Vu : Le Retour du Héros

Le retour du héros

Encore une fois la preuve que les bonnes idées ne font nécessairement de bons films.

Il y a quelques temps, au cinéma, je suis allé voir Le Retour Du Héros de Laurent Tirard et j’ai été très déçu par ce film qui me semble plus être une copie de travail qu’autre chose.

A la base, le film m’attirait beaucoup. Le concept de base, en effet, était plutôt chouette et promettait une histoire assez intéressante. Mieux encore, la bande annonce m’avait bien fait rire. Bon, je ne suis pas un grand fan de Jean Dujardin et Mélanie Laurent, mais il y avait du potentiel.

Et puis finalement, il n’y avait un peu que ça : du potentiel.

Si vous ne le savez pas, Le Retour du Héros se situe au début du XIXème siècle, sous Napoléon Ier. Jean Dujardin incarne le capitaine Neuville, un membre de l’armée impériale, coureur de jupons, qui profite de son rang pour demander la main d’une fille de bonne famille de la région. Sauf que, le jour de sa demande, il est en réalité appelé à la guerre. Il promet d’écrire tous les jours, mais n’en fait rien et sa bien-aimée dépérit en attendant de ses nouvelles.

Pour éviter qu’elle ne sombre totalement dans la dépression, la sœur de la jeune femme, Isabelle, jouée par Mélanie Laurent, décide d’écrire à la place du capitaine. Mais très vite, elle se prend au jeu et invente tout un tas d’aventure au personnage de Neuville qu’elle a créé, puis le tue héroïquement dans une dernière lettre pour éviter que ça n’aille trop loin.

Le problème, c’est que trois ans plus tard, le vrai Neuville revient, pas mort du tout et devenu clochard après avoir déserté. Isabelle essaie de le virer, mais apprenant qu’il est le héros du village, Neuville décide en fait de rester et de profiter de sa renommée pour avoir la belle vie.

Alors oui, du coup : le principe de l’histoire était chouette. Il s’agit de conserver un mensonge honteux pour Neuville afin d’avoir la belle vie. Et pour Isabelle, il s’agit de trouver un moyen de le virer au plus vite sans dévoiler que c’est elle qui a écrit toutes les lettres. Il y avait de quoi faire une bonne comédie, avec plein de rebondissements, du rythme etc.

Et je ne vais pas vous mentir, j’ai ri. Certains gags sont effectivement très drôles et certaines situations bien exploitées. J’aime d’ailleurs beaucoup les tous derniers plans. Il n’empêche que, ça ne va pas plus loin, et ce pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, les personnages ne sont pas toujours très consistants et leurs motivations par très réalistes. Pour commencer, par exemple, Isabelle agit à plusieurs reprises de manière totalement hors de propos pour son personnage. Il y a un moment où elle va voir Neuville, déterminée à lui faire un ultimatum ou à tout révéler sur le mensonge… Et finalement, elle décide de l’aider de peur qu’on dévoile son mensonge ? C’est un peu bizarre. Il y a aussi des moments où le personnage pète un câble sans raison. Il y a un moment où elle est prête à le laisser mourir dans un duel, mais après, elle fait tout pour le sauver ? D’ailleurs, comment ne pouvait-elle pas savoir que l’armée tuerait Neuville si on se rendait compte que c’était un déserteur ? Non vraiment, trop d’inconsistance dans le personnage.

Neuville est un peu mieux maîtrisé, parce que plus simple. Mais quand le final arrive, il se met là aussi à agir de manière totalement incohérente avec son personnage, juste pour justifier un dernier rapprochement avec Isabelle…

Le souci avec ces personnages qui agissent plus pour faire avancer le scénario dans le sens souhaité qu’autre chose, c’est que j’ai vraiment du mal à m’identifier à eux, puisque je ne vois pas trop où ils vont et puisqu’ils agissent de manière totalement incohérente dans certaines situations. Et si je ne m’identifie pas à eux, je ne peux pas vraiment apprécier ce qui leur arrive. Je ne crois pas à leur histoire. Je peux seulement en rire, et encore.

Un autre problème, à mon avis, est que la situation, très intéressante, qui fait le concept du film, est en fait très vite désamorcée parce que les deux personnages s’allient plus ou moins. Du coup, toute la menace d’exposition du secret s’envole pendant une partie du film et Isabelle ne cherche même plus à chasser l’homme… Il y avait mille façon de jouer avec cette situation, et finalement, celle-ci n’existe que très peu dans le film. Pourquoi, alors, en avoir fait tout un plat ? Quand tout votre concept repose sur le maintien d’un secret, la moindre des choses, c’est d’en faire l’enjeu principal du film, non ?

En fait, j’ai vraiment l’impression que ce film est une version non finale du scénario. Ils avaient l’idée, mis des rebondissements un peu au hasard, histoire de voire où ils pouvaient emmener l’histoire. Mais au lieu d’essayer d’améliorer le tout pour mieux jouer avec le sujet, ils ont gardé cette copie inachevée et l’ont filmée. Et vraiment, du coup, c’est beaucoup moins bien que ça aurait pu l’être.

Et puis, il y a aussi un autre truc qui m’énerve… MAIS POURQUOI LES PERSONNAGES PARLENT COMME CA BORDEL DE MERDE ?

C’est pathétique, mais à chaque fois qu’on fait un film d’époque en France, il faut que les personnages parlent comme s’ils étaient dans un bouquin de l’époque en question. Et du coup, il n’y a AUCUN naturel dans les dialogues, parce que le langage est trop littéraire, trop soutenu pour faire vrai. Et pire encore, tous les acteurs récitent plus leur texte qu’ils ne le jouent, parce que du coup, ils ont pas grand-chose de « vrai » à jouer.

Et qu’on ne me dise pas que c’est pour donner un aspect « d’époque ». Le français que l’on parlait à l’époque de Napoléon était tout simplement TRES différent du français d’aujourd’hui et, soyons honnête, si on mettait vraiment le français de l’époque en scène, on n’y comprendrait probablement plus rien.

Non, à l’époque, le français était effectivement différent, mais les gens parlaient NORMALEMENT, dans ce français-là. Ils utilisaient les formules d’usage et ne balançaient pas des répliques littéraires à chaque fois qu’ils ouvraient la bouche ! Ils parlaient comme tout le monde. Et du coup, le meilleur moyen de nous plonger dans l’époque, c’est bien d’utiliser le français d’aujourd’hui, tel qu’on le parle aujourd’hui (en virant quelques mots anachroniques du genre « téléphone »). Parce que comme ça, on aura vraiment l’impression que les gens parlent normalement et sont des personnes réelles, pas des réciteurs littéraires.

Cette manie m’énerve vraiment parce qu’elle fait sonner tous les personnages « faux ». Et du coup, elle ne contribue pas du tout à les rendre « réels » à nos yeux. Ça créé un décalage qui n’est pas bienvenu. Et dans un film qui est déjà bien maladroit, c’est encore plus dramatique.

Bref, n’allez pas voir Le Retour du Héros, il y a bien mieux à voir au cinéma en ce moment.

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Une réflexion sur “Vu : Le Retour du Héros

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