Vu : Dans la Brume

Dans la brume

Le genre en France commence à devenir un cinéma de qualité, de grande qualité même !

Voilà, il y a un certain moment maintenant, au cinéma, je suis allé voir Dans la Brume de Daniel Roby et franchement, c’était un excellent film.

Bon, je vous l’avoue, j’avais entendu parler du projet longtemps avant sa sortie et je connaissais déjà la révélation finale. Sur le papier, je l’avais trouvée intéressante et j’attendais de voir comment ils allaient mettre tout cela en scène. La réalité est donc qu’en voyant le film, je n’ai pas pu être « surpris » ou « étonné » par cette fin, car je l’ai attendue tout le long du visionnage en connaissance de cause. Et donc, je ne sais pas vraiment comment celle-ci peut être fondamentalement perçue par un spectateur novice.

Mais qu’à cela ne tienne, parce que le film est bon pour beaucoup d’autres aspects et m’a sincèrement touché et ému à plusieurs reprises. Et plus important encore : alors que je connaissais déjà la fin, il m’a tenu en haleine d’un bout à l’autre et ça, c’est vraiment très fort, vraiment très appréciable. Et je pense (je sais, même, puisqu’on me l’a dit) que beaucoup d’autres ont été aussi pris par le film que je l’ai été. Bref, cela souligne une qualité d’écriture malheureusement trop rare en France et d’autant plus rare dans les rares films de genre auxquels nous avons le droit chaque année.

Alors, pour ceux qui sauraient pas de quoi parle Dans la Brume, reprenons depuis le début.

Dans la Brume raconte l’histoire d’un père divorcé, interprété par Romain Duris, dont la fille souffre d’une maladie génétique toute nouvelle : une insuffisance respiratoire qui contraint cette dernière à vivre dans une bulle où l’air est constamment filtré. Alors que son ex-femme et lui cherchent un traitement miracle pour libérer leur enfant de son cocon médical, une catastrophe survient : une brume toxique et meurtrière surgit du sol et recouvre Paris.

Le héros et son ex-femme, qui étaient dans le même immeuble à ce moment-là, se réfugient au dernier étage, là où la Brume semble s’être arrêtée de monter. Mais leur fille, toujours prisonnière de sa bulle (qui filtre heureusement l’air), est coincée quatre étage plus bas. Réfugiés dans l’appartement d’un couple d’adorables retraités, ils vont alors tout faire pour tirer leur fille de là et échafauder un plan pour quitter Paris avec leur fille…

Voilà, je ne vous en dévoile pas plus et je vous laisserai découvrir ce film par vous-même.

Mais pour commencer, je tiens à souligner un point important sur la réalisation du film : elle est excellente. Mais pas nécessairement parce que les plans sont impressionnants ou quoi. Non, parce que le réalisateur a su mettre le paquet précisément sur la scène la plus importante du film, celle dont allait dépendre toute la crédibilité de celui-ci : l’arrivée de la brume. Et soyons honnête, cette scène est dantesque. Personnellement, elle me rappelle la scène de l’arrivée des extra-terrestres dans La Guerre des Mondes de Steven Spielberg. On y retrouve quasiment le même genre de plans, les mêmes idées de mise en scène. C’est plus court, mais c’est tout aussi intense et, après avoir vu ça, on ne peut que s’inquiéter pour les personnages pendant tout le reste du film. Et ça, c’était vraiment une idée géniale.

Ce qu’il faut comprendre, c’est que quand on fait un film, et plus spécifiquement un film de genre, il y a toujours un moment dans le film qui doit être considéré comme le « Money Shot ». A ne pas comprendre comme « le plan qui attirera les foules dans les salles », mais plutôt comme « le plan sur lequel on doit mettre le paquet pour que tout le reste fonctionne ». C’est généralement le plan, la séquence, la scène qui, si elle est réussie en termes de réalisation, assurera toute la crédibilité du reste. C’est quelque chose que j’expérimente dorénavant dans mon école de cinéma et en montant mes propres projets de film.

Du coup, l’idée, c’est que dans cette séquence absolument essentielle, il faut mettre le paquet, quitte à sacrifier les bonnes idées sur les autres séquences pour des raisons de budget. Et de fait, Dans la Brume, en dehors de cette scène, se passe quasiment toujours dans des petites rues parisiennes, avec peu de figurants, dans des lieux fermés, étroits. Même les plans larges fréquents, qui montrent Paris recouvert de brume, ne sont finalement que des plans drones avec un effet spécial relativement simple à produire. Si l’on ne voyait que cela, on aurait sans doute eu l’impression d’un film de peu de moyens qui tente un peu désespérément de faire croire à un cataclysme de grande envergure sans avoir les moyens de réaliser concrètement ses ambitions. Mais parce qu’il a été décidé de mettre le paquet sur la scène de l’arrivée de la brume, cet effet disparaît totalement. Et il est important de saluer ce choix de réalisation (ou de production) particulièrement pertinent. Si tous les films de genre avaient cette intelligence, ce serait merveilleux : en vérité, inutile d’avoir d’immenses moyens pour faire un bon film de genre, il faut juste savoir où les mettre.

