Vu : Pentagon Papers

Pentagon Papers

En fait, je pense que l’autre film de Spielberg, Ready Player One, sera bien mieux… et c’est pas peu dire !

L’autre jour, au cinéma, je suis allé voir Pentagon Papers de Steven Spielberg et même si j’ai bien aimé, je pense que Spielberg pouvait faire beaucoup mieux et très facilement.

En fait, Pentagon Papers raconte l’histoire de la rédaction du Washington Post et du moment où il est passé de journal local à ce grand et prestigieux journal que nous connaissons tous, même outre-atlantique. A l’époque, le Conseil d’Administration du journal essayait d’entrer en bourse pour augmenter ses revenus : un moment délicat pour une entreprise qui coïncide souvent avec le besoin de ne pas trop prendre de risques… Sauf que, pas de chance, c’est pile à ce moment-là qu’un lanceur d’alerte se met à bombarder divers journaux (dont le Washington Post) de documents classés secrets défense sur la guerre du Viet Nam et sur la façon dont celle-ci est en réalité menée sur le plan politique : en gros, rien de glorieux pour les gouvernements successifs qui y ont participé et l’ont préparée au fil des années. Pour information, c’est en partie ces révélations qui ont finalement mené les Etats-Unis à se retirer du conflit et à protester en masse contre la guerre.

Et du coup, toute la question du film est : le Washington Post se décidera-t-il à publier les documents secrets dont il dispose ? Parce que les retombées pourraient être très négatives à ce moment particulier de l’histoire du journal.

 

Et globalement, c’est très bien fait. C’est bien écrit, c’est bien filmé, c’est excellemment joué, il y a mille choses à raconter. Mais le souci, à mon avis, c’est que cette histoire fait un peu « forcée ».

En fait, la particularité de Pentagon Papers, c’est que Steven Spielberg a décidé d’en faire un film féministe. En soi, pourquoi pas ! Intention très louable ! Mais sur le plan narratif, c’est une tout autre affaire.

Ce qu’il faut donc savoir (et ce que vous apprendrez dans le film) c’est qu’à l’époque le Washington Post était la propriété d’une femme. Fille du fondateur, elle en a hérité après que son mari (parce que oui, son père avait refilé le bébé à son mari plutôt qu’à elle !!!) se soit suicidé. C’est donc à elle qu’il incombe de gérer cette entrée en bourse et à elle qu’il incombe de prendre la décision finale : publiera-t-on ou pas ces documents ? Un personnage important dans cette histoire, certes, mais central ? Pas vraiment.

En fait tout le problème du film, c’est que le Washington Post n’a jamais vraiment eu à faire grand-chose à part prendre la décision de publier les documents. Ce ne sont pas eux qui ont mené l’enquête, pas eux qui ont sortis les documents du Pentagone, pas eux, même, qui se sont mouillés les premiers (en fait c’est le Times qui les a devancés). Et du coup, les journalistes du Washington Post n’ont déjà pas fait grand-chose dans cette histoire, ils se sont un peu contentés de recevoir les documents, puis de les utiliser…

Et pire encore : tout le travail que cela a pu demander : ce n’est pas la propriétaire du journal qui l’a fait. Tout ce qu’elle a fait, elle, ça a été de dire « oui, allons-y ».

Pour dire les choses simplement : en termes de narration, les héros n’ont pas vraiment été héroïques, ils n’ont finalement pas fait grand-chose et ce qu’ils ont fait ne méritait peut-être pas qu’on en fasse un film. Les personnages principaux du film sont très loin d’être les moteurs de l’action et ça, c’est quand même assez contreproductif en général…

Du coup, tout au long du film, on essaie désespérément de nous faire croire qu’ils font quelque chose, que tous les enjeux sont sur eux, qu’il y a du danger… alors que pas du tout. Et finalement, c’est dommage, mais la propriétaire du journal n’était vraiment pas le meilleur point de vue à adopter.

 

Et pourtant, j’aurais pu penser, à cause de cela, que le film était « pas mal, mais sans plus », mais en fait, Spielberg a réussi à m’avoir à la fin.

Certes, on aurait pu trouver un point de vue plus palpitant, certes, on aurait pu trouver un meilleur moyen de raconter cette histoire (fondamentale pour les Etats-Unis et le rapport entre la presse et les politiques). Mais en fin de compte, ce que voulait vraiment faire Spielberg, c’était offrir un portrait de femme dans un monde d’homme. De faire de cette femme une sorte de représentation du grand mouvement de féminisme qui a eu lieu à cette époque. Et c’est pour ça qu’il a choisi de raconter son histoire à elle, quand bien même celle-ci n’est peut-être pas la plus intéressante.

Il nous montre en fait une femme qui toute sa vie a vécu dans l’ombre des hommes et qui, finalement, a su imposer sa décision au moment opportun, qui a fait son propre choix, celui de l’avenir. J’extrapole un peu, bien sûr, mais c’est clairement ce qui se dégage de la fin du film et notamment de ce plan où Meryl Streep traverse la foule.

Cette femme est, malgré tout, une figure historique importante, tant pour les Etats-Unis que pour la cause féministe. Et il était important de raconter son histoire. L’aurais-je fait de cette façon ? Je ne sais pas. Probablement pas. Mais quoi qu’il en soit, le fait est que, pour moi, la fin du film offre un sens à tout cela et m’a personnellement touché, ému.

Ce n’est peut-être pas un grand Spielberg, mais je pense que ça vaut le détour.

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Une réflexion sur “Vu : Pentagon Papers

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