous voulons être pris de courts, impressionnés, surpris par les tours qu’on nous joue. Et les prestidigitateurs, bien conscients de cela, font alors tout pour que le mensonge paraisse aussi réel que possible. Ils déploient alors mille techniques pour nous distraire, pour attirer notre attention au mauvais endroit, pour que l’on ne devine pas le truc.

Et bien l’auteur fonctionne exactement pareil. Comme pour le prestidigitateur, le public de l’auteur sait qu’on lui ment et recherche cela. Mais il veut aussi croire à ce qu’on lui raconte, il veut pouvoir s’immerger dans le récit qu’on lui sert, afin de ressentir les émotions désirées. L’auteur se doit donc de déployer tous les artifices, toutes les techniques, toutes les astuces pour faire croire à son mensonge.

D’une main, il vous distrait, tandis que de l’autre, il prépare son twist… Cela vous rappelle quelque chose ?

 

Alors oui, si je devais décrire la nature du travail de l’auteur, je dirais que celui-ci est avant tout un affabulateur, un menteur : un illusionniste. Son rôle est de faire croire au public que tout ce qu’on lui raconte est vrai, alors qu’il sait pertinemment que c’est faux. Et de fait, l’auteur ne créée jamais que du faux.

Et toutes les techniques, toutes les méthodes que je compte vous transmettre à travers ces articles, viseront simplement à vous aider à créer le mensonge le plus efficace pour faire ressentir des émotions, le meilleur mensonge possible.

Ne l’oubliez jamais. Je ne suis pas là pour vous apprendre à retranscrire le plus fidèlement possible la réalité, mais bien pour vous aider à faire croire aux autres que vous le faites. Je ne suis pas là pour vous apprendre à relater des faits, je veux vous apprendre à fausser de A à Z pour arranger vos intentions.

Mon rôle à moi, c’est de vous apprendre à réaliser des tours de magie.

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