Vu : La Forme de l’Eau

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Le fantastique, ça prend du temps…

Il y a un certain temps déjà, au cinéma, je suis allé voir La Forme de l’Eau de Guillermo del Toro et, si le film est beau et bien fait, je n’ai pas vraiment accroché non plus.

Je vais commencer par dire que oui, c’est un bon film. J’ai apprécié le voir et je pense qu’il plaira à l’essentiel des personnes qui le verront. La réalisation de Guillermo del Toro est léchée, les images sont toutes belles et nous plongent (cas de le dire) facilement dans l’univers du film, tous les acteurs sont formidables, la musique est belle… Bref, au bout d’un moment, quand on commence à rassembler autant de qualités dans un même film, c’est que quelque part, ça mérite un peu tous ses oscars.

Quant à l’histoire, eh bien elle fonctionne, aucun doute là-dessus. Les personnages sont tous bien construits, intéressants, ont quelque chose à défendre, ne sont pas de simples noms ou fonction. Les événements se déroulent avec logique et intelligence, les rebondissements sont nombreux, les scènes de tension fonctionnent et la poésie aussi. On pourrait donc presque dire que tout est réussi ! Et pourtant, oui, je n’ai pas vraiment réussi à m’immerger (cas de le dire) complètement dans le film et je n’ai pas ressenti l’émerveillement auquel je m’attendais. Allons même plus loin : certaines choses m’ont vraiment gêné dans le film.

Alors, reprenons depuis le début.

La Forme de l’Eau raconte l’histoire d’une femme de ménage muette qui travaille au centre spatial dans les années 60, en pleine guerre froide. Un jour, on lui demande de nettoyer une salle dans laquelle des scientifiques mènent une expérience top secrète sur une créature aquatique récupérée au fin fond de l’Amazonie. Rapidement, elle va se lier d’amitié avec la créature et chercher à l’aider à se tirer de là.

Comme le spécifie le narrateur au début du film, c’est un conte. Et dans l’ensemble, je l’ai dit, cette histoire fonctionne, fait sens et touche assez aisément le spectateur. Pourtant, personnellement, je n’ai pas non plus été transporté d’émotion et les personnes avec qui j’ai pu en parler non plus. Il manquait quelque chose dans le film, quelque chose pour nous impliquer complètement et totalement dans cet univers.

Et en y réfléchissant, je me suis rendu compte que ce qui me manquait le plus, c’était l’aspect « fantastique » du film. Alors même que, clairement, c’est une histoire qui appelle à l’émerveillement, à la découverte, à l’étrange… je n’ai rien ressenti de tout cela ! Et pour cause, le film va beaucoup, beaucoup trop vite. Il ne prend pas le temps d’installer son propos, son ambiance.

Je m’explique.

Le fantastique, c’est la confrontation de notre monde, tel que nous le connaissons, avec un événement ou un phénomène extraordinaire, paranormal. Il y a cette idée de choc entre ce que nous croyons connaître et le phénomène qui apparaît dans l’histoire et qui vient tout contrebalancer. Pour que le fantastique fonctionne et paraisse crédible, il faut donc laisser au spectateur le temps d’assimiler ce choc, de comprendre que l’événement qui est en train de se produire est effectivement extraordinaire, incroyable, même pour les personnages.

Et justement, c’est le travail que La Forme de l’Eau ne fait pas. L’héroïne est quasiment tout de suite plongée (cas de le dire) dans l’étrange et l’accepte immédiatement. Il y a une brève scène de stupeur avec la première apparition de la créature, puis, ensuite, l’aspect fantastique des choses est immédiatement assimilé et devient parfaitement naturel. Et même si cela n’empêche pas de suivre l’histoire, on perd nécessairement tout une dimension émotionnelle et il devient plus difficile d’appréhender l’univers du film.

Si je devais le comparer à un autre film qui poursuit globalement le même schéma narratif et s’inscrit dans le même genre, je comparerais La Forme de l’Eau à E. T. L’extraterrestre de Steven Spielberg. Dans E. T., le film prend le temps de nous introduire à la créature qu’il met en scène. Eliott met du temps et plusieurs rencontres effrayantes avant de seulement chercher à en savoir plus. Et il lui faut encore du temps ensuite pour s’accoutumer à la présence de l’extra-terrestre chez lui. Ensuite, il y a aussi un temps d’adaptation pour chacun des autres personnages et la créature reste cachée aux yeux du monde jusqu’à la fin ou presque. Tout cela contribue à souligner l’extraordinarité du phénomène.

Dans la Forme de l’Eau, l’héroïne n’est pas la première à découvrir la créature, puisque tous les scientifiques connaissent déjà celle-ci et qu’elle représente quelque chose de tangible et de normal dans leur univers. Elle-même ne met pas longtemps à l’accepter comme réelle et à aller vers elle sans la moindre difficulté. Et enfin, même ses amis, extérieurs au projet secret, sont mis au courant rapidement de l’existence de la créature et l’acceptent trop facilement.

Résultat, à aucun moment on nous laisse nous émerveiller de la présence d’une créature aussi incroyable dans le film et très vite on oublie donc que c’est un phénomène vraiment pas naturel.

Et ça, à mon avis, c’est le principal défaut du film. Car dans un film de ce genre, il aurait fallu beaucoup insister sur cela pour nous plonger réellement dans l’univers. Et finalement, à ce titre, l’imagerie trop léchée de Guillermo del Toro ne contribue pas à rendre le monstre si extraordinaire non plus.

Mais allons plus loin : l’histoire d’amour entre l’héroïne et la créature… je n’y ai pas cru non plus. Et plus encore, cela m’a même gêné.

Tout d’abord, encore une fois, cette histoire va trop vite. Les deux personnages sont immédiatement intéressés l’un par l’autre malgré l’étrangeté de la situation et on ne prend pas vraiment le temps de nous montrer ce qui les rassemble réellement. Elle le dit à un moment : c’est la seule personne qui ne la regarde pas comme une idiote à cause de son handicap. Mais à aucun moment on ne prend la peine de nous montrer comment les autres la regardent, en quoi ça la gêne. Résultat, on ne peut pas ressentir cela avec elle.

Néanmoins, c’est un autre aspect qui m’a gêné dans cette histoire. La créature est certes intelligente, mais elle n’est jamais pour autant présentée comme une personne mature ou éduquée. En réalité, c’est même plutôt l’inverse. Elle a les réactions et le comportement d’un enfant qui découvre le monde. Et c’est là qu’à mon sens, la relation devient glauque : j’ai clairement l’impression que l’héroïne profite de l’esprit influençable de la créature… Ce qui n’est tout de même pas top, avouons-le.

Et du coup, malgré beaucoup de qualités indéniables… le film ne fonctionne pas complètement, n’emporte pas totalement, ne transcende pas. Et du coup, je reste sur ma faim.

Alors oui, effectivement, je ne suis pas vraiment fan de La Forme de l’Eau, même si je pense que ça reste un bon film quoi qu’il arrive.

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Une réflexion sur “Vu : La Forme de l’Eau

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