Ceci étant dit, nous sommes ici pour parler d’écriture et il est donc aussi important de souligner que Dans la Brume est très bien écrit et fonctionne merveilleusement… et ce pour des raisons simples.

Dans un premier temps, les enjeux sont posés dès le départ, clairs, précis et forts. Il s’agit tout simplement de raconter l’histoire de parents qui doivent tout faire pour sauver leur fille, déjà fragile, dans d’une situation extraordinaire. Car de fait : eux sont réfugiés dans les étages supérieurs, elle est toujours dans les étages inférieurs ; elle est certes protégée par sa bulle, mais ne peut pas les rejoindre, et la brume les sépare. Ils doivent trouver une solution pour quitter Paris, mais leur fille ne peut pas être déplacée facilement : il lui faut une combinaison très spéciale qui filtre l’air, et eux-mêmes doivent trouver des réserves d’oxygène pour traverser la brume. Pire encore : ils ne peuvent pas aller n’importe où car, à l’arrivée, leur fille devra à nouveau vivre dans une bulle protectrice.

En bref ? Les personnages principaux ont un enjeu simple que n’importe qui peut apprécier et comprendre : sauver leur fille d’un terrible danger de mort, en plus de trouver le moyen de se sauver eux-mêmes. Mais plus encore, ils sont confrontés à une montagne d’obstacles auxquels d’autres n’auraient pas été confrontés en temps normal. L’idée d’avoir rajouté cette maladie à leur fille renforce drastiquement le problème et les force à sans cesse trouver des solutions pour se sortir du pétrin.

Mais allons plus loin : le film ne se contente pas de ces enjeux déjà très forts. Il en rajoute d’autres. Par exemple, la brume monte très lentement : ce qui veut dire qu’eux-mêmes ne pourront pas rester éternellement sur place, ils doivent trouver le moyen de quitter Paris avant qu’il ne soit trop tard. De même, la bulle de leur fille, la seule chose qui la protège de la brume, fonctionne uniquement grâce à des batteries (parce qu’évidemment, il n’y a plus de courant). Résultat, il faut régulièrement changer les batteries. Encore un autre problème qui force les personnages à agir et à ne pas attendre que les secours viennent.

C’est là aussi une technique assez simple : en rajoutant des impératifs temporels aux personnages, on les contraint à l’action. S’il n’y a pas d’impératif temporel, les personnages peuvent simplement attendre que les secours arrivent ou que d’autres personnages viennent les sauver. Mais en créant une situation qui se dégrade, qui ne pourra pas tenir très longtemps, vous les forcez à agir.

Et enfin, à cela s’ajoute une série de petits rebondissements bienvenus qui achèvent de renforcer le suspense. La situation ne reste jamais vraiment la même, elle devient de plus en plus dramatique, oppressante, les personnages sont continuellement obligés de s’adapter.

Tout cela, ce sont des petits outils, des outils simples. Et pourtant, ils sont terriblement efficaces. Pour traiter cette histoire, il a été choisi de traiter des enjeux simples et forts, que tout le monde peut comprendre : protéger les gens que l’on aime, parler de la famille, de la réunir. On a tout mis en place pour que les héros aient des tas de choses à accomplir pour s’en sortir, des choses difficiles, complexes. Et on s’est assuré que la situation ne soit jamais statique afin que le film ne stagne jamais. Et au final, on obtient un film fort, qui tient la route et qui vaut vraiment le coup d’être vu. Et ça, ça fait plaisir ! Si l’on rajoute à cela des personnages très bien construits et très touchants, c’est vraiment que c’est un bon film.

Malheureusement, tout n’est pas parfait. Je trouve en effet que beaucoup trop de dialogues sont un peu « plats », voire trop explicatifs. Dommage vu la qualité du reste. De même, l’arrivée du chien me paraît un peu trop voulue par les scénaristes pour rajouter du contenu, rallonger un peu le film pour éviter qu’il ne soit trop court. Car fondamentalement : à quoi amène-t-il, ce rebondissement ? Bref, ce ne sont pas des défauts majeurs, ils n’empêcheront probablement pas d’apprécier le film, mais tout de même, ils auraient pu être aisément évités je pense.

Quoi qu’il en soit, voilà, si vous en avez l’occasion, n’hésitez surtout pas à voir le film Dans la Brume, car c’est vraiment un très bon film de genre français et il mérite toute votre attention.

Moi, de mon côté, ce film m’a aussi fait l’effet de voir un Roland Emmerich, sans l’aspect titanesque. Toute la formule y est : le thème de la famille, les personnages pris dans une catastrophe trois fois trop grande pour eux, les évolutions des personnages, les courses contre la montre… Et j’adore Roland Emmerich, alors je ne pouvais qu’aimer ce film.

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Une réflexion sur “Vu : Dans la Brume

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