Vu : Black Panther

Black Panther

Marvel est-il prêt à sortir de sa phase d’autodérision systématique ?

Voilà, il y a quelques temps, je suis allé voir Black Panther de Ryan Coogler et franchement, franchement, c’était vraiment bien.

Bon, les Marvel, ça fait un moment qu’on en parle, un moment qu’on en voit, et un moment que ça rapporte très très gros au box office aussi. Il n’y a pas eu que des bons films dans la saga, il faut bien le dire et certains opus sont mitigés, voire oubliables. Mais le fait est que, depuis quelques temps, depuis Captain America : Civil War, en fait, à l’exception de Les Gardiens de la Galaxie Vol. 2, je trouve qu’il y a vraiment du très bon niveau et que la franchise sait de plus en plus ce qu’elle fait, tout en réussissant une transition qui n’était pas forcément facile pour elle : arrêter de faire des blagues pour se concentrer sur l’histoire.

Je m’explique un peu. Le problème de Marvel, c’est que globalement, les films qu’ils sortent sont de bons films d’action avec plein d’effet spéciaux et de l’aventure assez chouette à suivre. Mais ils passent leur temps, depuis Les Gardiens de la Galaxie, à faire des blagues sur eux-mêmes comme s’ils n’assumaient pas vraiment les histoires qu’ils racontaient. Comme pour dire aux spectateurs : ne vous en faites pas, on sait bien que ces histoires de types qui se battent en collant sont ridicules. Alors, oui c’est fun, mais ça retire aussi toute une dimension profonde à nos super-héros favoris. Et on pourra reprocher ce qu’on veut à DC (surtout ces derniers temps), le fait est que, dans la démarche, ils essayaient au moins de faire apparaître cette dimension essentielle des super-héros.

L’apogée du système Marvel, c’était bien entendu Thor : Ragnarok, qui était super, mais centré quasiment uniquement sur le fun et l’autodérision. Problème : il était vraiment difficile d’aller plus loin dans ce domaine et il fallait impérativement changer ou risquer de devenir un vieux disque rayé et de perdre des clients à mesure que les films avancent.

Mais avec Black Panther, Marvel a enfin fait ce qu’il fallait : la franchise a enfin pris l’histoire au sérieux et a arrêté de faire des blagues à tout bout de champ pour désamorcer les situations et les enjeux. C’est pas parfait, et il y a toujours un ou deux personnages pour faire des blagues, mais on voit tout de suite la différence. Personnellement, j’ai été, je pense, beaucoup plus touché par Black Panther que par Thor : Ragnarok. Et j’avais vraiment adoré Thor Ragnarok, c’est dire !

Donc, dans ce nouvel opus de la saga, on retrouve T’Challa, alias Black Panther, le tout premier super-héros Noir de l’univers Marvel, et qui était déjà apparu dans Civil War. Puisque le roi du Wakanda, le pays de T’Challa, est mort dans Civil War dans l’attentat à l’ONU, c’est donc au tour de T’Challa d’endosser le rôle de roi et de Black Panther, le protecteur du royaume. Sauf que, figurez-vous que c’est pas si facile d’être roi ! T’Challa, alors qu’il poursuit un ennemi du royaume qui échappe depuis longtemps à leur giron, va soudain se retrouver face aux conséquences des erreurs commises par ses prédécesseurs alors qu’un rival va apparaître et tenter de lui ravir le trône… En gros.

Et finalement, ça donne un film d’aventure, d’action, presque de Fantasy même, qui traite autant du poids du passé que du racisme. Car oui, dans l’univers Marvel, le Wakanda, c’est le pays le plus développé du monde… et il se trouve au cœur du continent le plus pauvre. Et du coup, toute la question est : est-ce que ce royaume, qui cache sa véritable nature au reste du monde, ne devrait pas prendre ses responsabilités et venir en aide à ses voisins démunis ?

Dans Black Panther, le héros a une vraie évolution, cette aventure est pour lui une véritable quête initiatrice qui lui permettra de s’élever au-dessus des erreurs de ses prédécesseurs, de comprendre comment s’améliorer lui-même. Au cours de cette quête, il va vraiment souffrir, vraiment subir des revers forts et être confronté à de vrais dilemmes… Et il s’avère que, pour une fois, le film n’essaie pas de tourner cela en dérision et assume totalement la profondeur de l’histoire : tout est traité avec sérieux.

La conséquence de tout ça ? Les enjeux fonctionnent. Le message passe. L’aventure nous prend au corps. Et le tout est d’autant plus cool. En d’autres termes : un bon, un très bon film.

J’aime beaucoup l’imagerie ultra colorée du Wakanda. J’aime la relation que T’Challa entretient avec sa sœur, ou même avec son ex. J’aime beaucoup le personnage de la générale. Et bordel de merde, nous avons enfin un vrai, excellent méchant, qui m’a royalement ému (c’est le cas de le dire), mieux que le Vautour dans Homecoming, mieux que Zeno dans Civil War, beaucoup mieux même. Vraiment, je tire mon chapeau à ce film qui a réussi toutes ces choses qui manquaient terriblement au Marvel Cinematic Universe.

Mon film préféré de la franchise ? Bon, peut-être pas. Je ne sais pas. Il faudrait que j’y réfléchisse.

Parce qu’évidemment tout n’est pas parfait. Bon, déjà, tout le discours antiraciste est un peu simpliste et manichéen, en témoigne notamment la petite pique à l’ONU dans la scène post générique. Sérieusement, quel représentant à l’ONU irait balancer du : « Nan, mais vous êtes bien gentil le Wakanda, mais qu’est-ce qu’un pays de ploucs peut bien apporter au reste du monde, hein ? » ? Et de manière générale, c’est une vision antiraciste très occidentale. Le film s’adresse aux américains après tout.

De la même manière, le méchant a beau être très bon en tant que personnage, en tant qu’antagoniste du film, il l’est un peu moins. En gros, c’est un Black Panther du côté obscur. C’est cool, mais ce n’est peut-être pas par là qu’il faut commencer lorsque l’on veut commencer l’histoire d’un super héros. Le coup du « se battre contre lui-même », c’est pas le meilleur moyen d’en faire un héros justement, ça ne permet pas vraiment de voir en quoi Black Panther est si spécial.

Et puis, il y a tout le côté : beaucoup trop classique. Oui, il faut bien le reconnaître, la structure du film est tellement classique qu’elle en devient presque prévisible. Surtout en ce qui concerne la fin, où clairement, on ne peut pas croire à l’un des rebondissements. Parce bon, faut pas déconner, ça reste un film Marvel. Alors oui, le tout fonctionne bien, mais bon, peut-être auraient-ils pu faire un effort de côté-là.

Il y a aussi le personnage du meilleur ami qui finit par se retourner contre T’Challa : un peu trop rapide et pas assez justifié à mon goût.

Mais ce qui m’a le plus gêné, c’est la bataille finale. Oh, elle est très bien et suffisamment rythmée. Bon, les façons de se battre des Wakandais ne sont pas toutes hyper classes, mais passons. Non, ce qui m’ennuie, c’est que la scène est un peu ridicule par rapport aux enjeux. En gros, il y a vingt personnes contre vingt personnes. Pas de quoi casser la baraque. Alors qu’il y avait clairement moyen de faire une grande bataille épique à ce moment-là. Et puis, il y a un danger sur le monde, il faut arrêter le plan du méchant le plus tôt possible : mais ce danger reste purement spéculatif. Encore une fois, on ne voit pas le méchant causer le moindre tort : les héros l’arrêtent avant. Le problème ? Bah, ça confine un peu l’histoire au Wakanda, alors que le reste du monde était concerné. On est moins pris, moins impliqué dans cette histoire qui avait pourtant le potentiel d’être infiniment plus grandiose.

Vraiment, rappelez-vous toujours : quand vous avez une histoire dont les enjeux impliquent le reste du monde… MONTREZ LE RESTE DU MONDE !

Souvenez-vous des James Bond avec Pierce Brosnan. Dans Goldeneye, on commence par nous montrer l’effet de l’arme. Dans Demain ne meurt jamais, les flottes britaniques et chinoises sont déjà sur le pied de guerre ! Et il y a tant d’autres exemples dans le genre. Il est important, pour que l’on sente le danger, de montrer le danger. Sans quoi, ça reste seulement de l’information pour le spectateur et cela n’a fondamentalement pas le moindre impact…

Donc voilà : tout n’était pas parfait dans Black Panther et ça aurait pu être encore mieux. Mais tout même, ça claque ! Du coup, j’attends Infinity War avec d’autant plus d’impatience !

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Une réflexion sur “Vu : Black Panther

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